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mercredi 6 mars 2019

"Seconhand spirits" (Juliet Blackwell)


Lily Ivory est une sorcière de naissance, que ses pouvoirs ont obligée à fuir la petite ville du Texas où elle avait grandi. Pendant des années, elle a parcouru le monde sans s'attacher à personne - mais à présent, elle estime le temps venu de se fixer quelque part. Elle a choisi San Francisco pour son énergie positive, et ouvert une boutique de vêtements vintage dans l'ancien quartier hippie de Haight Ashbury. Malgré ses hésitations, elle a déjà commencé à tisser des liens: avec Bronwyn, la wiccane herboriste qui la seconde chez Aunt Cora's Closet, avec Conrad, un jeune "punk du caniveau" à qui elle confie de menues tâches en échange d'un solide petit déjeuner, ou avec Maya, une étudiante en arts plastiques dont la mère effectue des travaux de couture pour elle. Mais un jour, alors qu'elle s'est rendue chez une vieille dame au passé douloureux pour y récupérer toute une collection de robes anciennes, Lily entend la plainte de la Llorona, un esprit mexicain connu pour noyer des enfants... 

Absolument tout m'a plu dans "Secondhand Spirits". San Francisco est une ville géniale où j'espère bien retourner un jour, et que j'ai eu plaisir à retrouver dans les pages de ce livre. Le commerce de vêtements vintage qui occupe officiellement les journées de Lily est présenté sous un jour intéressant et attachant. Les personnages secondaires sont nombreux et divers, avec des caractères très distincts - bienveillants pour la plupart, mais pas nécessairement Bisounours. Le familier de Lily, un gobelin-gargouille qui se change en cochon nain pour pouvoir accompagner sa maîtresse sans attirer l'attention (!), apporte une touche d'humour toujours bienvenue. L'intrigue m'a parue assez originale, bien menée, prenante et pas du tout évidente à résoudre.

Mais ce que j'ai le plus adoré, c'est l'héroïne. Lily est une jeune femme très indépendante. Habituée à ne compter sur sur elle-même, elle est souvent mystifiée par les relations humaines, réticente à se laisser approcher sur le plan amical ou amoureux. Pourtant, elle fait preuve de beaucoup de bonne volonté et nous épargne les drames imbéciles aussi bien que les sarcasmes constants qui ont fini par me lasser chez d'autres "femmes fortes" de la littérature récente. Juliet Blackwell en fait un personnage très humain et très crédible, dont on aimerait bien devenir la BFF. Et elle nous laisse entrevoir juste assez de son passé tumultueux pour nous donner envie d'y revenir - je veux vraiment savoir ce qui s'est passé avec ce perroquet fou à Hong Kong.

"Secondhand spirits" est le premier tome d'une série qui en compte actuellement 9, la parution du 10ème étant prévue pour cet été. Je l'ai tellement aimé que j'ai aussitôt enchaîné sur le deuxième. Pour les amateurs du genre, il est décrit comme un "cosy mystery", mais autant vous prévenir: malgré une atmosphère générale très feel good, il contient certains éléments assez sombres en rapport avec la sorcellerie. A l'heure où j'écris ces lignes, la série "A witchcraft mystery" n'est pas traduite en français. Il va sans dire que je serais tout à fait volontaire pour m'en charger!

dimanche 10 février 2019

"The Mussorgsky riddle" (Darin Kennedy)


Investigatrice psychique, Mira Tejedor est appelée au secours d'un garçon autiste de 13 ans qui a brusquement sombré dans l'apathie. Si d'ordinaire elle se contente de percevoir les émotions d'autrui, avec Anthony Faircloth, elle plonge dans un univers mental extrêmement codifié, structuré selon "Tableaux d'une exposition" du compositeur Moussorgski...

Voilà un policier fantastique fort original! L'héroïne mène l'enquête à la fois dans le monde réel et dans une oeuvre de musique classique dont chaque personnage est une émanation de la psyché fracturée d'un adolescent. Qu'est-ce qui a bien pu traumatiser Anthony au point qu'il se retranche totalement en lui-même? Bien qu'un peu lentes à mon goût, les révélations sont amenées avec beaucoup d'habileté et aboutissent à une résolution qu'on ne voit pas venir à vingt kilomètres. Intrigant et très réussi, "The Mussorgsky riddle" peut tout à fait se lire seul, mais l'auteur a écrit deux autres tomes avec la même héroïne et sur le même principe, sur lesquels je me pencherai probablement plus tard. 

jeudi 7 février 2019

"Dites aux loups que je suis chez moi" (Carol Rifka Brunt)


En 1987, dans l'Etat de NewYork. June a 14 ans lorsque son oncle adoré meurt du Sida. Finn était un artiste renommé qui venait juste d'achever un portrait de ses deux nièces. A son enterrement, June aperçoit un homme que sa soeur aînée Greta et leurs parents traitent d'assassin. Il s'appelle Toby, et il était le compagnon de Finn depuis presque dix ans. D'abord blessée d'apprendre que son oncle lui a caché tout un pan de sa vie, June trouve bientôt un message dans lequel Finn lui demande de veiller sur Toby, également malade et désormais seul au monde. Une amitié étrange naît entre eux...

