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vendredi 22 août 2014

L'homme qui sans s'en rendre compte ramenait dans notre lit un couvercle de poivrière collé sur son ventre




Or donc, comme on a pu le lire dans plusieurs billets ces derniers temps, j'ai un petit moral en ce mois d'août. Mais je ne suis pas malheureuse pour autant. Tous les jours, j'ai quelqu'un qui me fait hurler de rire avec ses remarques absurdes, ses sourcils anarchistes et sa capacité à trimballer des trucs improbables dans des endroits encore plus improbables, quelqu'un qui est toujours partant pour faire des âneries, quelqu'un qui me distribue plus de bisous et de câlins que je ne pensais en recevoir de toute ma vie (sans oublier de me peloter un nichon ou une fesse au passage, parce que bon), quelqu'un avec qui je peux me livrer à des débats houleux sur des thèmes tels que: "Aurélie Filipetti: visionnaire pragmatique ou débile profonde?", quelqu'un qui soupire avec de la tristesse plein les yeux quand on se souvient de Scarlett et Copernique (mais qui convient comme moi qu'un appartements sans poils partout, ni grains de litière qui croustillent sous les pieds et flaques de vomi sur le canapé, c'est quand même plus agréable), quelqu'un qui braille "Ukulele anthem" avec moi sans jamais se lasser, quelqu'un dont le nombril est une fabrique à peluches, quelqu'un qui ne fait pas la différence entre l'orange et le rose ni entre le gris et le bleu, mais qui m'apprend des choses tout le temps (y compris quand j'ai déjà répété dix fois que le sujet ne m'intéressait pas et que j'ai juste envie de me boucher les oreilles en criant très fort LALALALALAAAA), quelqu'un qui se pèse quatre fois par jour, se découvre sans cesse de nouveaux muscles et se livre à des contorsions hilarantes pour les mesurer, quelqu'un qui me fait de jolis dessins quand il a le temps et qui, le dimanche matin, me prépare des oeufs au plat tout nu, quelqu'un qui se vante d'être le seul pitichompignon-garou de l'univers, quelqu'un qui m'a dévoilé l'imparable secret pour désarmer les abrutis (= les regarder fixement sans répondre jusqu'à ce qu'ils percutent qu'ils viennent de dire une connerie), quelqu'un qui m'incite à devenir une meilleure personne, quelqu'un que je suis toujours contente d'entendre rentrer à la fin de nos journées de boulot respectives. Souvent, il est l'unique lumière dans mes ténèbres intérieures. La première personne à qui j'ai envie de raconter tout ce qui m'arrive, et la seule qui trouve grâce à mes yeux quand je hais le monde entier. Celle contre qui je m'endors le soir en pensant, quelles qu'aient été les difficultés de la journée, que je suis quand même une sacrée veinarde. Il y a bientôt 8 ans, un amour fabuleux m'est tombé dessus alors que je ne le cherchais pas, et je suis constamment reconnaissante pour sa présence dans ma vie. Je sais que rien n'est éternel; je sais aussi que je pourrais tout à fait vivre sans lui. Mais ce serait tellement moins bien.

EDIT: On m'informe avec une vive indignation qu'il ne s'agissait absolument pas d'un couvercle de poivrière, mais de pot de yaourt. Evidemment, ça change tout. 

vendredi 19 octobre 2012

My favorite person in the whole wide world


Illustration: Heather Landis

C'est la personne la plus intéressante que je connais. Et grâce à mon boulot, j'en connais vraiment beaucoup, des gens intéressants. Mais Chouchou, il sait tout sur tout, ou presque. Les domaines dans lesquels je peux lui en remontrer se comptent sur les doigts d'une main: la littérature ou la génétique féline, par exemple. Pour le reste, ce garçon est une encyclopédie vivante, calé en sciences aussi bien qu'en histoire-géographie ou en trucs inutiles plus futiles comme le cinéma. Surtout, il a suffisamment bossé sur lui-même et étudié le fonctionnement de l'esprit humain pour avoir un jugement très sûr. Il cerne les gens super vite et ne se trompe jamais. On n'est pas d'accord sur tout mais, même quand je ne finis pas par me ranger à son avis, une discussion avec lui me pousse toujours à regarder les choses sous un angle nouveau. Et puis il est drôle. Souvent, son humour belge tombe complètement à plat avec moi, mais quand il touche juste, personne ne me fait rire autant que lui. Je le trouve délicieusement absurde et farfelu. 

Que je propose une virée shopping, un goûter dans un salon de thé, un voyage dans un pays lointain ou la visite d'une expo par un artiste dont il n'a jamais entendu parler: il est toujours partant. Ce n'est pas qu'il n'ait pas ses propres goûts, c'est que contrairement à moi, tout l'intéresse et qu'il trouve quelque chose à tirer de toutes les situations. Avec lui, même un aller-retour à la boulangerie peut se changer en aventure. Il n'est avare ni de câlins ni de compliments; je n'ai jamais l'impression d'être transparente à ses yeux. Depuis le début, il me semble qu'on a une bonne influence l'un sur l'autre, qu'on se tire mutuellement vers le haut - parfois dans la douleur, mais toujours avec beaucoup de bonne volonté.

Quand je l'entends monter l'escalier le soir à 18h, je suis toujours contente de le voir et de lui demander comment s'est passé sa journée. Quand il m'arrive quelque chose, bon ou mauvais, il est le premier à qui j'ai envie de le raconter. Quand nous sommes séparés, j'ai hâte de le retrouver. Il m'a déjà fait de la peine - beaucoup, même -, mais jamais je ne me suis ennuyée avec lui sauf quand il part dans des tirades interminables sur le cinéma. Parfois, je refuse des invitations à faire des trucs sympas avec mes copines juste pour glander à l'appart' avec lui le dimanche après-midi. Il est tout simplement ma personne préférée au monde, et ce depuis 6 ans aujourd'hui. 

J'ai écrit ce texte il y a presque un mois déjà. Il était programmé pour paraître aujourd'hui. A défaut de pouvoir fêter notre anniversaire comme prévu, Chouchou méritait que je lui dédie quand même cette pensée. 

mardi 2 octobre 2012

Un tacle de Patrick Vieira n'est pas une truite en chocolat


Chouchou rentre tard après une visite à sa mère. Je l'informe qu'en l'attendant, j'ai préparé un gratin de chou-fleur pour le dîner, et qu'il sera prêt dans dix minutes.
Neuf minutes plus tard, alors que je suis en train de jouer à Candy Crush Saga, Chouchou me lance: "C'est quoiiiiiiiii?"
Moi, agacée: "Je te l'ai dit tout à l'heure, tu ne m'écoutes pas."
Chouchou, penaud: "Euh pardon, la journée a été longue, je suis distrait. Alors, c'est quoi?"
Moi, concentrée sur ma partie: "Un gratin de chou-fleur."
Silence perplexe de quelques secondes, puis...
Chouchou: "Ca, c'est un gratin de chou-fleur?"
Je lève la tête. Il brandit le CD de Sia commandé sur internet il y a quinze jours, que j'ai reçu ce midi et posé près de son ordinateur pour qu'il puisse le charger dans son iTunes s'il le souhaite.
Hum. Evidemment.




mercredi 12 septembre 2012

Insomnie en duo


Au début d'une histoire d'amour, c'est souvent qu'on passe des nuits blanches à refaire le monde avec l'autre. On a trop de choses à se raconter pour envisager de dormir. Généralement, au bout de six mois, on a épuisé son stock d'anecdotes et de théories, qui dès lors se renouvelle à un rythme juste suffisant pour alimenter les conversations diurnes. Ca vaut d'ailleurs mieux, parce que personne ne peut rester bien longtemps un membre productif de la société avec vingt minutes de sommeil par jour. 

