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dimanche 29 septembre 2019

Les cinq langages de l'amour




Toujours à la recherche d'outils pour améliorer la communication dans mon couple, je suis tombée cette semaine sur un livre très intéressant appelé "The 5 languages of love" - en français, avec une couverture superbement cucul qui ne m'aurait pas du tout donné envie à elle seule: "Au coeur des 5 langages de l'amour : Le secret des couples qui durent". Oeuvre d'un pasteur baptiste qui travaille également comme conseiller conjugal, il ne date pas d'hier puisqu'il a été publié en 1992, mais j'ai trouvé qu'il développait une classification très pertinente.

mardi 27 août 2019

L'amour est un choix




Il est des couples dont les partenaires sont très en phase quand ils se rencontrent. Mais au fil du temps, ils évoluent dans des directions différentes, finissant par s'éloigner l'un de l'autre jusqu'à la rupture. 

Mon amoureux et moi suivons le chemin inverse. Tout nous séparait lorsque nous avons décidé de faire connaissance "en vrai". Plus de mille kilomètres à vol d'oiseau entre son domicile et le mien, déjà. Une frontière, fût-elle européenne. Et puis il n'était pas DU TOUT mon genre, ni physiquement, ni au niveau du caractère. J'aimais les grands bruns solides et taiseux; il était chauve, de taille moyenne, avec un coeur de pâquerette et un tempérament ultra démonstratif. Au mieux, j'attendais une brève aventure qui m'aiderait à oublier le Chacal Jaune, alias mon ex. 

jeudi 5 janvier 2017

Dix ans, c'est mieux que dix jours, dix semaines ou dix mois


Plus jeune, je croyais que j'aurais beaucoup de mal à me passer, un jour, de l'effervescence d'un nouvel amour. La tempête d'hormones. La découverte de tant de points communs, et aussi de différences excitantes. Le sexe partout, tout le temps. Les conversations passionnées jusqu'à pas d'heure. L'impression d'être tout le temps ivre sans avoir bu une goutte d'alcool. La création d'une bulle pour deux. Les perspectives d'avenir vertigineuses.

Mais la tempête d'hormones finissait toujours par se calmer (ce qui était heureux pour ma productivité). Les différences excitantes commençaient à me faire grincer des dents. Le silence s'installait peu à peu pendant les repas. Le futur devenait angoissant plutôt qu'excitant. Suivant! 

En tout honnêteté, je ne comprenais pas qu'on puisse passer sa vie avec quelqu'un sans finir par s'ennuyer sévèrement. Malgré quelques très beaux exemples contraires autour de moi, j'avais l'impression que la plupart des couples restaient ensemble pour les enfants, par habitude, sens du devoir ou peur de la solitude... Bref, rien qui me parlait vraiment. 

J'ai eu deux relations sérieuses avant l'âge de 35 ans et dès le début de chacune d'elles, mon instinct me disait que c'était une mauvaise idée. Un Catho de droite qui voulait quatre enfants et une femme qui ne la ramenait pas trop parce que c'était lui le chef de famille même si je bossais alors que lui non? Un militaire sportif qui détestait la ville, n'ouvrait jamais un bouquin et accessoirement était à deux mois de se marier la première fois qu'il a couché avec moi? Rétrospectivement, c'est assez risible. (D'ailleurs, j'en ris. Ah ah.) 

Quand j'ai rencontré Chouchou, je voulais juste du sexe tout sauf une troisième relation sérieuse. De toute façon, ce n'était absolument pas mon genre d'homme. Moi, je les aimais grands, chevelus et si possible vivant dans le même pays. Comme de toute évidence, je n'ai pas la moindre idée de ce qu'il me faut en amour, je suis toujours avec lui dix ans plus tard, et très heureuse même si notre relation a aussi traversé son lot d'orages et eu à négocier pas mal d'écueils en chemin. 

Aujourd'hui, je peux dire une chose: si on a bien choisi, être avec quelqu'un depuis dix ans, c'est vachement mieux qu'être avec lui depuis dix jours, dix semaines ou même dix mois. Bien se connaître et avoir tant de souvenirs communs, de mon point de vue, ça dépasse largement la fameuse effervescence des débuts. Ce qu'on perd en intensité superficielle, on le gagne dix fois en profondeur et en solidité. Je ne me sens pas immunisée contre le risque d'une rupture, mais notre couple m'apporte bien davantage de satisfaction aujourd'hui qu'aux premiers jours. 

J'aime que Chouchou ait connu mon père, qu'il sache d'où viennent certains de mes traits de caractère et de mes névroses. Il me dit qu'il aime que je n'aie pas connu le sien, et ça me rend un peu triste pour lui - mais d'un autre côté, je comprends. J'aime que notre relation ait l'âge de Darklulu et qu'elle grandisse en même temps que lui; ça fait un chouette point de repère. J'aime que mes neveux ne se souviennent d'aucun autre "oncle" que lui. J'aime qu'à force d'aller voir ma famille à Toulouse, on ait nos petites habitudes même là-bas. 

J'aime qu'on se trouve toujours aussi drôles mutuellement, alors qu'à la base on n'a pas le même style (je tends plutôt vers le sarcasme et lui vers l'absurde) ni les mêmes références culturelles. Petit à petit, on déteint l'un sur l'autre et on se crée un humour du troisième type qui n'appartient qu'à nous. J'aime le répertoire de private jokes plus ou moins foireuses qu'on s'est constitué au fil des ans, et qui continuent à nous faire hurler de rire à une heure de la nuit où on devrait déjà dormir depuis longtemps vu qu'il y a école le lendemain. J'aime que la conversation entre nous ne se soit jamais tarie, même si nos opinions divergent sur presque tout. J'aime que lorsqu'un silence s'installe, il soit confortable et qu'aucun de nous deux n'éprouve le besoin de le combler juste pour le combler. 

J'aime quand on parle de nos voyages passés et qu'on prépare les prochains. Depuis le temps, on a repéré ce qui fonctionne bien pour nous. On sait qu'on préfère les appart' Air B n B aux chambres d'hôtel et les  cantines locales aux "vrais" restos, qu'il réussira à m'entraîner dans un musée d'art moderne ou contemporain, que je rouspèterai pendant toute la visite et que ça le fera beaucoup marrer, qu'il verdira un peu s'il y a des turbulences pendant le vol et que je ne mettrai pas les pieds sur un bateau à moins d'avoir été droguée et ligotée. On se souviendra toujours du froid qu'il faisait en juin dernier à Edimbourg, des escape game géniaux à Budapest, du voisin qui écoutait de la musique baroque plein pot jusqu'à une heure du matin à Venise, des fabuleux fish and chips mangés à Reykjavik, des piqûres d'araignée récoltées à Fushimi Inari près de Kyoto. 

J'aime qu'on ait fini par apprendre à ne pas appuyer sur nos mauvais boutons respectifs. Il sait que ça ne sert à rien de me pousser à adopter rapidement des innovations technologiques parce que je résiste toujours fort et longtemps. Je sais que ça ne sert à rien de lui parler pendant qu'il est occupé à autre chose ou de le harceler pour qu'il range ses affaires. Il connaît les tenants et les aboutissants de mes crises d'angoisse; je connais les tenants et les aboutissants de ses troubles de l'attention. Il ne soupire pas quand je le sollicite pour la énième fois parce que je bloque sur un truc informatique. Je ne soupire pas en lui faisant remarquer le sac de courses qu'il est sur le point d'oublier sur la chaise voisine au resto, ni en l'aidant à chercher son iPhone quand il part bosser le matin.  

