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mercredi 14 mars 2018

"The Disappearances" (Emily Bain Murphy)


Septembre 1942. Parce que leur mère bien-aimée vient de mourir et que leur père a été appelé sous les drapeaux, Aila, 16 ans, et son jeune frère Miles partent vivre chez la meilleure amie d'enfance de leur mère, dans la petite ville de Sterling. S'ils sont très bien reçus par la famille Cliffton, Aila ne tarde pas à remarquer beaucoup de phénomènes étranges: rien n'a d'odeur, on ne voit pas les étoiles dans le ciel la nuit, toutes les portes sont peintes dans le même gris, personne n'a de reflet... Ces Disparitions, qui se produisent au rythme d'une tous les 7 ans, ont commencé le jour de la naissance de Juliet Cummings, la mère d'Aila et Miles, seule personne ayant jamais échappé à l'emprise de Sterling. De ce fait, les autres habitants la tiennent responsable de la malédiction et se montrent immédiatement hostiles envers ses enfants...

Pour son tout premier roman, Emily Bain Murphy propose une histoire des plus originales, avec une atmosphère envoûtante et une écriture un cran au-dessus de ce qu'on trouve généralement en littérature jeunesse. "The Disappearances" pèche pourtant sur quelques points. D'abord, je n'ai jamais eu l'impression d'être réellement dans l'Angleterre du début des années 40: le rationnement évoqué au tout début cède très vite la place à des descriptions de nourriture délicieuse et abondante; la population masculine adulte semble intouchée par la guerre et surtout, garçons et filles se mélangent joyeusement avec une décontraction très peu crédible pour l'époque. Si ce n'est pour le fait que les héros doivent effectuer leurs recherches à l'ancienne et très laborieusement plutôt qu'avec Google en deux coups de cuillère à pot, on croirait voir des ados de maintenant. Ensuite, bien que très intrigants, les éléments magiques de l'histoire manquent de cohérence et d'explications. J'ai malgré tout beaucoup aimé ce roman - la première moitié plus que la seconde, ce qui est hélas souvent le cas dans les récits empreints de fantastique. 

mercredi 29 mars 2017

"A gentleman in Moscow" (Amor Towles)


Le 21 juin 1922, le comte Alexander Ilych Rostov comparaît devant un tribunal bolchévique à Moscou. Parce qu'il est l'auteur d'un poème célèbre, publié avant la révolution et que beaucoup considèrent comme un appel aux armes, il n'est pas condamné à être fusillé mais assigné à résidence à l'Hôtel Métropole, où il résidait depuis quatre ans et dont il ne pourra plus sortir jusqu'à la fin de sa vie. Pas question de conserver sa suite somptueuse et ses trésors de famille: il sera installé dans une chambre de bonne avec les seules affaires que celle-ci pourra contenir. Pourtant, le comte ne se laisse pas abattre. Il aménage de son mieux son minuscule logis, développe une routine plaisante à l'intérieur de l'hôtel, se fait des amis parmi le personnel et devient le compagnon d'aventures d'une fillette de neuf ans prénommée Nina...

Voici quelques années, j'avais adoré le premier roman d'Amor Towles. Si l'auteur continue plus ou moins à explorer la même période historique que dans "Les règles du jeu", c'est à l'autre bout du monde qu'il nous emmène cette fois, dans la Russie dirigée par Staline. Et bien que "A gentleman in Moscow" évoque la domination communiste dans toute sa dualité - beaux idéaux et ferveur populaire d'une part, bureaucratie abusive et répression aveugle de l'autre -, c'est pour mieux souligner l'atmosphère presque hors du monde et du temps qui règne à l'intérieur du Métropole. Alexander est un personnage attachant, noble au meilleur sens du terme, plein de beaux principes mais profondément humaniste, doté une grande culture et d'un humour très fin. A l'exception d'un moment de désespoir, il fait toujours preuve de combattivité et de grandes ressources intérieures, porte toujours un regard humble autant qu'intelligent sur la société et les gens qui l'entourent. Et très vite, on se surprend à l'envier plutôt qu'à le plaindre, à vouloir aussi jouer les Eloïse adultes dans cet hôtel cinq étoiles.