Choucou et moi fêterons bientôt les six ans de notre rencontre, et d'ordinaire, quand nous ne ronflons pas en stéréo passé minuit, c'est que l'une de nous est plongée dans un bouquin passionnant qu'elle a du mal à refermer, tandis que l'autre n'en finit pas d'explorer les dernières actualités politiques ou pornographiques sur son iPad. Mais hier soir, impossible de trouver le sommeil. Etait-ce le thé au jasmin bu un peu trop libéralement vers 21h30? Etait-ce l'excitation, pour Chouchou, des dernières grosses avancées réalisées à son travail? Peu importe, dans le fond. A une heure du matin, alors que la lumière était éteinte depuis un bon moment déjà, nous avons dû nous rendre à l'évidence: aucun de nous deux n'arrivait à s'endormir. 

Chouchou a commencé par me raconter en détail ce qui se passait à son boulot et pourquoi il était tellement content de lui. Après ça, j'ai du mal à reconstituer les méandres suivis par la conversation. Je me souviens que nous avons parlé de Scarlett qui nous manque à tous les deux, et des testicules en or que le propriétaire de Maru est en train de se faire grâce à l'indéfectible stupidité de son chat. A un moment, pris d'un petit creux, nous avons même envisagé de nous relever pour nous faire des gyozas. Ca m'a rappelé cette nuit passée dans une roulotte au milieu du Lubéron en mars 2007. Nous étions ensemble depuis moins de six mois, justement; c'était mon anniversaire et après une séance de câlins vigoureuse nous nous sommes retrouvés, je ne sais plus comment, à hurler des génériques de dessin animé en direction du plafond aux alentours de 2h du matin. Nous chantons atrocement faux l'un comme l'autre; c'est pourtant l'un de mes plus jolis souvenirs.

Hier soir, nous avons fini par nous assoupir un peu après 3h du matin. Et si nous n'avions pas profité de notre insomnie pour refaire le monde, c'est peut-être parce que celui que nous nous sommes bâtis durant ces six années nous convient parfaitement bien. 

dimanche 15 juillet 2012

Un jour, vingt ans



Récemment, j'ai eu l'occasion de voir le film tiré du roman de David Nicholls "Un jour", dans lequel on suit une fille et un garçon pendant 20 ans à travers ce qu'ils font chaque 15 juillet - à la date-anniversaire de leur rencontre. Et j'ai eu envie de me livrer au même exercice à travers mes propres carnets. J'aurais pu choisir une autre date, plus significative pour moi, mais je trouvais justement ça bien qu'elle ne corresponde à rien de spécial dans ma vie.

J'ai envisagé un instant de commencer avec mes journaux intimes, vers la fin des années 70. Le problème, c'est que je n'écrivais pas tous les jours et que de plus, vers l'adolescence, il y a des choses sacrément intimes là-dedans. Or, même si ça ne saute pas aux yeux de prime abord, mon exhibitionnisme affectif a ses limites. Je me suis dit que 20 ans en arrière, c'était bien. D'autant que si j'ai continué (de manière plus ou moins sporadique) à tenir un journal intime sur papier jusqu'en l'an 2001, à partir de 1991, j'ai pris l'habitude de noter mes activités sur un agenda. Vous aurez donc droit à la version expurgée de mes frasques! 

De 1991 à 1996: recharges d'agenda Memonizer en 11x17


Le 15 juillet 1991, je venais de finir mes études à Sup de Co Toulouse (spécialisation: Gestion de Produits de Grande Consommation), et je préparais le FSO chez un personnage dont j'ignorais encore combien il était douteux... Cette année-là, je me suis payée une petite aventure avec un Anglais à longs cheveux blonds et yeux bleus, et j'y ai laissé les genoux d'un jean sur le carrelage de la salle de bain commune du fort Faron. Oh well.


Le 15 juillet 1992, je cherchais du boulot après un ou deux premiers jobs hautement insatisfaisants, et j'avais des goûts de chiottes en matière de cinéma. Je pratiquais toujours assidûment le jeu de rôles et venais de faire la connaissance de la bande d'Aix-en-Provence. Accessoirement, je commençais à utiliser des petits dessins pour symboliser mes ébats sexuels.


Le 15 juillet 1993, je passais ma journée de repos hebdomadaire à Aix, mais bossais depuis quelques temps au Toys'R'Us de Monpatelin - boulot que je haïssais et qui devait m'envoyer à Nantes à la fin de l'été, pour mon plus grand désarroi.


Le 15 juillet 1994, j'étais mariée depuis 11 jours; je faisais un pseudo-stage de commerce international à la boutique de JdR de Nantes, et je me fâchais avec O&L. C'est cet été-là que j'ai commencé à faire de la traduction professionnellement, pour Hexagonal qui distribuait la gamme White Wolf en France.


Le 15 juillet 1995, je traduisais la seconde (ou la troisième?) édition du Dungeon Master Guide. C'était l'époque où je bossais 6 jours par semaine, 51 semaines par an. Pas facile de gagner sa vie en free lance quand on débute...



Le 15 juillet 1996, je n'ai aucune idée de ce que je traduisais: un bouquin dont le titre commençait par un M. J'avais depuis quelques mois fait la connaissance de JC et, par l'intermédiaire de sa société Arena, lâché le JdR pour passer aux romans tirés de JdR. Même si rien ne l'indique dans ces pages, mon mariage commençait un peu à sentir le gaz.

1997: rien (pour moi)
Je n'ai pris conscience de l'absence d'un agenda cette année-là qu'en fouillant mes archives pour rédiger ce billet. En réfléchissant bien, je n'ai pas le souvenir d'en avoir tenu un. Ca a été une année difficile, celle où j'ai divorcé et où je suis partie cuver ma déprime dans un bled paumé en Pennsylvanie. Même au fond du trou, je regrette de n'avoir pas pris le temps de documenter cette période de ma vie... 

Par contre, et de manière assez curieuse, je possède quand même un agenda rempli pour cette année-là: celui de mon grand-père, que j'ai récupéré après sa mort. C'est un document très précieux pour moi, et une des premières choses que je sauverais si ma maison brûlait. J'aime regarder sa belle écriture d'ex-prof de français, lire ses observations sur la météo du Puy-en-Velay, sur ses récoltes potagères ou sur ses vieux amis, ponctuées ça et là d'une attaque en règle (et en majuscules) contre l'Eglise!



De 1998 à 2003: agendas du Disque-Monde, tous plus merveilleusement drôles les uns que les autres. J'ai beaucoup regretté que la série ne continue pas (même si elle fera un retour exceptionnel en 2008).


Le 15 juillet 1998, j'étais rentrée à Monpatelin, je sortais avec Etre Exquis et je faisais du bénévolat chez les Petits Frères des Pauvres. A un moment donné, aussi, je me suis retrouvée à regarder la finale de jeséplukoi, un match de foot que la France a gagné 3-0 contre le Brésil.


Le 15 juillet 1999, nous ne saurons pas ce que je faisais car dans un accès de cruchitude aiguë, j'ai photographié la page du 15 juin de cette année-là. Où, apparemment, je n'ai rien fait qui mérite d'être mentionné. Par contre, derrière la photo du repas de fin d'année de mon cours d'aïkido (auquel l'Homme assistait avec sa future femme, qu'il avait déjà trompée avec moi une fois), à la date du 18 et du 19, il y a le mariage de Soeur Cadette.


Le 15 juillet 2000, j'étais donc en pleine liaison clandestine avec l'Homme qui m'envoyait des textos romantico-sexy que je notais en majuscules, sans toutefois se décider à quitter sa femme. A la page suivante, un de ces textos dit: JE VEUX ETRE GRAND-PERE AVEC TOI. I'm sorry, have we met??? Les petits coeurs à l'envers, qui symbolisent astucieusement (ou pas...) une paire de fesses, indiquent le nombre de jours où nous nous étions envoyés en l'air depuis novembre de l'année précédente. Une bonne petite moyenne, comme on peut le constater.


