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mardi 3 juin 2008

"Tim Walker: pictures"

La plupart des photographes dont j'aime le travail sont avant tout des portraitistes exceptionnels: Ellen Von Unwerth, Bettina Rheims, Mark Zelliger... Plus rares sont ceux capables de créer des mises en scène qui portent leur patte, des atmosphères auxquelles on les identifie immédiatement. J'ai un temps suivi avec attention la carrière de David LaChapelle, pour finir par me lasser du côté outrancier - et parfois totalement gratuit - de ses clichés. Hawk m'a fait découvrir l'oeuvre foisonnante de Nobuyoshi Araki, dont certaines séries me ravissent par leur côté "la vie toute nue toute crue" et d'autres me laissent froide, voire me dépriment. Mais pour moi, le maître absolu, c'est Tim Walker, essentiellement connu pour sa très longue et très fructueuse collaboration avec le magazine Vogue. Ses photos ont le don de me transporter en un clin d'oeil dans un univers parallèle, une sorte de fantasmagorie bohémienne et romantique où rien de grave ne peut arriver, où tout est légèreté et fantaisie.
Ca faisait plusieurs semaines que j'attendais la sortie, aux éditions teNeues, d'un énorme recueil de ses travaux. Certes, le prix (98 euros) pouvait sembler dissuasif, mais quand on aime on ne compte pas. D'autant qu'il fallait bien utiliser le gros avoir accumulé sur ma carte Fnac belge. Hier, à la faveur de notre inscription au marathon photo du 21 juin, j'ai donc fait l'emplette de la petite merveille. Et passé une bonne partie de la soirée à la dévorer des yeux. L'éditrice a fait un travail superbe, sélectionnant les photos les plus emblématiques de l'oeuvre de Walker, mais aussi des inédits et des travaux de jeunesse qui permettent de mieux comprendre sa démarche. La plupart des clichés sont assortis d'un petit commentaire portant sur leurs conditions de réalisation - et c'est là qu'on se rend compte du boulot absolument dingue que ça peut représenter, une "bête" photo. Surtout, j'ai adoré que l'on montre les scrapbooks de l'artiste, ces carnets dans lesquels il colle les choses qui l'inspirent et prépare ses shootings. Inutile de dire que ça me donne trèèèès envie de m'exciter sur mon Lumix tout neuf.

dimanche 18 février 2007

Votre silence

Depuis quelques mois que ce blog a pris une tournure beaucoup plus intime, une constatation s’impose : vous ne commentez jamais les textes vraiment personnels. Mes histoires de blonde intérieure vous font rire ; si je parle d’amour de façon fleur bleue, il se trouve toujours une ou deux personnes pour dire « oooh c’est mignon », et vous voulez bien broder sur mes allusions les plus lestes du moment qu’elles baignent dans un confortable flou artistique. Par contre, dès qu’on commence à toucher à du très intense, à du vraiment personnel qu’il s’agisse de sentiments ou de cul… Un immense silence résonne aux quatre coins de mon url. Et pas seulement de la mienne d’ailleurs ; je constate le même phénomène chez Hawk. Nous en rions ensemble chaque fois que l’un de nous deux poste ce genre de message : « Et maintenant, une plage de silence assourdissant offerte par nos chers lecteurs ».

Ce phénomène est, pour moi, une source de perplexité amusée bien plus que de frustration. J’écris avant tout parce que j’en ai besoin, parce que ça m’aide à mettre de l’ordre dans ma tête ; être lue et que cela me permette d’établir ou d’approfondir des relations avec d’autres gens ne sont que des effets secondaires – agréables et flatteurs, certes, mais nullement indispensables. Je ne cours pas après la reconnaissance d’un public quel qu’il soit, sans quoi, j’ambitionnerais de publier un livre comme nombre de mes camarades blogueurs. Or, j’ai toujours dit et je maintiens que ça ne m’intéresse pas. Tout ce que je fais de créatif doit rester gratuit : un plaisir et non un travail.