J'aime qu'on se soit vus au pire de nos états respectifs - lui paralysé de douleur par un calcul rénal, frôlant les cent kilos ou éructant d'une colère horrible, moi vomissant en pleine rue à cause d'une migraine ophtalmique, au poids le plus élevé de ma vie ou en train d'hyperventiler sous le coup d'une attaque de panique - et qu'aucun de nous n'ait pris ses jambes à son cou. Qu'on ait eu des problèmes sérieux et qu'on ait mis beaucoup d'énergie et de bonne volonté à les surmonter. Qu'on ait failli se séparer plusieurs fois mais qu'on soit toujours ensemble alors que rien ne nous attache l'un à l'autre, et même, que notre vie serait matériellement plus simple si nous n'étions pas en couple. 

Oui, dix ans d'une bonne relation, c'est mieux que dix jours, dix semaines ou dix mois. Dommage qu'on ait peu d'espoir d'arriver à se prononcer sur dix siècles!


mercredi 19 octobre 2016

Staying in love





Aujourd'hui, ça fait dix ans que Chouchou et moi sommes ensemble. C'est notre record à tous les deux, et j'avais toujours pensé qu'on ferait un truc grandiose pour fêter ça - et puis finalement, ce n'est pas possible pour de basses raisons matérielles. Mais tant pis. Si j'ai appris une chose pendant les dix années qui viennent de s'écouler, c'est bien qu'à partir du moment où le quotidien est chouette, je n'ai pas besoin de gestes extravagants pour marquer les grandes occasions. Et qu'a contrario, si le quotidien est morne, les gestes extravagants dans les grandes occasions ne suffiront jamais à compenser. Bien sûr, dans l'idéal, on aurait un chouette quotidien ET on ferait des trucs de fous pour marquer les anniversaires, mais ne soyons pas trop gourmands - l'insatisfaction chronique est le meilleur moyen de se rendre malheureux tout seul. 

Or donc, dix ans. Qui n'ont pas été une promenade bordée de rosiers en permanence, loin de là. A un moment, on s'est même retrouvés en thérapie de couple pendant quelques mois, et la dernière fois qu'on a envisagé une rupture, c'était pas plus tard que début août de l'an dernier. Il faut dire que Chouchou est le spécialiste des colères explosives et ravageuses (mais il se soigne), tandis que je suis la spécialiste de l'amputation immédiate et sans appel de toutes les choses et de tous les gens qui me font du mal (mais je me soigne aussi). Je ne sais pas ce qu'il dirait de son côté, mais moi, j'ai beaucoup évolué à son contact. Je suis devenue plus tolérante par rapport à un tas de choses; j'ai appris à lâcher prise sur ce qui était juste une préférence personnelle et non une nécessité absolue.

J'ai aussi découvert que parfois, remporter une discussion constitue une victoire nuisible à l'harmonie du couple - et que dans la plupart des cas, je préfère avoir la paix qu'avoir le dernier mot. Ce n'est pas un renoncement ou un ramollissement de ma part, juste une concession faite à la sérénité de notre foyer. Et ça en vaut la peine parce que Chouchou n'est pas un affreux macho qui en profite, par exemple, pour se décharger sur moi de toutes les tâches communes, mais une personne de grande bonne volonté. Il remarque mes efforts, et ça l'encourage à en faire aussi de son côté. Je crois que c'est à ça qu'on reconnaît une relation - amoureuse aussi bien qu'amicale ou professionnelle - qui en vaut la peine: au fait que l'énergie investie dedans crée un cercle vertueux et que les deux personnes concernées s'en trouvent plus heureuses.

Bref, ces dix ans ensemble, ça a été beaucoup de boulot. On a rencontré un tas de difficultés, comme tous les couples je suppose - des difficultés dont il n'est pas toujours socialement acceptable de parler et face auxquelles on se sent souvent très seul, très démuni. On a eu la chance d'être tous les deux extrêmement motivés pour les résoudre. De pouvoir s'appuyer sur un socle solide de valeurs (humanistes et scientifiques) communes. D'avoir un énorme plaisir à passer du temps ensemble même quand il nous arrive des mésaventures. D'être encore capables de discuter de choses sérieuses ou absurdes alors qu'on devrait dormir depuis belle lurette. De se faire beaucoup rire mutuellement. De savoir que chacun pourrait tout à fait se passer de l'autre, mais qu'il est mieux avec que sans. Un boulot gratifiant, donc, et que j'espère poursuivre le plus longtemps possible.

mardi 23 février 2016

La vie dont on rêve et la vie que l'on a




Quand je suis venue vivre à Bruxelles à temps partiel, à l'automne 2007, le plan était le suivant: Chouchou s'installerait le plus vite possible en indépendant et développerait une activité gérable à distance, comme la mienne, pour qu'on ne soit plus obligés d'habiter dans un endroit précis. On utiliserait l'appart de Monpatelin comme base opérationnelle, mais on voyagerait le plus souvent possible, idéalement par périodes d'un à trois mois, en sous-louant des apparts ou en faisant du gardiennage de maisons, ce qui nous permettrait de bosser pour gagner notre vie tout en découvrant des endroits un peu comme si on y habitait vraiment. "Compte quatre ou cinq ans", m'avait-il dit à l'époque. 

Il a fini par lancer son activité indépendante fin 2013 seulement, et à l'heure actuelle, nous ne sommes pas encore au stade où nous pouvons envisager de lâcher notre pied-à-terre bruxellois. Combien de temps faudra-t-il encore? Je l'ignore, puisque ça ne dépend pas de moi (et pas tout à fait de lui non plus, dans cette conjoncture). J'avoue qu'à certains moments, à force de voir l'objectif reculer sans cesse, j'ai même pensé qu'on ne l'atteindrait jamais. Ce qui a contribué à mettre de la tension dans notre couple. Je me sentais coincée à Bruxelles, dans un appart dont la seule vue commençait à m'exaspérer - mais pas question de déménager pour un autre: ça aurait été l'aveu qu'on n'était pas près de quitter la Belgique. Je commençais à en vouloir à Chouchou, et en même temps, je savais que lui mettre la pression ne ferait pas avancer le schmilblick. Sauf que quand je me retiens d'un côté, en général, je finis par lâcher de l'autre et par devenir désagréable pour un oui pour un non. 

2015 a été vraiment difficile. Chouchou avait de gros soucis de boulot qui accaparaient son temps et créaient de fortes tensions dans notre vie domestique. Résultat: une énorme crise début août. Nous avons réussi à éviter le pire, mais à l'intérieur, j'avais complètement perdu la foi en lui, en nous et en notre avenir rêvé. Je me sentais vide et triste, ce qui a culminé par des fêtes de fin d'année à pleurer. Quelque part pendant la semaine entre Noël et le jour de l'An, j'en ai eu MARRE d'être dans cet état. J'avais deux choix: je pouvais quitter Chouchou pour vivre ma vie comme je l'entendais, comme cela m'était possible depuis longtemps déjà. Ou je pouvais estimer que ma priorité numéro un, c'était d'être avec lui, et que pour le reste, on verrait bien. Que mes projets ne se réaliseraient peut-être pas, ou seulement dans très longtemps, et qu'il fallait cesser de les avoir pour seul point de mire - sans ça, je serais toujours malheureuse et ça finirait par entraîner le naufrage de notre couple. 