mardi 8 novembre 2016

"The Cazalet chronicles T2: Marking time" (Elizabeth Jane Howard)


A la fin de "The light years", on laissait les Cazalet à l'automne 1938, soulagés que la Deuxième Guerre Mondiale ait été évitée. "Marking time" commence un an plus tard, alors que la famille rassemblée à Home Place écoute à la radio l'annonce du début du conflit. Personne ne peut prédire quelle ampleur il prendra, mais tout le monde se demande avec angoisse si l'Allemagne tentera d'envahir l'Angleterre. Si Hugh est désormais trop vieux pour s'engager, Edward pense rempiler dans la marine et Rupert, trop jeune lors de la Première Guerre Mondiale, compte bien se rendre utile cette fois malgré la farouche opposition de sa femme Zoë. Dans la génération suivante, les garçons n'ont pas encore l'âge de prendre part aux combats, au grand soulagement de leurs mères. Mais c'est sur les filles que l'auteur choisit de concentrer son attention. Toujours décidée à devenir actrice, Louise obtient d'être envoyée dans une école d'art dramatique. De deux ans plus jeunes que leur cousine, Polly et Clary se retrouvent coincées dans le Sussex, et ce qui avait d'abord des allures de vacances éternelles devient très vite d'un ennui mortel. Elles ne sont plus des enfants, mais les adultes les traitent toujours comme telles, et elles ont l'impression que la guerre a mis leur existence sur pause - que leur vraie vie ne pourra commencer qu'une fois la paix revenue...

Envolés l'insouciance du premier tome et les jours de lumière des vacances d'été à Home Place! Ce deuxième tome des "Chroniques des Cazalet" prend un ton bien plus grave. Pourtant, la guerre ne fait que servir de toile de fond au récit, et ses conséquences même sur certains membres de la famille ne sont abordées qu'indirectement. On reste dans le registre d'un quotidien certes bouleversé dans certains aspects mais pas fondamentalement différent, des pensées et des émotions disséquées avec une finesse remarquable. L'étude psychologique des trois jeunes filles est toujours aussi juste et captivante. Ma plus grande sympathie va à Clary qui souhaite devenir écrivain et trépigne de ne pas pouvoir, en ces circonstances, acquérir l'expérience de la vie dont elle aurait besoin pour nourrir sa créativité.

"I think it's awfully difficult for people our age. We need people to be in love with, and we're simple hemmed in by relatives and incest doesn't seem to go with modern life. We'll just have to wait."

"What I find peculiarly irritating is that nobody will say what rape actually is. If there's a danger of it, I really do think we ought to have some idea of what we're in for. But they simply won't say. It's part of this family's determination not to talk about anything that they think is at all unpleasant."

J'aime aussi beaucoup la gouvernante Ms Milliment, pauvre, laide et vieillissante, mais cultivée, ouverte d'esprit et si sympathique! Mieux que les domestiques, qui apparaissent toujours comme des êtres frustes et peu intéressants, elle illustre ce que pouvait être à l'époque la vie d'une femme seule n'ayant pas eu la chance de naître au sien d'une famille riche comme les Cazalet. La condition féminine est d'ailleurs souvent abordée dans la série, même si pas très frontalement. Ce deuxième tome confirme l'excellente impression que m'avait fait le premier. Si vous êtes anglophone et que les thèmes de la série sont susceptibles de vous intéresser, foncez: vous ne le regretterez pas!

jeudi 3 décembre 2015

"Broadway Limited: Un dîner avec Cary Grant" (Malika Ferdjoukh)