On pourrait faire beaucoup de reproches au premier roman de Carol Rifka Brunt. June est l'archétype de l'ado maussade, persuadée que personne ne la comprend. Greta est jalouse et cruelle; leur mère, amère et injuste; leur père, falot et inexistant. Toby suscite la compassion mais se comporte en irresponsable total d'un bout à l'autreSérieusement, il n'y a pas un personnage pour rattraper l'autre - hormis Finn, sorte de saint intouchable mais essentiellement vu à travers les yeux de ses proches, sans qu'on sache à quel point l'image qu'ils s'en font correspondait à la réalité. 

Même avec des parents très pris par leur travail, June jouit d'une liberté de mouvement assez peu crédible pour son âge. Pourtant, son portrait psychologique est fouillé et accrocheur, notamment dans l'approche de ses sentiments les plus inavouables. Même si j'ai rouspété intérieurement tout le long, j'ai lu "Dites aux loups que je suis chez moi" presque d'un trait. L'autrice dépeint avec justesse les réactions que suscitait le Sida à la fin des années 80: la curiosité morbide du public, la honte de l'entourage, l'isolement des malades. Elle tisse des relations familiales complexes et douloureuses dans l'ensemble, mais leur offre une résolution aussi créative qu'émouvante. 

Traduction de Marie-Axelle de La Rochefoucauld

samedi 2 février 2019

"Louis & Louise" (Julie Cohen)


En 1978, un bébé naît dans une petite ville du Maine. Sa mère est une reine de beauté locale; son père ingénieur travaille à l'usine de fabrication de papier créée par ses ancêtres et dont il héritera un jour. Ses meilleurs amis seront les faux jumeaux Allie et Benny; sa vocation sera l'écriture. Mais selon que ce bébé est fille ou garçon, sa vie en sera fondamentalement transformée...

...Ou pas, ai-je envie de dire après cette lecture frustrante. Le sujet de "Louis & Louise" était extrêmement prometteur, et le premier chapitre qui met en vis-à-vis les réactions à la naissance d'une fille et à la naissance d'un garçon m'avait vraiment donné de grands espoirs. Je pensais que Julie Cohen allait souligner toutes les manières dont les enfants puis les adultes sont socialement formatés en fonction de leur sexe, mettre en évidence les façons multiples dont cela influence leur parcours de vie. 

Au lieu de ça, elle se focalise sur un drame bien précis - qui certes se déroule différemment dans les chapitres consacrés à Louis et ceux consacrés à Louise. Mais les maintes autres problématiques que son idée de départ aurait pu l'amener à aborder sont juste balayées sous le tapis. Et comme Louis.e est bisexuel.le, même ses pulsions amoureuses restent identiques dans les deux versions. Dans chacune de ses incarnations, Julie Cohen lui fait répéter que l'important, ce n'est pas le sexe mais la personne, et de fait, son Louis et sa Louise sont fondamentalement les mêmes. Je ne suis pas du tout d'avis que nous possédons une nature intouchable qui échappe au conditionnement social, et en particulier au conditionnement de genre. Surtout, si c'était pour que l'histoire se termine de la même façon dans les deux cas, je ne vois pas l'intérêt de cette double narration. 

samedi 26 janvier 2019

"The remarkable journey of Coyote Sunrise" (Dan Gemeinhart)


Il y a cinq ans, la mère et les soeurs de Coyote sont mortes dans un accident de voiture. Depuis, son père Rodeo et elle ont changé de nom, et ils sillonnent les Etats-Unis à bord de Yager, un vieux bus scolaire devenu leur maison sur roues. Interdiction d'évoquer le passé: le mot d'ordre, c'est vivre dans le présent exclusivement pour ne pas souffrir. Jusqu'au jour où Coyote apprend que le parc où elle avait enterré une boîte à souvenirs avec sa mère et ses soeurs va être rasé. Elle n'a que cinq jours pour traverser le pays jusqu'à leur ancienne ville et récupérer son trésor. Mais le plus difficile, c'est qu'elle devra le faire sans que Rodeo s'en aperçoive... 

Nous ne sommes pas encore fin janvier et je sais déjà que je tiens mon bouquin de l'année, celui qui aura laissé la marque la plus profonde dans mon coeur. Celui qui illustre à la perfection cette phrase de mon amoureux que je n'avais jamais vraiment comprise jusqu'ici: "On ne pleure pas toujours de tristesse. Parfois, on pleure juste d'émotion." Car le vrai thème de ce roman jeunesse, c'est "Comment apprendre à vivre avec ses morts?".