Le 15 juillet 2001, Attila venait de naître. La femme de l'Homme avait fini par le quitter d'elle-même et nous commencions juste à nous afficher publiquement dans les stages d'aïkido. Et oui, je suivais assidûment Loft Story. Nobody's perfect.


Le 15 juillet 2002, l'Homme et moi étions partis en Toscane à moto. C'est la semaine où il y a eu des inondations historiques dans le nord de l'Italie. Des vacances très inspirées - et mouillées, trèèèès mouillées. J'ai détesté Florence mais adoré Sienne, la campagne toscane et surtout la bouffe italienne juste sublime.


Le 15 juillet 2003, JC m'annonce le dépôt de bilan d'Arena. Je continuerai à travailler pour nos anciens clients, mais en direct désormais. Je gagnerai, du coup, beaucoup mieux ma vie mais regretterai toujours le travail d'équipe que nous faisions avec lui, sa soeur Zorro et quelques autres. Ce week-end-là, nous montons dans ma famille lyonnaise avec l'Homme qui a un stage dans le coin. J'ai arrêté l'aïkido depuis un moment, ne supportant pas bien de recevoir sur le tatami des ordres du type avec qui je vis.

2004: agenda Days de Susan Branch, une illustratrice américaine dont j'aimais beaucoup les dessins naïfs à l'époque


Le 15 juillet 2004, l'Homme et moi sommes en vacances à Canari, un petit village du cap corse où des amis à lui possèdent une maison. J'adore les amis en question, mais le plan plage ou balade en moto sur des routes avec tellement de virages qu'on fait maximum du 25 km/heure, bof. Je bloogue depuis le mois d'avril, mais pas encore assez assidûment pour qu'internet me manque pendant ce séjour.

2005: agenda New York 


Le 15 juillet 2005, je n'ai rien foutu d'assez important pour détrôner la photo de "Charlie et la chocolaterie", que je n'ai pourtant qu'assez moyennement apprécié. J'étais en pleine traduction à la chaîne des romans inspirés de "Buffy contre les vampires"; je crois que j'ai bien dû m'en taper une quarantaine en tout... Au mois d'août cette année-là, j'ai fait mon premier voyage de touriste dans l'ouest américain avec les VIP.

2006: agenda Oxford à couverture en plastique fuchsia


Le 15 juillet 2006, l'Homme et moi étions séparés depuis 3 mois (mais je ne m'étais pas encore rendu compte qu'il me trompait depuis le début de l'année). Je venais de renouer avec Captain, et j'étais allée le voir à Nantes. Dès l'instant où je l'avais aperçu à l'aéroport, j'avais su que ça ne collerait pas. J'ai quand même essayé, et renoncé quand il est à son tour venu me rendre visite au mois d'août. En octobre, j'ai rencontré Chouchou que je connaissais online depuis plus de deux ans et lui aussi célibataire depuis peu. C'était aussi le dernier été que mes parents passaient à Monpatelin avant d'aller s'installer à Toulouse pour la naissance de Cahouète. 

2007: agenda Paperblanks, mon plus grand à ce jour. Son rabat magnétique n'est pas pratique du tout vu que j'ai collé des tas de trucs à l'intérieur...


Le 15 juillet 2007, Chouchou et moi dépensions beaucoup de sous en billets d'avion Bruxelles-Monpatelin et vice-versa. Nous avions déjà nos habitudes au Comptoir Florian et au IIème Elément. Je crois qu'il a fait beau cet été-là en Belgique. 

2008: agenda du Disque-Monde (le retour, donc)


Le 15 juillet 2008, Chouchou et moi passions de chouettes vacances à Toulouse. La veille, nous avions vu le sublime feu d'artifice de Carcassonne.

2009: agenda Bookbinders


Le 15 juillet 2009, c'est en train que je fais Monpatelin-Bruxelles. Résistants aux sirènes du téléchargement, Chouchou et moi attendons que les séries télé que nous aimons sortent en DV pour les regarder: cet été-là, c'est la saison 4 de How I met your mother qui occupe nos soirées.

2010: agenda Pénélope Bagieu, dédicacé sur la page de garde


Le 15 juillet 2010, la Belgique subit une canicule qui nous a forcés à acheter un ventilateur quelques jours plus tôt. (Inutile de préciser que depuis le 20 juillet 2010, le ventilateur en question prend la poussière en haut d'un meuble, et que les accessoires indispensables de l'été depuis lors ont plutôt pour nom "couette double épaisseur" et "pulls en cachemire".) Mon père est déjà malade mais, à cause du ralentissement des services hospitaliers pendant les grandes vacances, nous ne l'apprendrons qu'en septembre, la semaine après qu'il ait enterré sa mère.

2011: agenda Margaux Motin




Le 15 juillet 2011, Chouchou et moi sommes de nouveau en vacances à Toulouse. Nous suivons une thérapie conjugale depuis peu et ce n'est pas la joie entre nous. Chez mes parents où nous logeons et où il n'y a pas grand-chose à faire, je confectionne des zombies en feutrine. 

2012: agenda Moleskine Pacman. Pour toute la première fois tou-toute premières fois, j'ai choisi un agenda avec une page par jour plutôt qu'une double page par semaine, parce que j'avais envie de pouvoir y écrire plus de choses. Je comptais aussi dessiner un peu dessus, mais c'est resté au stade de l'intention pieuse (le papier très fin n'est de toute façon pas idéal pour ça). Par contre, je ne vous montrerai pas ce que j'y ai marqué aujourd'hui, pas même par un edit demain matin: si j'avais l'intention de le faire, ça orienterait le ton et la teneur de mes notes...


mercredi 25 avril 2012

La Tortue du Sablon


Pour les 42 ans de Chouchou, hier soir, je l'ai emmené manger dans un resto que nous avions repéré lors d'une balade dans la petite rue de Rollebeek et dont la carte m'avait semblé fort alléchante.


Petite déception en arrivant: notre table n'est pas dans la jolie salle à manger rouge du fond mais dans l'espèce de vestibule/bar situé sur le devant, coincée entre la vitrine et l'aquarium des homards. Cependant, cela nous permettra de manger en paix sans être importunés par les conversations de nos voisins; nous pourrons regarder les gens qui passent dans la rue et surtout, je n'aurai pas froid car le radiateur chauffe à vingt centimètres de mes jambes. 


(Oui, je sais: autant de fautes sur un seul menu, ça relève de l'exploit. 
La pire étant quand même d'assez loin "l'ancre de sèche".)

La commande est prise assez vite. Nous avons tous les deux opté pour un menu découverte, moi avec option tout viande, Chouchou avec option tout poisson. Le seul vin proposé au verre, en rouge comme en blanc, est un Bergerac franchement pas terrible, court en bouche et dénué de subtilité. Dommage, la nourriture est délicieuse et aurait mérité meilleur accompagnement. 


En amuse-bouche, nous avons droit à une petite mousse de céleri (qui me plaît beaucoup alors qu'en principe, je déteste ce légume) accompagnée d'un dim sum à la crevette. Nous attendons notre entrée ni trop, ni trop peu. Mon foie gras d'oie dans sa réduction de vin rouge à la truffe est une merveille; Chouchou semble également satisfait de la préparation de ses Saint-Jacques.

Dans l'intervalle entre entrée et plat, nous goûtons la petite motte de beurre breton avec des cristaux de sel dedans. Mmmh. Dommage que les petits pains aux graines de pavot soient un peu secs. Nos plats arrivent dans un délai là encore raisonnable. Le dressage n'a rien de recherché, mais j'ai droit à une belle pièce de veau que complètent parfaitement sa mousseline de betterave et son mini-chou chinois braisé. Le cabillaud de Chouchou, un peu plus classique, est lui aussi très bien accueilli. 