"Normalement, Jocelyn n'aurait pas dû obtenir une chambre à la pension Giboulée. 
Mrs Merle, la propriétaire, est formelle: cette respectable pension new-yorkaise n'accepte aucun garçon, même avec un joli nom français comme Jocelyn Brouillard. 
Pourtant, grâce à son talent de pianiste, grâce, aussi, à un petit mensonge et à un ingrédient miraculeux qu'il transporte sans le savoir dans sa malle, Jocelyn obtient l'autorisation de loger au sous-sol. Nous sommes en 1948, cela fait quelques heures à peine qu'il est à New York, il a le sentiment d'avoir débarqué dans une maison de fous. 
Et il doit garder la tête froide, car ici il n'y a que des filles. 
Elles sont danseuses, apprenties comédiennes, toutes manquent d'argent et passe leur temps à courir les auditions. 
Chic a mangé tellement de soupe Campbell's à la tomate pour une publicité que la couleur rouge suffit à lui donner la nausée. 
Dido, malgré son jeune âge, a des problèmes avec le FBI.
Manhattan est en proie à l'inquiétude depuis qu'elle a cinq ans. 
Toutes ces jeunes filles ont un secret, que même leurs meilleures amies ignorent. 
Surtout Hadley, la plus mystérieuse de toutes, qui ne danse plus alors qu'elle a autrefois dansé avec Fred Astaire, et vend chaque soir des allumettes au Social Platinium. 
Hadley, pour qui tout a basculé, par une nuit de neige dans un train. 
Un train nommé Broadway Limited." 

J'ai lu beaucoup de romans de Malika Ferdjoukh, et "Quatre soeurs" est l'un de mes principaux doudous littéraires comme je vous le rappelais encore avant-hier. Alors, quand j'ai vu qu'elle avait sorti au printemps dernier un pavé de 600 pages qui n'était que la première moitié d'un diptyque, je me suis ruée dessus immédiatement, et je l'ai dévoré en trois jours pourtant bien remplis par ailleurs.

J'avoue avoir eu quelques difficultés à rentrer dans l'histoire au début, essentiellement parce qu'il y avait trop de personnages à mon goût. Les filles de la pension, en particulier, me semblaient trop nombreuses, et jusqu'à la fin de la première moitié du roman, quand on aborde leurs histoires individuelles, j'ai eu beaucoup de mal à les distinguer les unes des autres - d'autant qu'elles pratiquent toute la même forme d'humour à froid hyper littéral. Pour la première fois, les libertés que prend Malika Ferdjoukh avec la langue française m'ont aussi un peu agacée; jusqu'ici, j'avais trouvé ça charmant; là, ça devenait un peu convenu, presque forcé. Un moment, j'ai cru que j'allais abandonner ma lecture en cours de route.

Puis le charme a opéré. Je me suis laissée gagner par l'atmosphère de New York au croisement de deux axes forts: la saison (automne-hiver) et la période historique. Au sortir de la guerre, l'Amérique, pays d'abondance et de coutumes exotiques aux yeux du jeune Frenchie expatrié, est surtout gangrenée par la ségrégation raciale et la chasse aux communistes. Et si les jeunes femmes de la pension Giboulée évoluent dans un milieu chic et clinquant, elles connaissent surtout l'envers du décor - les aspects peu glamour, les couleuvres à avaler, les fins de mois difficiles. Bien que ce soit peu réaliste, j'ai trouvé jubilatoire la façon dont les histoires des unes et des autres se recoupent de manière parfois très inattendue. Face à elles, Jocelyn pose sur tout un regard parfois perplexe mais généralement émerveillé; il fait son apprentissage de la vie et connaît ses premiers émois amoureux, apportant une indispensable touche de fraîcheur. Quoi de plus romantique qu'un premier baiser dans les rues enneigées de New York?

Au final, malgré un démarrage qui m'a désorientée autant que son jeune héros débarquant en pays inconnu, j'ai beaucoup aimé cette première partie de "Broadway Limited" et j'attendrai avec impatience la sortie de la seconde!