Au fil d'un road trip mouvementé, Coyote fait plein de jolies rencontres, émerge de la solitude imposée par Rodeo, découvre la complexité des relations humaines et mûrit à vue d'oeil. Cette petite héroïne blessée et son papa hippie ultra-bienveillant comptent parmi les personnages les plus attachants dont j'aie croisé la route depuis une éternité. Dans "The remarkable journey of Coyote Sunrise", il n'y a aucun antagoniste - hormis peut-être quelques flics bourrus. Juste une funambule pleine de grâce qui se livre à un savant numéro d'équilibriste entre tristesse et bonheur, des personnages secondaires qui vous réconcilient avec l'humanité, un bus à bord duquel on voudrait embarquer immédiatement, une foule de phrases tellement belles et justes que j'ai dû cesser de les noter arrivée au milieu du roman, et quelques scènes d'une poignance absolue (dont une qui m'a rappelé le passage sur "Heroes" dans le film "The perks of being a wallflower", version grands espaces plutôt qu'environnement urbain).

C'est la première fois que je vais racheter un ouvrage lu sur ma Kindle en version papier, et la première fois que je comprends pourquoi certaines personnes relisent certains livres une fois par an. Je suis en outre prête à éradiquer l'ensemble de ma profession pour que l'éditeur qui achètera les droits français me confie la traduction de ce bouquin. Qu'on se le dise. 

mercredi 23 janvier 2019

"Verity" (Colleen Hoover)


Ecrivaine peu connue, Lowen se retrouve en grande difficulté financière suite au décès de sa mère. Malgré ses réticences initiales, elle se voit contrainte d'accepter un travail de commande: écrire les trois derniers tomes d'une série de thrillers à succès dont l'autrice se trouve dans un état végétatif. C'est ainsi qu'elle débarque chez les Crawford, une famille qui semble poursuivie par le malheur. Mais dans le bureau de Verity, elle tombe sur une autobiographie cachée qui révèle les dessous abominables de la mort de ses jumelles de 8 ans... 

Colleen Hoover est une écrivaine à succès qui, d'habitude, sévit plutôt dans la romance. Aussi n'avais-je jamais rien lu d'elle avant de tomber sur des critiques dithyrambiques de "Verity", sa première incursion dans le domaine du... thriller psychologique sexy, disons. Je ne m'attendais pas à ce que ce livre contienne autant de scènes de fesses qui personnellement m'ennuient plus qu'autre chose. Moins sensible que certaines lectrices sur le sujet des enfants, je n'ai pas été gênée par les révélations monstrueuses de Verity. Mais je n'ai pas non plus été éblouie par le twist final: parce qu'à partir du moment où on sait qu'il y a en un, et que l'histoire se déroule en huis-clos entre un nombre très restreint de personnages, les possibilités ne sont pas légion. Bref, en ce qui me concerne, un pétard mouillé. Sachez néanmoins que "Verity" affiche sur GoodReads une note moyenne de 4,5 sur 5 basée sur plus de 17 000 avis: je suis donc définitivement dans une minorité de grincheux sur ce coup-là. 

vendredi 18 janvier 2019

"The dreamers" (Karen Thompson Walker)


Ca commence à l'université de la petite ville californienne de Santa Lora. Des étudiants s'endorment brusquement et ne se réveillent plus. Pourtant, leurs signes vitaux restent excellents, et leur activité cérébrale paraît aussi intense que s'ils rêvaient. Petit à petit, l'étrange épidémie se propage au reste de la communauté, que les autorités décident de mettre en quarantaine...

L'idée de base de "The dreamers" me paraissait d'autant plus intéressante que "L'âge des miracles", le premier roman de Karen Thompson Walker, avait été mon gros coup de coeur de l'année 2012. Malheureusement, si on retrouve ici l'atmosphère de fin du monde inexplicable et empreinte d'une certaine poésie, ainsi que l'absence de grands drames et d'effusions de violence généralement répandues dans les histoires apocalyptiques, tous les autres éléments du récit m'ont laissée sur ma faim. 

Certes, il ne se passait déjà pas grand-chose dans "L'âge des miracles," mais l'objet de celui-ci était de suivre l'évolution de la jeune héroïne, la manière dont elle gérait son adolescence dans un contexte de fin du monde. Ici, on suit un tas de personnages différents, si nombreux qu'on ne parvient à en connaître vraiment aucun - encore moins à s'attacher à eux. Et il ne se passe absolument RIEN. (Attention: spoilers.) L'épidémie se répand puis se résorbe sans qu'on sache d'où elle vient (ce qui n'est pas un problème en soi) et sans provoquer le moindre changement significatif (ce qui est beaucoup plus regrettable). L'idée que les dormeurs entrevoient peut-être leur avenir, dans ce monde-ci ou dans un univers parallèle, est intéressante mais survient seulement sur la toute fin et n'est donc quasiment pas exploitée. De la même façon, les autres amorces d'intrigue prometteuses - comme la grossesse d'une des premières patientes - sont à peine survolées. 