Le "dessert du moment" est une panacotta à la rose avec son coulis de framboise. Bien que j'aie horreur de la rose, j'en mange les deux tiers car le mélange de goûts est intéressant. Vient le moment de payer l'addition. C'est là que je m'aperçois que les deux verres de vin pas terrible et les deux bouteilles de 50cl d'eau minérale (l'une plate, l'autre gazeuse) nous ont été facturés 6€ chacun. Je trouve ça un peu raide. Néanmoins, l'addition globale reste convenable pour le très bon repas que nous avons fait. 

La Tortue du Sablon propose aussi un menu à base de truffe qui coûte 80€ par personne, et dont certains prétendent qu'il surpasse celui du restaurant étoilé La Truffe Noire. A tester un jour où nous serons en fonds!

La Tortue du Sablon
Rue de Rollebeek, 31
1000 Bruxelles
Tel: 02 513 10 62
Ouvert tlj sauf le jeudi

dimanche 25 mars 2012

iPad & bisous



Chouchou vient de publier une petite bédé. N'hésitez pas à lui laisser des commentaires, ça lui fera plaisir.

La nouvelle du week-end, ce n'est pas mon anniversaire imminent mais l'arrivée dans notre foyer d'un New iPad. Chouchou l'a attendu pendant des mois et il en est déjà raide dingue. Si cet engin savait faire les bisous et préparer le thé au jasmin juste comme il faut, pas sûr que j'aurais encore un job d'amoureuse.

(Au pire, je pourrais toujours me recycler en Fruit Ninja: au dégommage de pastèque lancée, franchement, je déchire. Mais chut.)



mercredi 14 mars 2012

Complices en farfeluitude



"En amour, il y en a toujours un qui souffre et l'autre qui s'emmerde", disait Gainsbourg. C'est marrant, parce que dans ma première relation sérieuse (Le Breton, 1993-1997), on souffrait tous les deux: trop jeunes, trop intransigeants, incapables de faire les compromis nécessaires sur les valeurs assez radicalement opposées qui étaient les nôtres. Dans la seconde, par contre, (L'Homme, 1999-2006), je souffrais et je m'emmerdais en même temps tandis que lui, euh, s'en foutait vu que son coeur appartenait à l'aïkido et à la seule femme qu'il ne pourrait jamais avoir.

Puis Chouchou est arrivé.

Difficile de dire pourquoi je suis tombée amoureuse de lui. Le début d'une histoire, c'est quand même beaucoup une question d'hormones et de peaux. Difficile aussi de dire pourquoi je l'aime. Oh, je peux vous réciter la liste de ses qualités; mais il n'est pas le seul homme gentil, drôle et cultivé sur cette Terre, et la plupart des autres ne m'ont fait ou ne me font ni chaud ni froid. Par contre, je peux vous dire pourquoi notre relation fonctionne.

Elle fonctionne parce qu'on en a tous les deux fait notre priorité. Quand on a des décisions individuelles à prendre, on se demande d'abord de quelle façon notre choix va affecter notre vie privée. Et quand l'un a besoin de l'autre, l'autre est prêt à tout lâcher pour accourir. Dans les épreuves, il est mon meilleur soutien, et j'espère être le sien. Quand on a eu un gros problème de couple l'an dernier, au lieu de lâcher l'affaire, on a foncé chez une thérapeute. C'était un processus pénible, qui nous a souvent fait grincer des dents et mis dans tous nos états. Mais ça en valait la peine. On ne renonce pas à une relation qui rend heureux 99% du temps à cause du 1% où ça achoppe.

Elle fonctionne parce qu'on communique beaucoup, qu'on se dit les choses telles qu'on les ressent. Jusqu'ici, j'avais toujours eu des partenaires taiseux, qui ne voulaient ou ne pouvaient pas exprimer leurs sentiments. Comme je ne suis ni devin ni télépathe, ça rendait parfois le quotidien difficile à négocier. Là, on se parle. On se parle avec bienveillance, en faisant attention à ne pas se blesser mutuellement, et en cas de désaccord, on cherche une solution acceptable pour nous deux.

Elle fonctionne aussi, évidemment, parce qu'on a des affinités: les mêmes idées politiques et la même conception de la société, le même désir de travailler sur soi pour devenir la meilleure personne possible. Après, le fait qu'il aime le cinéma et moi la lecture, que sa créativité s'exprime par le dessin ou la photo et la mienne par l'écriture ou les loisirs créatifs, ce sont des différences saines qui nous permettent de ne pas nous marcher sur les pieds, de ne pas être en concurrence l'un avec l'autre au sein de notre couple.

Elle fonctionne parce qu'on forme une bonne équipe. Nos compétences sont complémentaires. Il a une excellente vision d'ensemble, je suis une maniaque du détail. J'ai cinquante idées à la minute, mais c'est grâce à son endurance que nous les menons au bout. Et puis chacun assume sa part des corvées communes, ce qui nous évite de nous disputer pour des trucs bêtes et néanmoins essentiels tels que le ménage.

Mais la raison principale pour laquelle notre relation fonctionne, la raison principale pour laquelle je suis plus heureuse avec lui que je ne l'avais jamais été avec personne, c'est qu'on est aussi débiles l'un que l'autre: joueurs, gamins, toujours partants pour faire une connerie. On se parle dans une variante du langage bébé mais deux tons plus aigus, deux crans plus fort et avec un enthousiasme forcené de psychopathes (c'est difficile à expliquer). On aime les nouvelles aventures, et plus c'est farfelu plus ça nous fait marrer. On n'hésite pas à se couvrir de ridicule pour prendre une photo sympa. On est des gens responsables qui ne se prennent pas au sérieux. Peut-être parce qu'on n'a pas d'enfants et pas d'exemple à donner, on se permet toutes les âneries qui nous passent par la tête. On se fait rire mutuellement - avec un humour assez pourri, parfois, il faut bien l'avouer. Pas grave: c'est notre humour pourri. Les Anglophones ont une expression pour ça: "partners in silliness". C'est, je trouve, un bon résumé de notre couple.

mardi 24 janvier 2012

De l'élection potentielle de Frodon Hollande


MOI (un peu consternée): - Non mais tu te rends compte que tous les espoirs de changement de la France reposent sur François Hollande? François Hollande! Flamby!

CHOUCHOU (le plus sérieusement du monde): - Et alors? Tous les espoirs de la Terre du Milieu reposent bien sur un hobbit.

samedi 7 janvier 2012

Où je résiste héroïquement à l'appel des soldes


Le moins qu'on puisse dire, c'est que la semaine de reprise a été un peu laborieuse.

- Chouchou récupère très lentement; ses sinus restent bouchés et c'est concert de ronflements toute les nuits. Vu que Scarlett, après deux-trois nuits de calme, a également repris les vocalises nocturnes, les boules Quiès sont en train de devenir mes meilleures amies!

- J'ai attaqué une nouvelle trad relativement courte que je dois rendre en fin de mois. J'ai un peu ramé au début, car exceptionnellement ce n'était pas moi qui avais fait le tome précédent de cette série, donc j'ai dû vérifier tout un tas de choses pour préserver la continuité. Mais cette fois, je suis lancée et entrée dans la partie où il y a beaucoup de dialogues et de retours à la ligne, donc ça devrait aller.

- Nous avons testé plusieurs nouvelles séries télé dont aucune ne nous a vraiment emballés: One Upon A Time (trop disneyen pour moi), The Big C (je me demande encore si je suis maso ou si j'essaie d'exorciser) et Misfits (grande perplexité face au premier épisode). Je pense quand même que nous insisterons au moins sur la seconde et la troisième, pour voir.

