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mercredi 27 février 2019

Gérer les angoisses: un exemple illustré





Ce matin, histoire de titiller autre chose que ma misanthropie rampante très excitée par les événements des derniers jours (que je vous laisse découvrir dans ma future récap hebdomadaire), l'univers a décidé de m'envoyer une épreuve de nature administrative. 
Mi-janvier, constatant que je n'étais pas prélevée de mes cotisations Agessa, j'ai envoyé un mail auquel on m'a répondu que le souci était de leur côté, et que l'échéance de janvier serait prélevée en même temps que celle de février. Pour une fois que les problèmes d'un de mes interlocuteurs se révélaient bénéfiques à ma trésorerie, j'ai trouvé ça plutôt cool. 
Mi-février, toujours rien. Ce matin, par curiosité, je me connecte à mon espace personnel: mon échéance de janvier est notée comme en retard et à régler auprès de l'Urssaf du Limousin, désormais chargée du recouvrement des contentieux (ne cherchez pas, ça fait partie de l'usine à gaz de la réforme de la Sécu des auteurs).

vendredi 22 février 2019

En profiter tant que ça dure




D'ordinaire, le moins qu'on puisse dire de février, c'est que ce n'est pas mon mois préféré: le bel élan de janvier s'est tassé, l'hiver commencer à s'éterniser et le printemps semble encore loin. La seule chose qui le rachète un peu, c'est qu'il a le bon goût d'être court. Mais cette année, février est un mois de renaissance après plus d'un semestre passé la tête sous l'eau, à angoisser de ne plus trouver assez de boulot, à galérer pour me faire payer le peu de travail effectué, à me rendre compte à quel point mon identité et mon estime de moi sont liées à mon métier et à l'indépendance financière qu'il m'a procurée jusqu'ici, à entretenir des idées très noires et à bloquer mon entourage parce que je fonctionne comme ça: mes problèmes, j'ai besoin de les ruminer dans mon coin jusqu'à ce que je leur trouve une solution. Il paraît que vers 3-4 ans, tous les jeunes enfants traversent une phase où ils veulent tout faire tout seuls; moi, ça ne m'a jamais passé. 

mardi 27 novembre 2018

Nos luttes secrètes





Je n'ai pas un caractère jaloux. Mais à l'ère d'Instagram, il est parfois difficile de ne pas fantasmer sur la vie de parfaits inconnus. Toutes ces filles jeunes et jolies qui passent leur temps à voyager dans le monde entier aux frais des compagnies aériennes ou des offices du tourisme en échange de quelques photos. Ou cette autrice de bédé française désormais installée à Brooklyn qui cartonne professionnellement, enchaîne les belles rencontres, a une super bande de potes et, de "souple comme Goldorak" quand elle a pris son premier cours de yoga, est devenue en à peine deux ans un bretzel humain récemment diplômé prof. 

mardi 20 novembre 2018

L'automne de l'angoisse 2/2





En septembre 2017, j'écrivais un billet pour me réjouir d'être, depuis un an environ, débarrassée de l'anxiété chronique qui m'avait longtemps pourri la vie en se manifestant pour l'essentiel sous forme d'hypocondrie.

Après ça, j'ai eu encore six mois de tranquillité environ. Puis mes crises d'angoisse ont réapparu, déclenchées par de tout autres causes mais toujours aussi suffocantes. Au lieu de me persuader que j'étais en train de mourir d'un cancer à la moindre petite douleur inexpliquée, j'ai commencé à flipper gravement pour l'état du monde d'une part et pour ma carrière d'autre part.

lundi 17 septembre 2018

La variable Mangkhut





Hier matin, je venais juste de me lever quand ma soeur m'a contactée par Messenger pour me demander quand on partait en Asie. C'est assez rare qu'elle vienne me parler sur les réseaux sociaux; du coup, ça m'a mis la puce à l'oreille. J'ai tapé: "Jeudi". Et dix secondes après: "Pourquoi?". Et vingt secondes après: "Y'a un problème?". J'ai attendu sa réponse quelques minutes en me disant: "C'est idiot, tu ne vas pas googler «cause annulation vacances en Asie cette semaine»" et en essayant de ne pas imaginer des horreurs. J'avais bien vu sur Twitter une courte vidéo d'un fils et son père jetés à terre contre un muret par le vent et un commentaire sur un typhon qui ne rigolait pas, mais mon cerveau n'a pas fait le rapprochement tout de suite. 

mercredi 1 août 2018

Le stress du voyage au long cours





Dans la nuit d'avant-hier, j'ai rêvé qu'en arrivant à l'adresse de notre hôtel à Singapour, on trouvait un carré de trottoir vide, un gros paquet de cartons pliés et des instructions de montage pour une "maisonnette cosy". Ce qui vous donne une petite idée de mon état d'esprit vis-à-vis de ce voyage en Asie dont je rêve pourtant depuis des années. 

mardi 8 mai 2018

Plaidoyer pour l'ennui





Je supporte très mal de n'avoir rien à faire. Les week-ends où je suis à Bruxelles et où Chouchou est bloqué à la maison par son boulot, je me creuse frénétiquement la tête pour dresser quand même une To Do List, dussé-je la remplir de trucs pas fun tels que "Ménage de la salle de bain" ou "Tri du placard à thé". Si je n'ai aucune activité sympa en vue, qu'au moins je mette mon temps à profit pour faire avancer le schmilblik en me débarrassant de quelques corvées. Je suis une excellente glandeuse, mais ma conception de la glande implique de pouvoir faire une petite croix à la fin - à côté de "Lire le dernier roman de Machin" ou "Tester le masque visage Truc", par exemple. Sinon, j'ai l'impression de perdre mon temps, de ne pas faire suffisamment compter chaque journée qui me rapproche de la mort. Déjà que je ne suis pas en train d'élever la prochaine génération ni de produire l'énergie renouvelable ultime ou de chercher un vaccin contre le cancer, il faut que je puisse justifier d'un accomplissement, même minuscule.