Donc… L’absence de commentaires sur mes textes les plus personnels ne me vexe pas. Simplement, je m’interroge. J’ai bien conscience de ce que le fait de parler de choses aussi intimes que ma sexualité ou mes sentiments profonds a d’impudique, voire d’exhibitionniste. Mais soyez honnêtes : un lecteur de blog (ou en tout cas, du genre de blog que je tiens) est forcément un peu voyeur. Sous le couvert de la discrétion assurée par internet, il pénètre dans la vie et dans la tête d’autrui sans avoir besoin de se sentir gêné puisque personne ne le voit faire. Et s’il se garde de commenter, il peut toujours prétendre qu’il n’a rien vu, qu’il ne sait rien, qu’il n’a pas été touché ou dérangé par ce qu’il vient de lire. Je suppose que l’explication de votre silence se résume à ça…

Vous vous taisez, soit. C’est votre droit le plus strict. Comme le mien est de chercher à repousser sans cesse les limites de ce que je m’autorise à exprimer. Rester dans ma zone de confort – et la vôtre – ne m’intéresse pas. Faire du consensuel et du politiquement correct ne m’intéresse pas. Choquer gratuitement, non plus. Je voudrais juste dévoiler peu à peu ce qui me tient réellement à cœur et à corps, ce que j’ai toujours réprimé parce que je le considérais comme honteux. Révéler la lumière que recèlent les soi-disant zones d’ombre en chacun de nous, mettre en évidence la force intérieure que l’on peut y puiser.

Parce que la vraie vie, ce n’est pas un tableau dont les teintes pastel n’agressent pas le regard, dont le cadre est défini par l’idéologie dominante et le sujet susceptible de plaire au plus grand nombre. La vraie vie, c’est une collection de Polaroïds d’Araki – un camaïeu de couleurs violentes, une succession de paysages tour à tour magnifiques et désespérants, une mosaïque de détails du quotidien le plus trivial ou des merveilles les plus exotiques de la nature, un méli-mélo de corps nus et sans fard qui expriment tout l’abandon du monde, une juxtaposition de beauté sublime et de désespoir abyssal. Ça palpite, ça gicle, ça crie, ça gémit, ça souffre et ça exulte. Regardez-la avec mes yeux, et continuez à vous taire si ça ne vous touche pas plus que ça.

samedi 10 février 2007

Parle-nous de lui

Les gens de mon entourage commencent à m'interroger sur mon nouvel amour. "Vas-y, parle-nous de lui. Il est comment?" Et je ne sais jamais trop quoi dire. "Il s'appelle Hawk. Il a un an de plus que moi. Il vit à Bruxelles. Il bosse comme informaticien dans une banque, mais sa vraie passion c'est le cinéma. Il fait de la photo en amateur. Il écrit presque autant que moi. Il a une soeur aînée et deux grandes nièces. De physique comme de caractère, il n'a absolument aucun point commun avec mes mecs précédents."
Tout cela est vrai. Et tout cela ne répond en rien à la véritable question de mes proches: "Raconte-nous ce que tu lui trouves, pourquoi tu as craqué pour lui". Mais je ne peux pas débiter les mêmes fadaises qu'à l'époque de l'Homme. "Il est gentil, serviable, solide, sportif, débrouillard." Je ne peux pas réduire Hawk à une liste de platitudes, de qualités génériques et ternes. Je ne peux pas non plus dévoiler les reliefs vertigineux de sa personnalité, le camaïeu hypnotique d'ombre et de lumière qu'il abrite en lui. Je ne peux pas raconter l'évènement fondateur de l'expo Araki - nos émotions jaillissantes, le lien indéfectible qui s'est créé devant ces photos, l'épiphanie dans la salle des Polaroïd, la façon dont cet après-midi a modelé notre destin commun et lui a donné sa direction. Je peux encore moins dévoiler nos jeux nocturnes, la force et la liberté que j'en retire, la confiance absolue qu'ils prouvent et renforcent entre nous. Je n'ai pas de mots pour exprimer notre complicité totale, cette impression troublante d'être le miroir l'un de l'autre, la synergie de nos deux univers intérieurs, l'abolition de tout stéréotype de genre entre nous.
Alors je dis juste: "Il me fait du bien". Et s'il n'explique ni pourquoi ni comment, mon sourire béat ne laisse aucun doute sur la véracité de cette affirmation.