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mardi 5 mai 2020

"Flipette et Vénère" (Lucrèce Andreae)


Flipette, c'est Clara, 26 ans, une photographe mignonne et propre sur elle qui vit dans l'heureuse ignorance du reste du monde mais commence à s'interroger sur le sens de son travail. 
Vénère, c'est Axelle, sa petite soeur piercée de partout qui a coupé les ponts avec leur famille pour s'engager dans le milieu associatif et venir en aide aux squatteurs, aux SDF, aux réfugiés, aux mineurs abandonnés et autres nécessiteux. 
Quand un accident de scooter la laisse avec une jambe dans le plâtre, leur mère demande à Clara d'aller s'installer chez elle pour lui donner un coup de main... L'occasion d'un clash violent qui les ébranlera toutes les deux jusqu'à leurs fondations mêmes.

vendredi 17 avril 2020

"Le serment des lampions" (Ryan Andrews)


Une vieille tradition veut qu'on jette des lampions dans la rivière le soir du festival d'automne. Cette année, Ben et ses copains se sont juré de les suivre à vélo pour voir où ils finissaient. Mais les jeunes explorateurs se dégonflent un par un jusqu'à ce que Ben reste seul avec Nathaniel, un garçon un peu à part dont il n'a jamais osé devenir l'ami parce que tous les autres se moquaient de lui. Commence alors pour eux une aventure extraordinaire...

Comme plein de gens de mon entourage, j'ai un mal fou à me concentrer sur un bouquin en ce moment - alors même que j'ai plus que jamais besoin de l'évasion offerte par la lecture. Aussi, je ne résiste pas au plaisir de partager avec vous cette merveille de roman graphique qui, l'espace d'une heure, m'a transportée très loin de notre morne quotidien en ressuscitant l'âme d'enfant bien planquée sous d'épaisses couches de pragmatisme adulte. 

mardi 10 mars 2020

"Le voyage d'Abel" (Isabelle Sivan/Bruno Duhamel)


Dernier-né d'une famille de paysans, Abel a vu tous ses frères quitter Reclesme l'un après l'autre, et malgré son désir d'entrer dans la marine, il n'a pas eu d'autre choix que de reprendre la ferme de ses parents. Aujourd'hui, c'est un vieux garçon bougon qui vit avec son chien et ses brebis pour seule compagnie, et qui radote chaque fois qu'il achète du saucisson à la fille de son béguin de jeunesse. Mais peut-être n'est-il pas trop tard pour réaliser ses rêves d'évasion...

"Le voyage d'Abel" est un album quasi-monochrome, dont les variations de gris-bleu donnent parfaitement le ton de cette tranche de vie immobile. Abel est un héros attachant, sempiternel râleur qui a courbé l'échine devant les exigences de la vie mais s'obstine à entretenir une flamme d'espoir vivace tout au fond de lui. Même les moqueries des habitués du bistrot local, qui ne voient pas plus loin que les limites de leur village, échouent à l'atteindre: contrairement à eux, il a de l'imagination et une irrépressible envie d'ailleurs.

Parce qu'il serait dommage de déflorer la suite, je vous invite à la découvrir vous-mêmes un jour où vous serez prêt(e)s à vous laisser prendre le coeur par cette histoire terriblement émouvante.

jeudi 27 février 2020

"Miss Charity T1: L'enfance de l'art" (Loïc Clément/Anne Montel)


A l'origine, il y a un formidable roman jeunesse de Marie-Aude Murail paru à l'Ecole des Loisirs. Inspiré de la biographie de Beatrix Potter, la créatrice anglaise de Pierre Lapin, "Miss Charity" est l'un rares livres m'ayant suffisamment enchantée pour que je le conserve et le relise quelques années plus tard. J'étais donc obligée de me jeter dès le jour de sa sortie sur cette adaptation en bédé réalisée par mon duo fétiche.