mercredi 11 avril 2018

Conseils à mon Moi futur pour surmonter le stress de ce printemps





Chère Moi de demain, des jours et des semaines qui vont suivre,

Depuis un mois, tu connais pas mal de déboires liés à la gestion de tes déplacements. Il y a d'abord eu la découverte que Chouchou s'était trompé en prenant vos billets de train pour Paris, environ une heure avant le départ. Puis la grève des cheminots qui, bien que tu la soutiennes absolument, t'a obligée à un gymkhana compliqué et stressant au possible, que tu devras recommencer au minimum le mois prochain. Par réverbération, tu as failli faire un malaise en payant les billets d'avion pour Hong Kong et Singapour et en imaginant tout ce qui pourrait merder d'ici fin septembre pour foutre en l'air ce voyage ruineux. D'autant que tu n'es même pas certaine d'avoir encore du boulot après fin mai (tu as de bonnes raisons d'espérer que tu trouveras quelque chose d'ici là, mais tu es du genre à ne pas considérer la peau de l'ours comme vendue avant d'avoir encaissé le chèque). A côté de ça, tu te retrouves cette année dans une situation fiscalement bâtarde qui t'oblige à payer tes charges sociales en double pendant 16 mois, qui t'a donné des sueurs froides en remplissant ta déclaration Agessa et qui t'en donnera de bien pires encore quand tu devras déclarer tes revenus de l'an dernier au Trésor Public d'ici début juin. 

Bref, nerveusement parlant, tu es au bout de ta vie. 

dimanche 5 novembre 2017

Où je surmonte mon angoisse de la foule pour assister (enfin) à un concert de Metallica




Il en a fallu des choses pour arriver au Sportpaleis d'Anvers ce vendredi 3 novembre 2017 aux alentours de 20h20. Il a fallu que, longtemps après que j'avais lâché l'affaire en raison du prix des places et des problèmes techniques du site le jour de la mise en vente, fin mars, Chouchou s'obstine à se connecter et réussisse à nous obtenir deux fauteuils qui me semblaient plutôt mal placés. Il a fallu décider si on louait une voiture pour rentrer à Bruxelles juste après le spectacle, ou si on prenait une chambre d'hôtel à Anvers pour y passer la nuit et profiter d'une journée sur place le lendemain. Il a fallu que j'ignore l'angoisse qui grandissait en moi à l'approche de la date fatidique: la foule m'oppresse de plus en plus en vieillissant, et difficile de ne pas penser à l'attentat de Manchester il y a quelques mois. Je refuse de laisser la peur m'empêcher de faire les choses dont j'ai envie, mais d'un autre côté, j'aime bien arriver à respirer normalement et ne pas me sentir au bord de l'attaque de panique pendant des heures d'affilée. 

mardi 5 septembre 2017

La fin de l'anxiété?




Si j'ai toujours été d'un naturel plus inquiet que la moyenne, c'est en 2008, suite au décès d'une amie atteinte d'un cancer, que j'ai commencé à souffrir d'angoisses aiguës. Assez vite, je me suis mise à faire des attaques de panique, et au bout d'un an, j'étais dans un état si pitoyable que j'ai dû accepter de me faire mettre sous anxiolytiques. Pendant six mois, j'ai dormi 12 heures par jour et été complètement abrutie le reste du temps; j'ai aussi bouffé comme quatre et pris dix kilos que je n'ai jamais réussi à reperdre par la suite. Mais je pense vraiment que sur le coup, ça m'a sauvée. J'ai bien fait de les prendre - et encore mieux fait de les arrêter dès que je m'en suis sentie capable. 

jeudi 13 octobre 2016

La nuit je rame




5h10. Une unique et brève sonnerie de l'iPhone de Chouchou me réveille en sursaut. Je suis sûre que cet appareil me hait et a secrètement juré ma perte. Son propriétaire, bien entendu, continue à ronflouiller comme un bienheureux. 
Incapable de me rendormir, je suis une fois de plus assaillie par les idées noires que je parviens si difficilement à maintenir à distance le jour. La nuit est un immense lac noir; je dérive au milieu et ne vois la terre ferme nulle part. 
J'essaie de me concentrer sur mon "happy place", mon "safe place", comme dans cet exercice préconisé par les thérapeutes. Depuis toutes les années où je m'y projette régulièrement, je n'ai toujours pas résolu la question du placement des fenêtres entre les rayonnages de livres (car bien sûr, mon "happy place", mon "safe place" est une bibliothèque), ni décidé si je mettais une baignoire à pieds dans la mezzanine ou pas. Cette nuit, je suis plutôt contre. Juste un bureau adossé à la balustrade et une banquette avec des coussins sous la baie vitrée. 
Mais je n'arrive pas à fixer les images dans ma tête. Toujours mon esprit revient à des cabinets de spécialistes, des appareils à IRM, des radios pleine de taches suspectes, des annonces funestes, la nausée la fatigue écrasante les cheveux qui tombent la dépendance pour tout la vie qui fout le camp sans qu'on parvienne à la retenir.
Lundi, ça fera quatre ans que mon père est mort. Et je ne peux même pas dire que c'est pour ça que je ne parviens pas à retrouver le sommeil. Mes nuits ressemblent à ça en février aussi. 
Depuis hier j'ai en outre cette angoisse sourde de mes finances qui s'annoncent catastrophiques jusqu'à la fin de l'année et peu brillantes en 2017. J'ai beau me dire que c'est juste de l'argent et que je trouverai toujours un moyen de me débrouiller, ça vient s'ajouter au reste. Surtout à 5h42 du matin. 6h10. 6h37.
Je ferais peut-être mieux de me lever, me préparer un thé, attaquer ma journée de travail de bonne heure. Faire quelque chose de positif au lieu de rester là à me battre immobile et en silence de la façon la plus stupide, la moins spectaculaire qui soit. 
Quand je rouvre les yeux, il est 8h40. J'ai réussi à grappiller encore deux heures de sommeil, et le soleil brille. Allons, il ne tient qu'à moi que cette journée soit réussie. 