Je n'ai pas tellement hésité. J'ai choisi Chouchou. Je pense qu'aucun endroit au monde ne mérite qu'on renonce à se réveiller chaque jour près de quelqu'un avec qui même une promenade sous une pluie battante et dans un vent glacial devient une aventure rigolote. 

Mais ce choix conscient devait s'accompagner d'un changement de point de vue et d'attitude. Je devais cesser de rouspéter après mes aller-retours mensuels entre Bruxelles et le Sud de la France, recommencer à tirer le meilleur parti possible de l'alternance couple/célibat, vie culturelle riche/météo de rêve. Je devais réinvestir l'appartement de Bruxelles, ne plus laisser s'accumuler les bricoles de travers, renouveler quelques petites choses pour m'y sentir bien. Je devais soutenir Chouchou dans ses efforts pour faire évoluer son activité, même si ça m'agaçait qu'il bosse le soir et le week-end, même si j'aurais voulu que ça aille plus vite. Je devais ruser pour nous organiser autant que possible de petits voyages dépaysants qui étancheraient malgré tout ma soif de choses à voir et à raconter. Je devais surtout lâcher prise sur ma conception de ce que ma vie aurait dû être depuis des années déjà, pour profiter de ma vie telle qu'elle était vraiment - c'est-à-dire, franchement enviable à bien y regarder. 

Alors, voilà. Depuis le début de l'année, je fais tout ça, et je vais beaucoup mieux (quand je ne suis pas en train de faire des crises d'hypocondrie, ce qui est un autre problème). J'ai acheté une housse de couette avec des étoiles, un nouveau lampadaire qui donne plus de lumière, un tapis pour rendre notre coin salon plus douillet. Je savoure mes longs trajets en train dont je profite pour dévorer un roman à l'aller et un autre au retour. Je bourre mon agenda de sorties sociales ou culturelles. J'éteins mon ordinateur plus tôt et je vais me coucher avec un bouquin ou un magazine de développement personnel qui nourrit mon état d'esprit. Je dis plus souvent "Oui" à Chouchou et j'essaie de l'encourager au maximum, pas juste parce que j'attends quelque chose de sa part, mais parce que je veux qu'il réussisse pour lui avant tout. Je ne sais pas à quoi l'avenir ressemblera, peut-être pas à ce que j'espérais. Et ce n'est pas si grave, parce que le présent est déjà vachement chouette. 

lundi 21 septembre 2015

IL & ELLE




IL décapite ses oeufs à la coque avec un couteau.
ELLE casse le dessus avec une petite cuillère et enlève les morceaux à la main. 
Mais ILS adorent tous les deux bruncher le dimanche midi. 

IL est passionné de cinéma et s'exprime mieux avec des images. 
ELLE est passionnée de littérature et s'exprime mieux avec des mots. 
Mais ILS ont tous les deux la fibre créative et besoin de partager leur vision du monde. 

IL a une excellente capacité à replacer les choses dans un contexte plus large. 
ELLE est douée pour remarquer et fignoler les détails. 
(Et c'est assez flagrant quand on regarde leurs photos respectives.)

IL aime conduire.
ELLE déteste ça.
IL ne boit pas d'alcool.
ELLE s'est récemment découvert une passion pour les cocktails.
Du coup, ILS ne se demandent jamais qui conduira pour rentrer du dîner chez les amis qui habitent hors de Bruxelles. 

IL est bordélique. 
ELLE est maniaque. 
Mais ILS apprennent à faire des compromis pour ne pas s'entretuer. 

IL peine à distinguer les couleurs. 
ELLE doit pouvoir identifier 50 nuances de rouge. 
C'est une source d'amusement constante pour 50% de leur couple. 

IL a la cheville droite reconstruite. 
ELLE a le genou droit bousillé. 
IL fait une heure et demie de muscu dans un club de gym, tous les matins. 
ELLE peine à faire trois séances de fitness hebdomadaires à la maison. 
Mais ILS ont tous les deux pour objectif de se maintenir en forme le plus longtemps possible. 

IL est romantique. 
ELLE est terre-à-terre. 
Mais ILS sont absolument d'accord pour boycotter la Saint-Valentin. 

IL adore s'examiner longuement dans le miroir en pied du salon, plusieurs fois par jour. 
ELLE regarde sa propre tête environ dix secondes chaque matin, quand elle se débarbouille. 
En fait, ILS ont un peu tendance à inverser les rôles de genre traditionnels dans ce couple. 

IL aime les plats super épicés. 
ELLE ne les supporte pas. 
IL est accro au sucre. 
ELLE est vite écoeurée par les aliments trop doux.
IL grignote énormément. 
ELLE ne mange presque jamais entre les repas. 
Mais bien que gourmands l'un et l'autre, ILS font tous les deux très attention au contenu de leur assiette. 

IL aime l'art moderne et part du principe que toute création est art.
ELLE hait l'art moderne et considère que si ça n'est ni beau ni signifiant, ce n'est pas de l'art. 
(ILS ont eu cette conversation des dizaines de fois à la sortie d'un musée.) 

IL écoute surtout des bandes originales de films. 
ELLE est restée musicalement bloquée à la fin du XXème siècle. 
Mais ILS aiment tous les deux le rock un peu lourd genre Muse, le groupe islandais Sigur Ròs et toute la discographie d'Etienne Daho. 

IL raffole du poisson cru, surtout le thon rouge.
ELLE ne commande que des maki ou des California rolls. 
IL adore manger très épicé. 
ELLE ne supporte pas du tout. 
Mais ILS sont toujours d'accord pour se faire livrer par Sushi Shop ou un bon resto thaï.

IL prend la couleur d'une jeune pousse d'épinard au moindre trou d'air en avion. 
ELLE prend la couleur d'une jeune pousse d'épinard dès qu'elle pose le pied à bord d'un bateau. 
Du coup, il y en a toujours un pour tendre un sac à vomi à l'autre.

IL est isotherme et assez indifférent à la météo.
ELLE est super-frileuse et la pluie, le froid, le manque de lumière la font gravement déprimer.
Si bien que les matins d'hiver, IL chantonne à poil en préparant son petit-déjeuner tandis qu'ELLE grelotte avec trois pulls en rêvant à son Sud natal. 

IL a toujours le temps.
ELLE a toujours peur d'être en retard.
Il leur a fallu des années pour ne plus frôler l'incident diplomatique chaque fois qu'il y a un train ou un avion à prendre. 

IL est distrait. 
ELLE est parano. 
Ce n'est pas facile tous les jours. 

