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lundi 6 août 2018

"Venise n'est pas en Italie" (Ivan Calbérac)


Emile Chamodot est en première, avec un an et demi d'avance. C'est le matheux de sa famille installée à Montargis. En attendant le permis de construire de leur future maison, ses parents et lui vivent dans une caravane au fond de leur terrain. Bien entendu, il n'est pas question que la jolie Pauline, gosse de riches et violoniste émérite pour qui notre héros en pince très fort, découvre que son père est un VRP amateur de maximes foireuses, que sa mère lui teint les cheveux en blond parce qu'elle le trouve plus beau ainsi, et que son frère aîné se spécialisait dans <s>le vol</s> l'emprunt de motos avant d'entrer dans l'armée. Quand elle l'invite à venir le voir en concert à Venise pendant les vacances de Pâques, Emile ne se tient plus de joie... jusqu'à ce que ses parents lui annoncent qu'ils vont l'emmener eux-mêmes en Italie.

C'est à la première personne et sous forme de journal intime qu'Ivan Calbérac a choisi de raconter quelques semaines mouvementées de la vie d'Emile: l'histoire de son premier amour, articulée autour d'un road trip familial cocasse. Mélange de sagesse précoce et de naïveté adolescente, son jeune protagoniste se débat entre l'amour immense qu'il voue à ses parents et la honte que ceux-ci lui inspirent constamment. Que le lecteur qui n'a jamais été mortifié par ses géniteurs à l'âge de 15 ans lui jette la première pierre! Drôle et touchant, "Venise n'est pas en Italie" mérite bien que vous lui fassiez une petite place dans vos lectures de vacances.

mercredi 4 juillet 2018

"Les jours de Vita Gallitelli" (Helene Stapinski)


Journaliste et écrivaine résidant dans le New Jersey, Helene Stapinski est depuis toujours très inquiète à l'idée de porter des gènes criminels qu'elle aurait pu transmettre à ses enfants. En effet, selon la légende familiale, son arrière-arrière-grand-mère Vita aurait fui le sud de l'Italie après avoir commis un meurtre; son grand-père Beansie a passé une bonne partie de sa vie en prison, et un de ses cousins est conseiller d'un parrain de la Mafia...

Helene finit par se rendre en Basilicate, la région d'origine de Vita, pour y mener elle-même son enquête. Elle découvre un lieu mal connu où régnait autrefois une pauvreté ahurissante, et que sa population a fui en masse au XIXème siècle. Si elle se heurte à la méfiance de certains autochtones, elle fait cependant des rencontres qui lui permettent de progresser dans ses  recherches. Les archives locales vont lui révéler une vérité bien différente de ce qu'elle imaginait, et qui changera à jamais sa conception d'elle-même.

Si on ignorait que "Les jours de Vita Gallitelli" est un mémoire, on n'aurait aucun mal à croire à une fiction tant l'histoire qu'il raconte est romanesque. C'est d'abord le sort qui s'acharne sur Helene, telle une malédiction lancée par une vieille sorcière pour la dissuader de remuer un passé honteux. Puis les heureux hasards qui lui ouvrent les bonnes portes et lui permettent de reconstituer peu à peu la vie mouvementée de son ancêtre. Le décor, cette Basilicate si méconnue et si rude, frappe particulièrement l'imagination, tout comme la reconstitution de la vie des paysans d'autrefois. En revanche, j'ai eu plus de mal avec les chapitres où l'auteure met Vita en scène comme si elle disposait de son journal intime ou de récits détaillés de l'époque - des extrapolations qui détonnent avec l'aspect par ailleurs purement documentaire de sa démarche. 