mercredi 5 octobre 2016

Journal de santé mentale et physique, mode d'emploi


Plusieurs d'entre vous ont manifesté de la curiosité vis-à-vis du "Journal de santé mentale et physique" que j'ai commencé à tenir voici quelques semaines, et je leur avais dit que j'écrirais un article dès que j'aurais un peu de recul. Chose promise, chose due!

Au départ, il y a les fichues angoisses qui me pourrissent la vie depuis 2008, et qui sont essentiellement des angoisses de santé: la peur de tomber gravement malade et de ne pas m'en apercevoir assez vite pour pouvoir me soigner. Chaque gargouillis inexpliqué de mon estomac fait partir mon imagination en vrille, créant dans ma tête des scènes d'annonces funestes, de procédures médicales douloureuses, de déchéance physique et d'adieux larmoyants à mes proches. C'est très, très pénible à vivre. J'ai essayé différentes formes de thérapie,  ce n'est absolument pas mon truc, et les médicaments m'abrutissent d'une façon détestable (même s'il m'arrive encore d'y recourir ponctuellement, quand c'est ça ou me jeter sous un train pour arrêter de penser). 

Donc, je me suis faite à l'idée que j'allais devoir vivre avec ces angoisses et trouver des moyens de les gérer le mieux possible entre deux examens préconisés par mon docteur pour vérifier que, non, aucun crabe n'est en train de me grignoter la plomberie. J'ai repéré que je flippais moins quand il faisait beau - on a toujours l'impression qu'il ne peut rien arriver de grave sous le soleil! - et surtout quand j'étais occupée à des choses qui m'intéressent. Mon cerveau n'est pas du tout multitâches; ou il apprécie ce que je suis en train de faire, ou il rumine des idées noires, jamais les deux en même temps. C'est l'une des raisons pour lesquelles je multiplie les activités, les sorties, les voyages et les objectifs, et pour lesquelles je m'intéresse tant à la pensée positive et notamment à la pleine conscience. 

Mais tout cela ne suffit pas. J'ai passé un printemps horrible cette année, et depuis fin août mes angoisses sont de nouveau très présentes. Alors, j'ai imaginé un outil qui me permettrait de repérer les facteurs aggravants et, a contrario, ceux qui m'aident à atténuer les crises. Dans un premier temps, j'ai décidé de cataloguer mes humeurs. En me basant sur le modèle du dessin animé "Inside out" ("Vice-versa" en VF), j'ai déterminé quatre grandes catégories dans lesquelles ranger mes émotions dominantes, et je leur ai attribué une couleur:
- ROSE pour les émotions positives: joie, bonheur, excitation, sérénité, mais aussi satisfaction tranquille (ce que je qualifierais d'humeur C+)
- BLEU pour les émotions négatives douces: ennui, nostalgie, tristesse, mais aussi insatisfaction tranquille (humeur C-)
- ROUGE pour les émotions négatives violentes: colère, irritation, frustration
- NOIR pour les angoisses et les douleurs physiques fortes (qui ne sont pas une émotion mais qui m'empêchent de ressentir quoi que ce soit d'autre)

Chaque soir, je me suis mise à résumer mon humeur du jour en pourcentages matérialisés par des petites cases d'un carnet à carreaux, sur le principe: une case = 10%, et en rangeant toujours les couleurs pertinentes dans l'ordre ci-dessus plutôt que dans l'ordre chronologique à l'intérieur de la journée, parce que ça permettait d'avoir une vue globale plus claire (mais peut-être que l'ordre chronologique m'aurait permis de me rendre compte que je suis plus vulnérable à certains moments de la journée... je ne sais pas, j'invente mon outil de travail au fur et à mesure!). Pour les mois de juillet et août, ça a donné ça:





A la fin de l'été, une fois mon système de Moodmapping (cartographie des humeurs) rôdé, j'ai décidé de prendre en compte tous les facteurs qui me semblaient susceptibles d'avoir une influence négative ou positive sur la survenance de mes angoisses. Pour l'instant, la liste est la suivante:
- W (travail): le nombre de pages que j'ai traduites ce jour-là, le R entouré d'un cercle indiquant une activité de relecture.
- L (Lutényl): les hormones que je prends pour soigner mon endométriose, selon un cycle identique à celui de la pilule contraceptive, soit avec une semaine d'arrêt par mois
- S (santé): les petits bobos du quotidien - M pour une migraine, V pour des maux de ventre, T pour des tremblements...
- C (compléments alimentaires): je prends pour l'instant de la vitamine D une fois par mois, et je tente actuellement une cure de magnésium qui semble avoir presque supprimé mon problème de tremblements; si le fait d 'avoir diminué ma consommation de thé ne suffit pas à remédier à ma légère anémie actuelle, j'ajouterai peut-être des comprimés de fer
- M (médicaments): les seuls que je prends occasionnellement sont du Xanax et du Doliprane
- T (thé) : nombre de tasses bues dans la journée, depuis que mon anémie a été détectée
- F (fitness): mes activités physiques autres que la marche - pour l'instant, juste de l'aerial yoga, mais ça peut évoluer
Et en bas de page, je note tout ce qui a trait à mon suivi médical puisque mes angoisses portent sur ma santé. Pour le mois de septembre, voici ce que ça donne:




