Affichage des articles dont le libellé est Chine. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Chine. Afficher tous les articles

mercredi 7 février 2018

"Petite balade et Grande Muraille" (Maïté Verjux)


Au début de l'année 2016, Maïté Verjux, fraîchement diplômée d'une école de graphisme et n'ayant pas de projets précis pour la suite, décide de partir dans un endroit lointain dont elle ne parle pas la langue afin de sortir de sa zone de confort et tenter l'expérience de la communication par le dessin. Elle choisit de se rendre à Pékin pour une période de trois mois, et c'est ce séjour qu'elle relate dans cet ouvrage. Partie sans grande connaissance de la culture locale et sans attentes spécifiques, elle est choquée à son arrivée par la pollution ambiante, mais aussi par les conditions de vie dans sa coloc bondée. Après avoir passé deux jours dans son lit sans oser mettre les pieds dehors et sans manger quoi que ce soit, elle se décide à s'aventurer dans les rues de Pékin... 

Très intéressée par l'Asie et amatrice de récits de voyage, surtout illustrés, je ne pouvais que me pencher sur le premier ouvrage publié par Maïté Verjux. Si j'ai beaucoup apprécié ses dessins et son utilisation de l'écriture inclusive, je ne peux vraiment pas dire que son expérience m'a donné envie de me rendre à Pékin (ou n'importe où ailleurs en Chine, sorti de Hong-Kong). Entre la pollution abominable, l'hygiène plus que douteuse, la propagande omniprésente dans les lieux culturels, les tentatives d'arnaque dont l'auteure est plusieurs fois la cible, la façon dont les autochtones traitent les Européens comme des bêtes curieuses et le grouillement humain insupportable dans tous les lieux touristiques, y compris à l'extérieur des grandes villes, j'ai eu l'impression que tous mes cauchemars de voyage urbain se trouvaient rassemblés au même endroit. Si l'auteure a fait des expériences positives en Chine - hormis pour une journée qu'elle passe dans la montagne avec des amis juste avant de rentrer en France -, ça ressort assez peu. C'est bien la première fois de ma vie qu'un récit de voyage me donne envie de ne surtout pas bouger de chez moi. 

jeudi 17 août 2017

"Une histoire des abeilles" (Maja Lunde)


Angleterre, 1851. Père dépassé et époux frustré, William a remisé ses rêves de carrière scientifique. Cependant, la découverte de l'apiculture réveille son orgueil échu: pour impressionner son fils, il se jure de concevoir une ruche révolutionnaire. 
Ohio, 2007. George, apiculteur bourru, ne se remet pas de la nouvelle: son unique fils, converti au végétarisme, rêve de devenir écrivain. Qui va donc reprendre les rênes d'une exploitation menacée par l'inquiétante disparition des abeilles? 
Chine, 2098. Les insectes ont disparu. Comme tous ses compatriotes, Tao passe ses journées à polliniser la nature à la main. Pour son petit garçon, elle rêve d'un avenir meilleur. Mais lorsque ce dernier est victime d'un accident, Tao doit se plonger dans les origines du plus grand désastre de l'humanité. 

Si vous vous intéressez un tant soit peu à l'actualité et surtout à l'écologie, vous n'avez pu manquer d'entendre les avertissements au sujet de la mortalité effarante des abeilles, en raison des pesticides et du changement climatique. Il est probable que l'espèce disparaîtra dans un avenir proche, bouleversant l'agriculture mondiale et entraînant des famines un peu partout. C'est donc à un sujet particulièrement anxiogène que s'attaque l'auteure norvégienne Maja Lunde dans son premier roman pour adultes.

Et pourtant, au premier abord, il semblerait que la question des abeilles ne soit qu'un accessoire pour parler de lien parental et de transmission. William et George, les narrateurs dont le récit se déroule pendant l'histoire connue, sont avides de léguer quelque chose à leur fils presque adulte et désespérés de voir celui-ci leur échapper un peu plus chaque jour. Pour Tao en revanche, il ne s'agit pas de perpétuer un quelconque héritage familial mais bien de permettre à son fils de 3 ans d'accéder à une condition meilleure que la sienne dans un futur extrêmement lugubre où hormis pour les élites, les gens ne mangent plus à leur faim et n'ont aucune perspective d'épanouissement professionnel ou personnel.

En alternant les contextes à chaque chapitre, l'auteure tisse une toile au coeur de laquelle les passions individuelles s'inscrivent dans un contexte plus large aussi bien dans l'espace que dans le temps, et assez richement documenté pour faire froid dans le dos. Si vous cherchez un bouquin feel good, passez votre chemin: "Une histoire des abeilles" n'est pas pour vous. Si en revanche vous êtes prêt pour de l'anticipation qui alarme et fait réfléchir, vous devriez prendre plaisir à la lecture de ce roman original, bien écrit et plaisamment traduit. 