Je passe sur les problèmes de crédibilité: comment se fait-il que l'épidémie mystérieuse, super contagieuse et qui se transmet par la voie des airs, reste circonscrite à Santa Lora? Qu'à l'ère d'internet, le reste du pays voire du monde ne s'affole pas une seule seconde?  Que les ONG et les forces armées n'affluent pas sur place, bien plus nombreuses que la poignée de soldats et de volontaires incapables de gérer les malades? La seule chose qui m'a poussée à lire jusqu'à la fin, c'est que l'autrice écrit vraiment très, très bien. Le grand néant de "The dreamers" n'en apparaît que davantage comme un regrettable gâchis de son talent. 

dimanche 13 janvier 2019

"Two can keep a secret" (Karen McManus)


Parce que leur mère célibataire a été placée en cure de désintoxication, Ellery et Ezra Corcoran doivent partir habiter à Echo Ridge, chez leur grand-mère qu'ils ne connaissent quasiment pas. Il y a plus de 20 ans, leur tante Sarah a disparu sans laisser de traces. Il y a 5 ans, une autre adolescente a été assassinée à Murderland, le parc d'attractions flippant où travaillent la moitié des jeunes de la ville. Et à l'approche du bal d'automne, de nouvelles menaces anonymes mettent la  petite communauté en émoi...

Il y a deux ans, j'avais adoré le premier thriller YA de Karen McManus, "One of us is lying". Aussi nourrissais-je de grands espoirs pour son deuxième roman. J'adore les histoires de jumeaux et les narrations à deux voix, sans compter que le fait que Murderland me semblait une idée pleine de potentiel. Malheureusement, j'ai commencé à m'ennuyer assez vite. Je n'ai  pas réussi à m'attacher aux personnages plutôt falots et jamais vraiment ressenti de tension dramatique. La résolution, certes inattendue, m'a parue aussi décevante que bancale. Et la toute dernière phrase, censée laisser les lecteurs sur le fondement en bouclant la boucle d'une problématique familiale douloureuse, soulève des questions qui n'auront jamais de réponse. Bref, "Two can keep a secret" est une lecture que j'aurais pu m'épargner.

dimanche 6 janvier 2019

"Everything all at once" (Katrina Leno)


Helen Reaves vient de mourir d'un cancer. Agée de 40 ans seulement, elle était l'autrice de la série jeunesse la plus vendue dans le monde: l'histoire de deux enfants devenus immortels après avoir bu une potion magique. Elle laisse à sa nièce bien-aimée une série de lettres contenant chacune une mission destinée à la faire sortir de sa zone de confort, et ainsi, l'aider à surmonter l'anxiété chronique qui lui pourrit la vie. Tandis qu'elle s'efforce tant bien que mal de suivre les instructions de sa tante, Lottie fait la connaissance de Sam, un ancien élève d'Helen qui va lui apporter une aide précieuse dans sa quête...

"Everything all at once" n'était pas le premier roman de Katrina Leno que je lisais. Je m'attendais à ce qu'il verse dans le réalisme magique à un moment ou à un autre; aussi, j'ai immédiatement deviné le secret d'Helen et la vérité au sujet de Sam, et surtout, je n'ai pas été désarçonnée par la fin contrairement à beaucoup d'autres lecteurs. Cela dit, la révélation des derniers chapitres n'a au fond que peu d'importance. L'intérêt de ce roman, c'est l'évolution de Lottie, la façon dont elle apprend à vivre avec ses angoisses de mort paralysantes et ce qu'elle finit par réaliser à leur sujet. J'ai particulièrement aimé sa très jolie relation avec son frère cadet Abe, un ado de 16 ans féru de littérature. Cette fois encore, Katrina Leno dose avec talent l'amertume et la douceur pour ouvrir les perspectives de son héroïne et finir sur une magnifique note d'espoir. Je me réjouis qu'il me reste encore quelques romans d'elle à découvrir. 

vendredi 4 janvier 2019

"The start of me and you" (Emery Lord)


Déjà plus d'un an que son petit ami Aaron s'est noyé, et aux yeux de tout le monde, Paige Hancock reste "La Fille Dont Le Copain Est Mort". Elle peine à se défaire de cette image, mais aussi de sa culpabilité et de ses cauchemars. Alors, à son entrée en première, elle dresse une liste d'objectifs grâce auxquels elle espère sortir de son marasme...

Si j'ai acheté ce roman d'une autrice jeunesse assez connue aux USA, c'est moins pour l'histoire d'amour adolescente promise par la couverture - un sujet qui m'intéresse peu dans l'absolu - que pour les avis positifs lus sur GoodReads. Et ils ne mentaient pas. Oui, l'écriture d'Emery Lord est très plaisante, fluide et sincère, sans affectation ou familiarité excessive. Non, la relation la plus importante de "The start of me and you", ce n'est pas celle qui se développe entre Paige et un adorable nerd, mais celle que l'héroïne entretient avec ses BFF, trois filles aux personnalités variées qui ne se contentent pas de lui servir de faire-valoir. Malgré leurs différences, leur amitié reste toujours exempte de drames imbéciles. 

