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lundi 19 août 2019

"Laura Dean keeps breaking up with me" (Mariko Tamaki/ Rosemary Valero-O'Connell)


Entre sa jolie couverture et son titre intrigant, il était inévitable que ce roman graphique attire mon attention. J'avoue avoir un peu hésité à la vue du nom de Mariko Tamaki: en 2014, je crois avoir été la seule à ne pas apprécier du tout "Cet été-là", encensé par la presse comme par le public. Mais j'étais terriblement attirée par le graphisme noir et rose de Rosemary Valero-O'Connell, son trait épuré et pourtant expressif, la composition dynamique de ses planches - alors, je me suis laissée tenter. 

Frederica Riley a 17 ans. Elle aime l'odeur des fraises mais pas leur goût. A ses heures perdues, elle récupère de vieilles peluches pour fabriquer des hybrides délirants dont elle imagine les conversations. Lors du bal de la Saint-Valentin, elle se fait plaquer pour la troisième fois par sa petite amie Laura Dean. Obnubilée par cette fille ultra-populaire et chroniquement infidèle, Freddy délaisse sa bande d'amis et cherche les conseils d'Anna Vice qui tient une rubrique "Courrier du coeur". Il lui faudra près de 300 pages pour réussir à échapper à cette relation toxique. 300 pages dont j'ai savouré la moindre case avec ravissement.

vendredi 4 janvier 2019

"The start of me and you" (Emery Lord)


Déjà plus d'un an que son petit ami Aaron s'est noyé, et aux yeux de tout le monde, Paige Hancock reste "La Fille Dont Le Copain Est Mort". Elle peine à se défaire de cette image, mais aussi de sa culpabilité et de ses cauchemars. Alors, à son entrée en première, elle dresse une liste d'objectifs grâce auxquels elle espère sortir de son marasme...

Si j'ai acheté ce roman d'une autrice jeunesse assez connue aux USA, c'est moins pour l'histoire d'amour adolescente promise par la couverture - un sujet qui m'intéresse peu dans l'absolu - que pour les avis positifs lus sur GoodReads. Et ils ne mentaient pas. Oui, l'écriture d'Emery Lord est très plaisante, fluide et sincère, sans affectation ou familiarité excessive. Non, la relation la plus importante de "The start of me and you", ce n'est pas celle qui se développe entre Paige et un adorable nerd, mais celle que l'héroïne entretient avec ses BFF, trois filles aux personnalités variées qui ne se contentent pas de lui servir de faire-valoir. Malgré leurs différences, leur amitié reste toujours exempte de drames imbéciles. 

J'ai également beaucoup apprécié la dynamique familiale des Hancock, la surprise réservée par les parents de Paige et l'amour lumineux de la jeune fille pour sa grand-mère atteinte de la maladie d'Alzheimer. Surtout, je suis reconnaissante à l'autrice de nous avoir épargné l'insupportable cliché de l'instalove: l'histoire d'amour qui finit par se nouer n'est pas basée sur une attirance immédiate et inexpliquée; elle naît entre deux ados qui ont d'abord appris à se découvrir et à s'apprécier pour ce qu'ils sont réellement. Une lecture plaisante, qui met en scène des relations saines et positives. Ce qui n'est pas finalement pas si fréquent! 

dimanche 15 juillet 2018

"Les Doldrums" (Nicholas Gannon)


Archer Helmsley, 11 ans, vit dans une maison haute et efflanquée dont il n'a pas le droit de sortir hormis pour aller à l'école: ses grands-parents explorateurs ont disparu dans l'Antarctique, et sa mère craint qu'il n'ait hérité de leur déplorable penchant pour l'aventure. Heureusement que le jeune garçon a toute une ménagerie empaillée pour lui tenir compagnie. Quand il se lie d'amitié avec ses voisins Oliver Glub, aussi intelligent que timoré, et Adélaïde Belmont, une danseuse dotée d'une jambe de bois, il décide de monter une expédition de sauvetage... 

