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dimanche 10 mars 2019

"La lanterne de Nyx T1" (Kan Takahama)


Nagasaki, 1878. Orpheline recueillie par sa tante, qui la considère juste comme une bouche supplémentaire à nourrir, Miyo ne possède aucune compétence monnayable - sauf peut-être ce pouvoir qui lui permet, en touchant un objet, de voir ses propriétaires passés et futurs. Elle parvient à se faire embaucher par Momotoshi, un marchand excentrique tout juste rentré de l'Exposition Universelle de Paris avec une myriade d'objets fort exotiques pour le Japon de l'époque...

Beaucoup d'originalité pour ce manga en 6 tomes (terminé en VO). D'abord le format, légèrement supérieur à celui des publications ordinaires, et qui m'a tout juste suffi à déchiffrer certains passages. Ensuite, l'époque, le thème et l'atmosphère, mélange d'Orient et d'Occident, de réalisme historique et de fantastique. Entre les chapitres, l'autrice expose le résultat de ses recherches sur les objets qu'elle met en scène: la première édition japonaise d'"Alice au pays des merveilles", l'apparition des tablettes de chocolat en Europe, la machine à coudre et le développement du prêt-à-porter, la technologie du phonographe... On apprend plein de choses tout en suivant avec plaisir le quotidien de Miyo, ado mal dégrossie qui, au fur et à mesure qu'elle s'instruit, gagne en assurance et s'épanouit dans son nouvel environnement. J'ai juste regretté qu'elle fasse très peu usage de son intéressant pouvoir dans ce premier tome. Raison de plus pour guetter la suite avec impatience!

Traduction de Yohan Leclerc

mercredi 27 février 2019

"Adieu, mon utérus" (Yuki Okada)


Yuki Okada a 33 ans, un mari très pris par son métier de mangaka, une petite fille de deux ans et demi et une carrière qui décolle enfin quand elle découvre qu'elle a un cancer du col de l'utérus. Dans ce manga en un seul tome, elle raconte son parcours depuis le diagnostic jusqu'à la radiothérapie qui a suivi son opération. Très angoissée de nature, elle doit faire le deuil d'un éventuel deuxième enfant, gérer l'idée d'une ménopause précoce, mais aussi apaiser les craintes de ses proches et gérer les répercussions matérielles que sa maladie va avoir sur eux. 

Le sujet n'est certes pas très gai, mais l'autrice ayant publié "Adieu, mon utérus" cinq ans plus tard, on sait d'entrée de jeu que son histoire se termine bien. Elle la raconte avec beaucoup de candeur et de sensibilité, sans toutefois s'apitoyer sur son sort. J'ai été particulièrement touchée par la solidarité entre elles et les autres patientes qui partagent sa chambre - la manière dont leur présence, qu'elle vit d'abord comme une agression, finit par lui apporter courage et réconfort. Toutefois, j'aurais aimé en savoir un peu plus sur l'après-hystérectomie. J'ai regretté qu'elle ne parle pas vraiment des suites de l'opération, des conséquences sur sa santé et sa forme physique, de ce que ça avait pu changer à sa manière d'appréhender la vie. Du coup, bien que ce manga soit intéressant, je l'ai refermé un peu frustrée. 

Traduction de Mireille Jaccard

mardi 12 février 2019

"La grande traversée" (Shion Miura)


Jeune homme discret et emprunté, Majimé se voit bombardé éditeur d'un dictionnaire en cours d'élaboration. Il ne le sait pas encore mais ce projet ambitieux, baptisé "La grande traversée", va prendre une quinzaine d'années de sa vie...

Enorme succès commercial au Japon, où il a également été adapté sous forme de film et de dessin animé, "La grande traversée" a pourtant mis du temps à me séduire. La quatrième de couverture laissait supposer une forte composante gastronomique à travers le personnage de Kaguya, dont Majimé est amoureux et qui est tout aussi obnubilée par la cuisine que lui par la lexicographie. En réalité, le sujet est à peine évoqué, ce qui m'a  déçue au point que j'ai failli abandonner ma lecture en cours de route. 

Et puis je me suis attachée à ce héros improbable qu'est Majimé. Un peu excentrique, il se fiche des apparences, ne se souciant que de faire le meilleur travail possible: approcher au plus près la vérité de chaque mot, en répertorier toutes les nuances possibles, décider quels termes désuets doivent être éliminés pour faire place à d'autres plus modernes. Un labeur de fourmi dans lequel il met toute son énergie et tout son coeur. Il n'a pour l'assister qu'une équipe réduite: deux hommes âgés spécialistes des dictionnaires, une secrétaire à mi-temps, un collègue désinvolte et moqueur qui va devenir pour lui un précieux allié, et plus tard, une jeune femme d'abord contrariée par sa mutation mais que l'enthousiasme de Majimé va gagner peu à peu. Malgré des années d'incertitude quant au sort de "La grande traversée", il fait preuve d'une obstination sans faille, d'un dévouement à la pureté contagieuse. 