J'ai également beaucoup apprécié la dynamique familiale des Hancock, la surprise réservée par les parents de Paige et l'amour lumineux de la jeune fille pour sa grand-mère atteinte de la maladie d'Alzheimer. Surtout, je suis reconnaissante à l'autrice de nous avoir épargné l'insupportable cliché de l'instalove: l'histoire d'amour qui finit par se nouer n'est pas basée sur une attirance immédiate et inexpliquée; elle naît entre deux ados qui ont d'abord appris à se découvrir et à s'apprécier pour ce qu'ils sont réellement. Une lecture plaisante, qui met en scène des relations saines et positives. Ce qui n'est pas finalement pas si fréquent! 

vendredi 21 décembre 2018

"The kiss quotient" (Helen Hoang)


Stella Lane vient d'avoir 30 ans. C'est une jeune femme brillante, passionnée par son métier d'économètre, mais à la vie amoureuse inexistante car son autisme Asperger lui rend les relations humaines très difficiles. Quand ses parents l'informent qu'ils sont prêts à devenir grands-parents, Stella décidé d'attaquer le problème de manière rationnelle, en embauchant un escort pour lui apprendre à devenir une bonne amante. Cet escort, c'est Michael Larsen, un beau gosse de père suédois et de mère vietnamienne, qui a mis ses rêves de côté et vend son corps un soir par semaine pour résorber les dettes familiales...

Je ne suis pas du tout amatrice de romance. En revanche, je suis toujours intéressée par les romans avec un héros ou une héroïne Asperger, et je gardais un excellent souvenir de "Le théorème du homard". En plus, j'avais lu qu'Helen Hoang était elle-même Asperger, ce qui rendait "The kiss quotient" encore plus attrayant à mes yeux. Mais les cent premières pages, enchaînement de scènes d'intimité sans aucun développement parallèle des personnages, ont bien failli me faire lâcher le livre. J'ai quand même poursuivi par curiosité, et la suite s'est améliorée. Par contre, elle est devenue très très graphique, ce à quoi je ne m'attendais pas du tout. 

Au final, je comprends pourquoi "The kiss quotient" connaît actuellement un gros succès de librairie et a été élu "romance de l'année" par les utilisateurs de GoodReads. Dans son genre, il présente beaucoup de qualités. Bien qu'embarrassée par sa maladresse sociale et paniquée par les relations humaines, Stella jouit d'une excellente estime d'elle-même. Elle est parfaitement autonome, intégrée et consciente de ses qualités. Quant à Michael, c'est un homme viril et sûr de lui en matière de séduction, mais qui traite sa partenaire de façon toujours hyper respectueuse et jamais paternaliste. Dix ans après "Twilight" et cinq après "50 nuances de Grey", franchement, ça fait plaisir. Les scènes de sexe sont parmi les meilleures que j'ai lues, réalistes et excitantes mais jamais vulgaires. J'avoue  cependant que leur multiplication m'a lassée assez vite. Et que le côté ultra-prévisible de la romance n'est toujours pas ma tasse de thé. Mais les amateurs du genre - qui sont probablement plutôt des amatrices - devraient beaucoup apprécier. 

jeudi 6 décembre 2018

Concours: "Le vieux qui tirait les cartes" (Keziah Frost)


A 73 ans, Norbert Zelenka se retrouve fauché et seul avec son chihuahua, Ivy. Tout est foutu, pense-t-il. C'est compter sans le Club de Carlotta, trois retraitées très dynamiques bien décidées à le sortir de l'impasse en lui trouvant une nouvelle vocation. Se pliant à leur petit jeu, Norbert devient bien malgré lui le voyant de la ville...

Ca faisait longtemps que je n'avais pas organisé de concours ici! A l'approche des fêtes, j'ai envie d'offrir à l'une d'entre vous ce roman feel good traduit par mes soins, et dans lequel Noël tient une place particulière. Pour gagner "Le vieux qui tirait les cartes", indiquez-moi dans les commentaires de ce billet le titre du dernier livre qui vous a fait chaud au coeur et que vous recommanderiez aux amateurs du genre. Clôture du concours lundi 10 décembre à midi; tirage au sort et annonce de la gagnante le lendemain. Envoi en Europe seulement. 

Bonne chance à toutes!

mardi 27 novembre 2018

"La forteresse impossible" (Jason Rekulak)


1987. Billy et ses deux meilleurs potes Alf et Clark n'ont qu'une idée en tête: se procurer le numéro de Playboy contenant les photos de Vanna White, la très sexy présentatrice de "La roue de la fortune". Mais ils n'ont que 14 ans, et l'unique buraliste de leur petite ville du New Jersey refusera sûrement de leur vendre le précieux magazine. Après plusieurs tentatives couronnées d'insuccès, le loubard le plus cool de leur lycée suggère un plan ahurissant que le trio décide de mettre à exécution. Billy se porte volontaire pour se rapprocher de Mary, la fille boulotte du buraliste, avec qui il partage l'accès à un Commodore 64 et une passion pour la programmation...

