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vendredi 24 août 2018

"La papeterie Tsubaki" (Ito Ogawa)


Après le décès de la grand-mère qui l'a élevée, Hatoko est rentrée à Kamakura afin d'y rouvrir la papeterie familiale et de reprendre le flambeau d'écrivain public. Ses clients lui présentent parfois des requêtes surprenantes, telles que rédiger un faire-part de divorce ou des condoléances pour le décès d'un singe, mais la jeune femme les prend toujours au sérieux et les traite immanquablement avec la plus grande considération. Pendant sa première année d'activité, les rencontres s'égrènent...

J'ai lu tous les romans d'Ito Ogawa parus en français à ce jour: "Le restaurant de l'amour retrouvé", "Le ruban" et "Le jardin arc-en-ciel". Si j'ai toujours trouvé matière à les critiquer sur certains points, la rapidité avec laquelle je me suis jetée sur "La papeterie Tsubaki"  dès le jour de sa parution et l'ai dévoré dans la foulée prouve bien que malgré tout, cette auteure me tient sous son charme. J'apprécie de plus en plus son écriture très simple qui me gênait un peu au début, car malgré leur dépouillement stylistique, ses livres sont toujours des bijoux de délicatesse et de subtilité.

Ici, elle s'attache à dépeindre le travail d'un écrivain public (j'aurais aimé que la formule soit féminisée en français) avec un formidable luxe de détails: description et symbolique des instruments de travail, choix des formules de politesse et de l'alphabet utilisé pour rédiger certains termes en japonais... Même le timbre apposé sur l'enveloppe est considéré comme chargé de signification. Certains lecteurs trouveront tout cela bien fastidieux; pour ma part, j'ai été fascinée par la complexité du processus et le nombre inouï de codes liés à la calligraphie. J'ai également adoré l'atmosphère paisible de Kamakura au fil des saisons et l'existence quasi monacale mais intérieurement très riche de l'héroïne.

"La papeterie Tsubaki" parle de conflit de générations et de transmission, du sens qu'on peut donner à sa vie en mettant du coeur à son ouvrage, des petits bonheurs qui suffisent à remplir une existence, de l'importance de savourer le moment présent, des bienfaits du thé et de la nourriture, et puis aussi des liens miraculeux qui se tissent parfois entre des êtres que rien ne prédisposait au rapprochement. Amateurs de littérature japonaise et de récits contemplatifs, ne passez pas à côté de cette petite merveille. 

Traduction de Myriam Dartois-Ako

mardi 24 octobre 2017

"L'esprit de Lewis T1" (Santini/Richerand)


Bouleversé par la mort de sa mère, Lewis Pharamond se réfugie dans l'une des quatre demeures familiales: Childwickbury, où il n'a pas remis les pieds depuis son enfance. Il compte y écrire un roman, mais l'inspiration se dérobe à lui. Jusqu'au jour où, après avoir été témoin de phénomènes bizarres, il fait la connaissance de Sarah, le fantôme d'une très belle jeune femme qui a tout oublié des circonstances de sa mort. Lewis tente de l'aider à se souvenir, et ce faisant, il tombe amoureux d'elle...

Avec "L'esprit de Lewis", la collection Métamorphose propose une fois de plus une oeuvre à l'atmosphère envoûtante et au graphisme fort. On pourrait penser que des couleurs aussi franches clasheraient avec la période historique choisie, mais il n'en est rien: elles se contentent de donner dynamisme et originalité à un scénario qui reprend beaucoup de clichés du roman gothique. Cependant, bien qu'assez classique au premier abord, l'histoire du tome 1 s'achève de manière assez inattendue pour donner très envie de découvrir la suite et fin de ce diptyque.



jeudi 18 mai 2017

J'écris




J'écris pour mettre de l'ordre dans mes pensées et trouver des solutions à mes problèmes.
J'écris pour prendre du recul par rapport aux émotions qui me submergent, les considérer de manière froide et rationnelle. 
J'écris pour exprimer ce que je ne m'autorise pas à laisser filtrer autrement.
J'écris pour articuler mes idées et leur donner une chance de produire un écho.
J'écris pour partager mon enthousiasme et mes coups de gueule.
J'écris pour entamer un dialogue et maintenir un contact sans avoir à fréquenter les gens en vrai.
J'écris pour pallier les défaillances de la mémoire et garder une trace des petites choses qui font ma vie chaque jour.
J'écris la nuit quand je ne trouve pas le sommeil.
J'écris alors que je devrais être en train de travailler ou de faire le ménage. 
J'écris dans ma tête si je n'ai pas d'ordinateur sous la main.
J'écris dans des carnets et sur des bouts de papier volants.
J'écris parce que les mots sont ma passerelle et mon rempart, mon chemin et ma trace. 
J'écris parce que c'est aussi naturel pour moi que de respirer. 
J'écris parce que c'est tout ce que je sais faire.