J'ai aimé sa relation peu conventionnelle avec Kaguya, chacun se consacrant entièrement à sa passion et respectant celle de l'autre au détriment d'une vie de famille classique. J'ai aimé l'ambiance du service des dictionnaires, relégué par la maison d'édition dans un vieux bâtiment délabré, insuffisamment financé et considéré avec une pointe de mépris par les autres employés, mais qui se transforme en ruche bourdonnante durant la période de bouclage. J'ai aimé la plaisanterie pourtant pas très fine de Nishioka, prétexte à une annexe amusante à la fin du roman. Bref, même si ce n'était pas tout à fait le roman que je pensais lire lorsque je l'ai acheté, je l'ai finalement beaucoup apprécié. 

Traduction de Sophie Refle

mardi 25 décembre 2018

"Le Japon: 100 instants de voyage" (Edith Silva)


En 2016, Edith Silva et son conjoint ont passé 5 mois au Japon. Munis d'un Permis Vacances Travail, ils exploré la moitié sud de l'île de Kyushu en mélangeant tourisme et wwoofing dans des exploitations agricoles bios. Tout au long de leur périple entre Yakushima et Tokyo, l'autrice a croqué des situations de leur quotidien, et plus tard, ayant découvert cette forme typiquement japonaise de poésie dans un ouvrage de Natsume Soseki, elle a eu l'idée d'accompagner chacun de ses dessins d'un haïku. Le résultat est ce recueil d'instantanés de voyage dont le graphisme presque enfantin et l'économie de mots se combinent pour créer des vignettes douces, drôles et ultra-dépaysantes. Les notes insérées à la fin éclairent les néophytes sur les particularités de la culture japonaise. Pour ceux qui, comme moi, s'intéressent au sujet depuis longtemps et se sont lassés de lire toujours le même type de récits faits par des Occidentaux, "Le Japon : 100 instants de voyage" est aussi délicieusement rafraîchissant qu'un thé vert glacé par une journée d'été. 

vendredi 24 août 2018

"La papeterie Tsubaki" (Ito Ogawa)


Après le décès de la grand-mère qui l'a élevée, Hatoko est rentrée à Kamakura afin d'y rouvrir la papeterie familiale et de reprendre le flambeau d'écrivain public. Ses clients lui présentent parfois des requêtes surprenantes, telles que rédiger un faire-part de divorce ou des condoléances pour le décès d'un singe, mais la jeune femme les prend toujours au sérieux et les traite immanquablement avec la plus grande considération. Pendant sa première année d'activité, les rencontres s'égrènent...

J'ai lu tous les romans d'Ito Ogawa parus en français à ce jour: "Le restaurant de l'amour retrouvé", "Le ruban" et "Le jardin arc-en-ciel". Si j'ai toujours trouvé matière à les critiquer sur certains points, la rapidité avec laquelle je me suis jetée sur "La papeterie Tsubaki"  dès le jour de sa parution et l'ai dévoré dans la foulée prouve bien que malgré tout, cette auteure me tient sous son charme. J'apprécie de plus en plus son écriture très simple qui me gênait un peu au début, car malgré leur dépouillement stylistique, ses livres sont toujours des bijoux de délicatesse et de subtilité.

Ici, elle s'attache à dépeindre le travail d'un écrivain public (j'aurais aimé que la formule soit féminisée en français) avec un formidable luxe de détails: description et symbolique des instruments de travail, choix des formules de politesse et de l'alphabet utilisé pour rédiger certains termes en japonais... Même le timbre apposé sur l'enveloppe est considéré comme chargé de signification. Certains lecteurs trouveront tout cela bien fastidieux; pour ma part, j'ai été fascinée par la complexité du processus et le nombre inouï de codes liés à la calligraphie. J'ai également adoré l'atmosphère paisible de Kamakura au fil des saisons et l'existence quasi monacale mais intérieurement très riche de l'héroïne.