Heureusement qu'ILS sont l'un et l'autre très friands de bisous!

lundi 20 juillet 2015

Arrière l'armée des ombres, les monstres à tentacules




Je glisse mon marque-page à la fin du chapitre, referme mon livre et le range dans ma table de chevet, puis tends la main pour éteindre la lampe. 
Près de moi, mon amoureux dort déjà, tout nu sur les draps. Il a toujours trop chaud. Je me colle doucement à lui, mon ventre moulé contre ses fesses, un pied crocheté par-dessus son mollet. Il remue vaguement les orteils pour me faire signe depuis le rivage du demi-sommeil. 
Je pose un baiser dans sa nuque, là où les poils forment un coeur dont je ne me lasse jamais, avant de caler ma joue contre ses omoplates. 
J'écoute mon souffle se faire plus profond et se synchroniser aux battements de mon coeur qui ralentissent peu à peu. 
Je sens l'air sur ma peau légèrement moite. 
Des pensées parasites tentent de m'assaillir; je les laisse passer sans réagir, tel un rocher immobile au milieu d'un torrent. 
Je refuse le tumulte intérieur. 
J'inspire... J'expire... 
J'habite mon corps, un point c'est tout. 
Je suis ici et maintenant. 
Vivante.
En paix.

mercredi 3 juin 2015

L'expérience n'est pas une maladie transmissible




Choses que j'aurais pu lire dans n'importe quel bouquin de développement personnel, ou entendre de la bouche de n'importe quel adulte de la génération au-dessus, au lieu de payer le prix fort pour l'apprendre par mes propres moyens: 
- Sortir avec un jeune homme très empressé pour qui on éprouve beaucoup d'affection mais zéro attirance physique, c'est le meilleur moyen de lui briser le coeur au bout de 3 mois. 
- Epouser un type qui veut absolument des enfants quand on est soi-même certaine de ne pas en vouloir, c'est un chemin très sûr vers le désastre. 
- Epouser un type qui a une conception hyper machiste du couple quand on est soi-même une féministe endurcie, c'est un autre chemin très sûr vers le désastre. 
- Il est parfaitement possible de cumuler les causes de désastre. 
- L'amour ne suffit pas. 
- Le divorce: sur le coup, ça fait tellement mal qu'on croit qu'on va en crever, mais en fait non. 
- ...Et rares sont les gens dont la vie amoureuse est terminée à l'âge canonique de 27 ans. 
- Un homme qui a trompé sa femme avec moi six semaines avant de l'épouser me trompera certainement aussi une fois que je serai devenue sa partenaire officielle. 
- Parfois, la personne que l'on cherche n'est pas la personne qu'il nous faut. 

...Et je vais me limiter à ma vie amoureuse, parce que la liste est déjà bien assez longue comme ça, mais vous voyez l'idée. L'idée, c'est que toutes ces choses qui me semblent évidentes aujourd'hui ne l'étaient pas DU TOUT avant que je n'en fasse personnellement la douloureuse expérience. Et que si quelqu'un de mon entourage avait tenté de me mettre en garde à l'époque, fut-ce avec les meilleures intentions du monde, je l'aurais vertement rabroué. Comment pouvait-il prétendre savoir ce dont j'avais besoin, moi? N'étais-je pas la personne la mieux placée pour en juger? Et puis, je préférais me tromper à ma façon qu'avoir raison à celle d'un autre. Fin de la discussion. 

Moyennant quoi, la mauvaise foi n'étant pas le moindre de mes défauts, ces jours-ci, je n'en finis pas de dispenser mes bons conseils à des gens qui ne m'ont strictement rien demandé. A ma décharge, je fais ça uniquement avec les gens que j'aime et que je vois malheureux alors que je SAIS, je SAIS très bien ce qu'ils devraient faire pour ne plus l'être. Mettre de la distance entre eux et leur mère toxique, se séparer de ce partenaire avec qui ils sont aussi bien assortis qu'une poule et un rasoir électrique, insister pour qu'on les rémunère convenablement, chercher un autre boulot que celui qui les tue à petit feu, oeuvrer activement à une reconversion professionnelle. Bosser leur estime de soi, car en avoir davantage (voire, en avoir tout court...) leur changerait la vie. Oser, oser, oser, parce que la vie est courte et que c'est idiot de ne pas en tirer le maximum. 

Sauf que ça n'est pas ma vie, c'est la leur, et qu'ils ont bien le droit de la gâcher (selon mes critères) si ça leur chante. 

Sauf que peut-être, pour certains d'entre eux, ça ferait une vraie différence qu'une personne bienveillante mais ferme les harcèle encourage et leur indique la bonne direction. 

Sauf que je ne suis ni coach ni thérapeute, et même pas particulièrement douée pour les relations humaines, alors qu'est-ce qui me fait croire que je pourrais être cette personne-là? 

Sauf que regarder des gens que j'aime souffrir sans rien faire pour tenter de les aider, ça m'est complètement impossible. 

Sauf que tenter de les aider ne sert à rien, parce que comme je suis bien placée pour le savoir, l'expérience n'est pas une maladie transmissible. Chacun doit faire la sienne à son rythme et à sa façon. 

Et je crois bien que c'est l'une des raisons pour lesquelles j'essaye de pas trop m'attacher aux gens. 

lundi 27 avril 2015

♥︎ Une déclaration d'amour en bocal ♥︎




Pour mon anniversaire, Chouchou m'avait fait un joli dessin. Pour le sien, j'ai eu moi aussi envie de lui bricoler quelque chose de mes propres mains. M'inspirant de ma happiness jar, j'ai acheté un mignon petit bocal chez Dille & Kamille. Je l'ai décoré avec du masking tape et des autocollants. Puis je l'ai rempli de petits papiers numérotés de 1 à 45 (le nouvel âge de Chouchou) sur lesquels j'avais écrit autant de raisons de l'aimer: ses plus chouettes qualités, des traits de caractère qui m'attendrissent ou me font rire, des souvenirs communs auxquels je tiens particulièrement...






La veille de son anniversaire, j'ai attendu qu'il s'endorme et je me suis levée discrètement pour sortir mon cadeau de sa cachette et le poser sur sa table de chevet, près de son iPhone: comme ça, j'étais certaine qu'il le verrait tout de suite en se réveillant! Si vous cherchez un petit cadeau personnel à faire à quelqu'un que vous aimez, pour une occasion spéciale ou juste comme ça, je suis certaine que vous arriverez facilement à dresser votre propre liste et à la mettre en conserve!

lundi 5 janvier 2015

[PORTO] Et finir 2014 sur un moment parfait




La journée de la veille avait été un peu éprouvante, à la fois moralement et physiquement. Alors, le 31 décembre, j'ai eu envie d'une promenade toute simple, sans escaliers interminables à monter et à descendre, sans plan à consulter à tous les carrefours, sans musées difficiles d'accès et parfois décevants. J'ai dit à Chouchou: "Viens, on va voir la mer."

Ce matin-là, nous nous sommes préparés sans nous presser et nous avons été prendre le tram n°1, dont le terminus se situait à deux cents mètres de notre appartement airBnB et qui affichait un départ toutes les demi-heures à partir de 10h. Nous avons donné 5€ au conducteur et sommes allés nous asseoir sur une banquette dans le fond. Puis nous nous sommes laissés conduire à la folle vitesse de 30 km/heure le long de l'embouchure du Douro et jusqu'au quartier de Foz, que nous avons atteint un quart d'heure plus tard.






Il faisait doux et il n'y avait pas de vent, le temps idéal pour une promenade sur la plage. Et bien que j'aie le mal de mer et que je déteste me baigner ou me faire bronzer, je connais peu de bruits aussi apaisants que celui du ressac, peu d'odeurs aussi vivifiantes que celles de l'iode, peu de spectacles aussi inspirants que celui d'un horizon complètement ouvert.






