dimanche 4 juillet 2021

Tenter ma chance

 


Mardi dernier, après avoir bouclé mon quota de pages, j'ai passé une heure et demie à rédiger un essai de 500 mots en anglais pour candidater au projet de mes rêves: un partenariat avec Air Bnb qui financerait un an de vie nomade pour Chouchou et moi. C'était un bon essai, qui exposait clairement mais brièvement qui j'étais et ce que je pouvais leur apporter, dans un style au-dessus de la moyenne et avec quelques traits d'humour. Je n'ai pourtant aucun espoir qu'ils me choisissent. Ils vont sûrement recevoir des milliers de candidatures, dont celles de gens plus jeunes avec des réseaux sociaux bien plus performants et qui auront su se présenter de manière plus originale ou accrocheuse. En gros, j'ai passé une heure et demie à faire un truc dont je savais qu'il ne servirait à rien. Et j'étais quand même hyper heureuse et fière après coup. Pas d'avoir réussi: juste d'avoir sincèrement essayé.

Je suis une personne pessimiste et paresseuse. Je n'ai pas spécialement peur de l'échec - c'est toujours un peu inconfortable, mais mon ego est assez solide pour s'en remettre. En revanche, je n'ai aucune envie de faire des efforts dont il est presque certain qu'ils se révèleront vains. Du coup, je tente rarement ma chance dans quelque domaine que ce soit. Alors qu'une bonne surprise n'est jamais exclue. "Loto: 100% des gagnants ont joué", disait une vieille pub pour la Française des Jeux. D'ailleurs, du temps où mon ex-mari validait une grille toutes les semaines, nous avons un jour eu 5 numéros et remporté de quoi payer les premiers impôts sur le revenu de notre vie (10 000 francs français, soit environ 1 500€). Mais en vieillissant, j'ai développé une approche productiviste de l'assignation de mon temps et de mon énergie. Toute idée dont l'aboutissement me semblait incertain partait directement à la corbeille. Par flemme de me fatiguer pour rien ou pour pas grand-chose, mais aussi par cynisme: est-ce que ça n'aurait pas été un peu naïf, voire carrément juvénile, de m'enthousiasmer pour des projets peu réalistes? 

Sauf qu'à ne m'engager toujours que dans des entreprises à l'issue raisonnablement certaine, je n'obtiens que des résultats prévisibles et ennuyeux. J'ai eu la chance inouïe de pouvoir accéder très tôt à un métier parfait pour moi et qui me permet de bien gagner ma vie; du coup, malgré des velléités ponctuelles, j'ai zéro motivation pour développer une activité parallèle, ou même pour chercher sérieusement des clients dans un domaine nouveau. Mon appartement me plaît même s'il n'est pas parfait: pourquoi m'infligerais-je le stress et le coût de deux transactions immobilières simultanées suivies d'un déménagement? Il m'est arrivé, plus jeune, de lâcher la proie pour l'ombre et de m'en trouver fort marrie. Du coup, j'ai fait mien l'adage "On sait ce qu'on perd; on ne sait pas ce qu'on gagne". Et aussi l'idée que l'herbe n'est pas plus verte de l'autre côté de la barrière, qu'on s'emporte partout où on va et que notre bonheur dépend davantage de notre état d'esprit que des circonstances extérieures. 

Ce n'est pas une mauvaise façon de vivre quand on a, comme moi, un grand besoin de sécurité et une aversion marquée pour le changement. Mais la combinaison de mon 50ème anniversaire et de mon diagnostic d'autisme a produit un déclic. L'énergie que j'économise en restant concentrée sur deux-trois trucs rentables, je n'en fais rien d'intéressant, alors que le temps dont je dispose s'amenuise à vue d'oeil. Les réalités du vieillissement (et du réchauffement climatique) vont peu à peu refermer de nombreuses portes devant moi. Je peux tout à fait continuer sur des rails aussi longtemps qu'il ne m'arrivera rien de grave, mais... si je veux autre chose de la vie, c'est maintenant. Maintenant qu'il faut provoquer le sort et mettre cent lignes à l'eau pour, peut-être, remonter une prise. Et même si le poisson-opportunité ne mord pas, au moins, je n'aurai aucun regret. J'aurai développé un état d'esprit plus positif, plus ouvert et plus joyeux, et ce sera déjà une réussite en soi. 


3 commentaires:

Laure a dit…

merci beaucoup pour ce texte qui résonne incidemment en moi, et bouscule de manière fort intéressante ;)

Nathalie a dit…

cet élan à tenter de l'inédit transparaît sur ton compte IG et c'est très agréable !

Katell a dit…

Bonjour,

J'ai également un peu tendance à ne pas aller vers l'inconnu, moi, c'est clairement par peur de l'échec et à cause d'un problème de confiance en moi. Mais j'essaye de m'améliorer doucement (trop doucement au goût de mon cher et tendre mais bon...).
Bravo pour ta candidature, tu nous tiendras informés ?
Pour les curieux comme moi, quelques infos sur le projet Airbnb (je n'ai pas pu m'empêcher d'en savoir plus !) :
https://news.airbnb.com/fr/airbnb-cherche-12-candidats-prets-a-vivre-une-vie-nomade-pendant-un-an/