"La papeterie Tsubaki" parle de conflit de générations et de transmission, du sens qu'on peut donner à sa vie en mettant du coeur à son ouvrage, des petits bonheurs qui suffisent à remplir une existence, de l'importance de savourer le moment présent, des bienfaits du thé et de la nourriture, et puis aussi des liens miraculeux qui se tissent parfois entre des êtres que rien ne prédisposait au rapprochement. Amateurs de littérature japonaise et de récits contemplatifs, ne passez pas à côté de cette petite merveille. 

Traduction de Myriam Dartois-Ako

lundi 16 juillet 2018

"Mimikaki" (Yarô Abe)


Au Japon, il existe des établissements où l'on peut se faire curer les oreilles la tête posée sur les genoux d'une femme, à l'aide d'un petit instrument appelé mimikaki. Au salon Yamamoto de Nakamachi, la douce Shizue procure à ses clients une volupté auriculaire sans pareille - au point que certains d'entre eux sont littéralement devenus accros...

Je suis très fan de la série "La cantine de minuit" de Yarô Abe. Alors, même si le thème de "Mimikaki" m'inspirait assez peu, je me suis laissée convaincre par les critiques dithyrambiques lues et entendues un peu partout. Et au final, comme je m'en doutais, je n'ai absolument pas accroché. 

D'abord, je ne suis pas fan d'histoires courtes; je ne les apprécie dans "La cantine de minuit" que parce qu'elles sont centrées autour de la nourriture,  (un sujet qui me parle toujours) et parce que, de chapitre en chapitre, on retrouve les mêmes personnages dont on suit ainsi l'évolution en filigrane. Rien de tel ici, et arrivée à la fin de ce recueil, le concept de volupté auriculaire me laissait toujours aussi perplexe. Question de culture, sûrement. 

Traduction de Miyako Slocombe

mercredi 20 juin 2018

"Solitude d'un autre genre" (Kabi Nagata)


A 28 ans, Kabi Nagata est une jeune femme profondément dépressive, incapable de s'accrocher ne serait-ce qu'à un emploi subalterne à mi-temps. Depuis sa sortie du lycée, elle a été tour à tour anorexique et boulimique; souvent, elle s'automutile pour exprimer d'une façon concrète une douleur mentale invisible qu'elle peine à identifier, et l'envie de mourir la taraude constamment. Après sa dernière grosse rechute, elle a dû revenir s'installer chez ses parents qui ne la comprennent pas - alors que son besoin d'être acceptée par eux prime sur toute autre motivation. Elle souffre aussi de phobie sociale, n'a aucun ami et commence juste à comprendre qu'elle est attirée par les femmes. Par soif de contact humain et pour perdre enfin sa virginité, elle décide de faire appel à un service d'escort girls...

Oeuvre 100% biographique, "Solitude d'un autre genre" décortique la maladie mentale de l'auteure avec une franchise si complète, si brutale qu'on se sent parfois gêné en lisant. Le dessin au trait en noir et blanc simplement rehaussé de rose, aux personnages de manga classiquement kawaii, contraste très fort avec l'enfer intérieur que décrit Kabi Nagata. Même les passages un peu drôles - quand elle s'interroge sur l'attitude à avoir avec l'escort girl, notamment - restent poignants de par leur contexte. On souffre vraiment avec elle; à la fin, on se réjouit qu'elle ait pris conscience de ses propres besoins et osé aller à l'encontre des attentes de son entourage pour trouver enfin une forme d'épanouissement. Une douloureuse et pourtant très accessible quête de l'acceptation de soi, que je recommande à tous les anglophones intéressés par les thèmes de la maladie mentale et de l'homosexualité. 

Traduction de Manon Debienne

dimanche 3 juin 2018

"Le rêve de Ryôsuke" (Durian Sukegawa)


Le père de Ryôsuke s'est suicidé quand il était petit. Depuis, ce jeune homme de 28 ans traîne un mal-être indéfinissable qui menace souvent de le submerger. Un jour, il répond à une petite annonce pour aller faire des travaux de terrassement sur Aburi, une île rocheuse desservie par un seul ferry hebdomadaire et sur laquelle il n'y a pas de réseau. Deux autres jeunes gens ont été embauchés avec lui, et tous trois se heurtent très vite à l'hostilité des habitants gouvernés d'une main de fer par un homme que tout le monde appelle le Président. Malgré des conditions de vie difficiles, Ryôsuke est étrangement séduit par Aburi, sa nature sauvage et les chèvres qui la peuplent. Au point qu'il décide de reprendre à son compte le rêve de son père en s'essayant à la fabrication de fromage...

