jeudi 29 octobre 2020

Où c'est reparti pour un tour

 


J'avoue: jusqu'à hier matin, je ne pensais pas qu'on serait reconfinés. Les médias parlaient d'une extension du couvre-feu et éventuellement d'un confinement le week-end, mais semblaient rejeter les hypothèses plus dures. Je gardais espoir de pouvoir aller voir ma famille à Toulouse en voyageant un jour de semaine, puis rentrer ensuite à Bruxelles en me soumettant à un test PCR et une quarantaine à l'arrivée. 

Les annonces de Macron m'ont consternée. Je peux tout à fait concevoir la nécessité d'un nouveau "vrai" confinement et m'y plier sans trop rechigner. Par contre, laisser les écoles et les lieux de travail ouverts, alors que ce sont les principaux lieux de contamination, en nous interdisant à côté de ça toutes les activités moins risquées qui nous permettaient de ne pas sombrer dans la dépression? C'est absurde. On savait déjà que ce gouvernement nous prenait pour des robots juste bons à produire et à consommer, mais jamais ça n'avait été mis en évidence de manière aussi crue. 

Pourtant, je ne me suis pas mise en colère. La veille encore, j'expliquais à ma psy sur FaceTime combien j'en avais marre que colère et panique soient mes deux seules réactions possibles en cas de problème ou de déviation de mon scénario optimal, et elle m'avait encouragée à explorer l'option tristesse en me donnant un exercice que je trouve hautement ridicule: me forcer à pleurer pendant trois minutes. Hier soir, je n'ai pas pleuré, mais je ne me suis pas mise en colère non plus. Je me suis autorisée à ressentir autre chose. 

D'abord de la tristesse à l'idée de ne pas revoir mon amoureux avant mi-décembre dans le meilleur des cas - le confinement ne tardera sans doute plus en Belgique aussi, et il faudra bien davantage que 4 semaines pour casser la courbe épidémique actuelle, surtout en laissant les écoles et les lieux de travail ouverts. J'aurais pu remonter en train aujourd'hui, mais... J'ai des projets en cours à Monpatelin. La météo et mon appartement sont bien plus agréables ici. Depuis 14 ans, je m'oblige à faire passer ma vie de couple à Bruxelles avant ma vie personnelle en France, et dans cette occasion précise, je n'avais pas envie. Il y a eu beaucoup de tension entre mon amoureux et moi pendant le premier confinement, un peu du fait de l'exiguïté de notre lieu de vie, un peu à cause de notre frustration de ne rien pouvoir faire d'autre que bosser et dormir, mais aussi et surtout parce que j'ai déraillé mentalement. Si je me sens plus sereine aujourd'hui, je ne peux pas jurer que ça durera. Et je préfère qu'on se manque plutôt qu'on s'engueule. Qu'on rêve au moment de se retrouver plutôt que de se demander si on ne ferait pas mieux de se séparer. 

Du coup, outre la tristesse, j'éprouve aussi une forme de calme acceptation. J'ai tiré un trait sur mon séjour à Toulouse, me suis renseignée sur les modalités d'annulation des sorties que nous avions prévues en Belgique mi-décembre: une nuit aux cabanes de Rensiwez et la promenade nocturne Lanterna Magica. Je me prépare psychologiquement à une longue séparation, tout en sachant que rien n'est écrit à l'avance (même si les surprises risquent fort d'être mauvaises plutôt que bonnes). J'ai enclenché mon mode "recherche de solutions" afin que cette période se passe dans les meilleures conditions possibles, qu'on communique souvent et de façon positive, peut-être qu'on travaille à distance sur un projet commun. 

Au-delà encore, et même si ça peut sembler bizarre, il y a aussi une pointe de joie. J'aime l'idée d'avoir enfin du temps à consacrer à mon appartement pour tous ces trucs restés en souffrance depuis des années. Réaménager partiellement mon bureau. Accrocher en bonne place les originaux d'artistes que j'accumule dans des tiroirs. Poser un porte-serviette et une mini-étagère à vernis dans ma salle de bain. Remplacer ma gazinière haïe par des plaques en vitrocéramique. Peut-être me décider à repeindre mes toilettes et ma mezzanine si je trouve un moyen acceptable de me procurer le matériel. 