jeudi 20 octobre 2011

Appel à textes


Griffe d'Encre, un "petit" éditeur de littératures de l'imaginaire qui publie d'excellentes choses (par exemple ça, ça ou ça) lance un appel à textes pour une anthologie dont le thème sera Les différences. Si j'écrivais de la fiction, c'est exactement le genre de sujet qui m'inspirerait. Or, je crois que j'ai pas mal d'aspirants écrivains parmi mes lecteurs et lectrices... Intéressé(e)? Les détails sont ici.

lundi 31 août 2009

Bad timing, good inspiration

Les idées pour mon futur roman se bousculent dans ma tête... pile au moment où je n'ai pas du tout de temps à leur consacrer. J'ai une trad à rendre fin septembre, et pour la première fois de ma vie (ou du moins de ma carrière de traductrice, qui a fêté ses 15 ans en juillet), je suis très en retard sur mon planning. Oh, j'ai une très bonne excuse: quand on prend des médocs qui vous font dormir 12 heures par jour et vous transforment en zombi les 12 autres, on ne risque pas d'être super productive. N'empêche qu'il faut quand même que j'honore mes engagements et, accessoirement, que je paie mes factures. Le mois qui s'apprête à commencer sera donc tout entier dédié au travail. Et je crains que, pour cause de retard accumulé cet été, le dernier trimestre 2009 suive plus ou moins le même chemin. C'est assez rageant que le moment où je me décide ENFIN à écrire coïncide pile avec une des rares périodes où je ne peux pas me le permettre. Life is a bitch sometimes.

Pour l'instant, je vais donc me contenter de prendre des notes que j'exploiterai plus tard, probablement à partir de début 2010. J'ai déjà un titre qui me plaît beaucoup et qui me fournit plus ou moins la structure du récit, ainsi qu'un thème directeur: la quête d'identité. Les personnages principaux commencent à se dessiner dans ma tête. J'examine différentes possibilités de parcours pour mon héroïne, en rejette certaines et décide d'en conserver d'autres. Je peux déjà vous dévoiler qu'Alice Tanaka sera née à Paris en juin 1980, d'une mère au foyer française et d'un père japonais diplomate. Jusqu'ici, le plus difficile a été de décider si j'emploierais la première ou la troisième personne. En m'exprimant à la place de l'héroïne, je craignais d'une part de trop l'identifier à moi, d'autre part d'écrire comme je parle - ce que j'appelle "le style Cosmo". En prenant de la distance, il me semblait que j'allais céder à la tentation de singer Paul Auster ou de faire du sous-Yoko Ogawa. J'ai finalement opté pour la deuxième solution qui me répugnait tout de même moins, et je m'en félicite: depuis, Alice est devenue un personnage beaucoup plus distinct. Elle se dessine chaque jour davantage, et elle n'a pas grand-chose de commun avec moi sinon sa boulimie d'expériences.

vendredi 28 août 2009

Muse 1, Armalite 0

La scène se passe dans une petite chambre sous les toits exquisement meublée et décorée, vers minuit et demie. Depuis une heure, notre héroïne se tourne et se retourne sur les draps qu'elle n'a même pas défaits en proie à un cruel dilemme: si elle laisse son ventilateur allumé, le bruit l'empêche de dormir. Si elle éteint son ventilateur, la chaleur l'empêche de dormir. Si elle ouvre sa fenêtre pour avoir de l'air, les moustiques l'empêchent de dormir. Or, il FAUT qu'elle dorme car elle doit se lever tôt demain matin pour aller au rendez-vous chez son ophtalmo conquis de haute lutte six mois auparavant (le rendez-vous, pas l'ophtalmo qui est une respectable quinquagénaire à la fesse molle).

