jeudi 4 février 2021

Comment j'ai cessé d'être végétarienne

 


Je ne me rappelle plus à quel moment exact j'ai décidé de devenir végétarienne. Il y a 8 ou 9 ans, je pense - après une première tentative avortée en l'an 2000. En revanche, je me souviens très bien de mes motivations. D'abord, dans la mesure où je disposais des ressources nécessaires pour avoir une alimentation équilibrée sans consommer de viande, je n'arrivais moralement plus à justifier l'élevage et l'abattage d'animaux pour ma seule gourmandise. Ensuite, je commençais à me soucier sérieusement d'écologie, et à prendre conscience des dégâts environnementaux provoqués par la pêche intensive ou l'élevage bovin. Enfin, je me disais qu'une alimentation végétarienne serait probablement meilleure pour ma santé. 

Bien sûr, il y a eu quelques mois d'adaptation durant lesquels il a fallu repenser tout notre répertoire culinaire jusque là plus ou moins basé sur la formule "Un repas = une viande ou un poisson + un légume ou un féculent". Ce fut une démarche très positive qui nous a obligés à découvrir de nouvelles céréales, à consommer plus de légumes secs et à diversifier nos achats de légumes frais. Notre alimentation est devenue plus variée et plus saine; il me semblait avoir davantage d'énergie (pour Chouchou en revanche, c'était l'inverse) et mes analyses sanguines ne révélaient aucune carence. 

Pour ce qui était des repas pris à l'extérieur, la plupart des restos qu'on fréquentait, surtout à Bruxelles, proposaient des plats végétariens. Dans la famille et chez les amis, c'était plus délicat: ma mère vivait comme une attaque personnelle le fait que je ne veuille plus manger de viande; du coup nous cuisinions nous-mêmes lors de nos séjours chez elle, et elle tordait presque systématiquement le nez à la vue du résultat. Difficile aussi de laisser la moitié du repas quand on était invités chez des amis omnivores, ou d'apporter un Tupperware alors qu'ils avaient cuisiné juste pour nous. Mais nous n'avons jamais eu une vie sociale hyper intense, donc ça restait tout à fait gérable. En voyage par contre, ça pouvait devenir un vrai casse-tête: manger végétarien au Portugal, par exemple, est quasiment mission impossible. 

Au bout de trois ou quatre ans, cependant, la viande me manquait au point que j'en rêvais presque la nuit. Je n'en avais pas besoin, mais qu'est-ce que j'en avais envie! J'ai donc recommencé à en manger lors des repas pris à l'extérieur - en culpabilisant à chaque burger et chaque entrecôte saignante que je dévorais avec délice -, mais je n'en achetais toujours pas pour cuisiner à la maison. Mon généraliste m'a diagnostiqué des réserves de fer insuffisantes, mais le problème était sans doute dû au moins en partie à ma consommation abusive de thé, et j'aurais pu y remédier en prenant des compléments alimentaires de fer végétal, donc je ne vais pas m'abriter derrière cette excuse. (Je sais que certaines personnes sont obligées de manger de la viande pour rester en bonne santé; je n'en fais simplement pas partie.)

Quelques années se sont encore écoulées avec ce régime hydride, végétarien à la maison et omnivore au-dehors. On consommait de la viande une à deux fois par semaine, ce qui me semblait un assez bon compromis. Puis fin 2019, au terme de nombreuses analyses, Chouchou a découvert qu'il souffrait de deux problèmes de santé antagonistes, l'un au foie et l'autre au système digestif, et que malheureusement, tous les aliments conseillés pour apaiser l'un aggravaient l'autre. Pour aller vraiment bien, il devait éviter la plupart des fruits et des légumes, ainsi que les laitages et les céréales raffinées. Autrement dit, s'il voulait continuer à ne plus manger de viande ni de poisson, il en prenait pour une sentence à vie de riz brun-courgettes bouillies. Inenvisageable pour les gourmands que nous sommes. Aussi, nous avons recommencé à acheter du poulet et du poisson, beaucoup plus rarement un peu de porc, toujours pas de boeuf dont nous réservons la consommation aux restaurants spécialisés. 

Désormais, nous devons manger de la viande environ un repas sur deux: à titre de comparaison, il y a dix ans, c'était quasiment à tous les repas. Et j'avoue que mes motivations initiales, pourtant excellentes, ont été ensevelies sous l'avalanche de contraintes diverses et variées qui nous tombaient déjà dessus avant l'arrivée de la pandémie. Le nombre de préoccupations avec lesquelles je peux jongler à un instant T n'est pas infini. Désormais, je remange de la viande sans me poser (trop) de questions. 