J'avais beaucoup aimé le précédent roman de l'auteur, "Les délices de Tokyo", qui a connu un gros succès de librairie et fait l'objet d'une adaptation cinématographique très réussie. Ici aussi, Durian Sukegawa met en scène un héros à l'aube de la trentaine qui cherche sa voie et qui finit par la trouver dans la préparation d'un aliment. La ressemblance s'arrête ici. "Le rêve de Ryôsuke" se déroule sur une île presque oubliée par le temps, où la technologie est réduite au minimum, où les gens entretiennent des coutumes archaïques et où seules la chasse et la pêche permettent de se nourrir au quotidien. Ryôsuke, qui s'est vite attaché aux chèvres, a beaucoup de mal à accepter la nécessité d'en tuer certaines, et encore plus de mal à le faire lui-même. Sa confrontation avec une nature primitive va le réconcilier avec son passé et tracer pour lui l'ébauche d'un chemin de vie. Un beau roman contemplatif et intimiste.

Traduction de Myriam Dartois-Ako

lundi 9 avril 2018

"J'ai égaré la lune" (Erwan Ji)


Capucine, étudiante franco-américaine de 19 ans, s'envole pour Tokyo avec sa petite amie Aiden afin d'y passer une année scolaire. Mais rien ne se déroule comme prévu, et c'est finalement seule que la jeune fille atterrit dans une colocation digne de "L'auberge espagnole"...

Avant "J'ai égaré la lune", il y a eu "J'ai avalé un arc-en-ciel", qui racontait la dernière année de lycée de Capucine aux USA et la façon dont elle tombait amoureuse d'Aiden. Je n'avais pas lu ce premier roman, et je le regrette car saisir les allusions que l'auteur y fait, notamment dans les échanges entre les deux filles, m'aurait permis d'apprécier encore davantage le second. Mais je vais très vite remédier à cette lacune. Parce que j'ai adoré le personnage de Capucine, qui se décrit elle-même comme une Poufsouffle et dont la sincérité désarmante change agréablement de toutes les héroïnes sarcastiques qui fleurissent un peu partout en littérature jeunesse depuis quelques années. Ne vous y trompez pas: je suis une grande fan du sarcasme quand il est bien tourné, mais son omniprésence commence à me lasser et à faire que les voix de beaucoup de personnages féminins se confondent dans mes souvenirs.

Capucine n'est pas badass: elle est vulnérable mais pas gourde, enthousiaste mais pas neuneu, inexpérimentée mais pas idiote, pleine d'un humour délicieux et jamais méchant. Se retrouvant plongée dans un environnement tout à fait étranger et une culture dont elle ne maîtrise aucun code, elle apprend avec bonne volonté en se posant les questions typiques d'une jeune adulte qui découvre la vie, gère ses problèmes avec une candeur parfois maladroite mais toujours touchante. Elle n'a pas une âme de rebelle, mais elle déteste les étiquettes. Les autres lui demandent tout le temps si elle est lesbienne ou bi; Capucine, elle, ne se pose pas la question. Elle aime qui elle aime, avec un naturel et une acceptation de soi innée qu'on a juste envie d'applaudir. Cette fille est un vrai vent de fraîcheur, et j'aurais bien voulu que son histoire ne se termine jamais. Si Erwan Ji écrit un tome 3, je saute dessus dès sa sortie!

PS: Dis, monsieur ou madame Nathan, tu voudrais pas payer un illustrateur pour te faire des couvertures décentes, qui donnent envie de découvrir le bouquin à l'intérieur? Parce que là, quand on pense à la beauté des couvs des romans jeunesse anglophones, franchement, c'est un peu la honte. Merci, bisous.

jeudi 22 mars 2018

"La péninsule aux 24 saisons" (Mayumi Inaba)


Une femme d'âge mûr, qui a fait le choix de rester célibataire et de ne pas avoir d'enfant, quitte provisoirement Tokyo pour passer un an dans la petite maison dotée d'un confort rudimentaire qu'elle s'est fait construire sur une péninsule essentiellement sauvage. Là, entre mer et forêt, elle part à la découverte de la nature et des 24 saisons égrenées par un vieil almanach. Elle se recentre sur ses besoins essentiels, s'interroge sur le temps qui passe et la vieillesse qui pointe à l'horizon, tisse des liens amicaux avec ses rares voisins. 

C'est un roman très contemplatif que Mayumi Inaba propose ici. La belle traduction d'Elisabeth Suetsugu sait préserver la délicatesse de la langue japonaise tout en gommant son côté un peu hermétique pour une sensibilité européenne. Ainsi, malgré sa lenteur, la narration s'écoule avec une grande fluidité; les descriptions de paysages et les sensations invoquées restent délicieusement évocatrices. Et même une citadine endurcie comme moi tombe sous le charme serein de "La péninsule aux 24 saisons".