Dans le premier tome de ce qui devrait être une trilogie, nous faisons la connaissance de Charity Tiddler, une fillette de la bonne société victorienne qui ne reçoit guère d'attention de ses parents. Sa mère se soucie uniquement qu'elle se montre pieuse et docile; son père ne lui adresse pratiquement jamais la parole. Afin de tromper son ennui, Charity collectionne toute sorte d'animaux éclopés ou promis à la casserole, dont elle aime observer et décortiquer le comportement. Sa vive curiosité fait d'elle une naturaliste dans l'âme, capable de considérer les réalités de la vie sans dégoût ni excès de sentimentalisme. Le jour où sa gouvernante Blanche l'initie à l'aquarelle, un monde nouveau s'ouvre à elle...

jeudi 20 février 2020

"C'est comme ça que je disparais" (Mirion Malle)


Bien que j'aie souvent vu circuler le nom de Mirion Malle dans des publications féministes, je n'avais encore jamais rien lu d'elle. C'est intriguée par le titre et la couverture de son dernier album que j'ai fini par me lancer. 

"C'est comme ca que je disparais" raconte la dépression de Clara, une jeune femme de 27 ans qui vit à Montréal et tente de concilier un job d'attachée de presse à temps partiel avec l'écriture de ses propres oeuvres. D'abord brisée par une récente rupture, elle en vient assez vite à ne plus ressentir qu'un immense vide et, sans avoir de véritables pulsions suicidaires, commence à penser de plus en plus souvent à la mort. Ses amies s'inquiètent beaucoup pour elle mais ont du mal à la comprendre, et Clara, qui n'a plus vraiment l'énergie de maintenir une vie sociale, se met à refuser les sorties et ignorer leurs appels...

samedi 15 février 2020

"L'été à Kingdom Fields" (Jon McNaught)


Si comme moi, vous raffolez du graphisme très personnel de Jon McNaught, vous vous êtes probablement déjà précipité sur son nouvel album. Si en revanche vous y êtes hermétique, peu vous importe de savoir de quoi parle "L'été à Kingdom Fields": vous ne le lirez pas. Si vous ne connaissez pas encore Jon McNaught, je suis justement là pour vous le faire découvrir, et pour tenter de vous convaincre que chacune de ses publications est une petite merveille dont la présence enrichira votre bibliothèque.

Comme toujours chez cet auteur, l'histoire se résume à très peu de choses: une femme débarque avec ses deux enfants dans la station balnéaire où elle passait ses vacances d'été autrefois. Tandis qu'elle s'efforce de retrouver ce qui faisait le charme de l'endroit à ses yeux, son fils Andrew, adolescent maussade et apathique, joue à des jeux vidéo ou explore les environs en ne s'intéressant qu'à leurs côtés les moins reluisants.

vendredi 14 février 2020

"Karmen" (Guillem March)


C'est rarissime que j'achète une bédé sans jamais en avoir entendu parler, et de surcroît sans qu'une quatrième de couverture m'indique vaguement à quoi m'attendre de la part de l'histoire. Quand j'ai emporté "Karmen" à la caisse de ma librairie, tout ce que je savais, c'est que j'étais intriguée par la couverture, et très attirée par le graphisme de l'auteur. 

Après avoir découvert que son ami d'enfance Xisco, dont elle est secrètement amoureuse, trompe sa copine officielle avec sa coloc, Catalina se taillade les veines dans la salle de bain de son appartement d'étudiante. Une étrange jeune femme aux cheveux roses et à la combinaison de squelette lui apparaît alors. Elle s'appelle Karmen, et avec une compassion à laquelle on ne s'attend guère de la part d'une faucheuse, elle entraîne Catalina dans une drôle d'exploration - déjà en marge de la vie, pas encore tout à fait dans la mort.

samedi 23 novembre 2019

"Nous vivons chez nos chats" (Eloisa Scichilone)


Dans une maison rustique, au cœur de l’hiver italien, Elo et Mao essaient tant bien que mal d’avoir un bébé. Difficile pour eux de se ménager des moments d’intimité avec leurs cinq chats qui cherchent à obtenir toute l’attention possible - pires que des enfants, mais si attachants! Un dimanche en apparence ordinaire égrène les attentes, les espoirs et confronte le couple à la perte de deux êtres chers. Heureusement, les facéties félines vont animer cette journée faite de drames et de sourires… 

A l'époque où j'avais des chats, je me suis souvent fait la réflexion que c'était moi qui habitais chez eux et non l'inverse. Du coup, lorsque mon regard s'est posé sur la couverture du roman graphique d'Eloisa Scichilone, ce choix de titre m'a d'abord fait craindre une bédé humoristique - créneau dont je ne suis vraiment pas cliente. Un rapide feuilletage m'a vite rassurée: il s'agissait plutôt d'une tranche de vie réaliste. Et ça, par contre, j'adore!

