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dimanche 10 juin 2018

"Ton année parfaite" (Charlotte Lucas)


Jonathan Grief est l'héritier d'une très sérieuse maison d'édition qui lui permet de vivre de ses rentes. C'est aussi un insupportable tâtillon qui écrit presque chaque jour au quotidien local pour signaler des fautes ou se plaindre du contenu des articles. Sa femme l'a quitté, il n'a ni enfants ni amis proches, et sa vie tourne autour d'une routine bien établie. 

Le matin du 1er janvier, il se lève à 6h30 pour aller faire son jogging autour du lac. En revenant, il trouve un sac en plastique suspendu à la poignée de son VTT, et dans ce sac en plastique, un agenda de l'année à venir entièrement rempli de maximes positives et de suggestions d'activités visant à améliorer sa vie...

Surfant sur le courant de la pensée positive, "Ton année parfaite" met en scène un héros peu attachant à la base qui, au fil des mois, va s'ouvrir à la vie et aux autres en apprenant à savourer les petits bonheurs du quotidien. Sur une trame plutôt simple en apparence, l'histoire réserve quelques surprises qui lui donnent une épaisseur bienvenue. A ranger dans la catégorie "Bouquin sympa à lire pendant les vacances".

Traduction de Corinna Gepner

Merci aux Presses de la Cité pour cette lecture

mardi 7 novembre 2017

"La fin de la solitude" (Benedict Wells)


De nos jours, Jules se réveille à l'hôpital après un grave accident de moto. Immobilisé dans son lit, il a tout le loisir de repasser le fil de sa vie et les événements qui l'ont conduit là. C'est d'abord, dans son enfance, la mort de ses parents et l'entrée dans un pensionnat où il se retrouve séparé de son frère et de sa soeur aînés. Puis la rencontre avec sa meilleure amie Alva dont il tombe amoureux sans oser le lui dire. Plus tard, des années de dérive où il échoue à terminer ses études et trouver un métier qui lui plaît...

La vie est-elle un jeu sans gagnant ni perdant? Les bons et les mauvais événements qui nous arrivent finissent-ils toujours par s'équilibrer? Telle est la théorie d'Alva, elle aussi marquée par un drame familial précoce. Jules n'a pas d'avis. Il lui semble que la mort de ses parents l'a fait dévier sur une trajectoire qui n'est pas la sienne et qu'il se trouve désormais dans la mauvaise vie. Du coup, il peine à se l'approprier, à y tisser des liens, à y construire quoi que ce soit. 

Pour autant, "La fin de la solitude" n'est pas un roman déprimant. Emouvant, oui, mais pas déprimant. Benedict Wells dissèque les relations difficiles de deux frères et d'une soeur très différents, qui se comprennent rarement et ne savent pas toujours être là quand les autres ont besoin d'eux. Il brosse surtout le portrait d'un héros trop tôt privé de repères et, de ce fait, perpétuellement en quête de lui-même, d'une place dans le monde et d'un sens à son existence. Une recherche qui se clôt de façon poignante mais non dénuée d'espoir. Je suivrai avec intérêt les prochaines publications de l'auteur. 

jeudi 20 juillet 2017

"La mélodie familière de la boutique de Sung" (Karin Kalisa)


A l'occasion de la semaine cosmopolite de son école, le petit Minh est sommé d'apporter un "objet culturel" de son pays. Et peu importe qu'il soit né dans ce quartier de Prenzlauer Berg, dans l'ancienne Berlin-Est, et n'ait jamais mis les pieds au Vietnam! Sa grand-mère Hien lui vient en aide en exhumant de sa malle aux souvenirs une marionnette en bois traditionnellement utilisée pour des spectacles aquatiques, dont elle se sert pour conter l'histoire de son immigration en Allemagne. 

Emus, les habitants du quartier se prennent de curiosité pour la culture vietnamienne. Les têtes se couvrent de chapeaux de pailles pointus; les élèves adultes affluent dans le cours de langue de Hien; un potager communautaire se crée pour produire des légumes exotiques, et d'étranges ponts de bambou éphémères apparaissent entre les toits des immeubles...

Premier roman d'une auteure spécialiste de la culture asiatique, "La mélodie familière de la boutique de Sung" est une joyeuse ode à la curiosité envers ceux qui ne nous ressemblent pas, un conte résolument optimiste dont tous les personnages voient leur vie enrichie par l'intérêt qu'ils se mettent à porter à des voisins ignorés jusque là. Et si, comme toutes les oeuvres qui promeuvent la tolérance et l'entente entre les peuples, il peut paraître utopique voire carrément naïf, c'est le genre de naïveté qui fait du bien à l'âme et dont nous avons plus que jamais besoin en ce moment. 

Merci aux éditions Héloïse d'Ormesson pour cette lecture.

vendredi 8 juillet 2016

"La pâtissière de Long Island" (Sylvia Lott)


Pour l'empêcher de fréquenter l'homme qu'elle aime, le père de Marie décide de l'envoyer aussi loin que possible de leur petit village de Frise orientale: à New York, chez deux de ses frères. Avec pour seuls bagages son coeur brisé et la recette secrète de son gâteau au fromage blanc, la jeune fille débarque à Brooklyn par ce froid mois de novembre 1932, à la fois fascinée et terrifiée par ce qui l'entoure. Elle est bien loin de se douter de l'incroyable destin que lui réserve le Nouveau-Monde. 
Des décennies plus tard, Rona, sa petite-nièce en plein revers professionnel et sentimental, vient lui rendre visite. Marie lui raconte son histoire et lui confie la recette du cheesecake qui doit changer sa vie. 

Au début, j'avoue avoir été stupéfaite par les similitudes entre "La pâtissière de Long Island" et "Un goût de cannelle et d'espoir". Dans les deux cas, une jeune Allemande émigrée aux Etats-Unis vers le milieu du siècle dernier s'y fait une place grâce à son don pour la pâtisserie et, devenue vieille dame, narre son existence mouvementée à une quadra en pleine dérive pour la remettre sur les rails. Heureusement, l'atmosphère des deux romans n'est pas du tout la même. Au lieu d'un drame sous le régime nazi, Sylvia Lott propose une histoire feel-good et gourmande, où l'héroïne n'affronte rien de plus grave que le mal du pays et quelques déconvenues amoureuses tandis qu'elle découvre New-York et les moeurs américaines.

Soumise et conciliante au début, Marie se crée des expériences, forge ses propres opinions et gagne peu à peu son indépendance sans jamais renier ses origines ou sa famille. Le roman se concentre exclusivement sur sa vie pendant les années 30, puis sur sa rencontre, au début des années 2000, avec une Rona en pleine remise en question. Guidée par la sagesse de son aïeule, la plus jeune des deux femmes va complètement bouleverser sa vie et, ce faisant, trouver sa propre place tout en refermant une boucle d'une façon aussi symbolique qu'émouvante. "La pâtissière de Long Island" est un délicieux roman initiatique, un pur plaisir de lecture que je vous recommande chaudement en cette période estivale.