Traduction d'Elisabeth Suetsugu

dimanche 25 février 2018

"Destins parallèles - Elle" et "Destins parallèles - Lui" (Daisuke Imai)



Une histoire d'amour racontée du point de vue de chacune des deux personnes concernées, à travers des volumes intitulés "Elle" et "Lui" sortant simultanément en librairie. Je trouvais le principe tellement intéressant que je n'ai même pas feuilleté les deux tomes 1 de cette nouvelle série signée Daisuke Imai avant de les acheter. De toute façon, le dessin très correct (sans être extraordinaire) n'aurait pas suffi à me dissuader. 

Non, il a fallu que je me plonge vraiment dans ce manga pour me rendre compte que Chihiro, qui rentre tout juste en fac et se fait embarquer dans l'aventure d'un club photo, est l'incarnation de la nunuche romantique capable de tomber follement amoureuse d'un garçon croisé deux fois avec qui elle a échangé exactement 4 phrases. En plus de ça, elle est timide et complexée - plus insipide, tu meurs. 

Quant au fringant Yukichi, c'est un étudiant de seconde année très imbu de lui-même, agressif, manipulateur et franchement antipathique. Tous les deux incarnent grosso modo le pire des clichés sur la féminité et la masculinité. Certes, cela leur laisse une grande marge de progression personnelle pour les tomes suivants. De plus, le quiproquo sur lequel se base le début de leur histoire semble une excellente idée, propice à un développement plus complexe que celui d'un coup de foudre réciproque. Mais rien à faire: avec des héros aussi horripilants, "Destins parallèles" se poursuivra sans moi.

Traduction de Fabien Nabhan

samedi 24 février 2018

"Eclat(s) d'âme" (Yuhki Kamatani)


Deux jours avant les vacances d'été, Tasuku, lycéen sans histoire, est "outé" par un camarade indélicat qui a fouillé dans son smartphone et y a trouvé des vidéos gay. Pour ne pas être rejeté par les autres, le jeune homme plaide une blague de son frère et affirme que l'homosexualité le dégoûte. Mais il craint que ce démenti ne suffise pas et que sa vie devienne un enfer, au point qu'il envisage le suicide. Au même moment, il voit au loin une femme se jeter dans le vide. Il se précipite vers l'endroit d'où elle a sauté et découvre, non seulement que l'inconnue est toujours en vie, mais qu'elle est l'hôte d'un curieux salon de discussion...

Après l'émouvant "Le mari de mon frère", les éditions Akata nous proposent un autre manga centré sur les problématiques LGBT - très différent du premier, mais tout aussi intéressant. Ici, le héros est un ado qui peine à accepter son orientation sexuelle, a fortiori, à trouver le courage nécessaire pour l'assumer publiquement dans une culture où elle est encore très mal vue. Les rencontres que fait Tasuku au salon de discussion, où personne ne le juge, vont peu à peu l'aider à mûrir. A partir d'une situation réaliste aussi banale que douloureuse, Yuhki Kamatani tisse une histoire empreinte d'une grande poésie et rehaussée d'une pointe de mystère. La finesse de son graphisme ajoute encore au charme fou de cette série dont j'attendrai impatiemment les prochains tomes.

Traduction d'Aurélien Estager

dimanche 26 novembre 2017

"Isabella Bird, femme exploratrice T1" (Taiga Sassa)


En mai 1878, l'exploratrice anglaise Isabella Bird, qui a déjà exploré les Montagnes Rocheuses et l'archipel d'Hawaï, se lance dans un nouveau défi: remonter le long de l'archipel du Japon en empruntant des routes peu fréquentées, pour finir son périple sur l'île d'Ezo où elle espère rencontrer le peuple Aïnous.  En se basant sur les récits publiés par cette femme extraordinaire, Taiga Sassa propose un manga instructif sur les moeurs et les conditions de vue du peuple japonais au tout début de l'ère Meiji. L'Isabella qu'elle campe est sympathique en diable, pleine d'enthousiasme et d'énergie. Bien qu'issue  d'un milieu habitué au confort et bourré de préjugés, elle ne rechigne pas devant les difficultés du voyage, et surtout, elle manifeste curiosité et respect aux gens qu'elle rencontre, si différents d'elle soient-ils. Ce premier volume la voit débarquer à Yokohama où elle engage celui qui sera son unique compagnon de route, l'interprète Tsurikichi Ito, puis traverser successivement Edo, Kasukabe et Nikko en multipliant les découvertes. J'attends impatiemment la sortie du second, prévue pour début décembre. 

jeudi 31 août 2017

"Pachinko" (Min Jin Lee)


Dans un petit village de pêcheurs au sud de la Corée, sous l'occupation japonaise au début du XXème siècle. Sunja, 15 ans, a perdu son père et tient avec sa mère une modeste pension où toutes deux travaillent très dur pour subvenir aux besoin de leurs clients. Lorsque la jeune fille tombe enceinte d'un yakuza marié, son avenir se trouve compromis. 