- Je suis sortie mercredi pour aller chercher un paquet à la Poste, jeudi pour me procurer les objets du swap et boire un verre avec Miss Sunalee chez Filigranes. Je suis fière de vous annoncer que je suis ressortie de chez Kusje, Mango et les Anonymes les mains vides, et que je ne suis même pas rentrée chez Look 50's ou Caroll, me contentant d'acheter ce dont j'avais besoin (pas de vêtements ni de chaussures, donc)... et, d'accord, le School of Hard Rock d'Essie, parce que je le guigne depuis novembre. Mais je n'ai pas utilisé les -30% envoyés par Sarenza, ni les -40% de Naf-Naf, et j'ai résisté au chant de sirène de cette fantastique paire de Shellys sur amazon.co.uk. So far, so good.




- Vendredi, au lieu de bosser ou d'aller faire les soldes, j'ai entièrement réorganisé la bibliothèque de notre pièce à vivre. J'ai mangé de la poussière et usé mes petits doigts sur les vis des Billy dont je voulais changer certaines étagères de hauteur, mais je suis contente du résultat. Maintenant, j'attends que Chouchou mette de l'ordre dans les classeurs d'archives perchés en haut de sa penderie, et qui nous sont déjà tombés sur la tête une fois chacun. Je refuse de mourir le crâne défoncé par des factures d'électricité de 1998.

Ce week-end ne s'annonce pas beaucoup plus excitant, avec un cours de yoga, un goûter de Nouvel An dans la famille de Chouchou et le ménage obligatoire. Et je n'ai même pas de laine pour entamer un nouvel ouvrage, snif. Et vous, cette première semaine de 2012, c'était comment?

samedi 24 décembre 2011

Conversation de matin de réveillon


Il est 9h, Chouchou et moi sommes réveillés mais avons décidé de traîner au lit jusqu'à ce que la faim nous force à nous verticaliser pour nous propulser jusqu'à la cuisine.

MOI: Tu diras ce que tu veux, mais enfin Tolkien, c'était un gros macho. Dans "Le Seigneur des Anneaux", les gonzesses brillent quand même par leur absence.
CHOUCHOU: Ben et Arwen?
MOI: Ah oui, super, la gourdasse qui reste à la maison à attendre le retour d'Aragorn et qui sacrifie son immortalité par amûûûr. Tu parles d'un stéréotype.
CHOUCHOU: Y'a Galadriel aussi!
MOI: La déesse toute-puissante. Quasi immortelle et détachée de tout. Stéréotype bis. Elles sont où, les aventurières?
CHOUCHOU: Et Eowin, elle pue des pieds Eowin? C'est quand même elle qui tue le roi-sorcier d'Angmar!
MOI: Bon d'accord, mais c'est l'exception qui confirme la règle. Dans la Communauté de l'Anneau, 9 bonshommes et pas UNE fille. Et globalement dans tout le bouquin, 99% des personnages sont des mecs.
CHOUCHOU (timidement): Oui mais Galadriel enfin...
MOI (sur ma lancée): Même chez les méchants, y'a pas de femmes! C'est nul! Et bien entendu, ça va être pareil dans "Bilbo Le Hobbit".
CHOUCHOU: Ben... Y'aura Galadriel.

vendredi 23 décembre 2011

Vacances de Noël 2011, jour 1: glande éhontée à la maison


Au programme de jeudi:

- Lecture de "Trouville Palace". Parce qu'il a attrapé la scarlatine et que sa mère doit partir en déplacement professionnel, Maurice est expédié à Trouville, chez sa grand-tante Willa qui vit dans un ancien hôtel converti en résidence... J'aime toujours autant le style de Malika Ferdjoukh, mais même si l'argument de ce très petit roman jeunesse ne méritait pas d'être développé sur plus de 70 pages, je suis restée un peu sur ma faim. Je dirais que c'est un cadeau sympa à faire à un(e) pré-ado qui n'a pas la patience de lire des ouvrages plus longs.

- Coloration en châtain foncé, puis rédaction d'un post sur le produit utilisé. La salle de bain d'invités de mes parents est équipée d'un porte-serviettes chauffant qui m'inspire des pulsions sexuelles irrésistibles. En minuscule débardeur noir pour ne pas risquer de pourrir mes fringues, je me frotte lascivement contre lui pendant les 40 minutes de pose.

- Confection d'un crumble pommes-cannelle avec de délicieuses Chanteclair. Le dessert le plus facile du monde, idéal quand on veut improviser un goûter gourmand sans trop d'ingrédients ni de prise de tête. Au fond d'un plat en Pyrex, mettre trois grosses pommes coupées en petits morceaux. Saupoudrer généreusement de cannelle. Dans un saladier, travailler à la main 200g de farine, 100g de sucre et 100g de beurre salé (ou de beurre doux + 1 pincée de sel) jusqu'à obtenir un tas de "miettes". Répartir les miettes sur les fruits. Faire cuire 30 à 40 mn dans un four préchauffé à 180°.

- Montage de la boucle du swap littéraire. Comme je n'avais pas de post-it sous la main, j'ai taxé à ma mère 22 étiquettes autocollantes à cadeaux de Noël sur lesquelles j'ai noté le nom, l'âge, le pays de résidence et les goûts de chaque participant. Puis je me suis galérée une grosse demi-heure à former des petits bouts de chaîne (les associations les plus évidentes d'après moi) et à essayer de les raccorder entre eux. J'ai fini juste avant le dîner.

- Attente de Chouchou, parti de Bruxelles peu après 10h et arrivé à 22h après maintes péripéties qu'il raconte ici. J'étais toute contente de le retrouver, et presque plus contente encore qu'il se remette à bloguer.

- Visionnage de "MasterChef Junior". Franchement, je m'attendais à un truc naze, et j'ai adoré. Y'avait une gosse de 9 ans, une blondinette toute mignonne avec l'accent du sud, qui faisait la cuisine 9 fois mieux que moi. Le plan de travail lui arrivait sous le menton, et elle sortait le genre d'assiette qu'on aurait pu voir sur la table d'un très bon resto. Je voulais l'adopter et lui faire une chambre dans la cave pour qu'elle nous prépare le dîner tous les soirs, mais on m'a fait remarquer que ses parents ne seraient sans doute pas d'accord. Même en période de Noël, les gens ne pensent décidément qu'à eux.

samedi 19 novembre 2011

Petites victoires sur l'angoisse chronique (avec du Georges-Arthur inside)


Mercredi, Chouchou m'annonce qu'il sortira peut-être le lendemain soir. "Cool, tu vas faire quoi?" "Euuuh... j'irai sans doute boire un verre avec Gianluca." Boire un verre un soir de semaine, alors qu'il est chroniquement crevé, qu'il ne boit pas d'alcool et qu'il voit Gianluca tous les jours de la semaine puisqu'il l'emmène à leur boulot commun? Mmmh. "OK, envoie-moi juste un message si tu sors effectivement pour ne pas que je poireaute toute la soirée devant Skype." "D'accord."
Jeudi soir, je l'attends jusqu'à une heure du mat. Rien. Même pas une ligne, alors qu'il a un smartphone et qu'il pourrait m'envoyer un petit mot de n'importe où. Je commence à me dire qu'il voit une de ses ex et qu'il n'a pas osé m'en parler. Ou qu'il git mort dans un fossé et que le temps que je l'apprenne et que je rentre en catastrophe à Bruxelles, la pauvre Scarlett aura défunté de malnutrition. Pourtant, je n'appelle pas sur son GSM. Je n'écris pas non plus de mail de reproche. Je me raisonne: il doit s'amuser bien innocemment, il n'a pas vu passer l'heure, il a juste oublié de me prévenir. Après tout, ça m'arrive aussi. Ce n'est pas parce que j'ai lu "Veuf" la veille que je dois commencer à flipper sur une infidélité potentielle. Et les accidents de voiture mortels ne sont pas si courants. Du coup, je vais me coucher sans même prendre un demi-Xanax. Le lendemain, je lui envoie juste un petit message pour lui demander s'il est vivant. Il l'est, et honteuzéconfus de m'avoir zappée. Il n'y avait donc pas de quoi se mettre la rate au court-bouillon.