Ce premier tome d'une série jeunesse qui en compte actuellement deux n'est pas du tout le trépidant roman d'aventure qu'on pourrait imaginer. Nicholas Gannon prend son temps pour camper ses protagonistes, développer l'amitié qui se tisse entre eux et dresser maints obstacles réalistes sur leur route. Malgré la scène d'action farfelue dont il gratifie le lecteur dans ses derniers chapitres, "Les Doldrums" est un roman essentiellement contemplatif et atmosphérique, rendu encore plus savoureux par les très belles illustrations qui émaillent ses pages. Je compte enchaîner très vite sur la suite

Traduction de Catherine Nabokov

lundi 2 juillet 2018

"Les Suprêmes chantent le blues" (Edward Kelsey Moore)


Cinq ans après la conclusion de "Les Suprêmes", nos trois héroïnes vivent toujours à Plainview, dans l'Indiana. Clarice est désormais séparée de son coureur de mari et mène la carrière de pianiste de concert dont elle a toujours rêvé. Odette s'est remise de son cancer et continue à parler aux fantômes de sa mère, de sa tante Marjorie et d'Eleanor Roosevelet. Barbara Jean file le parfait amour avec le Roi des P'tits Blancs et promène son élégance impeccable dans les couloirs de l'hôpital que sa fortune contribue à financer. 

C'est alors qu'un vieux chanteur de blues disparu depuis plusieurs décennies revient en ville pour chanter au mariage de Beatrice, la mère bigote de Clarice, avec Forrest, le tenancier du club de strip-tease local. Sa présence va faire ressurgir beaucoup de souvenirs douloureux, mais aussi donner à plusieurs des protagonistes une chance de faire la paix avec leur passé...

Je suis toujours un peu craintive quand un roman prévu pour être un one-shot connaît un tel succès populaire que son auteur finit par écrire une suite non prévue au départ. Comme il est censé avoir tout raconté dans son premier opus et tout résolu à la fin de celui-ci, souvent, il doit recourir à un procédé quelque peu artificiel pour lancer une nouvelle intrigue. Ici, c'est le retour d'Ed Walker, qui portait jadis un autre nom et fut une figure capitale dans la construction d'un des personnages originels. 

J'avoue avoir d'abord eu du mal à m'intéresser à ce musicien éternellement tourmenté par le démon de la drogue, un profil qui me semblait un peu trop archétypal. Je trouvais qu'on ne voyait pas assez les Suprêmes, alors que c'était pour elles que j'avais eu envie de lire le livre! Mais au fur et à mesure que les liens se révélaient et que le passé se apparaissait en filigrane, j'ai réalisé que sa présence apportait une épaisseur supplémentaire à l'histoire des trois femmes et de leur entourage immédiat. 

Par ailleurs, j'ai aimé retrouver ces héroïnes si différentes les unes des autres, et pourtant unies par une amitié indéfectible qui les aide à surmonter toutes les épreuves. Edward Kelsey Moore continue à doser habilement sujets graves et moments qui réchauffent le coeur, confrontations pénibles et scènes hilarantes en évitant les violons autant que la guimauve. "Les Suprêmes chantent le blues" n'est pas une suite indispensable. Mais si vous avez apprécié l'original, il devrait vous plaire quand même. 

Traduction d'Emmanuelle et Philippe Aronson

Merci aux éditions Actes Sud pour cette lecture

mercredi 21 mars 2018

"Le célèbre catalogue Walker & Dawn" (Davide Morosinotto)


Ils sont quatre copains qui vivent près de la Nouvelle-Orléans au début du XXème siècle. P'tit Trois, issu d'une famille de garçons, espiègle et curieux. Eddie, qui a la santé fragile et entend parler les animaux. Julie, courageuse et débrouillarde, et son petit frère Min, qui a la peau noire et ne parle jamais mais n'en pense pas moins. Pour échapper à une existence peu riante, ils se sont construit une cabane dans le bayou et s'y réfugient le plus souvent possible. 

Un jour, ils trouvent trois dollars au fond d'une boîte de conserve et décident d'utiliser cette petite fortune pour se commander quelque chose dans le célèbre catalogue de vente par correspondance Walker & Dawn... Ils ne se doutent pas qu'ils viennent de mettre en branle une aventure qui les conduira jusqu'à Chicago et leur permettra d'élucider un crime vieux de plusieurs années. 

La littérature jeunesse italienne réserve décidément de très bonnes surprises. Après Pierdomenico Baccalario et sa boutique Vif-Argent, c'est au tour de Davide Morosinotto de m'embarquer avec ses héros dans un périple qui n'a pas été sans me rappeler celui du jeune T.S. Spivet. P'tit Trois, Eddie, Julie et Min, les inséparables copains unis dans l'adversité, racontent chacun à son tour une partie de leur histoire commune, illustrée pour le premier par des extraits du catalogue, pour le second par des cartes géographiques, pour la troisième par des coupures de journaux, et pour le dernier par... Je vous laisse le soin de le découvrir vous-même. 

