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vendredi 23 février 2018

"Les optimistes meurent en premier" (Susin Nielsen)


Suite à la mort de sa petite soeur, Pétula De Wilde, 16 ans, a contracté à peu près toutes les phobies du monde. Sa peur des germes l'empêche d'avoir la vie sociale d'une fille de son âge, et en secret, elle collectionne les coupures de journaux sur les accidents loufoques. Elle s'est brouillée avec sa meilleure amie qui partageait son amour immodéré des loisirs créatifs; sa mère ne cesse d'adopter de nouveaux chats pour compenser la perte de Maxine, et sa psy impose à son groupe d'art-thérapie des exercices dignes de gamins de sept ans. Bref, Pétula broie sérieusement du noir jusqu'à ce que sa route croise celle de l'homme bionique: Jacob Cohen, qui a perdu un bras et ses deux meilleurs amis dans un accident de voiture...

J'avais lu tellement de bien de ce roman de la Canadienne Susin Nielsen que je m'attendais à être déçue par sa lecture. Et puis, pas du tout: grâce à sa collection de personnages bancals mais hyper-attachants, ainsi que son juste équilibre entre drame et espoir tempéré par une bonne dose d'humour, "Les optimistes meurent en premier" mérite largement tous les compliments qui lui ont été faits. Pétula (que sa mère surnomme "Pétouille") a un sens de l'auto-dérision hilarant, rendu à la perfection par une traduction si dynamique qu'on croirait que l'auteure a écrit directement en français, et on regrette beaucoup de la quitter après 200 pages seulement. Un délice à mettre entre toutes les mains. 

Traduction de Valérie Le Plouhinec

lundi 27 juin 2016

"Anne of Green Gables" (L.M. Montgomery)


Début du XXème siècle, dans la petite bourgade d'Avonlea au Canada. Frère et soeur, Matthew et Marilla Cuthbert ne se sont jamais mariés et vivent ensemble à la ferme des pignons verts. Mais ils commencent à se faire vieux et auraient bien besoin d'un peu d'aide. Alors, ils demandent à adopter un jeune orphelin. Et au lieu du garçon attendu, c'est une fillette de onze ans qui arrive: Anne Shirley, rousse maigrichonne volubile et ultra-émotive. Le timide Matthew tombe immédiatement sous son charme, et même la sévère Marilla accepte rapidement de la garder chez eux...

La dernière fois que j'ai tenté de lire un grand classique de la littérature jeunesse anglo-saxonne, c'était la série des Narnia, et je me suis monumentalement ennuyée. Mais j'avoue que je n'ai pas su résister à la ravissante édition Puffin in Bloom de Penguin, illustrée par Anna Bond qui sévit également sur la ligne de papeterie Rifle Paper Co. Et dès la première page, je me suis laissée happer par la belle écriture de L. M. Montgomery, ses descriptions enchanteresses de la nature sur l'île du Prince Edouard, l'ironie très fine et non dénuée de tendresse dont elle fait preuve vis-à-vis de ses personnages. Bien sûr, certaines de ses remarques peuvent légèrement choquer aujourd'hui: Marilla Cuthbert ne veut pas adopter "un petit arabe de Londres", Anne préfèrerait avoir la beauté plutôt que l'intelligence parce qu'elle est "très féminine", et elle trouve qu'être grosse serait pire que tout. Hum. 

Ceci mis à part, c'est une des héroïnes les plus attachantes que je connaisse, chantre de la pensée positive longtemps avant que celle-ci ne soit mise à la mode par les gourous du développement personnel. Bien que portée sur les réactions dramatiques lorsque son enthousiasme l'a poussée à commettre une énième bêtise, ou quand sa gardienne lui refuse la permission d'aller s'amuser, Anne fait généralement preuve d'un optimisme à tout crin et d'un émerveillement perpétuel devant les beautés de la campagne où elle vit. Etourdie et rêveuse, elle considère que son imagination débordante est son plus gros atout. Dans l'adversité, elle retrousse ses manches et tente de faire pour le mieux. Sa spontanéité rayonnante et ses monologues-fleuve transforment en bien la vie des gens qui l'entourent et insufflent au lecteur une irrésistible bonne humeur. 