Traduction de Pierre Szczeciner

Merci aux éditions Globe pour cette lecture

lundi 28 mai 2018

"La maison à droite de celle de ma grand-mère" (Michaël Uras)


La grand-mère de Giacomo va mourir. Alors, malgré sa réticence, ce traducteur littéraire installé à Marseille rentre dans le petit village de Sardaigne dont il est originaire pour lui faire ses adieux. Là-bas, il retrouve ses parents - un peintre taiseux et une femme au caractère volcanique qui menace de le quitter tous les deux jours -, son ami d'enfance Fabrizio atteint d'une maladie de peau qui le fait paraître deux fois plus âgé et la figure emblématique du Capitaine, un vieux militaire autrefois auréolé de gloire et désormais bien seul. Les jours s'écoulent dans la chaleur de l'île, et l'aïeule tient toujours bon à l'hôpital tandis que Giacomo peine sur une version inédite de "Moby Dick"...

"J'appartenais profondément à cette terre. C'était un boulet au pied et une bouteille d'oxygène."

Rentrer chez soi lorsqu'on est un adulte qui a fait sa vie loin des siens, ce n'est jamais simple. Entre les vieilles mécaniques familiales qui le happent de nouveau et les souvenirs qui l'assaillent à chaque coin de rue, Giacomo voit se télescoper un passé qu'il croyait avoir laissé derrière lui et un présent dans lequel il peine à surmonter un événement douloureux. Sous le soleil accablant de la Sardaigne, "La maison à droite de celle de ma grand-mère" est un roman contemplatif, souvent mélancolique, qui devrait plaire aux amateurs de récits intimistes et doux-amers. 

samedi 7 avril 2018

"D'encre, de verre et d'acier" (Gwendolyn Clare)


Fin du XIXème siècle. Elsa vit dans le monde scripté de Veldane avec Jumi, sa mère, qui en est la gardienne et la développeuse. Le jour où Jumi est enlevée, Elsa se lance à la poursuite de ses ravisseurs dans le monde réel. Sa quête l'entraîne d'abord à Paris, puis à Amsterdam et à Pise. Là, elle se réfugie dans un foyer très spécial, destiné aux orphelins exceptionnellement doués pour les sciences. Avec l'aide de Leo l'as de la mécanique, de Faraz l'achimiste et de Porzia la scriptologue, Elsa arpente les mondes et découvre peu à peu un complot de grande envergure...

Si "D'encre, de verre et d'acier" (que j'ai lu en anglais sous son titre originel: "Ink, iron, and glass") se passait dans un futur proche, Elsa serait un personnage de jeu vidéo et Veldane un monde de réalité virtuelle conçu informatiquement. Mais Gwendolyn Clare a choisi de situer son roman à la fin du XIXème siècle, ce qui m'arrange fortement car je suis bien plus sensible à l'univers et l'esthétique steampunk qu'à ceux de la SF. J'ai adoré Skandar la pieuvre cyclope ailée qui cache bien son jeu, la Casa della Pazzia - cette maison intelligente avec qui on peut dialoguer et qui envoie des bots réparer les dégâts commis par une horde de jeunes inventeurs enthousiastes -, l'amitié qui, à partir d'une méfiance réciproque, se développe entre Elsa et Porzia sur la base de leur passion partagée pour la scriptologie, et l'escape game grandeur nature dont toute la petite bande doit s'échapper à la fin. Les personnages m'ont paru un peu basiques, définis chacun par deux caractéristiques et deux seulement: Elsa est brillante et indépendante; Leo est grande gueule mais sensible dans le fond; Faraz est étranger et compréhensif; Porzia est sarcastique et maternante. Mais leur groupe fonctionne bien; l'univers excite l'imagination du lecteur et l'intrigue réserve son lot de surprises. Du coup, je souffre à la perspective d'attendre jusqu'à février 2019 pour découvrir la suite et fin de l'histoire.

Traduction de Mathilde Montier

dimanche 3 décembre 2017

"Les enfants de Venise" (Luca di Fulvio)


A l'automne 1515, en Italie. L'orphelin Mercurio est devenu bien malgré lui le chef d'une petite bande d'enfants voleurs. Le jour où l'un d'eux est tué par un marchand qu'ils avaient détroussé, les autres s'enfuient de Rome pour échapper à la justice. Dans leur errance, ils tombent sur une bande de soldats revenant victorieux de Marignan. Lanzafame, leur capitaine, a récemment pris sous sa protection un escroc juif qui se fait passer pour un médecin: Isacco da Negroponte. Celui-ci a une fille, Giuditta, dont Mercurio tombe aussitôt amoureux. Mais le sort les fait arriver séparément à Venise, où chacun va devoir se battre pour survivre et se défendre contre ses propres ennemis...