mardi 15 octobre 2019

"Stand still, stay silent" (Minna Sundberg)


90 ans se sont écoulés depuis qu'une maladie mystérieuse appelée la rouille a éradiqué presque toute l'humanité. Seule l'Islande, qui s'est immédiatement coupée du reste du monde, a pu se préserver pour l'essentiel. Le reste de la Scandinavie est ravagé. En Finlande ne subsistent que quelques bastions isolés et presque aucune technologie. Les Suédois jouissent de meilleures conditions de vie et se prennent pour les maîtres du monde connu, mais ne sont plus qu'une vingtaine de milliers. La Norvège a basculé dans le mysticisme. Les Danois, eux, sont résolument athées mais obsédés par la récupération de documents de l'ancien monde.

Epargnés par la contamination à l'inverse de nombreuses espèces animales, les chats sont devenus de féroces guerriers et les meilleurs protecteurs des hommes. Partout sévissent des trolls et des géants redoutables, dont la lumière est la seule faiblesse. Et au sein de l'humanité, de nombreux individus naissent désormais avec des pouvoirs magiques. Lalli l'éclaireur en fait partie. Avec sa cousine Tuuri, une érudite qui rêve d'explorer le monde, il est engagé pour participer à une expédition dans les territoires silencieux...

mercredi 11 septembre 2019

"Les deux vies de Pénélope" (Judith Vanistendael)


Elle s'appelle Pénélope, mais elle ne brode pas et elle n'attend pas: elle est chirurgienne, et elle sauve des vies. Depuis dix ans, elle a enchaîné pas moins de 32 missions à Alep. Et chaque fois qu'elle rentre en Belgique pour retrouver son mari poète, son adorable fille, sa mère perpétuellement inquiète et sa soeur perpétuellement parfaite, elle se sent un peu plus déconnectée de ce quotidien paisible. Comment prendre au sérieux l'angoisse d'Hélène, 14 ans, qui ne comprend rien à l'ablatif latin alors que Pénélope a rapporté dans ses bagages le fantôme d'une adolescente qu'elle n'a pas réussi à sauver? 

Judith Vanistendael peut se vanter d'être l'autrice de bédé qui m'aura arraché les plus gros sanglots avec "David, les femmes et la mort". Certes, me crever le coeur avec une histoire de père qui se meurt du cancer pendant que le mien agonisait pour les mêmes raisons ne relevait pas précisément du tour de force. Mais c'était si bien fait que même sans connexion personnelle avec le thème, j'aurais été puissamment touchée. La preuve, c'est que je ne me reconnais en rien dans sa nouvelle héroïne, et que "Les deux vies de Pénélope" a quand même fait mouche.

lundi 19 août 2019

"Laura Dean keeps breaking up with me" (Mariko Tamaki/ Rosemary Valero-O'Connell)


Entre sa jolie couverture et son titre intrigant, il était inévitable que ce roman graphique attire mon attention. J'avoue avoir un peu hésité à la vue du nom de Mariko Tamaki: en 2014, je crois avoir été la seule à ne pas apprécier du tout "Cet été-là", encensé par la presse comme par le public. Mais j'étais terriblement attirée par le graphisme noir et rose de Rosemary Valero-O'Connell, son trait épuré et pourtant expressif, la composition dynamique de ses planches - alors, je me suis laissée tenter. 

Frederica Riley a 17 ans. Elle aime l'odeur des fraises mais pas leur goût. A ses heures perdues, elle récupère de vieilles peluches pour fabriquer des hybrides délirants dont elle imagine les conversations. Lors du bal de la Saint-Valentin, elle se fait plaquer pour la troisième fois par sa petite amie Laura Dean. Obnubilée par cette fille ultra-populaire et chroniquement infidèle, Freddy délaisse sa bande d'amis et cherche les conseils d'Anna Vice qui tient une rubrique "Courrier du coeur". Il lui faudra près de 300 pages pour réussir à échapper à cette relation toxique. 300 pages dont j'ai savouré la moindre case avec ravissement.

mercredi 15 mai 2019

"Enferme-moi si tu peux" (Anne-Caroline Pandolfo/Terkel Risbjerg)



"Les histoires que je vais vous raconter se déroulent entre la fin du XIXème et le début du XXème siècle. Il vaut mieux, en ce temps-là, être un homme, blanc, cultivé et bourgeois.* 

Les femmes et les enfants n'ont aucun droit. Les paysans n'ont plus de terre; ils deviennent pauvres et ouvriers. Les vieux et les malades gênent; on les préfère isolés et enfermés. Ils sont donc toute une population d'exclus: négligeables, corvéables, insignifiants. 