J'étais toute fière de ma petite invention, me disant que si j'avais eu cette idée à l'époque où je souffrais d'insomnies, j'aurais peut-être repéré bien plus vite les facteurs qui m'aidaient à m'endormir dans un délai raisonnable! Puis je suis tombée sur cet article et je me suis rendu compte que quelqu'un d'autre avait eu sensiblement la même idée avant moi. Oh well.

samedi 14 mai 2016

Les moulins à vent





Je ne voudrais pas m'avancer, mais je crois que la crise d'angoisse qui m'a pourri la vie ces derniers mois est terminée. J'avais eu une semaine de répit au moment de la visite de ma soeur à Bruxelles avant de rechuter assez sévèrement, mais là, je sens que je tiens le bon bout. Je n'ai plus mal au ventre et je retrouve le recul lucide qui avait totalement disparu depuis mi-février. Jeudi, j'ai même annulé le rendez-vous que j'avais pris avec mon généraliste pour lui réclamer des examens et/ou des anxiolytiques dignes de ce nom. 

Je ne suis pas certaine que quiconque se soit rendu compte à quel point j'allais mal. Les jours les plus difficiles, je n'osais pas prendre le métro parce que j'avais des visions de moi en train de me jeter sous un train juste pour que ça s'arrête. Je n'avais aucune envie de mourir, mais je n'en pouvais plus d'être enfermée dans ma tête avec toutes ces pensées qui me torturaient. Sauf qu'à l'extérieur, je me comportais normalement. Je ne pleurais pas; je ne restais pas prostrée. Bon, j'étais encore plus asociale que d'habitude et pas très loquace même à la maison, mais mon boulot était fait, mes corvées administratives et ménagères aussi. Je suis anxieuse, pas dépressive. Assurer le quotidien quoi qu'il arrive, c'est le seul moyen que je connais de ne pas me laisser couler. Quand je bosse sur un texte, mes idées noires sont suspendues pour quelques heures. Du coup, je suis extrêmement productive dans mes périodes de grande détresse. 

Et je n'en parle pas, ou très peu. Pourquoi faire? Ca ne me soulage pas, au contraire: ça donne encore plus de réalité à mes fantasmes morbides, et ça inquiète mon entourage. Même face à mon médecin, je n'arrive pas à mettre en mots le mal qui me ronge, ou plutôt, je n'arrive pas à prononcer ces mots. J'ai beau savoir que mon anxiété atroce n'est pas un défaut de ma volonté ou un signe d'auto-complaisance outrancière, je n'arrive pas à me défaire d'une honte paralysante vis-à-vis d'elle. Je mène une vie de super-privilégiée. Je n'ai AUCUNE raison de me plaindre. Si j'en avais, sans doute mon angoisse irrationnelle n'aurait-elle pas la place de se développer: je serais bien trop occupée à m'inquiéter pour des raisons concrètes, à lutter contre de vrais problèmes. Mes idées noires, c'est un peu comme les moulins à vent de Don Quichotte, un adversaire qui n'existe que dans mon imagination. J'ai fini de me battre contre eux pour cette fois. Mais je sais qu'ils reviendront.

jeudi 5 mai 2016

Une envie de légèreté





Ca fait maintenant presque trois mois que je suis en crise d'angoisse quasi-permanente, et je n'en peux plus. J'ai pris différents rendez-vous médicaux pour éclaircir une bonne fois pour toutes la raison des maux de ventre légers mais permanents dont je souffre depuis mi-février, et qui me font travailler l'imagination dans un très mauvais sens. Je sais que mes angoisses s'envoleront dès qu'on m'aura confirmé que je n'ai rien de grave - et si j'ai vraiment quelque chose, ma foi, plus tôt je le saurai, mieux ça vaudra. 

A côté de ça, mon moral plombé a soif de légèreté dans tous les domaines.

Physiquement - j'ai failli faire une crise cardiaque la dernière fois que je me suis pesée. J'ai repris tout le poids péniblement perdu l'année dernière, plus un chouïa... Donc, à partir d'aujourd'hui, je refais un 30 Day Shred et je remplace mon repas de midi par un shake Milical au chocolat. L'année de mes 30 ans, j'avais perdu 12 kilos grâce à eux; je trouve ça plutôt bon si on le prépare avec du lait écrémé plutôt qu'avec de l'eau; c'est suffisant pour me rassasier jusqu'au soir, et le gros avantage, c'est que ça m'évite de me casser la tête pour savoir ce que je vais me faire à manger au déjeuner. 

Matériellement - je viens de faire un tri dans ma penderie et d'en sortir une quinzaine d'articles encombrants, dont quatre paires de chaussures et trois manteaux. Samedi, nous les porterons à la bulle à vêtements. Nous irons aussi à la déchetterie vider les brols qui encombrent la cave et le carton qui traîne à l'entrée de notre tout petit appartement depuis... 2 ans? 3? Et un de mes objectifs du mois consiste à réduire ma PAL de moitié. Après ça, un bon gros nettoyage de printemps s'imposera. 