Après avoir trouvé une première géocache sous un escalier et en avoir vainement cherché une deuxième dans un parc public désert, mais dont le système d'irrigation du XIXème a refusé de nous livrer ses secrets, nous nous sommes arrêtés pour déjeuner dans un restaurant recommandé par le Cartoville local: le Praia da Luz, du nom de la plage sur laquelle il se situe. Sa terrasse moins surélevée que celle des établissements voisins nous a permis de nous installer presque sur le sable, face à la mer.

En attendant l'arrivée de notre repas, j'ai continué l'excellent bouquin commencé l'avant-veille tandis que Chouchou mitraillait en rafale les vagues qui venaient se briser sur les rochers juste devant nous. J'ai siroté un verre de vin du Douro avec un sentiment de profonde plénitude, et la conscience de vivre un moment parfait avec ma personne préférée au monde. A cet instant, je n'aurais voulu être nulle part ailleurs et surtout avec personne d'autre. 





Après ça, nous avons fait une petite séance photo "course sur la plage en hiver", puis continué à remonter la côte jusqu'au site d'une troisième géocache planquée dans un arbre. Satisfaits, nous avons tranquillement rebroussé chemin jusqu'au terminus du tram pour regagner le centre-ville. 2014 se terminait sur une note sereine, la meilleure possible. 






mercredi 26 novembre 2014

Le mercredi où Chouchou invente la Bisoubox




Evidemment, quand on fait de la paperasse jusqu'à presque 3h du matin, c'est un peu dur de se tirer du lit à l'heure habituelle le lendemain. 1500 personnes ont été évacuées durant la nuit sur la commune de Hyères, et seule une poignée de commerçants a réussi à se déplacer pour venir faire le marché du mercredi dans la rue principale de Monpatelin. "Il est drôlement joli votre manteau!" s'exclame une dame âgée en me croisant sur le seuil de la boulangerie. Dévaliser mon primeur en patates douces jaunes, qu'on ne trouve que dans la région, pour les envoyer à ma mère et à ma soeur qui en raffolent. "Je ne pensais pas vendre quelque chose ce matin", avoue ma fleuriste en m'emballant une botte des premières tulipes de Carqueiranne, plus deux bottes de renoncules blanches à peine défraîchies dont elle me fait cadeau. Je savais qu'un jour, les kilomètres carrés de papier bulle soigneusement mis de côté me serviraient à quelque chose. Enfin, un semblant de lumière pour photographier le contenu du paquet de swap papeterie que je dois envoyer cette semaine! Mes pulls en cachemire dégoulinants sècheront-ils mieux dehors à l'air libre, ou dedans avec le chauffage à 25°? Il ne pleut pas aujourd'hui, mais c'est rare que le ciel soit aussi gris et bas au-dessus de Monpatelin, me forçant à allumer la lumière dans mon bureau dès 14h30. Vingt minutes à suer sur un paragraphe de huit lignes consacré au mauvais sommeil dans un train de nuit - mais à la fin, je suis assez contente de moi. L'un des gros défis de ce bouquin, c'est qu'on ignore si la personne qui raconte l'histoire est un homme ou une femme, et vu qu'en français, les adjectifs sont genrés, maintenir l'ambiguïté de la VO m'oblige à une certaine gymnastique grammaticale. Les éboueurs passent forcément le soir où il reste 1,12€ dans mon porte-monnaie - mais ils acceptent un chèque en échange d'un de leurs calendriers orné de vues peu inspirantes de Monpatelin. Que sont les chatons à ruban devenus? Nuit et déluge, once more, with feeling. En vue d'un entretien professionnel, Chouchou me demande par mail de choisir dans une liste les 5 adjectifs qui le définissent le mieux. Je n'arrive pas à descendre en-dessous de 6. Je demande: "J'ai gagné quoi?", il me répond: "Une Bisoubox contenant: un set de 10 bisous parfumés à la fleur d'oranger, un livret "Les bisous, qui sont-ils? Que veulent-ils? Quels sont leurs réseaux?", des bisous en poudre à diluer dans le chocolat chaud le matin, 3 bons d'achat à la Boutique du Bisou", et c'est moi qui fonds. D'humeur aventureuse, et n'ayant pas trouvé de gelée de groseilles au Carrefour Market de la place de l'église, je me risque à utiliser de la confiture de framboises pour tapisser le fond de ma tarte aux pommes. Puis je noie dans une mini-fondue Carrefour mon chagrin de n'avoir pas mis les pieds en Gruyérie de toute l'année (si ça se trouve, le temps que j'y retourne, je ne reconnaîtrai plus la famille Pops, ni les Shalbuline, ni même le lac Léman). Y'a un moment où il faut choisir entre être populaire et rester zen. Etant donné que je me moque d'être considérée comme désagréable par les gens qui m'insupportent, non, je n'ai pas l'intention de renoncer à ma politique Psychodrame Tolérance Zéro. Plusieurs épisodes de "Bref" à la suite, ça passe beaucoup moins bien qu'un marathon "Kaamelott". Tout l'appartement embaume le Mir Laine. Et si j'essayais de me coucher à une heure décente ce soir?

vendredi 22 août 2014

L'homme qui sans s'en rendre compte ramenait dans notre lit un couvercle de poivrière collé sur son ventre




Or donc, comme on a pu le lire dans plusieurs billets ces derniers temps, j'ai un petit moral en ce mois d'août. Mais je ne suis pas malheureuse pour autant. Tous les jours, j'ai quelqu'un qui me fait hurler de rire avec ses remarques absurdes, ses sourcils anarchistes et sa capacité à trimballer des trucs improbables dans des endroits encore plus improbables, quelqu'un qui est toujours partant pour faire des âneries, quelqu'un qui me distribue plus de bisous et de câlins que je ne pensais en recevoir de toute ma vie (sans oublier de me peloter un nichon ou une fesse au passage, parce que bon), quelqu'un avec qui je peux me livrer à des débats houleux sur des thèmes tels que: "Aurélie Filipetti: visionnaire pragmatique ou débile profonde?", quelqu'un qui soupire avec de la tristesse plein les yeux quand on se souvient de Scarlett et Copernique (mais qui convient comme moi qu'un appartements sans poils partout, ni grains de litière qui croustillent sous les pieds et flaques de vomi sur le canapé, c'est quand même plus agréable), quelqu'un qui braille "Ukulele anthem" avec moi sans jamais se lasser, quelqu'un dont le nombril est une fabrique à peluches, quelqu'un qui ne fait pas la différence entre l'orange et le rose ni entre le gris et le bleu, mais qui m'apprend des choses tout le temps (y compris quand j'ai déjà répété dix fois que le sujet ne m'intéressait pas et que j'ai juste envie de me boucher les oreilles en criant très fort LALALALALAAAA), quelqu'un qui se pèse quatre fois par jour, se découvre sans cesse de nouveaux muscles et se livre à des contorsions hilarantes pour les mesurer, quelqu'un qui me fait de jolis dessins quand il a le temps et qui, le dimanche matin, me prépare des oeufs au plat tout nu, quelqu'un qui se vante d'être le seul pitichompignon-garou de l'univers, quelqu'un qui m'a dévoilé l'imparable secret pour désarmer les abrutis (= les regarder fixement sans répondre jusqu'à ce qu'ils percutent qu'ils viennent de dire une connerie), quelqu'un qui m'incite à devenir une meilleure personne, quelqu'un que je suis toujours contente d'entendre rentrer à la fin de nos journées de boulot respectives. Souvent, il est l'unique lumière dans mes ténèbres intérieures. La première personne à qui j'ai envie de raconter tout ce qui m'arrive, et la seule qui trouve grâce à mes yeux quand je hais le monde entier. Celle contre qui je m'endors le soir en pensant, quelles qu'aient été les difficultés de la journée, que je suis quand même une sacrée veinarde. Il y a bientôt 8 ans, un amour fabuleux m'est tombé dessus alors que je ne le cherchais pas, et je suis constamment reconnaissante pour sa présence dans ma vie. Je sais que rien n'est éternel; je sais aussi que je pourrais tout à fait vivre sans lui. Mais ce serait tellement moins bien.