Après le génial "Le gang des rêves", j'avais hâte de découvrir le deuxième roman traduit en français de Luca di Fulvio. Qui, malgré une période et un cadre radicalement différents, présente d'ailleurs beaucoup de similitudes avec le premier. Ici aussi, il est question d'un amour impossible à première vue entre deux jeunes gens que tout sépare. Ici aussi, le garçon est acculé par la misère, forcé de mener une existence criminelle - mais malin, ambitieux et déterminé à réussir. Ici aussi, la fille est juive et sa religion fait partie des obstacles entre eux.

Pour autant, "Les enfants de Venise" n'a rien d'une pâle redite, bien au contraire. Luca di Fulvio campe la Venise du 16ème siècle avec un luxe de détails historiques qui transporte le lecteur dans le temps et l'espace. Sur les traces de personnages secondaires nombreux mais tous très vivants (mon préféré: Scarabello, le chef de gang à la fois cruel et capable de compassion), il dépeint la misère avec un réalisme saisissant, relate la création du ghetto de Venise et l'apparition de la syphilis - appelée "mal français" - qui fait des ravages dans les rangs des prostituées. Amour, haine, fanatisme religieux, cupidité, jalousie, désir de vengeance: il convoque toute la panoplie des passions humaines pour la mettre au service d'une histoire haletante dont les chapitres défilent à toute allure. Parfait mélange d'histoire, de romance, d'intrigue et d'action, "Les enfants de Venise" est ce genre de roman que je conseille à tous les amoureux de littérature. 

Merci aux éditions Slatkine & Cie pour cette lecture.

samedi 8 juillet 2017

"La maison au bord de la nuit" (Catherine Banner)


Au large de la Sicile, sur l'île de Castellamare, caillou fertile bercé par le sirocco et les légendes locales, Amedeo Esposito peut enfin poser ses valises. Elevé à l'orphelinat de Florence, ce médecin a un don pour le bonheur. Or, l'île lui réserve bien des surprises. A commencer par l'amour: partagé entre deux femmes, Amedeo fait le choix de bâtir avec l'une. Et qu'importe si l'abandon de l'autre lui coûte sa réputation et son titre de médecin; avec celle qu'il épouse et les quatre enfants qu'elle lui donne - dont Maria-Grazia, la rescapée, la prunelle de ses yeux -, Amedeo restaure une vieille bâtisse surplombant l'océan et rouvre le café qu'elle abritait. 

C'est ici, dans la maison au bord de la nuit, sur fond de guerre ou de paix, de crise ou de prospérité, que quatre générations d'Esposito vont vivre, mourir, aimer, se déchirer, s'effondrer et se relever sous le regard de la sainte patronne locale, Sant'Agata, toujours prompte à réaliser quelques miracles...

Parfois, j'ai envie d'un roman qui va m'apprendre des choses nouvelles. Ou d'un roman au message fort qui me fera avancer dans mes réflexions sur la vie. Ou encore, d'un roman aux héros duquel je peux m'identifier pour rêver aux chemins que je n'ai pas pris, à ceux que je pourrais encore prendre. Et puis parfois, j'ai juste envie de me laisser absorber complètement par une très bonne histoire. Si celle-ci peut, en plus, me transporter ailleurs et me dépayser du tout au tout, c'est un bonus non négligeable. 