Je ne déteste pas non plus la perspective de retrouver les éléments positifs qui avaient rendu le premier confinement supportable. Les conversations à coeur ouvert sur internet, qui rapprochent par-delà la distance physique et me font me sentir plus connectée dans l'isolement que je ne le suis dans ma liberté de mouvement habituelle. L'absence d'autre choix, pour m'occuper, que de me recentrer sur des activités en intérieur négligées le reste du temps au profit des sorties et des voyages: en particulier, j'aimerais mettre à profit les cours de gouache que j'ai pris en ligne ces derniers mois sans jamais rien en faire de concret, mais aussi recentrer et développer mon blog après toutes ces années de navigation à vue. Cette fois, je vais peut-être me décider à faire du pain! Et j'aurai tout le temps et la tranquillité nécessaires pour effectuer le (gros) travail émotionnel réclamé par ma thérapie. 

Et vous, dans quel état d'esprit vous trouve cette annonce de deuxième confinement?


10 commentaires:

Surella a dit…

Inquiétudes de mon côté niveau pro (je suis fournisseur de restaurateurs et de bars) mais niveau perso, sereine. Je suis plutôt casanière, et sans enfants, dans mon appart agréable, avec mon chat, Netflix, des bouquins, je peux rester des mois.

Cécile de Brest a dit…

Pour le moment, je suis en stand by. Je ne sais pas encore si je vais aller travailler ou le faire à distance (j'enseigne dans une prépa et pour le moment, notre cas n'est pas tranché). Je ne sais pas non plus comment mes enfants vont aller à l'école, il semblerait que l'on s'oriente vers des cours selon les niveaux et selon les semaines pour éviter un trop gros brassage d'élèves dans les collèges et les lycées. Donc je sais que c'est le bordel mais pas comment il s'organise.
Alors je continue à rêver à notre potentiel séjour en Irlande l'été prochain (mais je n'y crois déjà plus). Et comme j'en ai vraiment marre de la France et de nos gouvernements successifs, je me penche sur une immigration à l'étranger. Je me suis inscrite au programme de recrutement lancé par le Québec. On verra bien.
Et en attendant, je bouquine mais ça, ça ne change pas de d'habitude.

Méghane a dit…

J'avais très bien vécu le premier confinement, mais je démarre celui-ci hautement déprimée. J'avais des vacances prévues la semaine prochaine, et rétrospectivement, je me trouve bien stupide de ne pas les avoir planifiées pendant les vacances de la Toussaint (je n'en ai pas dormi ces 2 derniers jours).
Je vois le reconfinement comme une tentative du gouvernement de "sauver Noël" (snif), après avoir essayé de sauver l'économie entre Mai et Octobre. La courbe épidémique était prévisible, vu le peu de mesures qui ont été prises depuis Mai. Les rassemblements limités à 5000 personnes par exemple, du grand n'importe quoi...

Sanitairement parlant, c'est sûrement une aberration de laisser les écoles ouvertes et je m'en suis indignée aussi. Mais les enfants ont besoin de voir d'autres personnes que leurs parents. Et en primaire/collège, c'est plus facile d'apprendre, quand on a son prof à côté (les cartes de géo, les graphiques en maths par exemple).

J'ai la chance d'être en télétravail depuis Mars, et pas d'inquiétude quant à mon boulot. Je vais essayer de continuer le cours de japonais en ligne que j'avais acheté le printemps dernier, en espérant ne pas avoir tout oublié.

Je te souhaite de belles journées de bricolage et de décoration ! Hâte de voir tes réalisations à la gouache :)

FraiseDesBois a dit…

Je suis au bord de l'effondrement total si je veux être totalement honnête
Mais ce confinement est nécessaire, on va avancer petits pas par petit pas
Et je songe fortement à demander une aide psy, le stress et l'anxiété ont un impact physique en plus du psy sur moi, comme pour beaucoup de gens
bref j'essaie de garder le cap, au moins je peux télétravailler, j'ai un appart agréable et un balcon, je suis quand même privilégiée par rapport à beaucoup

(ce message est aussi décousu que l'intérieur de mon cerveau)