EDIT: On m'informe avec une vive indignation qu'il ne s'agissait absolument pas d'un couvercle de poivrière, mais de pot de yaourt. Evidemment, ça change tout. 

dimanche 11 mai 2014

Regarder "Two for the road" et mesurer ma chance


"Two for the road" (en français, "Voyage à deux") est sans doute l'un des films les moins connus d'Audrey Hepburn, assez loin des comédies pétillantes qui l'ont imposée comme une icône culturelle. Dans "Breakfast at Tiffany's", "Sabrina", "My fair lady", "Funny face" ou "Roman holidays", l'actrice jouait à fond la carte du charme mutin. Ici, elle interprète Joanna Wallace, femme d'un architecte à succès avec qui elle a des rapports extrêmement tendus. Alors que tous deux descendent en voiture dans le sud de la France pour rejoindre un client généreux mais très exigeant qui est devenu la principale pomme de discorde entre eux, nous découvrons peu à peu comment leur complicité des débuts a viré à l'aigre au fil des ans. L'histoire est racontée de façon non linéaire à travers les différents road trips qu'ils ont fait ensemble au cours de leur dix ans de mariage. Au fur et à mesure qu'ils repassent aux mêmes endroits, les périodes de leur vie se superposent de cette façon chronologiquement destructurée dont je raffole au cinéma comme en littérature. Plus le temps passe, plus ils ont d'argent, plus les cheveux de Joanna raccourcissent et plus la liste des récriminations mutuelles s'allonge. Plus leurs voitures sont belles, plus les palaces dans lesquels ils descendent sont luxueux, moins ils rient et jouent ensemble, moins ils ont de choses à se dire. En regardant le film pour la 3ème fois mercredi dernier, j'ai pensé à "The bed song" d'Amanda Palmer qui parle en substance de la même chose. Je me suis dit que, malgré les disputes, j'avais une chance fabuleuse d'avoir trouvé quelqu'un avec qui je m'amuse toujours autant au bout de presque 8 ans, quelqu'un qui me fait si souvent rire aux éclats, quelqu'un qui a des opinions intéressantes sur tout, quelqu'un qui est ma personne préférée au monde, quelqu'un avec qui j'adore partager des aventures, quelqu'un à qui j'ai encore envie de parler pendant la moitié de la nuit alors qu'on bosse le lendemain. Et aussi, une chance fabuleuse de vivre à une époque où le divorce existe, une époque où on peut avoir une deuxième chance en amour (voire une troisième, en ce qui me concerne...), une époque où on n'est pas obligé de subir une relation pourrie jusqu'à la fin de ses jours. 

vendredi 19 octobre 2012

My favorite person in the whole wide world


Illustration: Heather Landis

C'est la personne la plus intéressante que je connais. Et grâce à mon boulot, j'en connais vraiment beaucoup, des gens intéressants. Mais Chouchou, il sait tout sur tout, ou presque. Les domaines dans lesquels je peux lui en remontrer se comptent sur les doigts d'une main: la littérature ou la génétique féline, par exemple. Pour le reste, ce garçon est une encyclopédie vivante, calé en sciences aussi bien qu'en histoire-géographie ou en trucs inutiles plus futiles comme le cinéma. Surtout, il a suffisamment bossé sur lui-même et étudié le fonctionnement de l'esprit humain pour avoir un jugement très sûr. Il cerne les gens super vite et ne se trompe jamais. On n'est pas d'accord sur tout mais, même quand je ne finis pas par me ranger à son avis, une discussion avec lui me pousse toujours à regarder les choses sous un angle nouveau. Et puis il est drôle. Souvent, son humour belge tombe complètement à plat avec moi, mais quand il touche juste, personne ne me fait rire autant que lui. Je le trouve délicieusement absurde et farfelu. 

Que je propose une virée shopping, un goûter dans un salon de thé, un voyage dans un pays lointain ou la visite d'une expo par un artiste dont il n'a jamais entendu parler: il est toujours partant. Ce n'est pas qu'il n'ait pas ses propres goûts, c'est que contrairement à moi, tout l'intéresse et qu'il trouve quelque chose à tirer de toutes les situations. Avec lui, même un aller-retour à la boulangerie peut se changer en aventure. Il n'est avare ni de câlins ni de compliments; je n'ai jamais l'impression d'être transparente à ses yeux. Depuis le début, il me semble qu'on a une bonne influence l'un sur l'autre, qu'on se tire mutuellement vers le haut - parfois dans la douleur, mais toujours avec beaucoup de bonne volonté.

Quand je l'entends monter l'escalier le soir à 18h, je suis toujours contente de le voir et de lui demander comment s'est passé sa journée. Quand il m'arrive quelque chose, bon ou mauvais, il est le premier à qui j'ai envie de le raconter. Quand nous sommes séparés, j'ai hâte de le retrouver. Il m'a déjà fait de la peine - beaucoup, même -, mais jamais je ne me suis ennuyée avec lui sauf quand il part dans des tirades interminables sur le cinéma. Parfois, je refuse des invitations à faire des trucs sympas avec mes copines juste pour glander à l'appart' avec lui le dimanche après-midi. Il est tout simplement ma personne préférée au monde, et ce depuis 6 ans aujourd'hui. 

J'ai écrit ce texte il y a presque un mois déjà. Il était programmé pour paraître aujourd'hui. A défaut de pouvoir fêter notre anniversaire comme prévu, Chouchou méritait que je lui dédie quand même cette pensée. 

mercredi 12 septembre 2012

Insomnie en duo


Au début d'une histoire d'amour, c'est souvent qu'on passe des nuits blanches à refaire le monde avec l'autre. On a trop de choses à se raconter pour envisager de dormir. Généralement, au bout de six mois, on a épuisé son stock d'anecdotes et de théories, qui dès lors se renouvelle à un rythme juste suffisant pour alimenter les conversations diurnes. Ca vaut d'ailleurs mieux, parce que personne ne peut rester bien longtemps un membre productif de la société avec vingt minutes de sommeil par jour. 

Choucou et moi fêterons bientôt les six ans de notre rencontre, et d'ordinaire, quand nous ne ronflons pas en stéréo passé minuit, c'est que l'une de nous est plongée dans un bouquin passionnant qu'elle a du mal à refermer, tandis que l'autre n'en finit pas d'explorer les dernières actualités politiques ou pornographiques sur son iPad. Mais hier soir, impossible de trouver le sommeil. Etait-ce le thé au jasmin bu un peu trop libéralement vers 21h30? Etait-ce l'excitation, pour Chouchou, des dernières grosses avancées réalisées à son travail? Peu importe, dans le fond. A une heure du matin, alors que la lumière était éteinte depuis un bon moment déjà, nous avons dû nous rendre à l'évidence: aucun de nous deux n'arrivait à s'endormir. 