Moralement - j'évite les sites d'actualité. Je n'en peux plus des exactions commises par la police, du sort ignoble réservé aux migrants, des lanceurs d'alerte traités comme des criminels pendant que les fraudeurs fiscaux continuent à sévir sans être inquiétés, du réchauffement climatique dont le niveau devient chaque jour plus alarmant. Pour l'instant, je donne dans la vidéo de pandas et les Instagram de hérissons. 

Professionnellement - je suis en surcharge de travail depuis début décembre dernier. Le ras-le-bol me guette, et je n'ai ni envie ni besoin de passer dans la tranche d'imposition supérieure parce que j'aurais gagné "trop" d'argent durant ce premier semestre. Alors, je termine le bouquin sur lequel je suis en train de bosser, je torche une grosse bédé vite fait et je me prends tout le mois de juin pour décompresser et m'attaquer à deux-trois projets persos qui me tiennent à coeur. 

Rien que d'avoir un plan d'action, je me sens déjà mieux!

jeudi 14 avril 2016

Choses qui aident (un peu) à lutter contre l'angoisse




Le beau temps: mon moral est toujours directement correlé à la température et à la quantité de lumière. Je sais bien que c'est idiot, mais les catastrophes me semblent moins probables sous le soleil. Là, je bénis le retour du printemps et le passage à l'heure d'été qui nous a permis hier de dîner en ville et de rentrer à pied avant le coucher du soleil. 

Un bouquin dans lequel je m'absorbe complètement: soit quelque chose de très feel good, comme le Jenny Colgan que je suis en train de lire, soit un truc palpitant avec une intrigue de ouf que je dois me concentrer pour démêler. 

Un verre de vin avant le dîner. Un cocktail, c'est bien aussi. Evidemment, il ne faut pas forcer sur la dose sous peine d'obtenir l'effet contraire!

Les exercices de cohérence cardiaque: il faut absolument que je rachète un capteur car le nôtre est cassé, et c'est vrai que ça n'est pas bon marché, mais c'est sans aucun doute LE truc qui fonctionne le mieux pour moi hormis...

Le travail: non seulement mes angoisses ne m'empêchent pas de bosser, mais elles me rendent archi-productive, car me concentrer sur ma traduction en cours (ses difficultés, ses inepties) est un moyen hyper efficace de ne pas ressasser les idées noires. Résultat, les périodes où je meurs un peu dans ma tête à chaque minute sont celles où mon compte en banque est le mieux garni. 

Une autre obsession: j'ai découvert qu'il m'est possible de remplacer un bruit de fond mental par un autre. En ce moment, donc, je me concentre sur le concept "bouger le plus possible, manger le moins possible" (dans des limites raisonnables).

Certains anxiolytiques: pas le Stresam dernièrement prescrit par mon médecin, hélas, qui ne me fait aucun effet même en doublant la dose prescrite, mais j'ai le souvenir que l'Alprazolam (du Xanax, quoi) était très efficace. 

Faire de l'exercice: ouais, je déteste l'admettre, mais même si je n'ai jamais fait l'expérience du fameux pic d'endorphines censé rendre accro au sport, faire travailler mes muscles et transpirer un bon coup me donne l'impression d'être forte et physiquement capable; ça m'inspire confiance en mon corps et en sa capacité à lutter contre les vilaines maladies.

Avoir des projets à court terme enthousiasmants: les projets à long terme n'aident pas beaucoup - trop de facteurs source d'anxiété pourraient les faire dérailler. En revanche, je vais probablement survivre jusqu'à la visite de ma soeur et sa famille, la semaine prochaine, puis au week-end d'anniversaire de Chouchou, et je m'en réjouis d'avance. 

Se moquer de soi: ma grande spécialité. Formuler mes craintes sous une forme ironique dégoulinante d'humour noir m'aide à les considérer sous un angle vaguement plus rationnel. (Inconvénient: les gens se disent que si j'arrive à en plaisanter, c'est que je ne vais pas si mal, alors que je serais capable de le faire sur mon lit de mort.)

jeudi 7 avril 2016

Tabou




L'autre jour, j'ai profité d'une visite de routine chez mon généraliste pour me faire prescrire un anxiolytique léger (du Stresam). Je n'ai même pas eu à me justifier: je suis sa patiente depuis presque quinze ans, il connaît mon histoire et sait que je ne réclame jamais rien à moins d'en avoir réellement besoin. J'ai fait en début de trentaine un léger épisode dépressif dont je me suis sortie seule, mais avec beaucoup de difficulté. Plus tard, mes problèmes d'insomnie ont commencé à avoir un impact tellement négatif sur toute ma vie que j'ai accepté de prendre des somnifères. Ca a duré deux ou trois ans, et même si j'ai fini par arrêter à cause de la perte de ma mémoire à court terme qui me faisait sévèrement flipper, ça m'a bien aidée à remettre de l'ordre dans mon sommeil - et depuis, je n'ai plus de problèmes de ce côté-là. Même chose vers 2009 au plus fort de mes attaques de panique, quand j'ai dû me résoudre à prendre un traitement médicamenteux (ironiquement, des anti-dépresseurs, parce que la dépression et l'anxiété émanent du même endroit et se traitent avec les mêmes armes chimiques). Ca a duré six mois pendant lesquels j'ai dormi seize heures par jour et me suis empiffrée les huit autres. J'ai pris dix kilos que je n'ai jamais reperdus et arrêté les cachets le plus vite possible. Malgré ça, je ne peux nier qu'ils m'ont tirée des sables mouvants dans lesquels j'étais en train de m'enliser. 