Mais Isak, un prêtre chrétien à la santé fragile dont elle s'est occupée pendant qu'il souffrait de pneumonie, lui offre une chance de salut: il l'épousera, donnera son nom à l'enfant et l'emmènera avec elle au Japon pour y commencer une nouvelle vie. A leur arrivée à Osaka, Sunja se rend vite compte qu'ils sont condamnés à une pauvreté et une discrimination perpétuelles dans un pays qui ne veut pas d'eux... 

"Pachinko", c'est une chronique qui s'étend de 1911 à 1989, et qui retrace l'évolution d'une famille d'immigrés coréens au Japon, avec une emphase particulière sur la période très difficile de la Seconde Guerre Mondiale. Le manque d'argent, la faim chaque jour, le racisme ordinaire modèlent tragiquement la vie de Sunja. Pourtant, cette femme fière et dure à la tâche ne baisse pas les bras et, sans se rebeller ouvertement contre son sort, tente toujours de tirer le meilleur parti de la situation. 

Mais si ses deux fils vont réussir à se sortir de la misère grâce au pachinko, un jeu d'argent typiquement japonais, leurs origines les empêcheront à tout jamais d'être considérés comme des gens respectables dans le seul pays qu'ils auront connu. Récit bien documenté, très réaliste et dépourvu de pathos, "Pachinko" montre le Japon sous son jour le moins glorieux, celui d'une xénophobie rampante qui perdure à travers les générations. Il n'a pas encore été traduit en français.

dimanche 30 juillet 2017

"Dernier été à Tokyo" (Cecilia Vinesse)


Sophia, 17 ans, a une semaine pour dire au revoir à Tokyo et à son groupe d'amis expatriés. Mais ses adieux sont gâchés par le retour de Jamie, avec qui elle a toujours eu une relation compliquée. Alors que tout s'écroule autour d'elle, Jamie se révèle pourtant le seul sur qui elle peut compter. Peut-être n'est-il pas trop tard pour leur histoire? Mais que peut-on construire, quand on n'a que sept petits jours? 

D'un côté, les histoires d'amour - a fortiori, les bluettes adolescentes - m'ennuient généralement à mourir. De l'autre, je suis preneuse de tout ce qui peut me ramener à Tokyo par la pensée. Alors malgré quelques réticences, je me suis lancée dans la lecture de "Dernier été à Tokyo".

Comme je m'y attendais, la relation de Sophia et Jamie est parfaitement prévisible et dénuée d'intérêt. La bonne surprise, c'est qu'elle ne prend au final que peu de place. L'essentiel du roman est consacré à l'amour de Sophia pour sa ville d'adoption, dont Cecilia Vinesse restitue parfaitement l'atmosphère (du moins, pour les quartiers où se déroule l'action).

Au gré du compte à rebours indiquant le temps qu'il lui reste à passer à Tokyo, l'auteure sait faire sentir l'impuissance et la frustration de son héroïne - par ailleurs assez gamine et fadasse - face à un changement de vie qu'elle n'a pas choisi et qu'elle rejette de toutes ses forces. Même si mon adolescence n'a pas eu grand-chose de commun avec celle de Sophia, j'ai retrouvé dans "Dernier été à Tokyo" assez d'émotions connues pour me faire oublier son accumulation de clichés amicaux et amoureux. 

mercredi 26 juillet 2017

"J'aime le nattô" (Julie Blanchin-Fujita)


Expatriée à Tokyo depuis fin 2009, l'illustratrice Julie Blanchin raconte en images ses aventures nippones: ses appartements de style années 70 et ses petits boulots successifs, sa découverte de la nourriture et des coutumes locales, son apprentissage de la langue japonaise, l'ascension du Mont Fuji avec ses parents venus lui rendre visite, les tremblements de terre de mars 2011, sa rencontre avec celui qu'elle finira par épouser... Elle montre ce qu'elle aime et n'aime pas dans ce pays si différent du nôtre, évoque ses particularités plus ou moins connues: les toilettes sidérales, les transports en commun super efficaces, les vélos qui roulent à tombeau ouvert sur les trottoirs mais aussi l'omniprésence des cafards et des cigales asiatiques appelées semis. Malgré un style graphique assez différent, on pense très fort au "Tokyô sanpo" de Florent Chavouet - et on prend le même plaisir à s'immerger de nouveau dans la culture japonaise vue à travers les yeux d'un(e) gaijin. "J'aime le nattô": un mélange de carnet de voyage et de carnet intime très réussi!