Si le scénario est décidément rocambolesque et la happy end fort prévisible, "Le célèbre catalogue Walker & Dawn" a le grand mérite de ne pas gloser sur la pauvreté, le racisme ou les mauvais traitements qui composent le quotidien de ses personnages et semblent normaux pour l'époque. Un bon moyen, sûrement, d'aborder ces questions difficiles avec les lecteurs de 9 à 12 ans auxquels le roman me semble destiné. 

Traduction de Marc Lesage

vendredi 8 septembre 2017

"Nous, les déviants "(C.J. Skuse)


Autrefois, Ella, Max, Zane, Fallon et Corey étaient inséparables. Leur enfance magique a pris fin le jour où Jess, la grande soeur de Max qui aimait tant leur raconter des histoires, est morte percutée par un bus. Depuis, leur petite bande a éclaté et ils ne se voient plus, à l'exception d'Ella et Max qui sortent ensemble. Ils forment en apparence un couple idéal: l'athlète douée promise aux jeux olympiques et le fils du plus riche homme d'affaires de la région.

En profondeur, pourtant, un secret ronge Ella, l'emplissant d'une colère brûlante qu'elle ne parvient plus à canaliser sur les pistes de course. Quand les circonstances les réunissent avec leurs anciens amis, la jeune fille décide de donner une bonne leçon à tous ceux qui leur causent ou leur ont causé du tort. Elle ignore encore que la vengeance est une arme à double tranchant...

"Nous, les déviants" est narré à la première personne par Ella. Entre les chapitres, un mystérieux interlocuteur interroge cette dernière à la façon d'un psy ou d'un inspecteur de police pour la faire accoucher de son histoire dramatique. Peu à peu, on découvre ce qui met chacun des cinq amis à la marge, et on dénoue le fil d'une tragédie amorcée des années auparavant. Entrer dans les détails reviendrait à déflorer une intrigue bien sombre pour un roman jeunesse, et néanmoins excellente justement par sa noirceur que l'auteure n'hésite pas à pousser jusqu'au bout.

J'ai adoré le personnage d'Ella, la mécanique psychologique très réaliste de la honte et de la peur qui engendrent le secret qui engendre la colère qui engendre la destruction, les considérations désabusées sur l'enfance et l'amitié, et surtout la fin que j'ai trouvée aussi poignante que belle. Ce n'est assurément pas une lecture qui conviendra à tous les ados, mais ceux qui l'aimeront l'aimeront VRAIMENT. Quant à moi, je m'en vais de ce pas me pencher sur le reste de la bibliographie de C.J. Skuse. 


Merci à La Belle Colère pour cette lecture.

jeudi 20 avril 2017

"Mon midi, mon minuit" (Anna McPartlin)


Emma et John sont ensemble depuis l'adolescence. Douze ans plus tard, ils filent toujours le parfait amour - jusqu'à ce que, suite à une fête un peu trop arrosée, John soit brutalement emporté par un accident de la route. Heureusement, Emma peut compter sur sa famille et ses amis pour l'entourer pendant qu'elle réapprend à vivre sans lui... 

Sur un thème assez similaire, j'avais énormément aimé "Les derniers jours de Rabbit Hayes", premier roman d'Anna McPartlin à être traduit en français. Aussi n'ai-je pas hésité à investir dans "Mon midi, mon minuit" dès sa sortie. Je l'ai même emporté pour un long voyage en train. Et sans ça, je l'aurais abandonné au bout de 3 chapitres. Là, comme je n'avais rien d'autre à lire, je me suis farci près de 400 pages d'un style à la platitude consternante, de personnages atrocement banals et d'intrigue prévisible à dix lieues avec, cerise sur le gâteau, un bon petit fond de bondieuserie mièvre. Renseignements pris, "Mon midi, mon minuit" est la traduction d'un roman écrit en 2005. La chose la plus gentille que je puisse dire à son sujet, c'est qu'il prouve combien un(e) auteur(e) peut évoluer en l'espace de dix ans.

mercredi 30 novembre 2016

"Le livre d'or" (Deborah Copaken Kogan)