Le même jour, je décide de me faire un plaisir rare et de prendre un bain. Quand je plonge mon mollet droit dans l'eau, je pousse un couinement de surprise: elle est glacée. La veille au soir, déjà, je n'avais réussi à avoir que de l'eau tiédasse pour mes ablutions pré-dodotesques. Je vais sonner chez les voisins. "Excusez-moi de vous déranger, vous avez de l'eau chaude?" "Oui." Ah. Ca doit être mon cumulus. Au lieu de commencer à flipper, j'essaie de joindre Etre Exquis et, n'y parvenant pas, appelle tout simplement mon plombier. Il me dit qu'il finit avec son rendez-vous en cours et qu'il passe avant d'aller déjeuner. Bon. Entre-temps, le facteur m'apporte un nouveau Georges-Arthur envoyé gentiment par Nuryko. L'univers me fait signe qu'il est inutile d'angoisser; j'en prends bonne note.




A midi et demie, le plombier me rappelle: son rendez-vous s'est prolongé, peut-il plutôt passer vers 15h30-16h? Pas de problème, j'ai juste une course à faire en début d'après-midi, mais ensuite je ne bouge pas. Je me traîne jusqu'à la Poste sans m'être lavé autre chose que la figure et les dents. Personne ne s'évanouit ni même ne fronce le nez sur mon passage, ouf! (Mais les Monpatelinois sont peut-être juste très polis dans l'adversité olfactive.) A 16h30, pas de plombier. A 17h, pas de plombier. Au lieu de pester, je me dis que son rendez-vous précédent a dû lui prendre plus longtemps que prévu, et qu'il finira bien par arriver. Au pire, comme je repars à Bruxelles le lendemain, je prendrai rendez-vous avec lui pour le soir de mon prochain retour, et puis voilà. D'ici là, ben je ferai bouillir de l'eau au micro-ondes pour me laver. Ce sera folklorique et j'en tirerai bien un post rigolo.
A 17h20, le plombier arrive et se confond en excuses. Il examine mon cumulus qui n'a rien. Le problème vient d'un ressort cassé sur mon disjoncteur, qui empêche la bascule en position tarif économique ou un truc du style. Comme il n'a pas la pièce sous la main, il me règle le biniou en position forcée pour que j'aie de l'eau chaude jusqu'à la fin de mon séjour, et me dit de le rappeler la veille de mon retour pour qu'il passe faire la réparation. J'en profite pour lui expliquer que le détendeur de ma gazinière ne fonctionne plus depuis 3 ans (merci micro-ondes, four traditionnel et grandes salades en été). Il y jette un coup d'oeil et me montre qu'il suffit d'appuyer sur un petit bouton vert pour réamorcer la bonbonne. Grâce à ce ressort de disjoncteur cassé, je vais de nouveau pouvoir cuisiner à Monpatelin! Ca tombe bien, je commençais à faire une overdose d'Ebly pré-cuit en sachet et de tomates-cerise. Et le plombier ne veut même pas que je le paye pour si peu (mais j'insiste et il finit par accepter un chèque de 20 petits euros pour le déplacement).

Je sais que la plupart des gens penseront que dans un cas comme dans l'autre, il n'y avait pas vraiment de quoi stresser, mais l'an dernier à la même époque, j'en aurais fait une maladie. Je me serais sans doute disputée avec Chouchou pour rien, et j'aurais été infoutue de travailler toute la journée jusqu'au passage du plombier, alors que là, j'ai fait mon quota de pages tranquillement. Comme quoi, le travail sur soi, c'est dur et long, mais ça finit quand même par porter ses fruits.

mercredi 9 novembre 2011

"Malm", ça veut dire "paradis terrestre" en suédois


Ce n'est pas l'immense lit à baldaquin dont j'ai toujours rêvé, drapé de voiles en été et de velours en hiver, recouvert par un somptueux édredon en plumes d'oie et garni de draps en coton égyptien à 1500 fils. Non; c'est un bête modèle de chez Ikea, sans doute fabriqué à des dizaines de milliers d'exemplaires, que nous avons payé moins de 300€ et monté en deux heures comme des pros du meuble en kit que nous sommes. Il est très pratique avec ses tables de nuit conçues pour accueillir des bouquins à la verticale, mais pas particulièrement beau avec son côté 70's massif. Le revêtement brun a commencé à se décoller dans le coin inférieur droit; un petit bout s'est même déjà détaché malgré toutes mes précautions. Il faudrait le recouvrir avec un pan de couette, sauf que ça n'est pas possible, car depuis deux ans, nous utilisons une alèse en guise de couvre-lit. Pas sexy du tout, mais indispensable pour préserver notre literie des vomissements félins et autres pipis sauvages dont nous gratifie parfois Scarlett. Du coup, nous ne sommes pas du tout motivés pour investir dans de jolies parures que nous ne verrions jamais. Nous nous rattrapons (enfin, surtout moi...) en postant des animaux en peluche et des petits personnages japonais à notre chevet, parmi les réveils et les bouquins.

Ce n'est pas le fabuleux lit dont j'ai toujours rêvé. En fait, je le trouve même un peu moche. Mais chaque soir, quand Chouchou vient s'y pelotonner contre moi avec ses lunettes de travers, son vilain pyjama Damart rayé et qu'il me donne son crâne à caresser tandis que Scarlett tente de s'insinuer entre nous en ronronnant, je me dis que je ne voudrais être nulle part ailleurs ni avec personne d'autre.

samedi 29 octobre 2011

Chouchou est distrait


Hier vers 19h30, à la caisse du Delhaize Flagey.
MOI: Chouchou, tu as pris un seul pack de quatre yaourts pour te faire la semaine? Au rythme où tu les manges, dans deux jours, il n'y en a plus!
CHOUCHOU: Oui, mais c'est parce que je dois lutter contre ma tendance à me goinfrer de yaourts. A la place, il faut que je mange des fruits.
MOI (ironique): Tu veux dire, comme les poires que tu aurais oublié d'acheter si je ne t'avais pas dit "Tu auras vraiment assez de quatre bananes pour tenir jusqu'à vendredi prochain?" quand on a quitté le rayon fruits et légumes?

Chouchou, vexé, fouille dans son portefeuille pour détourner l'attention. Il en sort la carte de fidélité du magasin et un bon promotionnel qu'il brandit fièrement.
CHOUCHOU: Regarde, on va avoir 60 points grâce à mes yaourts!
MOI (prenant le bon et y jetant un coup d'oeil): Non. On aurait eu 60 points grâce à tes yaourts si tu en avais pris trois packs.
Je rends le bon à Chouchou déconfit, qui vérifie que je ne lui raconte pas des craques.
CHOUCHOU (triomphant): Ah ah! De toute façon, il était périmé.
MOI: ...

mercredi 19 octobre 2011

Ta main dans la mienne


Nous marchons à petits pas prudents dans les allées du parc. Ta main droite tient une canne sur laquelle tu ne t'appuies guère: ta hanche te laisse en paix aujourd'hui. Tu n'as pas aimé devoir en acheter une; moi, je trouve qu'elle te donne l'air distingué. Ta main gauche, douce et ridée, est logée dans la mienne. Après tant d'années passées à nous promener ainsi, il me semble que nos paumes et nos doigts se sont moulés les uns aux autres.