"What a splendid day! said Anne, drawing a long breath. Isn't it good just to be alive on a day like this? I pity the people who aren't born yet for missing it. They may have good days, of course, but they can never have this one." 

"- Wouldn't you just love to be rich, girls? 
- We are rich, Anne said staunchly. Why, we have sixteen years to our credit, and we're happy as queens, and we've all got imaginations, more or less. Look at that sea, girls - all silver and shallow and vision of things not seen. We couldn't enjoy its loveliness any more of we had millions of dollars and ropes of diamonds." 

"I shall give life here my best, and I believe it will give its best to me in return. When I left Queen's, my future seemed to stretch out before me like a straight road. I thought I could see along it for many a milestone. Now there is a bend in it. I don't know what lies around the bend, but I'm going to believe that the best does. It has a fascination of its own, that bend, Marilla. I wonder how the road beyond it goes - what there is of green glory and soft, checkered light and shadows - what new landscapes - what new beauties - what curves and hills and valleys farther on."

Ce roman, qui s'arrête alors qu'Anne a 16 ans, a été suivi de six autres qui montrent son évolution jusqu'à la cinquantaine. Traduit en français (et dans bien d'autres langues), il a également été adapté au cinéma et à la télé. 

dimanche 13 mars 2016

"Un hiver long et rude" (Mary Lawson)


Rien ne va plus chez les Cartwright. Alors qu'Emily s'apprête à donner naissance à son huitième enfant, Megan, fille unique de la fratrie et mère de substitution de chacun, décide de voler de ses propres ailes. A 21 ans, l'heure est venue pour la jeune fille de se libérer des siens. Adieu le Grand Nord canadien, bonjour le swinging London! Mais pendant que Megan se chercher dans la Vieille Europe, les Cartwright, eux, tentent de survivre. Qui pour s'occuper du foyer, désormais? Pour remplir le frigo? Pour protéger Adam, 4 ans, de ses frères et de la folie douce d'Emily? 

Cette chronique familiale à trois voix se déroule à la fin des années 1960. Megan, la deuxième des enfants Cartwright, met un océan entre sa famille et elle pour tenter de se créer une vie bien indépendante dans la capitale d'un pays inconnu, alors qu'elle a toujours vécu dans un petit village et n'a pas fait d'études afin de pouvoir s'occuper de ses jeunes frères. Tom, l'aîné de la famille, brillant ingénieur aéronautique, rentre à la maison après le suicide de son meilleur ami, dont il ne parvient pas à se remettre. Dépressif, il gaspille ses compétences à conduire le chasse-neige local et refuse toute forme de contact humain. Enfin Edward, le père, banquier qui a grimpé les échelons de la hiérarchie à la force du poignet, passe son temps libre retranché dans son bureau à lire des ouvrages sur des endroits loin où il n'a jamais pu se rendre; terrifié à l'idée de reproduire le comportement de son propre père alcoolique et violent, il a complètement démissionné de l'éducation de ses plus jeunes enfants. 

Le plus effrayant, c'est que j'ai eu l'impression de ne pas pouvoir maîtriser cette... explosion de colère. Comme si ce n'était pas moi qui hurlais. Cette idée est ridicule. Si Joel Pickett est responsable de ses actes, je suis responsable des miens. Si vous n'admettez pas ce postulat, ce n'est pas vous qui êtes le maître de votre vie. Vous n'êtes qu'un pantin, et ce sont vos ancêtres qui tirent les ficelles. 

Certains aspects de ce livre m'ont beaucoup plu, notamment la description de la vie dans une province isolée du Canada, la quête d'indépendance de Meg, mais aussi la façon dont Edward analyse dans son journal les traumatismes d'enfance qui ont modelé son comportement d'adulte. En revanche, j'ai très souvent eu envie de hurler à l'injustice et de secouer à peu près tous les membres de la famille restés à Struan pour qu'ils se décident à bouger un peu. Que des gens qui n'ont même pas de problèmes d'argent pour les excuser laissent un foyer partir ainsi à la dérive, ça m'est vraiment resté en travers de la gorge, et bien que j'aie globalement apprécié "Un hiver long et rude", j'ai détesté la façon dont il se termine.