Alors qu'elle hésite entre la peste, le choléra et la diphtérie, notre héroïne entend une voix aigre lui lancer:
- Bon, tu vas te décider à l'exploiter, l'idée géniale que je t'ai généreusement filée il y a presque douze ans?
Et merde, songe-t-elle. Cette chieuse de Muse est de retour. Plus jamais je ne ricanerai en lisant les statuts Facebook de Laurell K. Hamilton. Entre ses dents, elle maugrée un lapidaire:
- Non.
- Ah ben bravo! Tu rêves de devenir écrivain depuis que tu es gamine, et tu te lamentes de ne pas avoir d'idée. Bonne fille, je t'en envoie une. Et toi, tu refuses de l'utiliser? Tu sais combien d'aspirants romanciers se damneraient pour recevoir ma visite?
- ...M'en fous. Elle est peut-être géniale ton idée, mais j'en ai pour des mois et des mois à rassembler la doc nécessaire. C'est pas parce qu'en 6ème, j'étais passionnée de mythologie au point d'avoir dessiné les arbres généalogiques des panthéons grecs, romains et nordiques sur du papier à petits carreaux que j'y connais quoi que ce soit en histoire des religions antiques! La Renaissance italienne, t'es gentille, mais je saurais même pas te dire si c'était au XIVème ou au XVème siècle, et j'ai absolument aucune idée de la façon dont les gens vivaient à Florence à cette époque. Pour ce que j'en sais, ils portaient leur culotte sur la tête.
"Quant au Moyen-Age en Bretagne, la représentation que je m'en fais est essentiellement basée sur Donjons & Dragons et Kaamelott l'Excalibur de John Boorman. Pas hyper-réaliste, donc, je le crains. Je ne suis pas non plus certaine de réussir à me mettre dans la peau d'un homosexuel honteux dans le Japon d'après-guerre. Et pour ce qui est d'imaginer les techniques d'hypnose dont la médecine disposera d'ici la fin du XXIème siècle, je te rappelle que la littérature d'anticipation me file de l'eczéma. Alors, tu peux le reprendre, ton cadeau empoisonné!

Un long silence suit cette tirade. Notre héroïne n'est pas peu satisfaite d'avoir cloué le bec à cette Muse capricieuse qui la harcèle toutes les nuits depuis une semaine.
- D'accord, je reconnais que le sujet est casse-gueule pour un premier roman, finit par admettre la voix sortie de nulle part (ou peut-être du placard aux cent paires de chaussures). Et si je te soufflais quelque chose de plus accessible?
- Genre? demande notre héroïne, méfiante.
- Genre une histoire pour laquelle tu disposerais déjà de quasiment toutes les références culturelles et émotionnelles nécessaires afin de donner vie à ton personnage principal. Et dont tu pourrais facilement te procurer les autres auprès de gens de ton entourage.
- Ouh là, ça pue l'autobiographie de trentenaire à plein nez! Je t'ai déjà dit des milliards de fois que je ne voulais pas ajouter ma petite crotte au tas de fumier narcissique qui encombre les tables des librairies depuis des années.
- Mais justement, c'est là toute la beauté de mon idée! s'écrie la voix, triomphante. Le personnage principal, ça ne serait pas toi du tout. Et son histoire ne serait pas la tienne. Disons juste que vous partageriez certaines préoccupations et certains traits de caractère grâce auxquels tu n'aurais pas trop de mal à te glisser dans sa peau.
Malgré elle, notre héroïne est intriguée.
- Mmmmh... D'accord, je t'écoute.

La Muse parle.

Une demi-heure plus tard, notre héroïne s'est enfin décidée. Avant son 40ème anniversaire, elle disposera d'un roman écrit de sa main (et même probablement des deux), prêt à être jeté en pâture à des éditeurs qui ne daigneront sans doute même pas lui adresser une lettre de refus poli. Mais au moins, cette fichue Muse ira harceler quelqu'un d'autre, et elle pourra recommencer à dormir tranquille.