Chouchou a commencé par me raconter en détail ce qui se passait à son boulot et pourquoi il était tellement content de lui. Après ça, j'ai du mal à reconstituer les méandres suivis par la conversation. Je me souviens que nous avons parlé de Scarlett qui nous manque à tous les deux, et des testicules en or que le propriétaire de Maru est en train de se faire grâce à l'indéfectible stupidité de son chat. A un moment, pris d'un petit creux, nous avons même envisagé de nous relever pour nous faire des gyozas. Ca m'a rappelé cette nuit passée dans une roulotte au milieu du Lubéron en mars 2007. Nous étions ensemble depuis moins de six mois, justement; c'était mon anniversaire et après une séance de câlins vigoureuse nous nous sommes retrouvés, je ne sais plus comment, à hurler des génériques de dessin animé en direction du plafond aux alentours de 2h du matin. Nous chantons atrocement faux l'un comme l'autre; c'est pourtant l'un de mes plus jolis souvenirs.

Hier soir, nous avons fini par nous assoupir un peu après 3h du matin. Et si nous n'avions pas profité de notre insomnie pour refaire le monde, c'est peut-être parce que celui que nous nous sommes bâtis durant ces six années nous convient parfaitement bien. 

samedi 8 septembre 2012

My Thing 2




Chouchou et moi ne sommes pas mariés. Du coup, je ne sais jamais comment le présenter à mes connaissances qui le rencontrent pour la première fois:

- Mon amoureux: trop "Vanessa & Johnny" (et on sait comment leur histoire s'est terminée).
- Mon chéri: trop "soirée de l'ambassadeur".
- Mon compagnon: trop "groupe d'aventuriers de Donjons & Dragons".
- Mon partenaire: trop "joueurs de tennis en double".
- Mon copain: trop "années collège".
- Mon petit ami: trop "Anita Blake en VF" (même si moi, je n'en ai qu'un seul).
- Mon ami tout court: trop vague.
- Mon fiancé: trop pas vrai.
- Ma meilleure moitié: trop bassement flatteur.
- Ma moitié tout court: trop "orange platonicienne".
- Mon Chouchou: trop "praline enrobée de sucre à 8 milliards de calories le sachet".
- Mon Autre: trop "Lara Fabian feat. Maurane"
- Mon âme soeur: ...juste non.
- L'astre de mes jours: trop grandiloquent (et puis il ne faudrait pas qu'il prenne la grosse tête).
- L'homme de ma vie: "alors ça, tu ne pourras le dire que sur ton lit de mort", aimait à répéter mon ex. Indeed.

Si je vivais dans un pays anglophone, je dirais "my significant other" ou "my partner in crime". Là, franchement, je ne sais jamais quel terme employer. 

Et vous, lectrices qui comme moi vivez dans le péché, vous l'appelez comment, le monsieur avec lequel vous partagez un lit et des projets d'avenir? 

mardi 29 mai 2012

De l'importance de l'attirance physique dans une relation


Pendant très longtemps, je me suis obstinée à avoir des relations avec des hommes qui parlaient à ma culotte* et qui ne me convenaient pas du tout par ailleurs. J'ai été malheureuse avec eux, et ça a toujours fini par mal se terminer au bout de plusieurs années. 

Du coup, entre ces couples de longue durée, j'ai tenté de sortir avec des types brillants, drôles et généreux, des mecs bien mais qui ne me plaisaient pas physiquement. Résultat: je me suis forcée au lit pendant quelques mois avant de fuir avec des excuses plus ou moins lamentables. Souvent plus que moins, d'ailleurs.

Dans l'idéal, l'important, c'est la beauté intérieure. Mais il ne faut pas se leurrer: quand on fait la connaissance de quelqu'un, la première chose qu'on voit, c'est son physique. Et sauf dans le cas de l'ami(e) de longue date qu'on se met soudain à regarder d'un autre oeil, la plupart du temps, on se découvre en même temps qu'on commence à construire son histoire de couple, période où on est gouverné par les phéromones - l'hormone du désir sexuel. 

Après, quand on connaît bien son partenaire et qu'on a appris à l'aimer pour ses qualités de coeur, qu'on a bâti une histoire commune, le physique prend un rôle secondaire. Si Chouchou était défiguré demain, je ne le quitterais pas pour ça, alors que je n'aurais sans doute jamais couché avec lui s'il avait déjà été défiguré quand je l'ai rencontré. 

Cela dit, il peut arriver aussi qu'on soit très attiré par quelqu'un avec qui ça ne collera pas du tout sur le plan horizontal, sachant en outre les gens les plus beaux et les plus courtisés sont ceux qui ont tendance à donner le moins en la matière (sans doute estiment-ils que leur seule présence dans votre lit est un cadeau suffisant!). Si Hugh Jackman veut me prouver le contraire, je suis joignable par mail à l'adresse mentionnée dans la colonne de droite. 

J'aurais donc tendance à dire que l'attirance physique est une condition préalable nécessaire mais pas suffisante. Pour que le couple fonctionne, il faut en plus une compatibilité à long terme, d'abord sexuelle, puis à tout un tas d'autres niveaux intellectuels et affectifs.

Une copine demandait l'autre jour sur Facebook ce qu'on penserait du cas d'une personne qui nous connaît depuis un moment et qui ne se décide à nous draguer qu'après qu'on ait perdu 30 kilos. Personnellement, à moins que cette personne m'apparaisse comme archi-superficielle de manière générale, ça ne me rebuterait pas. Et vous, qu'en pensez-vous? L'attirance physique vous semble-t-elle indispensable ou pas pour former un couple? 

Funambuline

mercredi 14 mars 2012

Complices en farfeluitude



"En amour, il y en a toujours un qui souffre et l'autre qui s'emmerde", disait Gainsbourg. C'est marrant, parce que dans ma première relation sérieuse (Le Breton, 1993-1997), on souffrait tous les deux: trop jeunes, trop intransigeants, incapables de faire les compromis nécessaires sur les valeurs assez radicalement opposées qui étaient les nôtres. Dans la seconde, par contre, (L'Homme, 1999-2006), je souffrais et je m'emmerdais en même temps tandis que lui, euh, s'en foutait vu que son coeur appartenait à l'aïkido et à la seule femme qu'il ne pourrait jamais avoir.

Puis Chouchou est arrivé.

Difficile de dire pourquoi je suis tombée amoureuse de lui. Le début d'une histoire, c'est quand même beaucoup une question d'hormones et de peaux. Difficile aussi de dire pourquoi je l'aime. Oh, je peux vous réciter la liste de ses qualités; mais il n'est pas le seul homme gentil, drôle et cultivé sur cette Terre, et la plupart des autres ne m'ont fait ou ne me font ni chaud ni froid. Par contre, je peux vous dire pourquoi notre relation fonctionne.