Pourtant, certains d'entre eux, du fond de leur gouffre, ont été touchés par la grâce. Un jour le déclic s'est produit, ils s'en souviennent comme si c'était hier. 

Ils ont entendu une voix, celle d'un esprit, d'un fantôme ou d'un ancêtre. Ils ont su alors qu'il y avait un ailleurs pour eux, et qu'il était intérieur."

dimanche 5 mai 2019

"La maison de la plage" (Séverine Vidal/Victor L. Pinel)


Julie a récemment perdu son compagnon. Alors qu'elle commence tout juste à remonter la pente, elle apprend qu'un de ses oncles souhaite vendre Les Trémières, la maison située sur la côte Atlantique où sa famille s'est toujours réunie pour les grandes vacances. Ce dernier été tous ensemble risque d'avoir un goût un peu particulier...

"La maison de la plage" remonte le temps pour raconter des moments-clés de la vie des Trémières à trois époques différentes: 2018, où débute le roman graphique, puis 1968, lorsque les grands-parents de Julie firent l'acquisition de la maison, et 1959, à l'arrivée des propriétaires précédents. Un secret lié au papier peint de la chambre jaune sert de fil rouge à toute l'histoire.

J'avoue avoir été assez peu touchée par la dernière partie, vue à travers les yeux d'une fillette de 8 ans dont la réaction à un événement qu'on devine très vite m'a paru quelque peu... exagérée. En revanche, les pages consacrées à Julie et aux siens m'ont beaucoup émue, sans doute parce que j'y ai retrouvé des situations et des sentiments très universels. Les divergences et les querelles au sein d'une fratrie. Le soutien inconditionnel qu'on peut trouver auprès de sa famille (quand on a eu de la chance à la loterie de la naissance). L'ancrage profond que donnent les souvenirs d'enfance et les habitudes partagées. La douceur des amitiés d'adolescence qui survivent à l'âge adulte. La continuité d'une génération à l'autre, d'une époque à l'autre. Et, comme sur la couverture, la force qu'on tire des gens qui nous encadrent pour faire face aux vagues de l'existence. 

jeudi 28 février 2019

"Yasmina et les mangeurs de patates" (Wauter Mannaert)


Malgré son jeune âge, Yasmina est déjà une cheffe émérite, qui réussit à préparer de savoureux petits plats à partir des légumes donnés par ses deux amis jardiniers Cyrille et Marco. Mais le jour où un méchant fabricant de patates en sachet rase les potagers pour y installer son usine, la fillette se retrouve bien embêtée. Ce n'est pas avec le maigre salaire d'Omran, son papa employé dans un fast-food, qu'elle va réussir à acheter des tomates à près de 3€ le kilo. Heureusement, elle arrive à se servir en douce dans le jardin qu'une mystérieuse voisine cultive sur le toit de son immeuble. Puis les patates en sachet envahissent les magasins, connaissant un succès fou, et les gens qui en ont mangé se mettent à se comporter très bizarrement... 

On aura compris depuis longtemps que je suis incapable de résister à une bédé culinaire. Mais outre son thème alléchant, "Yasmina et les mangeurs de patates" coche pratiquement toutes les cases de ce que j'adore en bande dessinée. Sur le plan graphique: absence de cases, longues plages muettes et néanmoins très parlantes, bâtiments vus en coupe et architecture originale, gros plans d'assiette, belles illustrations pleine page... Sur le plan de la narration, une jeune héroïne racisée, futée et militante du bien-manger, des personnages secondaires divers et attachants malgré leurs petits travers, des échanges hyper drôles (notamment entre le jardinier tradi et le fou du bio, ou entre Omran et ses collègues qui, voyant ses bento végétariens, soupirent qu'eux, sans viande et sans frites, ils ont de nouveau faim à 16h). Même si j'ai davantage aimé le côté "tranche de vie" de la longue mise en place que l'aventure qui s'emballe dans le dernier tiers, le récit est original et maîtrisé, sans aucun temps mort. Et malgré son côté parfois farfelu, il fait passer de très chouettes idées. Mon avis: il vous le faut. Pas encore convaincu? Allez lire les 24 premières pages ici