mardi 25 août 2009

10 excuses bidons bonne excuses pour ne (toujours) pas écrire

Depuis des années, les gens de mon entourage me demandent "Alors, quand est-ce que tu nous ponds un roman?".
Et depuis des années, je réponds invariablement: "C'est pas le tout de savoir écrire en français correct, il faut avoir quelque chose à raconter, et moi j'ai pas d'idée".
Sauf que là, j'en ai une qui me tarabuste depuis quatre jours.
Pour être honnête, elle ne date pas de vendredi dernier. Je revois très bien le moment où je l'ai eue. Je traversais le parking de l'immeuble où j'ai habité petite fille pour gagner le centre commercial voisin, et elle m'est tombée dessus sans trop crier gare. C'était il y a, euh... boâ, à peine plus de dix ou onze ans.
Depuis, elle a ressurgi pour me culpabiliser chaque fois qu'on me posait la fameuse question et que je faisais la fameuse réponse. "En vérité, tu en as une, d'idée; tu es juste trop feignasse pour l'exploiter", me soufflait une petite voix sévère. "Oui mais bon, entre une idée et un roman fini, y'a tout un processus vachement long et compliqué, me défendais-je avec véhémence. Il faut concevoir des personnages, décider ce qu'ils vont faire ou ce qui va leur arriver, sous quel angle on va le présenter... Et j'ai aucune idée de ce qui peut bien se passer dans la tête des autres; j'ai déjà assez de mal à comprendre ce qui se passe dans la mienne!"
Vendredi soir, je ne sais plus bien pourquoi, j'ai évoqué THE idée avec Chouchou. Qui a aussitôt saisi un papier et un crayon et embrayé bille en tête. "C'est pas dur, il faut procéder par étapes. Combien il y aurait de parties dans ton pseudo-recueil-de-nouvelles-qui-est-en-fait-un-roman?" "Mmmmh... six plus une, soit sept." (J'aurais dû faire un doctorat de mathématiques.) "OK, qui se passeraient à quelle époque? Avec quels personnages?" Avant de m'en rendre compte, je lui avais pris le papier des mains et je commençais à griffonner des listes en marmonnant entre mes dents et en traçant des flèches dans tous les sens.
Puis j'ai mis le papier de côté parce que bon, un quart d'heure de travail sur une idée en onze ans, ça me paraissait bien suffisant.

Apparemment, l'idée ne l'entend pas de cette oreille. Le soir, quand j'ai éteint la lumière et que j'attends le sommeil, elle revient m'imposer des détails supplémentaires qui font petit à petit émerger les personnages du néant et affûtent la cohérence potentielle de l'ensemble.
Si ça continue comme ça, je vais être obligée de m'y mettre. Et je n'ai pas envie, parce que...
- Je travaille déjà cinq heures par jour sur mes trads. Plus de boulot, ça frôlerait l'esclavagisme.
- Tout le monde sait bien qu'à moins de s'appeler Marc Lévy ou Anna Gavalda, un écrivain français, ça ne vit pas de sa plume. Et Chie Mihara ne fait pas précisément cadeau de ses godasses.
- Chouchou vise déjà la gloire et la célébrité. Deux auteurs sous le même toit, c'est au moins un ego surdimensionné de trop.
- Jamais je ne réussirai à supporter pendant deux heures (la durée normale d'une séance de dédicace) les 60° du hangar dans lequel se tient chaque année le Salon du Livre, Porte de Versailles.
- Bernard Pivot a pris sa retraite, et ni Michel Field ni PPDA ne sauront saisir la subtilité de mon oeuvre.
- Je ne peux pas me montrer à la télé tant que je n'ai pas perdu dix kilos. Ou quinze, vu qu'il paraît que la caméra en ajoute cinq.
- Ma famille et mes amis n'ont pas demandé à être poursuivis par les paparazzi.
- Tant que mes parents seront en vie, j'aimerais mieux que certaines anecdotes de ma jeunesse mouvementée ne soient jamais évoquées dans la presse, sous peine qu'ils ne le restent pas.
- Le monde n'est pas prêt pour une pensée aussi chaotique novatrice que la mienne.
- Après avoir vendu un million d'exemplaires de son premier roman, on est plus ou moins obligé d'en écrire un second. Au rythme d'une idée tous les 38 ans, c'est pas gagné d'avance.

mercredi 25 mars 2009

La question de l'écriture

Ce post tourne dans ma tête depuis un moment déjà sans que j'aie le courage de m'y atteler. Mais dans le sillage du Salon du Livre et à l'aube de mes 38 ans, il m'a semblé qu'il était temps de retrousser mes manches et de prendre mon courage à deux mains. Here goes!

Quand j'étais petite, je n'avais pas d'autre ambition que de devenir écrivain. Là où les autres gamines rêvaient de se marier et d'avoir pleins d'enfants, d'endosser un uniforme d'hôtesse de l'air ou un tutu de ballerine, je savais déjà que ma vie était et serait toujours dans les livres. Les livres ne me mettaient pas la pression pour que je sois la meilleure, les livres n'étaient pas cruels et ne se moquaient jamais de moi, les livres me tendaient leurs pages pour que je m'y réfugie à toute heure en oubliant le réel. Je ne voyais pas de plus belle chose à laquelle consacrer mon existence.

