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jeudi 24 août 2017

"Le gang des rêves" (Luca di Fulvio)


1909. Cetta Luminati a quinze ans et un bébé de six mois quand elle quitte sa famille et son Italie natale pour se rendre aux Etats-Unis. A leur arrivée, son fils est rebaptisé Christmas et la jeune fille attire l'attention de Sal, un gangster laid et bourru qui l'envoie travailler dans une maison close. Mais rien ne peut entamer la détermination de Cetta: grâce à elle, son fils sera américain. 

1922. Christmas rêve de devenir quelqu'un malgré la pauvreté du quartier dans lequel il a grandi. Et pour cela, il ne voit qu'un moyen - devenir un chef de bande respecté. Jusqu'au soir où il sauve une gamine de treize ans qui vient d'être battue, violée, mutilée et laissée pour morte. Ruth Isaacson est issue d'une riche famille juive, et en dépit de tout ce qui les sépare, Christmas tombe immédiatement et violemment amoureux d'elle...

Un roman historique qui parle du rêve américain, mais aussi de la fascination exercée par la radio et par le cinéma. Une chronique sociale qui dit la misère des immigrés, le désespoir ou la criminalité auxquels ils sont poussés, les tensions communautaires, le racisme ordinaire envers les Noirs, les violences faites aux femmes. Une histoire d'amour impossible à première vue et pourtant plus fort que tout. Une série de portraits magnifiques, extraordinairement vivants et humains. "Le gang des rêves" est tout cela et bien plus encore. Une saga réaliste et bien documentée, comportant des scènes très dures, et qui déborde pourtant d'énergie et d'espoir. Près de mille pages dans lesquelles on s'absorbe totalement et dont on regrette de voir arriver la fin. Mon gros coup de coeur du mois d'août. 

lundi 25 juillet 2016

"Le lys de Brooklyn" (Betty Smith)


New York, au début du XXème siècle. Francie Nolan a neuf and, un optimisme infernal et un rêve: écrire. Sur sa mère, fée du quotidien; son père, héros ambigu; son frère, un roublard qui court les rues; sur ses tantes, la douce Evy et la pétulante Sissy, qui collectionne les "John"; sur Williamsburg, son quartier. Mais Francie voudrait aussi pouvoir décrire la vérité sans fard: la misère, la débrouille, le lot des immigrés. Fillette sensible, cherchant sa voix, elle raconte leurs vies, la vie...

Ce pavé de 700 pages réussit le tour de force de parler de pauvreté sans jamais tomber dans le misérabilisme. Francie a une vie intérieure très riche, nourrie par les livres qu'elle dévore au rythme d'un par jour, débordante de réflexions sur sa famille, la condition sociale, l'éducation et le travail, la religion, la "question sexuelle"... On est ébahi par la fierté de sa mère si courageuse, désespéré par l'alcoolisme de son père si charmeur, tour à tour amusé ou consterné par les réactions des voisins et des commerçants du quartier, touché par l'envie d'écrire de la fillette, choqué par la dureté de son quotidien qui exige de compter le moindre sou, d'enchaîner perpétuellement les combines et d'inventer des jeux pour tromper la faim.

C'est sans réserve que je recommanderais la lecture de ce très bon roman d'apprentissage s'il ne souffrait pas d'une traduction extrêmement vieillotte, dont je ne comprends pas que l'éditeur ne l'ait pas révisée à l'occasion de cette nouvelle parution en poche. Des enfants pauvres et sans éducation qui se parlent entre eux à coup de passé simple, d'imparfait du subjonctif et d'inversion verbe-sujet au début des questions, ça ne sonne pas très juste. De multiples notes de bas de page pour expliquer ce que sont Thanksgiving, les pèlerins du Mayflower ou la Restauration, c'était peut-être justifié en 1946, mais de nos jours, je trouve ça un poil insultant. C'est dommage, car ceci mis à part, le style bien que désuet reste agréable à lire la plupart du temps. Soi-disant considéré comme "une oeuvre culte de la littérature américaine", "Le lys de Brooklyn" aurait bien mérité un petit coup de frais.