J'avoue: je fais partie des ex-ados des années 80 avec lesquels la carte de la nostalgie joue à fond. A condition qu'il y ait un peu de substance derrière - une bonne histoire, et pas juste une accumulation de clichés. Et de ce point de vue, "La forteresse impossible" a tout bon. Certes, les sympathiques losers qui lui tiennent lieu de héros prennent une décision catastrophique après l'autre, et aucun d'eux ne remportera de prix de féminisme. Mais je les trouve plutôt bien croqués pour  leur âge et leur époque. Billy, le grand échalas, fait le désespoir de sa mère célibataire avec ses mauvaises notes. Alf a la malchance de porter le nom et de présenter une ressemblance certaine avec un extra-terrestre de télévision. Clark est beau gosse mais horriblement complexé par sa main gauche atteinte de syndactylie. Enfants de la classe populaire, ils se révèlent attachants dans leur maladresse naïve et dans l'amitié qui les lie. Mais le vrai bonheur de "La forteresse impossible", c'est la relation entre Billy et Mary, un premier amour qui va se heurter à une complication insoupçonnée. Ensemble, les deux informaticiens en herbe font des étincelles de mignonnitude. Un joli roman ultra-rafraîchissant.

Traduction d'Héloïse Esquié

jeudi 15 novembre 2018

"Ensemble à minuit" (Jennifer Castle)


New York, juste après Noël. Kendall rentre juste d'un semestre d'études en Europe et appréhende de reprendre les cours dans son ancien lycée. Max, lui, a choisi de reporter d'un an son entrée dans une fac prestigieuse à la plus grande incompréhension de ses proches. Un soir, tous deux assistent à une dispute de couple dans la rue, sans se décider à intervenir ni l'un ni l'autre - et la femme est renversée par un bus sous leurs yeux. Rongés par la culpabilité, ils décident de relever le défi que leur lance une serveuse: faire sept bonnes actions désintéressées avant le Nouvel An...

Dans "Ensemble à minuit", l'autrice montre en alternance le point de vue des deux héros, mais aussi celui des gens qu'ils tentent d'aider. C'est là le trait de génie qui donne toute sa saveur à ce roman jeunesse plein de bonnes intentions comme il en existe pas mal d'autres (non que je m'en plaigne: je suis assez fan du genre). Parfois, Kendall et Max perçoivent leurs tentatives comme ridicules voire indésirables, mais en se glissant dans la peau de leur vis-à-vis, on se rend compte de la véritable portée que peut avoir un geste bien intentionné. Cela fait d'autant plus chaud au coeur que l'histoire se déroule pendant une tempête de neige, et que ses protagonistes adolescents se débattent avec leurs propres problèmes que l'on découvre au fil des chapitres. En aidant les autres, ils finissent par s'aider eux-mêmes, jusqu'à une conclusion bien vue et joliment ouverte. J'ai beaucoup aimé. 

Traduction d'Alice Delarbre

Merci aux éditions Casterman pour cette lecture

lundi 8 octobre 2018

"The book of M" (Peng Shepherd)


Il y a 5 ans, un phénomène aussi étrange qu'inexplicable s'est abattu sur l'humanité. Un par un, les gens ont commencé à perdre leur ombre et, dans les jours suivants, leur mémoire, jusqu'à oublier leur identité et devenir dangereux pour leur entourage. Ce fut la fin de la civilisation telle que nous la connaissons, tandis que les humains possédant toujours une ombre se regroupaient en bandes pour éliminer impitoyablement les autres - avant de succomber à leur tour au mal mystérieux. 

Il y a 5 ans, Ory et Max sont venus dans cet hôtel perdu au milieu des montagnes pour y assister au mariage de leurs amis Paul et Imanuel. Depuis, les autres invités sont morts ou partis pour tenter de rentrer chez eux tandis que le couple continue à vivre en autarcie, avec des réserves de nourriture presque épuisées. Le jour où l'ombre de Max disparaît, leur existence vacille. Ne voulant pas devenir un poids pour son mari, la jeune femme quitte l'hôtel sans le prévenir. Autour du cou, elle porte un magnéto qu'Ory lui a donné et par l'intermédiaire duquel elle va continuer à lui parler tandis que ses souvenirs s'évaporent un par un. 

En se lançant à la recherche de Max, Ory rencontre une poignée de survivants qui s'apprêtent à partir pour la Nouvelle-Orléans. Selon la rumeur, un prophète surnommé Celui Qui Rassemble se trouverait là-bas... 