Pendant mon enfance et mon adolescence, j'ai noirci des dizaines de carnets intimes. A côté de ça, j'ai écrit assez peu de fiction: une courte pièce de théâtre qui se terminait par la victoire du méchant quand j'avais une dizaine d'années et que je venais de me prendre en pleine figure le choc de la découverte de Racine; un remake de "L'empire contre-attaque" dans lequel Luke Skywalker découvrait une moi plus âgée cryogénisée, la réveillait et - bien entendu - tombait amoureux d'elle. Oh, et puis aussi quelques très mauvais poèmes morbides, le genre sous-sous-Baudelaire qu'on commet volontiers à l'adolescence. Il était déjà évident que je ne savais écrire que sur moi, que mon but n'était pas de raconter des histoires mais de soulager mes tourments intérieurs en les mettant à plat sur du papier comme si cela pouvait m'en purger.

Et puis je suis devenue (relativement) grande. Après un détour malheureux par des études entreprises contre mon gré et pas du tout faites pour moi, j'ai eu la chance de réussir à trouver du travail dans l'édition. Je me suis mise à traduire les livres des autres. Ce n'était pas tout à fait écrire, mais c'était sans doute ce qui y ressemblait le plus, hormis peut-être un boulot de journaliste. Dans mon entourage, la question a commencé à revenir de plus en plus souvent: "Et toi, quand est-ce que tu publies un livre?". Je me trouvais sûrement, du fait de mes contacts dans le milieu, en meilleure position que d'autres pour espérer le faire. Et dans mon cercle de connaissances proches ou plus lointaines, les auteurs se multipliaient à une vitesse ahurissante. Jusqu'à ce Salon du Livre où j'ai eu l'impression d'être la seule personne de mon entourage qui n'avait jamais publié un livre ni même écrit dans ce but, fût-ce une toute petite nouvelle.

A cela, il y a plusieurs raisons parfaitement logiques:

- D'abord, je suis vénale. Et la réalité, c'est qu'à moins de s'appeler Marc L., Guillaume M. ou Anna G., les auteurs français ont beaucoup de mal à vivre de leur plume, les volumes de vente étant insuffisants pour générer des droits qui leur permettraient de se consacrer entièrement à l'écriture. En tout cas, la plupart de ceux que je connais ont en parallèle une activité "alimentaire": ils sont traducteurs, scénaristes, journalistes, enseignants... Et moi, ben j'ai pris l'habitude de vivre confortablement. Pas dans le luxe, hein. Mais j'entretiens deux domiciles, un en France et un en Belgique; j'aime voyager dans des pays lointains et j'ai élevé le shopping au rang de 8ème (ou 9ème, je ne sais plus où on en est) art. Je ne m'imagine pas recommencer à compter mes petits sous comme quand j'étais étudiante.

- Ensuite, je suis paresseuse. Et si la fréquentation d'auteurs publiés - ou souhaitant l'être - m'a appris une chose, c'est que l'écriture n'est pas une sinécure. Lorsqu'on dévore en deux heures un petit roman de deux cents pages, on ne se doute pas du temps que sa conception a généralement réclamé. Tous les auteurs ne sont pas comme Gudule ou comme Amélie Nothomb; pour la plupart d'entre eux, écrire est quelque chose de laborieux, de douloureux même. C'est lutter contre l'angoisse de la page blanche, les idées qui s'envolent dès qu'on s'installe à son bureau pour les développer; c'est se battre contre les phrases qui ne veulent pas prendre la tournure souhaitée, qui sonnent bizarrement ou peinent à retranscrire une image intérieure. C'est se remettre en cause en permanence: ai-je réellement quelque chose de nouveau à dire, ne suis-je pas en train de m'échiner pour produire un texte médiocre dans le meilleur des cas? Toutes choses qui me fatiguent d'avance.