vendredi 17 février 2017

"March comes in like a lion T1 & 2" (Chica Umino)


Rei Kiriyama, 17 ans, fut seulement le 5ème collégien à passer joueur professionnel de shôgi. Pourtant, les échecs japonais ne sont pas une passion pour lui. Il a commencé à les pratiquer pour se rapprocher de son père puis, après la disparition brutale de ses parents et de sa petite soeur, pour faire plaisir son père adoptif - ce qui lui a valu la haine des enfants de celui-ci. 

Aujourd'hui, Rei vit seul dans un appartement à peine meublé, au bord d'un grand fleuve dont la proximité l'apaise. Il a repris le lycée avec un an de retard mais, malgré de bons résultats scolaires, ne s'y est fait aucun ami. C'est un jeune homme profondément marqué par son passé, qui ne sait pas qui il est ni où il va et dont seuls les tournois de shôgi structurent la morne existence. 

Mais un jour, il fait la rencontre de trois soeurs également orphelines qui vivent dans une vieille maison un peu décrépite. Akari, l'aînée, travaille au magasin de gâteaux de son grand-père le jour et fait l'hôtesse dans le bar de sa tante la nuit Hina, la cadette, va au collège et a le béguin pour un joueur de baseball très convoité par toutes les filles de sa classe. Momo, la benjamine, est encore à la maternelle. Même si leur mère leur manque beaucoup, chez elles, tout n'est que rires et bavardages, une effervescence qui contraste très fort avec l'atmosphère presque funèbre de l'appartement dépouillé de Rei...

Drôle de série que "March comes in like a lion (et à ce stade, non, je ne sais pas à quoi le titre fait allusion, même si j'imagine qu'il s'agit d'une tactique de shôgi ou autre élément lié à ce jeu). Dès les premières pages, elle dégage une puissante impression de solitude et d'errance intérieure. On sent combien Rei est perdu, combien il s'est coupé de ses propres émotions et refoule ses mauvais souvenirs pour arriver à survivre, combien il répugne à s'abandonner à l'affection chaleureuse des trois soeurs. Lorsqu'il n'est pas en train de jouer au shôgi, les pages qui lui sont consacrées sont souvent muettes et d'une austérité extrêmement mélancolique.

Par contraste, dès que les trois soeurs font irruption dans le récit, les cases deviennent joyeusement bordéliques, encombrées de bulles de dialogue qui partent dans tous les sens et souvent squattées dans les coins par des chats perpétuellement affamés. On notera aussi la touche d'humour apportée par Harunobu Nikaîdo, le rival et meilleur ami auto-proclamé de Rei, un garçon joufflu, déterminé et envahissant dont les pitreries dissimulent de graves problèmes de santé. Ici, personne n'a la vie facile et chacun se débrouille comme il peut pour tracer son chemin en dépit de tout. Un manga émouvant, en cours depuis dix ans au Japon et dont j'ai hâte de découvrir la suite. Deux tomes sont déjà disponibles en français, le 3ème suivra en avril et le 4ème en juin.

dimanche 5 février 2017

"La cantine de minuit T1" (Yarô Abe)


C'est un petit restaurant qui ne paye pas de mine. Situé dans le quartier chaud de Shinjuku, à Tokyo, il est ouvert tous les jours entre minuit et sept heures du matin. Sa carte se limite à un menu fixe et trois types de boissons, mais en réalité, le patron peut préparer n'importe quel plat à la demande pour peu qu'il ait les ingrédients sous la main. Autour de son comptoir se succèdent des gens de la nuit - yakuza, stripteaseuse, entraîneuse de bar, propriétaire de boîte gay, catcheuse, boxeur, ou encore cambrioleurs - qui partagent ce qu'évoquent pour eux les plats réclamés. Parfois, ils se chamaillent sur la façon d'assaisonner ou de manger un aliment; parfois, à force de se côtoyer, ils forment des couples ou des amitiés improbables.

Bien que bonne cliente pour les mangas culinaires, je n'étais pas certaine d'apprécier celui-ci lorsque je l'ai acheté: j'avais un peu de mal avec le dessin des visages et je craignais que ça ne me gâche le récit. En réalité, je m'y suis faite très vite, et j'ai même fini par apprécier le fait que le graphisme ne ressemble pas à celui d'un millier d'autres mangas.