Elle fonctionne parce qu'on en a tous les deux fait notre priorité. Quand on a des décisions individuelles à prendre, on se demande d'abord de quelle façon notre choix va affecter notre vie privée. Et quand l'un a besoin de l'autre, l'autre est prêt à tout lâcher pour accourir. Dans les épreuves, il est mon meilleur soutien, et j'espère être le sien. Quand on a eu un gros problème de couple l'an dernier, au lieu de lâcher l'affaire, on a foncé chez une thérapeute. C'était un processus pénible, qui nous a souvent fait grincer des dents et mis dans tous nos états. Mais ça en valait la peine. On ne renonce pas à une relation qui rend heureux 99% du temps à cause du 1% où ça achoppe.

Elle fonctionne parce qu'on communique beaucoup, qu'on se dit les choses telles qu'on les ressent. Jusqu'ici, j'avais toujours eu des partenaires taiseux, qui ne voulaient ou ne pouvaient pas exprimer leurs sentiments. Comme je ne suis ni devin ni télépathe, ça rendait parfois le quotidien difficile à négocier. Là, on se parle. On se parle avec bienveillance, en faisant attention à ne pas se blesser mutuellement, et en cas de désaccord, on cherche une solution acceptable pour nous deux.

Elle fonctionne aussi, évidemment, parce qu'on a des affinités: les mêmes idées politiques et la même conception de la société, le même désir de travailler sur soi pour devenir la meilleure personne possible. Après, le fait qu'il aime le cinéma et moi la lecture, que sa créativité s'exprime par le dessin ou la photo et la mienne par l'écriture ou les loisirs créatifs, ce sont des différences saines qui nous permettent de ne pas nous marcher sur les pieds, de ne pas être en concurrence l'un avec l'autre au sein de notre couple.

Elle fonctionne parce qu'on forme une bonne équipe. Nos compétences sont complémentaires. Il a une excellente vision d'ensemble, je suis une maniaque du détail. J'ai cinquante idées à la minute, mais c'est grâce à son endurance que nous les menons au bout. Et puis chacun assume sa part des corvées communes, ce qui nous évite de nous disputer pour des trucs bêtes et néanmoins essentiels tels que le ménage.

Mais la raison principale pour laquelle notre relation fonctionne, la raison principale pour laquelle je suis plus heureuse avec lui que je ne l'avais jamais été avec personne, c'est qu'on est aussi débiles l'un que l'autre: joueurs, gamins, toujours partants pour faire une connerie. On se parle dans une variante du langage bébé mais deux tons plus aigus, deux crans plus fort et avec un enthousiasme forcené de psychopathes (c'est difficile à expliquer). On aime les nouvelles aventures, et plus c'est farfelu plus ça nous fait marrer. On n'hésite pas à se couvrir de ridicule pour prendre une photo sympa. On est des gens responsables qui ne se prennent pas au sérieux. Peut-être parce qu'on n'a pas d'enfants et pas d'exemple à donner, on se permet toutes les âneries qui nous passent par la tête. On se fait rire mutuellement - avec un humour assez pourri, parfois, il faut bien l'avouer. Pas grave: c'est notre humour pourri. Les Anglophones ont une expression pour ça: "partners in silliness". C'est, je trouve, un bon résumé de notre couple.

mercredi 22 février 2012

Le non week-end de la non Saint-Valentin



La boutique Mariage Frères du Carrousel du Louvre. J'aurais bien emporté quelques-unes de ces théières pour ma collection...





Ce mur couvert de "Je t'aime" écrits dans toutes les langues se trouve derrière la sortie de la station de métro Abbesses. Le 14 au matin, des tas de couples s'y étaient donné rendez-vous pour se photographier. Nous, nous cherchions une géocache voisine... mais nous avons quand même sacrifié au rituel.





Encore une découverte que nous devons au géoaching: cette fresque située à côté du centre Pompidou, et la curieuse installation qui la flanque.



Près du magasin Image In Air, où j'ai fait le plein de cartes postales (trop tard pour le swap postal, hélas!), ce petit bonhomme a attiré mon attention. J'ai fait appel aux services d'effrayeur de pigeons de Chouchou pour les faire décoller au moment de prendre la photo.



Le très beau concept-store des Néréides, où je passais récupérer un colis acheté sur internet pour économiser les frais de port... et surtout éviter que la Poste perde mon paquet!

Malgré une météo maussade, nous avons passé un très bon séjour en amoureux. Nous devrions retourner brièvement à Paris dans les mois à venir pour visiter l'expo Tim Burton à la Cinémathèque.

jeudi 17 novembre 2011

"Veuf"


Hier, en lisant un très beau livre attablée à une terrasse devant un diabolo menthe (que voulez-vous, on ne se refait pas), j'ai réalisé que j'étais une vieille conne réac.

Ce livre, c'est "Veuf" de Jean-Louis Fournier, dans lequel l'auteur évoque le souvenir de son épouse morte subitement l'année de ses 65 ans. Avec une immense délicatesse et un humour surprenant en regard d'un sujet aussi grave, il brosse un portrait émouvant de l'absente. Les anecdotes de leur vie commune sont comme des coups de pinceaux, de petites touches de couleur vibrantes qui ressuscitent sa Sylvie le temps de quelques 160 pages. Et j'ai trouvé poignante sa façon de raconter l'après - le courrier qui continue à arriver pour la défunte, la vague culpabilité d'être toujours là et de reprendre un peu goût à la vie. "Veuf" est une touchante déclaration d'amour posthume, qu'on referme un peu mélancolique mais pas vraiment triste. Son sujet ne pouvait que me toucher, moi qui crains tant que la mort m'arrache ceux que j'aime en général et Chouchou en particulier, et la pudeur élégante avec laquelle Jean-Louis Fournier a choisi de le traiter aurait dû emporter ma totale adhésion.

Pourtant, au milieu de ce très beau livre, un passage m'a coupée net dans l'élan qui me faisait tourner les pages à toute allure. "Moi qui ai souvent eu envie de te tromper, et pas seulement l'envie, est-ce que maintenant je peux te tromper sans te faire de chagrin, sans que tu le saches?".

Ma première réaction a été de m'indigner intérieurement. Quoi? Cet homme nous chante sur tous les tons à quel point sa femme était merveilleuse; il ne cesse de répéter qu'il n'était qu'un vermisseau comparé à elle et combien il lui est reconnaissant d'avoir consenti (on dirait qu'il ne sait pas trop pourquoi) à passer sa vie avec lui. Et malgré ça... il l'a trompée. Sans son consentement, peut-on supposer à l'allusion concernant un éventuel chagrin.

J'ai tenté de me raisonner. De me dire que chaque couple possède sa propre histoire et son propre fonctionnement, et qu'il ne m'appartient pas de porter un jugement moral sur les actions d'un homme dont je ne sais rien, hormis ce qu'il consent à dévoiler dans son livre. Mais pour être honnête, cette révélation a coloré toute la suite de ma lecture. Chaque fois que, par la suite, l'auteur vantait les nombreux mérites de son épouse, une petite voix dans ma tête lançait: "Mouais, ça ne t'a pas empêché d'aller voir ailleurs".

Et je m'en suis voulu. Je m'en veux encore de considérer qu'un véritable amour est forcément monogame; je m'en veux d'être, pour autant que je m'en défende, à ce point programmée par la morale judéo-chrétienne; moi qui me clame tolérante et libertaire, je m'en veux d'avoir laissé ma conception petite-bourgeoise du couple m'empêcher d'adhérer totalement à un récit si lumineux.