- Enfin, je suis orgueilleuse. Je ne crois pas posséder l'humilité nécessaire pour accepter le fait qu'un éditeur me dicte comment remanier mon texte pour l'améliorer - une fois, deux fois, dix fois s'il l'estime nécessaire. Et puis surtout, on a trop attaché d'importance à mes brillants résultats scolaires lorsque j'étais enfant. Aujourd'hui, je ne vois pas l'intérêt d'écrire si c'est pour pondre un premier roman moins magistral que "The secret history" de Donna Tartt, moins hallucinant que "House of leaves" de Mark Z. Danielewski moins fulgurant qu'"Une fièvre impossible à négocier" de Lola Lafon.

Sans compter qu'il ne suffit pas d'avoir des prétentions éditoriales: il faut aussi un sujet à explorer. Je l'ai dit plus haut: j'ai le sentiment de ne savoir, de ne vouloir, de n'avoir besoin de parler que de moi. Je suis une nombriliste, pas une conteuse. Or, s'il est un genre littéraire qui m'agace par-dessus tout, c'est l'auto-fiction de trentenaire. Je ne vais quand même pas écrire le type de bouquin que je regarde avec mépris sur les tables des libraires!

Voilà pourquoi vous ne risquez pas de voir mon nom sur la couverture d'un roman un jour. Un mélange de pragmatisme, de flemmardise et de lucidité m'empêche de me lancer dans un tel projet. Parfois, ça me fait un peu mal de penser que mon rêve d'enfant est si proche et que je suis incapable de le concrétiser; mais je me dis que ma vie est belle quand même et que ce n'est pas si grave. D'autres fois, je soupçonne que je me mens à moi-même, que je ne suis pas vraiment incapable d'écrire ou qu'en tout cas, je n'en aurai pas la preuve avant d'avoir essayé - et que seule la lâcheté, la peur de l'échec me retient de le faire. Parfois, je considère la question comme définitivement réglée; d'autres fois, je me dis que si ça se trouve, je finirai par changer d'avis. Qui vivra verra.

dimanche 3 février 2008

Pourquoi ce blog restera toujours confidentiel


Lorsque, il y a une dizaine de jours, on m'a posé la question: "De quoi parles-tu dans ton blog?", je me suis entendue répondre "De ma vie sentimentale". Ce qui est un peu réducteur. Je parle aussi de bouffe, de sexe, d'actualité, de mode, de bouquins et de films, de ma famille et de mes amis. En gros, de tout et de rien. Parfois mes textes se composent d'une phrase unique, et parfois ils frôlent l'incontinence verbale. Parfois ils sont illustrés d'une photo, et parfois non. Parfois le ton en est résolument girly et superficiel; parfois il donne dans une noirceur quasi-nihiliste. Parfois je me contente d'explorer les méandres de mon nombril de trentenaire gâtée par la vie; parfois je m'émeus de causes qui me dépassent et sur lesquelles je n'ai pas la moindre prise.

C'est, en résumé, un assez joyeux bordel dépourvu de ligne directrice, aussi bien dans la forme que dans le fond. Mes posts n'ont pas d'autre point commun que leur sincérité et le fait d'avoir été écrits par moi. Pour cette raison, "Le rose et le noir" ne deviendra jamais un de ces blogs-dont-on-cause, ceux qui sont susceptibles d'attirer l'attention d'un éditeur. Outre le talent de leur auteur, ces blogs-là se font remarquer et apprécier pour l'unité de sujet, de ton et de format des textes qui les composent. Je pense par exemple, pour ne citer que ceux qui figurent dans mon blogroll, à La vie rocambolesque et insignifiante de Brad Pitt-Deuchfalh ou Pensées d'une ronde.

"Le rose et le noir" ne rentre pas dans ces critères. Et je n'ai pas la moindre intention de le faire évoluer pour qu'il devienne marketable - pas la moindre ambition de rassembler des milliers de visiteurs quotidiens ou d'en faire un bouquin. Les gens sont toujours très étonnés quand je leur dis ça, comme s'il allait de soi qu'on écrit sur internet que dans l'idée d'être populaire et/ou publié. Ce n'est absolument pas mon cas. Mon blog me sert de défouloir quand j'ai le blues; il me permet d'exprimer mon enthousiasme pour les choses que j'aime ou mon indignation devant certains faits de l'actualité; il est un fantastique moyen de communiquer avec les personnes de mon entourage qui vivent loin de moi. Grâce à lui, je mets mes sentiments à plat et j'en conserve une trace durable. C'est bien suffisant pour justifier son existence.