6 commentaires:

Enirtourenef a dit…

Je trouve très intéressant (et courageux !) ton témoignage. Je trouve que c'est assez rare d'en lire dans ce sens-là.
Moi-même, j'ai réduis ma consommation de viande à... rien. Puis, je suis revenue chez mes parents, au moment où ma mère reprenait les rênes de la cuisine avec ma sœur et faisait varier les repas, ce qui a fait descendre la consommation de viande à une ou deux fois par semaine (ce qui je crois suffi d'un point de vue nutritif). Mais je pense que quand je vivrais de nouveau toute seule, je me passerais de viande (surtout que je n'ai jamais vraiment aimé ça. Je veux dire, à part le jambon, le steack haché, le poulet et le saumon ben... je cours pas après).
Un médecin disait qu'on pouvait tout à fait se passer de viande et rester en bonne santé (hors cas individuel bien entendu !!), ce qui n'est pas le cas du végétalisme.
En fait, pour moi, le problème n'est pas tant de manger de la viande (nous partageons 99% d'ADN avec les chimpanzés qui... mangent parfois de la viande, et même de la viande de singe !) que la manière dont les animaux sont tués, dans l'irrespect et la violence les plus totaux, ce qui me révolte/révulse.
Par contre, ce qui me fait rire, ce sont les gens qui se disent "flexitariens" (ceux qui ne refusent pas la viande quand ils vont chez des amis, etc.). Ils me font l'effet de gens qui n'assument pas/culpabilisent de ne pas réussir à se passer entièrement de viande et qui donc essayent de s'échapper de la case "omnivore" (voire de la case aberrante de "carnivore" utilisée par les animalistes/anti-spécistes les plus radicaux) en trouvant un autre terme... Bref ! :)

Garance a dit…

Personnellement je pense qu'on peut se dire flexitarien parce que chez soi on décide à 100% de ce qu'on mange et on est en accord avec ses convictions, mais ne pas vouloir se prendre la tête à l'extérieur. Au final, on nous répète qu'il faut baisser notre consommation de viande, bah être flexitarien est un moyen comme un autre de le faire, de parvenir à ce but. Au final peu importe que ce soit parce qu'ils n'assument ou pour d'autres raisons, l'objectif est atteint et, de mon avis, on est pas obligé de se mettre dans la case 100% vegetarien ou 100% carnivore, c'est pas forcément blanc ou noir

Méghane a dit…

Aïe, je comprends mieux ce qui te faisait stresser à propos de l'état de santé de ton compagnon. Je compatis.

Je suis d'accord avec "Enirtourenef" concernant l'étiquette de "flexitarien" : c'est simplement être omnivore, et cela n'implique pas de manger de la viande à tous les repas.

J'en mange un repas sur deux ou trois, mais c'est aussi parce que j'adore les légumes & légumineuses. Au restaurant, j'ai parfois l'impression de me faire arnaquer quand le plat végétarien est au même prix que les plats carnés. En réalité, un bon plat végétarien demande beaucoup plus de préparation et d'inventivité qu'un plat avec viande ^^

Les deux vrais freins à la réduction de la consommation de viande, à mon avis, c'est
1) le manque de plats traditionnels végétariens ET équilibrés, qu'on pourrait servir à la cantine, par exemple. Encore moins végétaliens.
2) le coût dérisoire de certaines viandes. Si les producteurs étaient obligés d'élever leurs animaux dans des conditions décentes, je suis sûre que ça coûterait bien plus cher et qu'on en mangerait (et gaspillerait) moins.

Nelly Poignonnec a dit…

C'est hyper intéressant ! Merci pour ce témoignage. J'y ai déjà moi-même pensé, mais je me sens mal à l'idée d'embarquer toute une famille dans l'aventure...

ARMALITE a dit…

@Nelly: Tu n'es pas obligée d'imposer le végétarisme à ta famille. Tu peux juste commencer par tester des recettes sans viande qui passent bien auprès de tout le monde (pâtes aux légumes, risottos, quiches salées...) et introduire un nombre croissant de repas de ce type dans la semaine. Sans parler d'arrêter totalement, réduire sa consommation de viande est déjà un excellent objectif!

Laurence a dit…

Personnellement je mange de la viande trois ou quatre fois par an, je suis donc flexitarienne et cela n'a rien à voir avec la culpabilité ou le fait de ne pas assumer cette consommation. Je ne vois pas non plus ce qui prête à rire. Pourquoi faut-il prêter aux autres des intentions qu'ils n'ont pas ou des pensées qui en sont, en réalité, fort éloignées ?