Est-ce que ça fait de moi une personne faible? Je le croyais à l'époque, et j'en concevais une honte immense. Depuis, j'ai étudié le fonctionnement du cerveau et des neurotransmetteurs, ce qui m'a appris que toute la volonté du monde ne peut rien contre un déséquilibre chimique. Ce n'est pas faute d'avoir cherché des solutions ailleurs que dans une pharmacie. Les plantes n'ont aucun effet sur moi (une sorte d'anti-effet placebo, je présume - je ne crois pas à leur efficacité, donc en effet, elles ne marchent pas!). Le yoga, la méditation, la cohérence cardiaque me permettent désormais de ne pas laisser mes angoisses escalader jusqu'à l'attaque de panique, ce qui est n'est déjà pas si mal. Ils ne résolvent hélas pas le problème de fond. D'ailleurs, d'après cet ouvrage des plus exhaustifs, on ne connaît aucun moyen réellement efficace de traiter l'anxiété. Il existe toute une panoplie de thérapies comportementales, mais outre leur durée, elles ne sont pas forcément fructueuses. Alors, malgré les effets secondaires (souvent pas anodins, bien que variables d'un individu à l'autre), je ne vois pas pourquoi on ne recourrait pas aux médicaments quand on estime en avoir besoin. Il me semble pourtant que ça reste quelque chose de tabou, incompréhensible pour les gens qui ne souffrent d'aucun trouble dépressif ou anxieux et ne peuvent s'empêcher de penser que, quand même, il suffirait de se mettre quelques bons coups de pied dans le fondement. Je le sais, parce que j'étais comme eux autrefois. La vie a parfois de drôles de façons de vous enseigner l'humilité. 

vendredi 11 mars 2016

La thérapie par les livres




Après un début d'année apaisé et plein d'énergie, voilà maintenant trois semaines que je me débats contre une des plus longues crises d'anxiété de ma vie. Pas une des pires, heureusement, car j'ai appris à mettre une certaine distance entre moi et mes angoisses, à reconnaître leur nature irrationnelle et à refuser qu'elles m'entraînent dans un puits sans fond. Quand elles menacent de me submerger, je me concentre sur ma respiration, et le reste du temps, je me force à occuper mon cerveau pour ne pas lui laisser la possibilité de partir en vrille. A cet égard, je suis très très contente de bosser actuellement sur le dernier Claire North: la quantité de recherches à effectuer pour ne pas raconter de bêtises, l'attention à porter à un style qui échappe souvent aux conventions grammaticales et typographiques m'empêchent de penser à autre chose pendant mes heures de travail. 

Le reste du temps, je lis. Déjà une demi-douzaine de romans et autant de bédés depuis le début du mois. Pendant ma pause-déjeuner, s'il fait beau, je me vautre sur mon lit dans une flaque de lumière; sinon, je monte le thermostat à 23° et je me réfugie dans notre petit bout de couloir, sur un coussin de méditation qui n'a jamais servi à autre chose car je déteste avoir quelque chose sous les fesses quand je suis en tailleur. Le dos calé contre le radiateur brûlant, je tends mes jambes presque à la verticale contre la porte de placard d'en face - c'est toujours ça de gagné sur mes assouplissements - et je me perds dans ma lecture jusqu'à ce que vienne 14h et le moment de me remettre au boulot. 

Le soir, après avoir regardé une série télé en mangeant, je range la vaisselle sale dans le lave-vaisselle et je file au lit à 21h30. Le bonheur de se glisser sous la couette est toujours intact. Comme j'ai du mal à fixer mon attention très longtemps désormais, je change de bouquin tous les trois quarts d'heure environ. Hier soir, j'ai entamé "Billy Brouillard: le chant des sirènes" qui traînait dans ma PAL depuis presque 3 ans, terminé "Un hiver long et rude" dont je n'ai pas aimé la fin, survolé la deuxième partie d'"Anxiété" qui se révèle vraiment trop long et pas mal chiant, abandonné "The sweetness at the bottom of the pie" que je traînais depuis trop longtemps. Aujourd'hui, je reçois le roman précédent de John Ironmonger dont je viens de dévorer "Sans oublier la baleine", et je me réjouis d'avance à la perspective de le commencer. La lecture, c'est ma thérapie à moi: ça ne coûte pas moins cher, mais ça m'épargne la perspective honnie d'aller raconter ma vie à un inconnu. 

vendredi 26 février 2016

La nuit le jour




La nuit je ressasse les événements négatifs de la journée
je les monte en épingle
je les pousse jusqu'à leur conclusion la plus improbable et la plus extrême
je me ratatine devant des visions de futur en ruines
des corps en miettes après un accident de voiture
un autre qui se balance sous une poutre
des radios couvertes d'essaims de taches
un toit qui s'effondre 
le monde qui se dérobe sous mes pieds
les murs qui se referment sur moi
et je suffoque en silence toute raide dans le noir

La journée je m'agite pour ne pas penser
je travaille beaucoup je suis très très productive
je fais de l'humour noir parce qu'il faut bien en plaisanter
je remplis mon agenda un apéro un resto un brunch
je mijote des échappées et des petits plats
je coche les tâches accomplies une par une
(avec une certaine satisfaction)
je relativise je me raisonne
mon cerveau rationnel reprend vaguement le dessus dans la lumière
j'inspire j'expire j'inspire j'expire
je suis là dans le présent ignorant la minuscule douleur persistante
les indicateurs au rouge
les signes avant-coureurs de catastrophe
qui n'existent peut-être que dans ma tête
je suis un membre fonctionnel de la société