mercredi 5 décembre 2007

Mamie blues

Quand mon portable belge a sonné ce matin vers 10h et que j'ai vu s'afficher le numéro de mes parents, auxquels j'avais téléphoné une demi-heure le week-end dernier, j'ai pensé aussitôt qu'il était arrivé quelque chose à ma grand-mère. De fait: elle est à l'hôpital avec une grosse carence de globules blancs et peut-être une ou plusieurs hémorragies internes, mais si anémiée qu'il faut la transfuser avant de pouvoir envisager toute autre procédure. J'aurai plus de nouvelles ce soir.
Honnêtement, je ne sais pas si je dois souhaiter qu'elle se rétablisse ou qu'elle en meure très vite. Ca peut sembler brutal mais... Sa vie est si triste depuis quelques années, et elle approche quand même des 90 ans. Si c'était moi, je préfèrerais m'éteindre tranquillement que de continuer à mener cette existence déprimante, sans aucune autre perspective que de voir se poursuivre un déclin physique et mental déjà bien avancé. Mais ce n'est pas moi et ça ne dépend pas de moi.
Fait révélateur, la première chose que je me suis dite après avoir raccroché, c'est: "Dieu merci, je suis allée la voir il y a un mois et demi; sinon, je ne me le serais jamais pardonné". Et tout de suite après, je me suis mise à rédiger une nouvelle dans ma tête - les dernières pensées d'une vieille dame qui va mourir toute seule à l'hôpital parce que ses enfants et ses petits-enfants sont trop loin et trop occupés pour accourir à son chevet. Réjouissant, je sais. D'ailleurs je n'aurai probablement pas le courage de coucher ça sur papier (ou même sur Word). C'est juste ma façon de gérer les émotions douloureuses: mettre entre elles et moi la distance de l'écriture.

dimanche 18 février 2007

Votre silence

Depuis quelques mois que ce blog a pris une tournure beaucoup plus intime, une constatation s’impose : vous ne commentez jamais les textes vraiment personnels. Mes histoires de blonde intérieure vous font rire ; si je parle d’amour de façon fleur bleue, il se trouve toujours une ou deux personnes pour dire « oooh c’est mignon », et vous voulez bien broder sur mes allusions les plus lestes du moment qu’elles baignent dans un confortable flou artistique. Par contre, dès qu’on commence à toucher à du très intense, à du vraiment personnel qu’il s’agisse de sentiments ou de cul… Un immense silence résonne aux quatre coins de mon url. Et pas seulement de la mienne d’ailleurs ; je constate le même phénomène chez Hawk. Nous en rions ensemble chaque fois que l’un de nous deux poste ce genre de message : « Et maintenant, une plage de silence assourdissant offerte par nos chers lecteurs ».

Ce phénomène est, pour moi, une source de perplexité amusée bien plus que de frustration. J’écris avant tout parce que j’en ai besoin, parce que ça m’aide à mettre de l’ordre dans ma tête ; être lue et que cela me permette d’établir ou d’approfondir des relations avec d’autres gens ne sont que des effets secondaires – agréables et flatteurs, certes, mais nullement indispensables. Je ne cours pas après la reconnaissance d’un public quel qu’il soit, sans quoi, j’ambitionnerais de publier un livre comme nombre de mes camarades blogueurs. Or, j’ai toujours dit et je maintiens que ça ne m’intéresse pas. Tout ce que je fais de créatif doit rester gratuit : un plaisir et non un travail.

Donc… L’absence de commentaires sur mes textes les plus personnels ne me vexe pas. Simplement, je m’interroge. J’ai bien conscience de ce que le fait de parler de choses aussi intimes que ma sexualité ou mes sentiments profonds a d’impudique, voire d’exhibitionniste. Mais soyez honnêtes : un lecteur de blog (ou en tout cas, du genre de blog que je tiens) est forcément un peu voyeur. Sous le couvert de la discrétion assurée par internet, il pénètre dans la vie et dans la tête d’autrui sans avoir besoin de se sentir gêné puisque personne ne le voit faire. Et s’il se garde de commenter, il peut toujours prétendre qu’il n’a rien vu, qu’il ne sait rien, qu’il n’a pas été touché ou dérangé par ce qu’il vient de lire. Je suppose que l’explication de votre silence se résume à ça…

Vous vous taisez, soit. C’est votre droit le plus strict. Comme le mien est de chercher à repousser sans cesse les limites de ce que je m’autorise à exprimer. Rester dans ma zone de confort – et la vôtre – ne m’intéresse pas. Faire du consensuel et du politiquement correct ne m’intéresse pas. Choquer gratuitement, non plus. Je voudrais juste dévoiler peu à peu ce qui me tient réellement à cœur et à corps, ce que j’ai toujours réprimé parce que je le considérais comme honteux. Révéler la lumière que recèlent les soi-disant zones d’ombre en chacun de nous, mettre en évidence la force intérieure que l’on peut y puiser.