Elles étaient colocataires à Harvard et sont toujours restées amies depuis la fin de leurs études. Addison, issue d'une riche famille WASP, a remisé son lesbianisme et ses prétentions artistiques pour faire trois enfants avec un écrivain qui n'écrit pas et ne s'occupe pas non plus de leur progéniture. Clover, métisse élevée dans une communauté hippie, est devenue directrice générale de Lehman Brothers, vient juste de se marier et aimerait bien avoir enfin un bébé. Mia a renoncé à sa carrière d'actrice pour devenir l'épouse au foyer d'un réalisateur de vingt ans plus âgé qu'elle, et cette vie lui convient si bien qu'elle vient de faire un quatrième enfant à la quarantaine passée. Jane, journaliste d'origine vietnamienne désormais installée en France, a perdu son mari grand reporter en Afghanistan il y a plusieurs années et vient juste de perdre sa mère adoptive d'un cancer; pendant qu'elle s'occupait de cette dernière, son nouveau compagnon l'a trompée, et elle n'arrive pas à le lui pardonner. La réunion des vingt ans de leur promo va être une occasion pour chacune de faire le point sur sa vie...

L'idée de suivre des amies de fac confrontées aux difficultés de la vie d'adulte est un grand classique de la littérature américaine. Récemment, on pense à "Les débutantes" de J. Courtney Sullivan qui a connu un beau succès en librairie. Rien de très original, donc, dans "Le Livre d'or", sinon les extraits de celui-ci intercalés entre les chapitres, dans lesquels chacun des protagonistes fait avec ses propres mots un bilan de sa vie durant les 5 ans écoulés depuis la réunion précédente. Pour le reste, il n'y a pas grand-chose à dire. La lecture est rapide et plutôt agréable, avec une fin chargée d'émotion sur le thème ultra-rabâché du "La vie est une pute et nous pouvons tous mourir du jour au lendemain, alors profitons pendant qu'il est encore temps". En somme, un bon bouquin de plage ou de train, mais pas plus.

mercredi 12 octobre 2016

"Les petites reines" (Clémentine Beauvais)


Mireille Laplanche ne sera pas Boudin d'Or pour la troisième année consécutive. Au cruel concours Facebook organisé par son ex-ami d'enfance, elle s'est fait coiffer au poteau par Astrid Blomvall et Hakima Idriss. De cette triste distinction naît une amitié qui pousse les trois filles à concevoir un projet un peu fou: monter à Paris à vélo, en vendant des boudins sur la route pour financer leur voyage, et taper l'incruste à la garden party du 14 juillet l'Elysée... Pour Mireille, ce serait l'occasion de rencontrer enfin son père biologique, un grand philosophe marié à la présidente de la République et n'ayant jamais reconnu son existence. Astrid, fan absolue du groupe Indochine qui l'a aidée à surmonter l'abandon par son propre père et l'exil dans un pensionnat suisse pendant de nombreuse année, veut en profiter pour rencontrer ses idoles. Quant à Hakima, elle espère se venger du général Sassin à cause duquel son frère aîné a perdu ses deux jambes durant une opération militaire qui a mal tourné. Mais bien vite, leur périple crée le buzz sur les réseaux sociaux...

Je sais: je suis méchamment à la bourre. Le roman de Clémentine Beauvais qu'il faut avoir lu en cette rentrée 2016, c'est "Songe à la douceur", écrit entièrement en vers. Mais moi, c'est "Les petites reines" que je viens de dévorer en un après-midi et dont j'ai envie de recommander la lecture à tous les ados. Parce que Mireille s'est blindée depuis belle lurette contre les commentaires affreux que lui vaut sa mocheté, et que même si elle en souffre toujours un peu, elle fait front très crânement avec les atouts qui sont les siens: pugnacité, sarcasme, esprit d'initiative et tempérament de meneuse. Et parce que, malgré ses allures de conte de fées modernes, la réjouissante épopée cycliste des #3Boudins ne se termine pas par une transformation magique des héroïnes. Aucun cygne n'émerge des plumes des vilains petits canards. Mireille, Astrid et Hakima restent ce qu'elles sont, boulottes et disgracieuses, mais avec un bel exploit à leur actif, un peu plus de sagesse et une amitié forgée dans l'adversité. Pêchu et positif, tour à tour tendre et mordant, refusant de se plier aux diktats de l'apparence et de la coolitude, "Les petites reines" mérite sûrement le titre de Meilleur Livre Jeunesse 2015 que lui a décerné le magazine Lire.