Traduction de Laurent Bayer



lundi 4 février 2019

"La fille dans l'écran" (Manon Desveaux/Lou Lubie)


Coline souffre d'une phobie sociale paralysante qui l'a conduite à abandonner ses études et se réfugier chez ses grands-parents, à Périgueux. Dans le cadre de son travail Une sur un projet d'album jeunesse, elle contacte Marley, une Française qui s'est installée à Montréal afin de poursuivre sa passion pour la photo, mais qui stagne dans un job alimentaire et une relation amoureuse insatisfaisante. Une complicité très forte se tisse entre les deux jeunes femmes par écran interposé...

La page de gauche pour Manon Desveaux qui dessine  Coline en noir et blanc, celle de droite pour Lou Lubie qui dessine en couleurs ce que fait Marley au même moment - avec l'inévitable décalage horaire dû à leurs deux pays de résidence. Cette disposition en vis-à-vis, qui permet de bien saisir le contraste entre la vie et la personnalité des deux héroïnes, donne également beaucoup de fluidité au récit à quatre mains. La phobie sociale de Coline et la pression que lui mettent ses parents, la routine dans laquelle Marley se sent de plus en plus enfermée et sa rébellion qui monte petit à petit sont rendus de manière réaliste et délicate à la fois. "La fille dans l'écran", c'est l'histoire de deux jeunes femmes qui vont n'en faire qu'à leur tête et résister aux conventions pour choisir leur propre chemin. Un roman graphique très réussi. 

samedi 24 novembre 2018

[NOEL 2018] Des idées de bédés à offrir aux grands





Voici une sélection de bandes dessinées à destination des ados et adultes. Ce sont tous des titres sortis ces 6 derniers mois, que j'ai personnellement lus et appréciés. Et parce que je trouve que les débuts de série font des cadeaux un peu frustrants, j'ai choisi de me concentrer sur des histoires complètes en un volume. Quand les descriptions sont très courtes, c'est que j'ai déjà écrit une critique plus détaillée à laquelle vous accèderez en cliquant sur le titre. Prix entre 12 et 30€. 

"Le gratte-ciel": Bédé-concept qui, étage par étage en commençant par le rez-de-chaussée, montre l'intérieur des appartements et la vie des occupants d'un gratte-ciel. Beaucoup de saynètes se répondent entre elles de manière fabuleuse, tissant des rapports entre voisins souvent cocasses. L'observation sociale est fine et grinçante. Mon coup de coeur le plus récent. 

"Bouillon": Histoire policière et féministe dans le cadre d'un restaurant gastronomique à l'atmosphère Années Folles.  

"Moi en double": Navie paraît joyeuse et épanouie malgré son obésité morbide. Mais à l'intérieur, elle souffre. Un jour, elle a un déclic et décide de reprendre son corps en mains... Témoignage percutant sur l'acceptation de soi. 

"A travers": Une vie d'homme retranscrite sans paroles à raison d'une scène importante par double page, toujours vue "à travers" une fenêtre, un écran ou un objectif. Graphiquement très réussi, narrativement très émouvant. 

"Motor girl": Une héroïne bad ass qui a fait la guerre, un gorille pour meilleur ami, un garage perdu dans le désert, des extra-terrestres qui débarquent, des hommes en noir animés de mauvaises intentions - autant d'éléments disparates qui se combinent de façon magistrale pour parler de syndrome post-traumatique. 

"Une mémoire de Roi": Bédé éducative sur le fonctionnement de la mémoire, qui propose des exercices très simples pour l'améliorer. 

"Le jardin d'hiver": Histoire de solitude urbaine pleine de poésie et frémissante d'espoir. 

"Solitude d'un autre genre": Témoignage ultra touchant d'une jeune Japonaise atteinte d'anxiété sociale qui découvre et tente d'explorer son homosexualité. 