Parce que la vraie vie, ce n’est pas un tableau dont les teintes pastel n’agressent pas le regard, dont le cadre est défini par l’idéologie dominante et le sujet susceptible de plaire au plus grand nombre. La vraie vie, c’est une collection de Polaroïds d’Araki – un camaïeu de couleurs violentes, une succession de paysages tour à tour magnifiques et désespérants, une mosaïque de détails du quotidien le plus trivial ou des merveilles les plus exotiques de la nature, un méli-mélo de corps nus et sans fard qui expriment tout l’abandon du monde, une juxtaposition de beauté sublime et de désespoir abyssal. Ça palpite, ça gicle, ça crie, ça gémit, ça souffre et ça exulte. Regardez-la avec mes yeux, et continuez à vous taire si ça ne vous touche pas plus que ça.

vendredi 16 février 2007

Les mots

Les blogs par lesquels on s’est découverts, chacun dévoilant juste assez la personnalité de son auteur pour intriguer l’autre et enrobant sa vraie problématique sous suffisamment de non-dits pour lui donner envie d’en découvrir davantage.

Les mails enflammés qu’on échange et qu’on finira par publier dans un blog anonyme, parce que ce serait dommage de laisser perdre tant d’érotisme à la seule fin que nos proches puissent encore nous regarder sans rougir.

Les conversations textes sur MSN qui virent au jeu de rôles pornographique et nous laissent plus frustrés que jamais, mais aussi enivrés et réconfortés par l’harmonie de nos pulsions.

Les conversations vocales sur Skype tard dans la nuit – les chuchotements qui disent notre amour et notre souffrance d’être si loin l’un de l’autre les soirs où l’on n’aspire qu’à dormir peau contre peau.

Les textes que l’on s’inspire mutuellement : ceux qui jaillissent comme des évidences irrépressibles, ceux sur lesquels on peine pendant plusieurs jours sans jamais parvenir au résultat souhaité, ceux qui meurent dans l’œuf parce qu’on ne trouve pas le bon angle pour les aborder ou les mots justes pour les mettre en forme.

L’écriture qui est la seule forme d’art que l’on partage réellement, dont on connaisse tous les deux les affres et les satisfactions malgré des approches assez différentes.

Les discussions à cœur ouvert sur nos blessures, nos angoisses, nos aspirations et nos doutes ; sur les échecs de notre passé, les difficultés de notre présent et nos espoirs pour l’avenir ; sur notre rapport au monde, à la création et aux gens qui nous entourent.

Les mots sont le sang de notre relation.

mardi 19 décembre 2006

Réponse à Baud...

...Et à tous les gens qui me demandent sans cesse : "Alors, quand est-ce que tu écris un livre?"
"Il ne faut pas s'astreindre à une oeuvre, il faut seulement dire quelque chose qui puisse se murmurer à l'oreille d'un ivrogne ou d'un mourant." (Cioran)

lundi 25 juillet 2005

Rêves et ambitions

- Visiter à peu près tous les pays de l'hémisphère nord
- Ne jamais mettre les pieds dans l'hémisphère sud
- Parler six langues couramment (de préférence celles de l'hémisphère nord, donc); pour l'instant je suis à deux courantes et deux passables, reste donc la moitié du chemin à faire
- Passer le brevet de chute libre et faire des figures aériennes en équipe
- Apprendre à faire du bodyboard (oui, bon, ok, mon film préféré c'est "Point Break")
- Avoir la garde-robe de SJP dans "Sex and the city", le dressing de Jennifer Garner dans "30 ans sinon rien" pour la ranger, et la silhouette de Kate Hudson dans "Presque célèbre" pour la porter!!!
- Ecrire un livre valable. Si possible le faire publier. Si possible en vendre tout plein. Si possible que les critiques disent que je viens de pondre un classique de la littérature moderne. Si possible aller parler de mon bouquin à la télé et qu'on me consacre un article dans Elle parce que ma garde-robe est trop ébouriffante et trop bien portée :)