Puis la nuit revient. 

lundi 22 février 2016

Toulon sous hypocondrie




10h45, arrêt Champ de Mars. Ce n'était pas une idée fabuleuse de lire dans le bus; j'ai mal au coeur maintenant. Le rayon téléphones fixes de la Fnac fait 12 cm de large et propose royalement 6 modèles, mais bon, il faut vraiment que je remplace le mien. Puisque je n'ai pas encore réussi à voir "Les délices de Tokyo", achetons le roman dont est tiré le film: ça fera une occasion supplémentaire de grommeler "Le livre était mieux". Comment ça, ma Visa perso n'est pas dans mon portefeuille? Panique. J'ai dû l'oublier chez mon caviste hier après-midi, mais comment vérifier sans attendre, vu que je n'ai pas de smartphone et ne connais pas le numéro des renseignements de mon opérateur mobile? Idée géniale: son numéro doit figurer sur la carte de fidélité du magasin. ...Qui est rangée bien sagement dans mon porte-cartes de fidélité, sous ma Visa perso que j'ai mise là par erreur en quittant le magasin. Ouf!

Etam n'a pas les shortys Gala que j'affectionne, mais je craque pour une paire de pantoufles lapins et rachète une culotte ventre plat sauveuse de silhouette. La parapharmacie de Mayol ne fait pas la marque Jonzac. Par contre, Boutique 112 a un bol à lunettes rouges, on dirait exactement moi! Remonter le cours Lafayette en passant entre les étals du marché plutôt que sur les côtés, malgré le nombre impressionnant de dames à fichu et caddie qui avancent à la vitesse d'escargots neurasthéniques. C'est l'un des endroits qui me rappelle le plus mon père, même si je ne me souviens pas l'avoir jamais accompagné quand il venait y faire les courses le week-end avec le grand panier en osier. Le stand d'olives embaume. Tout me fait envie, y compris les fleurs (des jonquilles!), mais je me vois mal les trimballer jusqu'à ce soir. Passage à la Vie Claire pour dépenser le bon d'achat gagné sur Facebook, et chez Contrebandes dont je ressors avec trois petits livres jeunesse.

Arriver à la Fabbrica di Marco, faire la bise à tout le monde, me poser à une petite table et entamer "Mrs. Bridge" en attendant l'arrivée de mes conchiglioni au four - une tuerie. "Comment tu fais pour ne pas avoir doublé de volume à cause de ta propre cuisine, Marco?" Soupir de l'intéressé: "Je fais beaucoup de sport". Moi je n'en fais pas en ce moment, mais je me laisse quand même tenter par une panacotta au limoncello et son coulis de fraises fraîches en dessert. Faut pas que je trébuche en sortant, sinon je vais rouler jusqu'au bas de la rue... Dans la nouvelle boutique de déco un peu plus haut, craquer pour une assiette rouge en forme de poisson qui fera joli sur Instagram (oui, j'ai honte). La Poste Liberté ferme maintenant à 12h15 le samedi; l'envoi en recommandé du courrier incendiaire à ma banque attendra donc lundi. La parapharmacie du Palais ne fait pas non plus la marque Jonzac, damn!

Jetons un coup d'oeil à l'expo Jacqueline Salmon. Je n'étais jamais entrée dans l'Hôtel des Arts, c'est vraiment très beau. Tous ces petits traits pour visualiser le vent ont dû prendre des jours et des jours à tracer - enfoncé, Boulet. En arrivant au premier étage, où sont exposés les portraits de Toulonnais, la première photo que je vois dans la grande salle du fond face à moi, c'est justement celle de... Marco, mon restaurateur préféré. Il a pour voisins une femme capitaine de frégate, plein de Maghrébins, un professeur de japonais, une étudiante géorgienne, une mendiante sans doute éthiopienne mais l'artiste n'est pas sûre, une fille aux cheveux bleus, des piliers de terrasse de café, je me réjouis de venir d'une ville à la population aussi mélangée.

Quand je ressors, il est à peine 14h15 et je suis pleine comme une outre, je ne vais quand même pas aller me poser au salon de thé. Au Chantilly juste pour boire un verre, alors. Le serveur esquisse une ébauche de sourire et a un ton aimable pour une fois: ça doit être à cause du soleil et du ciel si bleu. Je devrais être hyper détendue, mais pas de bol, la semaine a été extrêmement angoissante et je n'arrive pas à sortir de mon tourbillon de pensées noires. Je promène mon regard sur les pages de mon livre, mais ce que je vois, en fait, c'est moi en train de dire adieu à tous mes proches après un diagnostic de cancer généralisé, six mois à vivre, autant zapper la chimio et en profiter jusqu'au bout, mes larme coulent dans mon thé glacé trop sucré, putain d'hypocondrie qui ressort chaque fois que je stresse, c'est comme un gouffre qui m'avale, j'ai l'air d'être là, je réponds aux questions, je souris, je plaisante alors qu'en fait, je suis en train d'escalader des parois vertigineuses du bout des ongles.