Ainsi "La maison au bord de la nuit", premier roman d'une jeune auteure de 28 ans dont je peux vous garantir qu'on n'a pas fini de voir ses ouvrages sur les tables des librairies. Avec une maîtrise étonnante, elle dépeint les relations au sein d'une minuscule communauté insulaire dans ce qu'elles ont de plus beau - la solidarité en temps de crise - et de plus hideux - la violence exercée par les fascistes durant la 2ème Guerre Mondiale. Elle fait vivre sous nos yeux les membres d'une famille, tous imparfaits et profondément humains dans leurs passions comme leurs failles, mais aussi une île qui devient petit à petit un personnage à part entière avec son histoire, ses humeurs et ses mystères. Une île un peu hors du temps au début, et que la modernité finira par transformer presque malgré elle. Bien que "La maison au bord de la nuit" compte plus de 500 pages, c'est trop vite que le vingtième siècle défile dans la salle du café où l'on croit presque sentir l'odeur des espressos, goûter le croquant des boulettes de riz et entendre marmonner les vieux joueurs de scopa tandis que dehors, une chaleur écrasante pèse sur les flancs rocailleux de Castellamare. Un roman prenant. 

Merci aux Presses de la Cité pour cette lecture. 

samedi 17 juin 2017

"Miss you" (Kate Eberlen)


Teresa et Angus se croisent pour la première fois à Florence, à la fin de l'été 1997. Teresa est alors sur le point de perdre sa mère d'un cancer et de voir ses rêves d'études universitaires s'envoler car elle est la seule à bien vouloir s'occuper de sa petite soeur autiste, Hope. De son côté, Angus court pour oublier que quelques mois plus tôt, son frère aîné Ross - le fils préféré de leurs parents - est mort dans un accident de ski. Il s'apprête à faire médecine comme le défunt, mais sans aucun enthousiasme. Au fil des ans, Teresa et Angus ne vont cesser de se rater partout où ils iront avant de se découvrir à un moment où il semble qu'il n'y a plus d'espoir pour eux...

Si cette présentation de "Miss you" vous rappelle "Un jour" de David Nicholls, c'est bien normal - moi-même, je n'ai cessé de comparer les deux durant ma lecture. Mais le roman de Kate Eberlen, lui, fait fi de tout souci de vraisemblance. Seize ans de rencontres manquées pour que, à la fin, les deux héros se rappellent qu'ils se sont parlé pendant trente secondes lors de leurs précédentes vacances en Italie. J'avoue, je suis jalouse de leur mémoire. En revanche, ils peuvent se garder le manque de discernement qui leur fait enchaîner des choix de vie épouvantables jusqu'au moment où le coup de foudre les frappe enfin et où ils commencent à parler mariage au bout de 24 heures.

On ne dirait pas, mais j'ai dévoré "Miss you". Malgré l'énorme suspension d'incrédulité qu'il exige du lecteur, je l'ai trouvé bien écrit, à la fois touchant et réaliste dans sa façon d'aborder des sujets difficiles tels que le deuil, l'autisme ou le cancer. J'ai apprécié le fait que les vies parallèles des deux héros se faisaient écho de maintes façons, de sorte qu'ils semblaient réellement destinés l'un à l'autre. Et j'ai beaucoup apprécié la conclusion de Gus, dans le genre "De toute façon, on ne sait jamais de quoi demain sera fait". Puis ce n'est pas tous les jours qu'on lit une histoire d'amour qui s'arrête au moment de la rencontre des amoureux!

Article publié à l'origine en septembre 2016, 
et mis à jour en raison de la parution de l'ouvrage en français depuis cette date

jeudi 13 octobre 2016

"Le pays que j'aime" (Caterina Bonvicini)


Valerio et Olivia grandissent ensemble dans la magnifique villa de la famille Morganti, à Bologne; Olivia est l'héritière de riches entrepreneurs du bâtiment et Valerio est le fils du jardinier. Après avoir partagé une enfance de rêve, ils ne cessent de se séparer, de se retrouver puis de se perdre de nouveau. Valero suit d'abord sa mère à Rome quand celle-ci quitte son père. Plus tard, alors qu'ils sont étudiants, c'est Olivia qui part à Paris pour échapper aux disputes de son clan. Chacun d'eux est animé de forces centrifuges qui les empêchent de poursuivre leur relation, aussi sincère que burlesque. Valerio est ambitieux et poursuit le rêve de devenir magistrat; Olivia, elle, tente désespérément de trouver son chemin...