Ici, pas d'histoire à proprement parler, mais des chapitres courts comme autant de nouvelles, chacun axé autour d'un plat et d'un ou deux clients du restaurant. Si la nourriture est ce qui les rassemble, elle n'est pas le thème principal comme dans "Le gourmet solitaire", "Oishinbo" ou "What did you eat yesterday": juste un prétexte pour raconter des tranches de vie un peu à la marge de la société japonaise (et en même temps très typiques de celle-ci). Les plats présentés sont du genre simple et sans prétention. Tout le monde les connaît et les apprécie; tout le monde a des souvenirs liés à eux et une idée bien précise sur la meilleure façon de les consommer, ce qui contribue a créer une atmosphère de camaraderie nocturne étrangement apaisante. J'ai aimé "La cantine de minuit" beaucoup plus que je ne m'y attendais, et j'achèterai volontiers les prochaines tomes.

mercredi 21 septembre 2016

"Le jardin arc-en-ciel" (Ito Ogawa)


Fraîchement divorcée et maman d'un petit Sôsuke, Izumi sauve la vie de Chiyoko, dix-neuf ans, lycéenne de bonne famille qui s'apprêtait à se suicider. Un amour presque immédiat naît entre les deux femmes, qui décident de fuguer ensemble. Elles fusionnent leurs noms de famille pour en former un nouveau et s'installent dans une vieille maison délabrée, à la lisière d'un petit village de montagne si reculé qu'elles le surnomment Machu Picchu. Puis Chiyoko découvre qu'elle est enceinte...

Après "Le restaurant de l'amour retrouvé", que j'avais beaucoup aimé, et "Le ruban" auquel j'avais un peu moins accroché, "Le jardin arc-en-ciel" est le troisième roman d'Ito Ogawa publié en français. Tour à tour, les quatre membres de la famille recomposée Takashima prennent la parole pour raconter leur histoire sur une période de seize ans. Izumi et Chiyoko ont des visions très différentes de la façon dont elles doivent se présenter au monde en tant que couple de lesbiennes, et se disputent souvent sans jamais que leur relation soit remise en cause. Petit à petit, elles parviennent à se faire accepter par une communauté d'abord hostile et trouvent même un moyen de partager leur bonheur en aidant les gens qu'elles attirent dans leur maison d'hôtes.

Un plaidoyer pour la tolérance qui ne m'a que modérément touchée: parce que la narration est centrée sur les luttes intérieures des quatre personnages, il m'a manqué des récits de rencontres et d'échanges avec les clients qui fréquentent le fameux "jardin arc-en-ciel" pour en ressentir l'atmosphère et avoir vraiment l'impression qu'Izumi et Chiyoko avaient réussi à créer quelque chose d'exceptionnel. Sans compter le fait que j'ai détesté la fin larmoyante à souhait. Mais je suis à peu près certaine que beaucoup d'autres lecteurs trouveront ce roman très beau malgré tout ça.

jeudi 15 septembre 2016

"Le mari de mon frère" (Gengoroh Tagame)


Yaichi vit seul avec sa fille Kana lorsqu'un jour, un gigantesque gaijin barbu frappe à sa porte. Mike était le mari de Ryôji, le frère jumeau de Yaichi avec lequel ce dernier avait perdu contact depuis son installation au Canada, dix ans plus tôt. Ryôji étant décédé le mois précédent, Mike a décidé d'entreprendre un voyage au Japon sur les traces de son passé. Si Yaichi est horriblement gêné face à ce beau-frère qu'il rencontre pour la première fois et vis-à-vis duquel il ne sait comment se comporter, Kana accepte tout de suite son oncle avec le naturel affectueux d'une enfant...

Excellente surprise que cette nouvelle série signée Gengoroh Tagame, qui aborde le sujet de l'homosexualité par un angle très frais, plein d'humour autant que d'émotion. Yaichi nourrit à l'égard de son beau-frère tous les préjugés classiques vis-à-vis des gays, même si sa réserve japonaise l'empêche de les exprimer franchement. Avec son absence d'idées préconçues, sa spontanéité de petite fille qui n'hésite pas à poser des questions embarrassantes mais accepte les réponses comme si elles allaient de soi, Kana sert de pont entre les deux hommes, entre lesquels le fossé  va se combler petit à petit. Un premier tome formidable qui donne de grands espoirs pour la suite. Le deuxième paraîtra en français au mois de novembre.