Tu portes un bonnet enfoncé jusqu'à tes sourcils poivre-et-sel, plus tire-bouchonnants et exubérants que jamais. Désormais, mon index tremble un peu quand je les lisse, mais c'est toujours avec la même tendresse amusée que je te taquine à leur sujet. J'ai mis mon petit manteau rouge de demi-saison - incapable, malgré mon âge, de renoncer à porter des couleurs vives. J'ai cessé depuis longtemps de caracoler sur huit centimètres de talons, mais j'aime toujours autant les souliers et ce jour-là, j'ai choisi pour sortir avec toi des bottines bleu canard que je ne perds pas une occasion d'admirer en avançant un peu mon pied et en faisant tourner ma cheville. Je crois être discrète, mais mon geste ne t'échappe pas, et tu souris sans rien dire.

Un pâle soleil d'automne brille dans le ciel; il ne nous apporte pas beaucoup de chaleur, mais la façon dont il éclaire les arbres au feuillage flamboyant nous gonfle le coeur de joie. Au loin, j'aperçois notre banc, celui où nous aimons nous asseoir pour lire l'après-midi quand il fait beau. Dans mon sac, je porte un gros roman à l'encre désormais délavée, sur lequel je m'use les yeux. Depuis combien de décennies te moques-tu de mon incapacité à renoncer à ces objets lourds, encombrants et vétustes? J'ai oublié. Toi, tu voyages léger avec ton iRead 17, le dernier modèle qui est sorti la semaine dernière. Une simple pression sur la branche de tes lunettes, et le texte se matérialise devant tes yeux. Mais je n'ai jamais pu me résoudre à tirer un trait sur l'odeur, le contact et le poids du papier.

Tant de choses ont changé depuis notre rencontre... Nous avons assisté à l'élection de la première présidente de la République française, à la chute du système capitaliste, à huit catastrophes nucléaires d'ampleur mondiale avant que soient enfin développées des énergies alternatives propres. Des pays entiers se sont désertifiés, sol empoisonné, faune et flore ravagées, population décimée par la pollution radioactive. Contrairement à moi, tu n'as jamais perdu espoir en la capacité de l'humanité à redresser la barre. "Vois comme ce monde est encore beau", me disais-tu le mois dernier alors que nous contemplions une aurore boréale en Islande. Il est un certain nombre de choses que l'âge commence à rendre compliquées, mais nous nous débrouillons toujours pour voyager deux ou trois fois par an. Pour combien de temps encore? C'est la question que j'ai peur de me poser.

Nous avons eu de la chance; la maladie ne nous a pas épargnés, mais nous sommes encore valides et joyeux. Plus amoureux qu'au premier jour. Nous avons connu bien des chagrins, perdu beaucoup de proches. Devant le cercueil de mes parents, c'est ton bras qui m'a soutenu alors que mes genoux flanchaient. Devant celui de ta mère, c'est moi qui ai essuyé tes larmes. Les épreuves nous ont rapprochés. Et nous n'avons pas à nous plaindre: notre vie a été, pour l'essentiel, plus heureuse que beaucoup - pleine de complicité et de fou-rires. Nous avons dû abandonner quelques rêves au bord de la route, mais nous avons réussi à en réaliser d'autres. Nous n'avons jamais regretté de ne pas avoir eu d'enfants. Notre existence a été bien remplie même sans ça, et nous avons pu veiller avec bienveillance sur ceux de nos soeurs et de nos amis. Nous avons appris ce matin que l'aîné de mes neveux serait bientôt grand-père. Tout ça ne nous rajeunit pas.

Nous sommes le 19 octobre 2056; ce soir, nous fêterons les 50 ans de notre rencontre. Nous savons que nous approchons du bout du chemin, et ça nous rend tristes. Mais nous débordons de reconnaissance pour tout ce qui nous a été donné, tout ce que nous avons partagé au cours de ce demi-siècle passé ensemble. Une éternité d'amour.


Bon anniversaire, mon coeur.
Aujourd'hui et pour toutes les années qui viennent,
je ne veux qu'une chose:
garder ta main dans la mienne.

mardi 11 octobre 2011

J'veux pas y aller


Demain, je dois descendre à Monpatelin... et je n'ai pas envie. Pas envie de me lever aux aurores, de passer la journée à m'ennuyer dans le TGV (mais quand installeront-ils enfin le wifi sur cette ligne?), de me nourrir de sandwichs et de ne pas pouvoir boire de thé vert, d'attendre ma correspondance plus d'une heure au café de la gare, de manquer me donner un tour de reins en hissant le monstre turquoise dans les escaliers, de découvrir en triant le courrier reçu en mon absence que l'administration me fait encore des misères et que j'ai encore une pluie de fourmis crevées sur mon oreiller.

Et puis surtout, je n'ai pas envie de laisser Chouchou seul pendant presque deux semaines. Il traverse une période très difficile en ce moment, avec beaucoup de soucis de boulot (mais pas seulement), et même si je ne peux pas faire grand-chose pour l'aider, je préfèrerais rester près de lui. Oh, je sais qu'il profite de mes absences pour regarder des tas de séries télé dégoûtantes, manger n'importe quoi et se coucher à pas d'heure, mais justement - je ne suis pas certaine que ça lui soit très profitable.

Dans ce genre de circonstances, ma vie à cheval entre deux pays m'apparaît comme une contrainte plutôt que comme une chance. Je me dis que je pourrais aussi, comme Soeur Cadette, être appelée à voyager régulièrement à l'étranger pour mon travail. Mais je culpabilise quand même. Je culpabilise de ne pas être là pour mon amoureux. Je culpabilise de ne pas passer plus de temps auprès de ma famille. Je culpabilise de laisser mon appart à l'abandon trois semaines par mois. Mon coeur est coupé en trois, et on n'a encore inventé ni l'ubiquité ni la téléportation.

lundi 10 octobre 2011

Bientôt 5 ans


Le 19 octobre, ça fera 5 ans que Chouchou et moi sommes ensemble. Je ne suis pas très branchée anniversaires; la dernière fois que j'ai fêté un des miens, c'était pour mes 30 ans - c'est dire si ça remonte. Mais Chouchou est plus attaché que moi aux symboles, et il aimerait bien qu'on marque le coup. Ca ne pourra pas être le jour même, étant donné que je serai à Monpatelin et lui à Bruxelles, ni même le week-end suivant, puisque je serai à Toulouse dans ma famille. Le dernier week-end du mois, donc. Je rêve depuis des années d'une balade en montgolfière ou d'une nuit dans une cabane perchée dans un arbre, mais je crains que la météo de fin octobre se prête assez peu à l'une ou l'autre de ces activités. Du coup, je sèche comme mon parapluie sur le palier. Et il ne reste plus beaucoup de temps pour organiser quelque chose... Au pire, on se rattrapera pour nos 10 ans.

Merci à BBL pour la jolie photo.

jeudi 8 septembre 2011

Où nous avons frôlé le dîner entre amis sans rien à manger


- Dis, Chouchou, tu as pensé à ce qu'on allait apporter chez Olive et Aurore samedi soir? Ca ne se fait pas d'arriver les mains vides...
- Euh...
- Si tu n'as pas d'idée, une bouteille de bon vin ou des fleurs, c'est toujours bien accueilli. Appelle Olive pour lui demander ce qu'il a prévu comme plat principal, et s'il te dit qu'il s'est déjà occupé du pinard, on achètera un bouquet.
- D'accord.

Chouchou prend son téléphone et compose un numéro.

- Allô, Olive? C'était pour savoir ce qu'on mangeait samedi soir.

Réponse inaudible. Chouchou pâlit.

- Comment ça, j'ai proposé d'apporter le plat principal il y a déjà un mois, au moment où on a pris rendez-vous?

...Et, non, vérification mail effectuée, ce n'était PAS une blague d'Olive. Mais ça aurait pu être drôle de se retrouver samedi soir à Saintes à quatre adultes et deux enfants autour d'une corbeille de pain et d'un bouquet de fleurs.

mardi 23 août 2011

La thérapie conjugale en 7 séances


En mai, suite à une Nième explosion spectaculaire de Chouchou, j'ai suggéré, puisque nous ne parvenions pas à régler ce problème seuls, de faire appel à une tierce personne neutre. Je ne suis pas du tout une fana des psys, mais je ne voulais pas vivre avec la perspective de l'explosion suivante suspendue au-dessus de ma tête telle une épée de Damoclès. Il fallait que quelque chose change.