Bilan de lecture mitigé pour ce roman de Caterina Bonvicini sur lequel la presse ne tarit pas d'éloges. D'un côté, le lieu et la période sont fort intéressants; l'atmosphère de criminalité et de corruption qui règne dans l'Italie berlusconienne est assez hallucinante, et j'ai trouvé l'écriture vive de l'auteure très agréable. De l'autre, les personnages m'ont paru caricaturaux, sans surprise et ni grand intérêt. Olivia, enfant gâtée inconséquente qui use et abuse de son pouvoir de séduction. Valerio, enfant de famille modeste qui met ses aspirations de côté pour prendre une certaine revanche sociale et s'enrichir d'une façon méprisable. Plusieurs fois, ils auraient l'occasion de se mettre ensemble pour de bon s'ils le voulaient réellement, mais non: il faut qu'il reste séparés pour que leur pseudo histoire d'amour continue à rebondir. Du coup, ils apparaissent moins comme des amants passionnés mais maudits que comme les victimes de leur propre manque de conviction et de suite dans les idées. Au final, dans "Le pays que j'aime", j'ai été bien davantage apprécié la toile de fond que l'action au premier plan. 

mardi 20 septembre 2016

"Le jour avant le bonheur" (Erri de Luca)


A Naples, dans les années 50, un jeune garçon orphelin grandit sous la protection de Don Gaetano, le concierge de l'immeuble dans lequel il occupe un réduit. Le vieil homme lui raconte des anecdotes de la guerre, lui parle du Juif qu'il a caché dans le sous-sol et lui raconte son exil temporaire en Argentine; il lui apprend à jouer aux cartes et à effectuer de menues réparations pour gagner sa croûte, le régale de ses fameuses "pâtespatates", veille sur ses premières amours avec une fille un peu cinglée fiancée à un mafieux et lui offre un couteau au cas où il aurait à se défendre un jour.

Autour d'eux évoluent les autres habitants de l'immeuble, un peuple haut en couleurs avec qui la vie n'est pas toujours tendre, depuis le vieillard sans argent pour faire soigner sa femme malade jusqu'au gamin qui succombe sous les coups de son père. Et puis surtout, il y a la ville, ses rues balayées par le vent et baignées par le soleil, la mer toute proche et ce qu'on peut y pêcher pour améliorer l'ordinaire, l'école publique qui entre ses murs rend les pauvres égaux aux riches... Sans misérabilisme aucun, Erri de Luca signe avec "Le jour avant le bonheur" un roman d'initiation lumineux et débordant d'humanité, dont on regrette qu'il se termine si vite.

lundi 6 juin 2016

"Aimer trois fois par jour" (Fausto Brizzi)


Bien que divorcé de la mère de ses deux enfants, Diego Anastasi, avocat en droit civil réputé, mène une vie plutôt agréable jusqu'au moment où une bonne grosse dépression lui tombe dessus sans crier gare. Son entourage restant sourd à ses plaintes, et ne parvenant pas à s'en sortir seul, il va voir un psy qui finit par le mettre sous traitement médicamenteux - sans grand résultat. Puis un jour, il pousse la porte du Brin de Causette, "magasin à bavardages" tenu par un retraité de la police. Très vite, Massimiliano le convainc que si ses proches n'ont rien fait pour lui, c'est aussi parce que lui n'a jamais rien fait pour eux. Diego se met donc à échafauder des plans pour rendre heureux les dix personnes qui lui sont les plus proches...

Je vous le dis tout de suite: si comme moi, vous avez adoré "Les beignets d'Oscar", premier roman de Fausto Brizzi, ne vous jetez pas sur le second en pensant qu'il vous plaira forcément. Bien que l'on retrouve certains protagonistes (Massimiliano le marchand de bavardages, mais aussi Umberto le meilleur ami de Lucio, désormais mort depuis deux ans, et la famille de ce dernier), l'élan vital et l'émotion qui faisaient tout l'intérêt des "Beignets d'Oscar" sont ici totalement absents. Dans la première partie, l'auteur se contente de débiter sentencieusement sur la dépression des platitudes qu'on jurerait tout droit sorties de Wikipédia. Dans la seconde moitié, son héros recourt à des méthodes toutes plus manipulatrices et débiles les unes que les autres pour tenter de faire le bonheur de ses proches malgré eux.