"L'adoption": Bien qu'assez fermé au départ, un papy bourru se laisse totalement conquérir par sa nouvelle petite-fille arrivée d'Amérique du Sud. Une histoire complète en deux tomes, réunis ici dans un coffret et signés Zidrou, le plus humaniste des scénaristes de bédé actuels.

"Rat et les animaux moches": Une fable sur la tolérance magnifiquement illustrée, et le seul ouvrage de cette sélection qui s'adresse aussi bien aux petits qu'aux grands. 

"Moins qu'hier, plus que demain": En histoires d'une page, Fabcaro partage une vision terriblement grinçante du couple de trentenaires-quadras bobos modernes. On rit beaucoup, mais jaune. Romantiques s'abstenir. 

Je vous encourage, dans la mesure du possible, à effectuer vos achats dans une librairie indépendante. Mais si vous avez pour une raison quelconque décidé de commander plutôt sur Amazon suite à mes recommandations, ce serait très gentil de passer par les liens affiliés inclus dans ce billet: cela me permettra de toucher une petite commission sous forme de bon d'achat, que je réinvestirai dans d'autres lectures à commenter et partager!

samedi 10 novembre 2018

"Les vieux fourneaux T5: Bons pour l'asile" (Lupano/Cauuet)


Emile et Antoine montent à Paris pour assister au match de rugby France-Australie. Ils doivent en profiter pour voir Pierrot, mais celui-ci, plus actif que jamais avec son collectif anarchiste "Ni yeux ni maître", est coincé en garde à vue suite à une action spectaculaire en faveur des réfugiés. De son côté, Sophie s'est fixé deux objectifs qui pourraient bien révolutionner la géographie familiale... 

Passé le début d'une série de bédé (ou de romans, d'ailleurs), c'est très rare que je parle d'un tome individuel. Mais si "Les vieux fourneaux" a toujours été d'une qualité exceptionnelle, "Bons pour l'asile" est sans doute son meilleur opus à ce jour. Bien sûr, il se peut que je ne sois pas objective parce que les auteurs ont choisi d'aborder un sujet qui me touche beaucoup: la manière inique dont le monde en général et la France en particulier traitent les réfugiés. Et ils le font avec toute la gouaille cinglante, toute l'excentricité jusquauboutiste de leurs héros hauts en couleur.

La grande gueule de Pierrot, la mauvaise foi d'Antoine, la simplicité trompeuse d'Emile peignent une image réjouissante d'une vieillesse aux convictions et à l'énergie toujours vivaces. Avec des répliques qui font mouche comme: "Quand c'est le Qatar qui rachète les musées, les plages privées et les clubs de foot, personne ne crie à l'invasion arabe. Tout le monde est content. Donc, ce ne sont pas les étrangers qui font peur, ce sont les étrangers pauvres." ou "On est 500 millions de guignols en Europe et on veut nous faire croire qu'on peut pas accueillir un million de pauvres gens? Ca fait même pas un par village!", ce tome 5 assume fièrement son âme militante et généreuse. Et il le fait avec tant de brio que j'ai éclaté d'un fou-rire monstrueux à la page 47 pour finir en larmes à la 56. Bravo, messieurs Lupano et Cauuet. On attend le tome 6 avec impatience.

dimanche 7 octobre 2018

"Bouillon" (Olivier Milhaud/Sandra Cardona)


Eugénie Croque-Bol a du caractère et de l'ambition. Mais quand elle se rend sur l'île de Bouillon pour devenir commis de cuisine au célèbre restaurant Caldo, elle découvre qu'en fait, on l'a engagée pour la moins prestigieuse brasserie. Bien que dépitée, la jeune femme accepte de rester. Très vite, elle devient amie avec sa colocataire Bigoudi, une danseuse de cancan doublée d'une mangeuse d'hommes, et se fait bien voir du sévère mais juste Chef Gilbert qui la surnomme Môme. Elle peut donc envoyer des lettres rassurantes à son Papino - jusqu'au jour où Maître Crouzille, le chef du Caldo, est assassiné... 