Le post-apocalyptique est un genre que j'ai longtemps évité, le trouvant trop anxiogène, mais auquel j'ai fini par m'intéresser un peu ces dernières années grâce à des romans tels que "Station Eleven". "The book of M" raconte une histoire très originale, teintée de mysticisme et de magie, à travers le point de vue de plusieurs survivants: Ory et Max, mais aussi Naz, une archère iranienne venue aux Etats-Unis afin de s'entraîner pour les Jeux Olympiques, et l'Amnésique, un homme qui peu avant le déclenchement du phénomène avait perdu la mémoire et un oeil dans un accident de voiture. Avec un style déjà très maîtrisé pour son premier roman, Peng Shepherd entraîne le lecteur dans des aventures poignantes et lui coupe le souffle avec une fin des plus inattendues, prétexte à poser des questions fascinantes sur la notion d'identité. J'ai tellement aimé que je ne lui en ai même pas voulu de ne fournir aucune explication sur l'origine du phénomène. Et je ne doute pas qu'un éditeur français proposera bientôt une traduction de ce livre. 

lundi 17 septembre 2018

"Les Vanderbeeker T1: On reste ici!" (Karina Yan Glaser)


La famille Vanderbeeker compte 5 enfants: les jumelles Isa, passionnée de violon, et Jessie, scientifique en herbe; Oliver, le seul garçon, joueur de basket passablement dissipé; la timide Jacinthe qui adore la mode et confectionne elle-même ce qu'elle porte ou offre, et la petite dernière Laney, dont la spécialité est de distribuer câlins et bisous. Tout ce petit monde occupe le rez-de-chaussée et le premier étage d'une jolie maison de grès rouge située à Harlem. 

Mais un jour, leur propriétaire, le vieux M. Beiderman qui ne sort jamais de chez lui et se plaint sans cesse que les enfants font de trop de bruit, décide de ne pas renouveler leur bail. Les Vanderbeeker doivent vider les lieux avant la fin de l'année. Pour rester dans leur maison et leur quartier bien-aimés, ils mettent au point un plan de bataille. Objectif: se faire apprécier du vieux ronchon du 3ème étage... 

Sous sa jolie couverture, le premier tome de la série "Les Vanderbeeker" propose une chronique familiale chaleureuse, qui met l'accent sur l'importance des liens de voisinage et la notion de communauté. La fin très réussie donne envie d'enchaîner sur la suite, bientôt disponible en anglais et sans doute l'an prochain en français. Pour jeunes (ou moins jeunes!) lecteurs à partir de 9 ans. 

Traduction de Nathalie Serval

Merci aux éditions Casterman pour cette lecture

vendredi 14 septembre 2018

"Motor girl" (Terry Moore)


Je dois être une des plus grandes fans au monde de "Strangers in paradise", la série qui a fait connaître Terry Moore et l'a imposé comme un des meilleurs artistes indie de son époque. Je l'ai découverte quand je vivais aux USA, en 1997, et même après mon retour en France, je me suis débrouillée pour me procurer chaque nouveau numéro au moment de sa sortie.

C'est en 2007 que Terry Moore a mis le point final (ou pas...) aux aventures de Katchoo, Francine et David. Et je dois dire que je n'ai pas adoré ce qu'il a fait par la suite. J'ai suivi tout "Echo" sans grand enthousiasme, et décroché assez rapidement de "Rachel rising". Le trait était toujours aussi chouette, les héroïnes poutraient toujours du gnou, mais les histoires ne m'intéressaient pas. 

Du coup, je n'ai même pas su qu'il avait publié une série courte en dix numéros intitulée "Motor girl". Et quand je l'ai découvert, j'ai fait une moue dubitative. Sam, vétéran rentrée d'Irak avec un solide syndrome post-traumatique, tient une casse auto dans le désert avec son meilleur pote, Mike le gorille. Et un jour, elle rencontre des extra-terrestres. Gni? Pour être honnête, je pensais faire l'impasse. Mais quand j'ai vu que Delcourt sortait l'intégrale en français pour la modique somme de 20€, je me suis dit qu'au pire, je me rincerais l'oeil sur les beaux dessins de Terry Moore et glousserais en voyant sa nouvelle femme forte maraver la gueule d'un ou deux méchants.

Oh boy. Je n'étais pas du tout prête à me laisser embarquer dans un tel tourbillon d'émotions. De l'aventure, forcément, avec un pitch pareil; de l'absurde à foison, et de grands éclats de rire à plusieurs reprises. Mais surtout, surtout, la gorge serrée, le coeur gonflé et les yeux qui piquent comme aux plus belles heures de SIP. J'ai lu l'album d'une traite, et je l'ai refermé éperdue d'admiration pour le brio avec lequel l'auteur venait de boucler une histoire complètement dingue en me baladant d'un bout à l'autre de la gamme des sentiments. Je connais peu de créateurs capables de parler de traumatismes psychiques d'une manière aussi réaliste à travers des scénarios qui le sont si peu, et quasiment aucun homme dont chaque oeuvre soit une telle déclaration d'amour au sexe féminin. 

mardi 7 août 2018

"The bookshop of yesterdays" (Amy Meyerson)


Quand elle était petite, Miranda adorait son oncle Billy, un sismologue qui possédait une librairie à Los Angeles. Les chasses au trésor qu'il lui concoctait font partie de ses meilleurs souvenirs d'enfance, tout comme ses visites chez Prospero Books où elle avait toujours le droit de choisir un livre à emporter. Mais le jour de son douzième anniversaire, une horrible dispute a éclaté entre sa mère et Billy, et Miranda n'a jamais revu son oncle. 