Merci aux Presses de la Cité pour cette lecture.

mercredi 27 janvier 2016

"La paresse du panda" (Fred Bernard)


A la fin de sa précédente aventure "La patience du tigre", l'intrépide Jeanne et son époux Eugène s'enfonçaient dans un gouffre aux confins de l'Himalaya en quête d'immortalité. Ils en ressortent éblouis trois mois plus tard, avec l'impression que quelques heures seulement se sont écoulées pour eux. Heureusement, leurs fidèles compagnons les ont attendus au péril de leur vie. Mais ils ne sont pas au bout de leurs peines, car il va falloir regagner la civilisation malgré les cols fermés par la neige et la secte dont les membres sont toujours à leurs trousses. 
Un siècle plus tard, dans le manoir bourguignon rempli de secrets qui appartenait autrefois à sa grand-mère, Lily Love Peacock, l'ex-mannequin devenue chanteuse de rock, se plonge dans le récit des aventures de Jeanne et Eugène qui viennent nourrir son inspiration...

Jeanne Picquigny est l'une de mes héroïnes préférées: féministe en diable, voyageuse intrépide, jamais esclave des conventions, finement ironique et passionnément amoureuse d'un homme abîmé par la vie, témoin et raconteuse de son époque. J'ai été ravie de retrouver ses aventures trépidantes, qui flirtent souvent avec le mysticisme et sont empreintes d'une sensualité crue comme on en voit rarement dans la bédé généraliste. Le parallèle instauré ici avec la vie de sa petite-fille apporte une dimension supplémentaire à l'histoire, celle du souvenir et de la transmission. Dans les années 1920 ou presque un siècle plus tard, les personnages secondaires sont toujours aussi barrés, forts en caractère et hauts en couleur. Et je ne me lasserai jamais des superbes paysages et intérieurs pleine page dont Fred Bernard émaille généreusement ses albums. "La paresse du panda": encore une belle réussite pour une série dont la qualité ne fait que croître au fil des tomes. 







vendredi 22 janvier 2016

"Une odeur de gingembre" (Oswald Wynd)


En 1903, Mary Mackenzie embarque pour la Chine où elle doit épouser Richard Collingsworth, l'attaché militaire britannique auquel elle a été promise. Fascinée par la vie de Pékin au lendemain de la Révolte des Boxers, Mary affiche une curiosité d'esprit rapidement désapprouvée par la communauté des Européens. Une liaison avec un officier japonais dont elle attend un enfant la mettra définitivement au ban de la société. Rejetée par son mari, Mary fuira au Japon dans des conditions dramatiques...

"Une odeur de gingembre" est le roman qui fut le plus souvent offert lors des swaps littéraires et rondes de poches que j'organisais à une époque, et j'avoue que ça m'intriguait. Du coup, même si je ne suis pas très fan de romans historiques, quand je l'ai trouvé chez Pêle-Mêle en état neuf, je me suis dit que je ne risquais pas grand-chose à essayer de le lire. Il avait deux atouts pour me séduire: sa forme de journal intime mâtiné de correspondance privée, et le fait qu'une bonne moitié de l'histoire se passe au Japon. Et de fait, je l'ai dévoré. 

J'ignore comment Oswald Wynd a pu aussi bien se projeter dans la tête d'une femme du siècle dernier, mais son héroïne est extrêmement crédible. Elle porte sur l'Asie du début du XXème siècle le regard d'une étrangère naïve qui découvre tout avec une belle ouverture d'esprit, un mélange de perplexité et d'amusement, mais surtout une grande volonté d'adaptation. Bien qu'elle soit à la base une jeune Ecossaise des plus ordinaires, dont le destin bascule à cause d'une seule impulsion, elle ne renonce jamais et réussit le tour de force de se construire une existence au Japon en tant que femme seule marquée du sceau de l'infamie. J'aurais pu continuer à lire son journal pendant des centaines de pages encore. 

J'avoue avoir été un peu frustrée par les "blancs" à certains moments-clés de sa vie, notamment lorsqu'elle devient mère pour la première fois ou qu'elle lance sa propre entreprise de confection. Ne parlons même pas des circonstances dans lesquelles se referme le roman: elles m'ont laissée tout à fait déconfite. Néanmoins, "Une odeur de gingembre" est vraiment un beau portrait de femme, doublé d'un regard intéressant sur la culture niponne et la vie au Japon dans la première moitié du XXème siècle.  Il m'a appris beaucoup de choses sur les guerres en Asie à cette époque sans me barber une seule seconde. 

"Il m'arrive parfois de penser à ces petits incidents qui semblent sans importance et qui ont changé le cours de ma vie, comme d'aller chez Margaret Blair et d'y avoir rencontré Richard, une chance sur dix mille, en réalité. Et puis il y a eu cette promenade matinale sur un sentier qui traversait un petit bosquet de bambous et menait à Kentaro. Que des événements aussi anodins puissent transformer aussi radicalement le cours de ma vie veut-il dire que je suis atteinte d'une espèce particulière de folie? Les autres bâtissent-ils leur vie sur de tels incidents? Je crois bien que ne réussissent dans la vie que les gens à qui il n'arrive rien, et qui planifient leurs jours comme la trajectoire d'un bateau sur une carte, sans jamais quitter leur boussole des yeux."