Si je suis toujours bonne cliente pour les bédés culinaires, je n'avais pas entendu parler de ce titre avant de tomber dessus chez mon libraire, ne connaissais pas ses auteurs et ne savais pas du tout à quoi m'attendre en l'achetant. Ce fut une très bonne surprise, notamment grâce à l'esthétique Art Déco de l'univers qui m'a tout de suite enchantée. Ile à la géographie improbable, Bouillon offre un cadre fascinant aux aventures de l'opiniâtre Eugénie. Mêlant découvertes culinaires et investigations policières, les 124 pages de l'album défilent trop vite tant on aimerait s'attarder dans ces ruelles tortueuses bordées de gargotes ou traîner encore un peu dans l'adorable studio de l'héroïne. Un one shot très réussi. 

vendredi 14 septembre 2018

"Motor girl" (Terry Moore)


Je dois être une des plus grandes fans au monde de "Strangers in paradise", la série qui a fait connaître Terry Moore et l'a imposé comme un des meilleurs artistes indie de son époque. Je l'ai découverte quand je vivais aux USA, en 1997, et même après mon retour en France, je me suis débrouillée pour me procurer chaque nouveau numéro au moment de sa sortie.

C'est en 2007 que Terry Moore a mis le point final (ou pas...) aux aventures de Katchoo, Francine et David. Et je dois dire que je n'ai pas adoré ce qu'il a fait par la suite. J'ai suivi tout "Echo" sans grand enthousiasme, et décroché assez rapidement de "Rachel rising". Le trait était toujours aussi chouette, les héroïnes poutraient toujours du gnou, mais les histoires ne m'intéressaient pas. 

Du coup, je n'ai même pas su qu'il avait publié une série courte en dix numéros intitulée "Motor girl". Et quand je l'ai découvert, j'ai fait une moue dubitative. Sam, vétéran rentrée d'Irak avec un solide syndrome post-traumatique, tient une casse auto dans le désert avec son meilleur pote, Mike le gorille. Et un jour, elle rencontre des extra-terrestres. Gni? Pour être honnête, je pensais faire l'impasse. Mais quand j'ai vu que Delcourt sortait l'intégrale en français pour la modique somme de 20€, je me suis dit qu'au pire, je me rincerais l'oeil sur les beaux dessins de Terry Moore et glousserais en voyant sa nouvelle femme forte maraver la gueule d'un ou deux méchants.

Oh boy. Je n'étais pas du tout prête à me laisser embarquer dans un tel tourbillon d'émotions. De l'aventure, forcément, avec un pitch pareil; de l'absurde à foison, et de grands éclats de rire à plusieurs reprises. Mais surtout, surtout, la gorge serrée, le coeur gonflé et les yeux qui piquent comme aux plus belles heures de SIP. J'ai lu l'album d'une traite, et je l'ai refermé éperdue d'admiration pour le brio avec lequel l'auteur venait de boucler une histoire complètement dingue en me baladant d'un bout à l'autre de la gamme des sentiments. Je connais peu de créateurs capables de parler de traumatismes psychiques d'une manière aussi réaliste à travers des scénarios qui le sont si peu, et quasiment aucun homme dont chaque oeuvre soit une telle déclaration d'amour au sexe féminin. 

mercredi 15 août 2018

"Le jardin d'hiver" (Renaud Dillies/Grazia La Padula)


Sam travaille dans un bar, au coeur d'une ville grise et anonyme. Il n'a pas parlé à ses parents depuis des années et même s'il a une petite amie, il se sent déconnecté de tout. Jusqu'au jour où de l'eau commence à goutter de son plafond, et où il monte voir son voisin du dessus. Celui-ci le prend pour son fils, et Sam est si mal à l'aise qu'il s'enfuit sans chercher à résoudre le problème. Mais quelques jours plus tard, l'eau recommence à goutter, et Sam est bien obligé de retourner voir le vieux monsieur. Il est loin d'imaginer la découverte fantastique qu'il va faire...

Si c'est son graphisme qui m'a d'abord attirée, c'est la poésie de son scénario qui a achevé de me séduire. "Le jardin d'hiver" parle de solitude urbaine avec une délicatesse qui n'a d'égale que sa justesse. Son atmosphère mélancolique est si prenante que j'avais, en le lisant, l'impression d'entendre la pluie crépiter sur les vitres, de humer l'odeur du bitume mouillé, de sentir une chape invisible d'isolement peser sur mes épaules et une déprime ténue mais persistante s'insinuer jusque dans la moelle de mes os. Et la fin est une petite merveille d'espoir florissant. Je vous recommande chaudement cet album original et débordant de sensibilité.