Je finis par ressortir pour descendre la rue d'Alger. J'entre chez Naf-Naf un peu au hasard, m'approche des blousons en cuir parce que mon perf' Mango commence à vomir du fil de fer sur les bords et ne sera bientôt plus présentable. "Ils sont tous à 129€ en ce moment", m'annonce une vendeuse. En pilote automatique, j'essaie celui que me plaît, les manches du 40 me serrent trop les bras, par contre le 42 va bien (mais me vexe). Au Carré des Mots, je discute avec la vendeuse de René Frégni, un de ses amis écrivains dont je voulais acheter le dernier roman - mais il ne lui en restait qu'un exemplaire qu'elle a vendu hier. Tant pis. En remontant vers le boulevard de Strasbourg, j'ai l'idée de m'arrêter à la nouvelle parapharmacie Lafayette sur la place du théâtre: non seulement ils sont encore moins chers qu'à celle du Palais, mais ils font Jonzac, victoire!

16h15. Il est encore tôt mais je ne profite de rien, là, je vais plutôt rentrer. Rhâââ, mon bus qui arrive à l'arrêt Liberté alors que je suis encore sur la chaussée d'en face! Si le feu passe au rouge, je peux l'attraper... Le feu ne passe pas au rouge, et le prochain bus est dans 35 mn. Je remonte vers la gare: pour une fois, je vais m'offrir le TER qui me déposera à Monpatelin pile à l'heure où le prochain bus quitte la gare routière de Toulon, ça m'économisera presque une heure (et un nouveau mal au coeur). De toute façon, en ville ou à la maison, il n'y a que le décor qui change - moi, je suis ailleurs, prisonnière de mes angoisses.

mercredi 25 novembre 2015

Parfois, juste un peu, ça compte vraiment beaucoup




Franchement, je m'étais préparée à me retrouver coincée à Bruxelles. Ou alors, à atteindre Toulon, mais avec trois heures de retard. Et je me serais encore estimée heureuse d'arriver vivante et en un seul morceau. 
Ouais, j'ai beau crâner et faire comme si de rien n'était, je suis légèrement traumatisée par les attentats de Paris et le lockdown bruxellois. Ca fait dix jours que je dors super mal et que je passe mon temps éveillée à imaginer des scénarios catastrophe tous plus horribles les uns que les autres. J'arrive à me faire chialer toute seule, c'est d'une connerie...
Bref. Hier matin, je me suis pointée à la gare du Midi une heure avant le départ de mon train, tellement je m'attendais à ce que ce soit un bordel innommable. 
En fait, les halls étaient quasiment déserts. Il y avait plus de policiers et de militaires que de passagers. Pour la première fois, j'ai mis environ quinze secondes à acheter mon sandwich chez Panos au lieu des dix minutes habituelles. J'ai fait un bisou à Chouchou (qui m'avait accompagnée en voiture, vu que le métro ne circulait toujours pas) en essayant de ne pas écouter la petite voix dans ma tête qui me disait: "Si ça se trouve, c'est la dernière fois que tu le vois". Je lui ai fait promettre de m'envoyer des petits mots toute la journée pendant mon absence. Puis il est parti. J'ai montré mon titre de transport, ma pièce d'identité, ouvert mon sac et ma valise, remercié les agents pour leur service, et je me suis retrouvée avec trois quarts d'heure à tuer avant l'heure officielle de départ de mon TGV. 
Je crois qu'il s'est ébranlé avec deux minutes d'avance. 
Pendant tout le début du trajet, j'étais super crispée. Je me disais: "S'il se passe quoi que ce soit, tu es cuite. Aucun moyen de t'échapper ou de te planquer." Dans ma paranoïa, j'ai recensé les enfants de ma voiture (seulement deux, moins de 5 ans pièce à vue d'oeil), et calculé que si on entendait tirer à l'autre bout du train, en faisant très vite, on avait juste le temps de les cacher derrière les valises dans les nouveaux porte-bagages au sol pour qu'eux au moins soient sauvés. 
C'était riant dans ma tête, je vous raconte même pas. 
(Ah si, en fait, je suis en train.) 
(En train. Ha ha.)
(Humour ferroviaire.)
Comme Bruxelles puis Paris s'éloignaient, j'ai commencé à me détendre un peu. Je suis allée au wagon-restaurant me chercher un Earl Grey et une mousse au chocolat au prix de la truffe blanche. J'ai lu un premier roman qui connaît un très gros succès en librairie, et que j'ai trouvé pas terrible. J'ai repéré, dans le carré en diagonale à mon siège, un jeune couple qui voyageait avec un British Shorthair bleu de cinq ou six mois à vue de nez, terriblement mignon. J'ai été prise d'une folle envie de l'enlever et de m'enfuir en courant avec, mais j'ai résisté. J'ai entamé un second roman que j'ai tout de suite adoré, et dont j'ai dévoré les 250 premières pages. 
Un peu après Marseille, mon téléphone a sonné. C'était Seb et Gaby. "On est dans le centre de Toulon, tu veux qu'on vienne te chercher pour t'emmener chez toi en voiture?" J'ai dit: "C'est gentil, mais vous êtes sûrs que ça ne vous dérange pas?" "Mais non enfin, avec tout ce qui se passe en ce moment!". J'ai accepté avec gratitude.
Pour la première fois en trois ans, mon TGV est arrivé à l'heure à la gare de Toulon. Et un quart d'heure plus tard, Gaby me déposait chez moi avec environ une heure et demie d'avance sur mon horaire habituel. J'ai remercié tout plein. 
Et je me suis dit qu'au milieu de toutes ces horreurs, il restait une multitude de petits miracles comme celui-là. Les miracles de la solidarité, de la bienveillance, de l'amitié, de l'entraide. Des mains spontanément tendues dans le noir, qui chassent les ténèbres juste un peu. 
Mais parfois, juste un peu, ça compte vraiment beaucoup.