"Pour chaque fois où une personne dit qu'on est géniales, fortes, intelligentes et combatives, il y en a une autre sur un réseau social quelque part qui s'applique à écrire qu'on est des grosses connes moches, des laiderons, des putes, des pouffiasses et des salopes, des sales connasses moches comme des culs, moches comme des truies. Qui sont ces gens? Le mystère reste entier. Y a-t-il des personnes qui existent, qui vivent, qui mangent, qui rient et qui dansent, derrière ces ahurissantes insultes?"

lundi 10 octobre 2016

"Les brumes de Sapa" (Lolita Séchan)


En 2002, Lolita a 22 ans, vit encore chez sa mère, n'a pas franchement de projets d'avenir et désespère de se trouver. Alors, elle part se chercher à l'autre bout du monde - plus exactement, au Vietnam. Au nord du pays, dans une petite ville de montagne, elle rencontre Lo Thi Gom, une fillette avec qui elle crée en quelques jours un lien très fort. Après son retour à Paris, elle va étudier au Québec mais ne parvient pas à l'oublier. L'année suivante, et toutes celles d'après pendant une décennie, elle retourne au Vietnam voir sa "petite soeur". Lo Thi Gom l'emmène dans sa famille et lui fait découvrir les injustices dont sont victimes les Hmongs, la minorité à laquelle elle appartient...

Il y a quelques années, j'avais lu "Marshmalone", la première bédé de l'auteure, et le moins qu'on puisse dire, c'est que ça ne m'avait pas bouleversée. Mais impossible de résister à la promesse d'un récit initiatique et biographique en Asie du Sud-Est! De fait, c'est une histoire très personnelle et très émouvante que Lolita Séchan raconte dans cet énorme roman graphique. Difficile de ne pas être touchée par ses interrogations de jeune femme, ses déboires de voyageuse, son rapport à ses parents, ses angoisses vis-à-vis de l'avenir, sa peur de s'engager, mais surtout l'amitié improbable et parfois incompréhensible (y compris pour elle-même) qui l'attache à la petite Lo Thi Gom. Intime et sincère, fruit de cinq ans de travail presque obsessionnel, "Les brumes de Sapa" mérite que l'on s'y plonge.



mardi 22 mars 2016

"Ta façon d'être au monde" (Camille Anseaume)


Très charmée l'année dernière par le premier roman de Camille Anseaume, et alléchée par les critiques élogieuses sur son deuxième, j'ai été ravie de le trouver samedi matin chez Pêle-Mêle, et je me suis jetée dessus le soir même pour le commencer. 

Dans la première partie de "Ta façon d'être au monde", une narratrice qui utilise le pronom "Tu" pour se désigner décrit l'enfance de sa meilleure amie, "Elle", leur rencontre et les liens qu'elles nouent au fil des ans. "Elle" est fondamentalement inquiète comme "Tu" est fondamentalement joyeuse; "Elle" envie "Tu" et cherche par leur proximité à s'approprier un peu de son insouciance. J'avoue m'être souvent reconnue dans les descriptions que l'auteure fait d'"Elle":

"Elle qui travaille si dur pour réaliser sa chance, elle pense que tu n'es pas foutue de te confronter au pire pour regarder la tienne en face. 
C'est vrai qu'elle travaille dur. Tous les soirs, elle tue sa mère pour tenter de ressentir en l'embrassant au petit matin le même soulagement que si elle était revenue à la vie. Tous les jours, elle imagine les scénarios les plus terribles pour goûter au plaisir qu'ils ne se réalisent pas. C'est une discipline exigeante qu'elle pratique avec rigueur et application." 

Malgré tout, cette histoire d'amitié ne m'accrochait pas spécialement, et j'étais rebutée par l'emploi systématique de ces pronoms là où des prénoms et un "Je" auraient rendu la lecture plus fluide. 

Puis, dans la seconde moitié du roman, on change de point de vue. La narratrice est désormais la jeune femme inquiète, qui dit "Je" pour parler d'elle-même et "Tu" ou "Elle" pour parler de son amie. Déjà, ça m'a perturbée. Ensuite, cette partie raconte un décès subit qui frappe leur petite bande, mais plus particulièrement la jeune femme jusque là insouciante. Pendant cent vingt pages, l'auteure parle de deuil d'une façon pleine de sensibilité et de justesse, mais qui m'a d'autant plus ennuyée que je ne voyais pas du tout l'intérêt du changement complet de point de vue et de sujet. 

Le temps que je comprenne où elle voulait en venir et, du coup, pourquoi elle avait procédé ainsi, j'arrivais presque à la fin du roman, et j'étais complètement passée à côté de celui-ci. Je l'ai refermé avec beaucoup de frustration, en me demandant: "Mais comment se fait-il que...?" et en me disant que j'aurais bien voulu connaître le point de vue de la personne défunte. Pour moi, une rencontre complètement manquée.