Miss Sunalee a suggéré une thérapeute qu'elle avait consultée à titre individuel des années auparavant, mais qui exerçait toujours et qui recevait aussi des couples en difficulté. "Tu verras, elle propose des solutions très concrètes", m'at-elle dit. Ca me convenait; j'ai pris notre premier rendez-vous pour un vendredi soir de début juin. Depuis, nous y sommes allés sept fois, et nous avons annoncé vendredi dernier notre intention d'arrêter là pour le moment. C'est un petit bilan de cette expérience que je vous propose ici. Il me semble que la thérapie conjugale reste quelque chose d'un peu honteux auquel les gens n'osent pas avoir recours, ou sont gênés d'admettre qu'ils ont recours - alors que les couples parfaits qui roulent toujours tout seuls et sans friction, ça n'existe pas.

Trois de ces séances - les deux premières et l'avant-dernière - ont été extrêmement dures pour moi. J'ai eu l'impression de me faire jeter à la tête des reproches infondés, injustes ou dont il n'avait jamais été question jusque là. Je suis tombée de haut, au point de me dire que la relation essentiellement harmonieuse que je croyais avoir avec mon compagnon n'était qu'un fantasme et n'avait en fait jamais existé. Je sais que je ne suis pas parfaite et, notamment, que mes brusques sautes d'humeur peuvent être difficiles à supporter pour la personne qui partage ma vie. Mais tout ce que je demande quand je vais mal, c'est qu'on me laisse mariner dans mon coin jusqu'à ce que je touche le fond et décide de remonter à la surface par mes propres moyens, ce qui ne tarde jamais beaucoup car je ne suis pas du genre à me complaire dans l'auto-apitoiement. Je ne comprenais pas pourquoi mon compagnon ne pouvait pas m'accorder cette liberté, pourquoi il se sentait nécessairement tenu de me "rattraper" de force alors que je ne lui réclame rien dans ces moments-là, pourquoi il voulait absolument me faire partager certaines expériences ou opinions qui ne m'aidaient pas, ou me pousser à adopter des solutions qui lui ont convenu quand il était confronté à des problèmes similaires, mais qui ne me correspondent pas du tout.

Par ailleurs, j'ai été stupéfaite de découvrir à quel point il m'en voulait de ne pas porter de montre et de ne jamais penser à recharger mon téléphone portable, ce qui faisait de lui le "gardien de l'heure" dans notre couple. J'ai argué que je me débrouillais toujours pour être extrêmement ponctuelle; il a répliqué que oui, pour ça comme pour l'informatique, j'y arrivais en m'appuyant sur lui, et que moi qui me proclamais fièrement autonome, je ne l'étais en réalité pas du tout. J'ai répliqué que s'il ne pouvait ou ne voulait pas me donner l'heure, je pouvais toujours la trouver autrement, et qu'effectivement je suis nulle en informatique, mais que personne ne sait tout et que lui-même serait bien obligé de faire appel à quelqu'un d'autre s'il avait un problème d'électricité ou de plomberie. Bref, ça a beaucoup crié pendant ces séances, et je crois que c'est l'une des premières fois où j'ai osé élever la voix en retour parce que je me trouvais dans un cadre sécurisant et que je savais que ça ne pouvait pas (trop) dégénérer.

Du déballage, il y en a eu, et pratiquement que du côté de mon compagnon. Moi? Quand quelque chose m'énerve, ou bien je décide que ça n'est pas important et je laisse filer, ou bien je le dis en expliquant pourquoi je préfèrerais que les choses soient autrement. Du coup, j'ai passé toute cette thérapie à encaisser des attaques et à me défendre. Ca m'a franchement épuisée, et à la fin, je saturais. Je ne suis pas certaine que tout ait été dit, et je soupçonne que nous devrons probablement retourner chez la psy un jour, mais pour le moment, j'avais atteint le maximum de ce que je pouvais encaisser. Nous avons largement matière à travailler, chacun de son côté ou ensemble, durant les mois à venir.

J'ai pris conscience que non, mes états d'âme n'appartiennent pas qu'à moi, qu'ils ont des répercussions importantes sur la personne qui partage mon quotidien et que de ce fait, je dois m'efforcer de les maîtriser un minimum. Maintenant que je sais combien cette histoire d'heure ennuie Chouchou, je vais faire attention à avoir toujours mon GSM chargé avec moi. Et pour l'informatique ou la photo, au lieu de redemander dix fois la même chose, je vais tâcher de prendre des notes. Pour sa part, Chouchou a admis qu'il y avait une colère immense en lui, une colère qui prend sa source dans un passé douloureux et que, malgré dix ans de thérapie individuelle (EMDR, hypnose...), il ne parvient toujours pas à contrôler. Cette colère n'est pas de mon fait même s'il m'arrive involontairement de la déclencher en appuyant sur un mauvais bouton. Et j'aurai beau marcher sur des oeufs en permanence, je ne parviendrai jamais à éviter tous les mauvais boutons de Chouchou qui sont nombreux et sensibles, surtout en période de stress. Or, son travail le stresse quasi constamment... La gestion de la colère est donc une chose à laquelle il doit travailler de son côté.

En ce qui concerne nos rapports de couple, la psy a fait une suggestion toute simple mais dont nous avons déjà pu tester l'efficacité: malgré la petite taille de notre appartement, nous devons mettre de la distance entre nous quand ça ne va pas, et ne pas hésiter non plus à le faire même quand tout va bien. C'est tout bête, mais c'est vrai que le fait de se mettre, lui dans la salle à manger sur son iMac et moi dans la chambre avec mon MacBook ou un livre quand il y a de la tension entre nous, nous permet de nous ressourcer séparément et de laisser retomber cette tension au lieu de l'entretenir en nous surveillant du coin de l'oeil, chacun attendant que l'autre fasse le premier pas. Et même les soirs normaux, j'ai cessé de penser que je devais rester à la salle à manger pour profiter de la présence de Chouchou. J'ai pris l'habitude d'éteindre mon portable dès que j'en ai fini pour ce jour-là, et d'aller lire au lit souvent une heure avant qu'il soit prêt à me rejoindre. Résultat: je glande moins sur internet, ma PAL descend à vue d'oeil et nous ne partageons pas moins de choses finalement puisque Chouchou reste toujours à portée de voix.

Nous sommes deux personnes compliquées qui trimballent pas mal de casseroles chacune de son côté, même si je pense que celles de Chouchou sont beaucoup plus difficiles à gérer que les miennes. Si pénible qu'elle ait été pour moi, cette thérapie a permis de déballer un certain nombre de choses qui avaient besoin d'être dites et qui, jusque là, étaient restées informulées ou non-entendues. Nous avons pris conscience que nous ne sommes plus les mêmes personnes qu'aux débuts de notre histoire, il y a presque cinq ans, et que continuer à baser notre façon d'agir sur ce qui a pu se passer à l'époque est une mauvaise idée. En concluant, la psy nous a félicités pour notre honnêteté émotionnelle (comprendre: nous avons été tellement bavards tous les deux qu'elle a dû lutter sans cesse au cours de nos séances pour en placer une ^^). Je suis bien contente d'avoir entrepris cette démarche dont les effets positifs se font déjà sentir sur notre couple. Je ne suis malheureusement pas certaine que nous ne devrons pas reprendre notre travail là où nous l'avons interrompu, plus tard... mais au moins, nous savons maintenant que pour 55 euros de l'heure, nous pouvons obtenir une aide efficace quand nous sommes arrivés au bout de nos propres moyens.

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