Le rapport avec le titre? On l'attend en vain. La tendance de l'auteur au bon gros machisme qui tache, déjà repérée dans "Les beignets d'Oscar"? Elle est plus présente que jamais, avec un père qui paie une prostituée pour dépuceler son fils, puis émet des jugements méprisants sur les travailleuses du sexe, ou une meilleure amie qui déclare que draguées par un homme beau mais con, la plupart des femmes commencent par dire non pour le principe mais finissent toutes par céder quand même. Quant à la fin, qui prône l'amûûûr comme remède ultime à la dépression... Pitié. Ne commettez pas la même erreur que moi, et gardez vos 20€ pour quelque chose qui les mérite davantage que cette sombre bouse.

dimanche 20 mars 2016

"Tout va très bien, madame la comtesse!" (Francesco Muzzopappa)


La comtesse Maria Vittoria dal Pozzo della Cisterna est effondrée: elle a dû se séparer de la quasi-totalité de ses domestiques et la voilà réduite à faire ses propres courses au supermarché. Tout ça à cause d'un fils beau comme un dieu et bête comme une huître, qui a jugé malin d'offrir le dernier joyau familial à une starlette décérébrée. Pour se sortir de ce pétrin, il va falloir faire preuve d'imagination...

C'est en cherchant chez Tropismes quelque chose de léger, amusant et rapide à lire que je suis tombé sur le deuxième roman de l'auteur italien Francesco Muzzopappa. Il a parfaitement rempli son cahier des charges: je me suis bidonnée tout au long des aventures de cette comtesse désargentée au parler franc et acerbe, en décalage complet avec la société moderne, les rustres de la plèbe et son abruti de fils. D'autant que Marianne Faurobert propose une traduction française au style très enlevé. "Tout va très bien madame la comtesse !" ne changera pas votre vie, mais si vous êtes sensible au même genre d'humour que moi, il vous fera sans doute passer un excellent moment.

"Je me rappelle encore l'époque où je caressais mon gros ventre en interrogeant mon mari sur l'avenir de notre petit. Serait-il mathématicien? Homme de lettres? Physicien? 
J'étais convaincue qu'il deviendrait un savant et qu'il consacrerait sa vie à traquer des protons et briser des atomes: inutile de préciser qu'en à peine plus de trois décennies, il parvint à briser bien autre chose...
Dès sa prime enfance, en effet, Emanuele ne fit preuve d'aucune aptitude particulière: à l'école, il peinait pour obtenir un 6; au gymnase, il n'arrivait pas à rester accroché à une barre plus de dix secondes; et au piano, il était incapable de distinguer une croche d'une blanche. 
Pensant qu'un instrument plus discret lui conviendrait mieux, je lui achetai un violon. Lorsqu'il décida d'arrêter, les écureuils revinrent enfin peupler le jardin de la villa." 

"Au moment de doter Emanuele d'un cerveau, le bon Dieu dut s'exclamer quelque chose comme: "Je suis éreinté" avant de passer à l création d'éléments plus complexes, du type éponges de mer." 

"Je dois avoir été contaminée par tous ces films où l'on voit le héros, pour sauver l'honneur de sa famille, se jeter torse nu dans un immeuble en flammes ou affronter au mépris du danger une bande de tigres affamés. Je ne m'attendais certes pas à une pareille attitude de la part d'Emanuele, mais tout de même, à un signe d'intérêt, ne serait-ce qu'un haussement de sourcil. 
"Je ne suis pas prêt" fut sa seule réponse, déclaration qui, pour ma part, n'aurait été recevable que provenant d'un poulet en cours de cuisson."