Aujourd'hui, elle est prof d'histoire à l'autre bout du pays et vient juste d'emménager avec son petit ami quand elle apprend que son oncle est mort... en lui léguant Prospero Books et le premier indice d'un ultime jeu de piste. De classique littéraire en classique littéraire, Miranda va découvrir le secret que lui cachent ses parents et la raison pour laquelle Billy a autrefois disparu de sa vie. 

Une librairie, un secret de famille, un jeu de piste: "The bookshop of yesterdays" avait absolument tout pour me plaire. Hélas, il ne suffit pas toujours de mélanger les bons ingrédients. Pour obtenir un roman délicieux, il aurait également fallu que le secret soit moins transparent (c'est la première chose à laquelle j'ai pensé dès la scène de la dispute), et que Miranda ne soit pas tellement narcissique que la seule chose qui est allée crescendo tout au long de ma lecture, c'était mon envie de lui mettre des claques. Malgré une idée de départ fort intéressante, c'est un miracle que j'aie tenu jusqu'à la fin. 

mercredi 25 juillet 2018

"La vieille dame qui avait vécu dans les nuages" (Maggie Leffler)


A 87 ans, Mary Browning n'est plus qu'une vieille dame qui a perdu toute sa famille et dont les mains tremblent beaucoup. Mais pendant la 2ème Guerre Mondiale, elle s'appelait Miriam Lichtenstein et elle faisait partie du Women Airforce Service, un corps de femmes pilotes que l'armée américaine s'empressa de démantibuler quand ses hommes rentrèrent du front européen.

Un jour, une adolescente prénommée Elyse débarque dans l'atelier d'écriture que Mary dirige à Pittsburgh. Elle ressemble beaucoup à Sarah, la soeur défunte de la vieille dame. Apprenant que le gouvernement a l'intention de distribuer des médailles aux WASP survivantes, celle-ci se replonge dans les souvenirs de ce qui fut la période la plus heureuse de sa vie et demande à Elyse de l'aider à rédiger ses mémoires...

S'inspirant d'un fait historique peu connu - et néanmoins passionnant -, Maggie Leffler invente une héroïne romanesque à souhait, une âme rebelle qui va défier les conventions de son époque pour voler comme elle en rêve depuis l'enfance. Par la suite, hélas, son époque la rattrapera en la forçant à un choix cruel qui conditionnera le reste de son existence. "La vieille dame qui avait vécu dans les nuages" n'a pourtant rien d'une tragédie; c'est plutôt un roman feel-good facile à lire grâce à son écriture fluide et ses révélations habilement dosées. Le passé de Miri/Mary s'entremêle avec son présent, et la voix d'Elyse vient enrichir le tout avec ses préoccupations modernes. Un agréable roman de vacances.

Traduction de Florence Guillemat-Szarvas

jeudi 12 juillet 2018

"La course au bonheur" (Maggie Lehrman)


L'hékamie est devenue illégale depuis de nombreuses années. Ses pratiquantes, capables de créer pour leurs clients des sorts sur mesure qu'elles insèrent dans de la nourriture, sont désormais obligées de se cacher - et coupées du groupe qui assurait leur stabilité mentale, elles sombrent peu à peu dans la folie. A Cape Cod, pourtant, une vieille hékamiste reste plus que jamais sollicitée par la population locale.

Ari, ballerine de talent qui s'apprête à rejoindre une compagnie new-yorkaise, veut oublier son petit ami récemment décédé. Kay, dont le physique ingrat la condamne à la solitude, veut modifier son apparence et s'attacher des amis de manière à ce qu'ils ne puissent plus la quitter. Win veut se débarrasser de la dépression qui le ronge. Mais la magie a a toujours un prix...

Ne vous fiez pas à son titre un peu mièvre: "La course au bonheur" est un roman jeunesse plutôt noir, dans la lignée de "Nous les menteurs" ou "Les déviants". En s'appuyant sur les points de vue de quatre ados assez peu sympathiques, Maggie Lehrman tisse une histoire complexe faite de mensonges et de manipulations en cascade. Les personnages désirent tous trouver une échappatoire magique à leurs problèmes, sans se préoccuper le moins du monde des conséquences. Bien entendu, la combinaison de leurs égoïsmes respectifs va entraîner une conclusion dramatique.

Je n'ai pas raffolé de la traduction trop littérale à mon goût; pourtant, je n'ai pas pu lâcher le livre avant la fin tant je voulais voir de quelle façon les différents éléments allaient se combiner. J'ai beaucoup aimé aussi le concept de l'hékamie, l'idée que toute amélioration sur un plan donné doit se payer par une diminution dans un autre domaine, sans qu'il soit possible de choisir lequel. Et qu'à cause de cette magie, les protagonistes du roman ne peuvent faire confiance à rien ni à personne, pas même à leurs propres désirs. 

Traduction d'Antoine Pinchot

Merci à Casterman pour cette lecture