Unknown a dit…

Interloquée.
Je ne comprends pas tout de ce nouveau confinement.
Oui, pour aider les soignants en faisant des efforts qui n'en sont pas pour moi mais laisser les écoles ouvertes, fermés les fleuristes et autres.... Tout le monde au travail aussi.
Non, je ne comprends pas tout.
Les magasins ont été dévalisés, j'ai beaucoup de mal avec ça. Pourquoi ? A quel moment a t-on entendu qu'il y aurait un problème d'approvisionnement ?
Et puis pour compléter tout ce bonheur ambiant, un attentat ce matin à Nice 😔
Là, tout me semble être trop.
Bon courage à toi et à mtlm
Sophie

katell a dit…

J'aurais compris un vrai confinement comme en mars mais là?!? tout le monde bosse (sauf les pauvres commercants et artisans qui sont sacrifiés ....pour rien car les mesures sanitaires étaient plutôt bien suivies contrairement aux grandes surfaces ), tous les enfants retournent à l'école....comment les contaminations vont être endiguées??? je ne comprends pas ? il faudrait que quelqu'un m'explique là? A mon sens cela ne va servir à rien (ou à la marge)....et en attendant pdt 1 mois on va être privé de nos libertés dont celle de se balader en pleine nature (activité en effet hautement à risques).Du coup je suis une fois de plus très en colère....

Zéphine (aka Malvi) a dit…

Je trouve intéressant de suivre à distance ce "reconfinement" depuis mon pays d'adoption du bout du monde, la Nouvelle-Zélande.
Difficile pour moi de comprendre la politique de gestion du covid en France et en Belgique, je suis  en colère quand je vois l'absurdité des décisions.
J'ai vécu deux confinement consécutifs à 2 mois d'intervalle. Le premier était très strict et à complètement immobilisé le pays pendant près de 4 semaines, mais a complètement éradiqué le virus de pays. Le second à mis le pays en alerte (pas de regroupement de plus de 10 personnes, masques obligatoire, distance de sécurité, travail à domicile autant que possible) et la région d'Auckland où j'habite en confinement strict pendant 2 semaines, avant de relâcher peu à peu les mesures.

J'avais énormément d'appréhension pour le premier lockdown et j'avais prévu un stock de matériel de bricolage important pour tenir le coup. Ça s'est finalement très bien passé même si au final, je n'ai pas créer autant que j'aurais voulu, étant entraînée dans ce que j'appelle "la langueur du prisonnier" malgré moi.

Et pour le second lockdown, j'espérai secrètement (et très égoïstement) un confinement total de ma région histoire d'avoir un break dans le boulot (j'étais au bord du burn out), mais travaillant dans le secteur de la construction routière, mon job a été considéré comme essentiel et je n'ai pas eu de repos, bien au contraire.

Le pays est maintenant de retour à la normale, et au quotidien on en oublie presque la crise puisque nous ne sommes plus vraiment impactés dans la vie courante.

Malgré tout, cette pandémie a eu un réel impact sur ma santée mentale déjà précaire, et j'oscille entre reconnaissance pour notre gouvernement qui a pris les bonnes mesures au bon moment, gratitude pour mon comfort de vie conservé (j'ai toujours mon travail, les bars et restaurants sont ouverts, les mesures de santé sont minimales), mais aussi une immense tristesse pour ma famille en Europe au pire de la crise, de la panique à l'idée que quelque-chose puisse arriver à mes grands-parents très âgées.
Et le pire de tout, c'est la culpabilité stupide de "bien m'en sortir" alors que je n'ai rien fait pour, et la honte d'avoir espérer égoïstement un second confinement total que tout le monde redoutais et d'avoir été déçue que ce ne soit pas le cas.

Difficile de naviguer parmi ces émotions contraire, et j'ai beaucoup d'empathie pour ceux comme toi qui vivent ça bien plus intensément.
Bon courage pour faire face...

ARMALITE a dit…

@Zéphine: J'ai suivi au fur et à mesure ce qui se passait en Nouvelle-Zélande à travers les réseaux sociaux d'Amanda Palmer, et franchement vu d'ici, ça fait un peu office de paradis sur Terre... Je ne sais pas ce que je donnerais pour qu'on soit dirigés par une Jacinda Ardern.

Athéna a dit…

Je suis triste parce que je ne verrai pas ms enfants ni leurs trois bébés dont j'aurais très peu profité et ça change tellement vite à cet âge là, on ne peut pas rattraper ça ; Skype ce n'est pas pareil...
Mais nous n'avons perdu personne, c'est déjà ça...

Ness a dit…

Je le vis du côté belge et j’ai eu un gros coup au moral de quelques jours quand les mesures ont commencé à monter. La peur d’être en tête à tête avec ma fille sans l’envie et l’énergie du premier confinement. Sans les activités qui me nourrissent pour tenir. Mais je suis quand même rassurée des mesures prises en Belgique pour les écoles, comparativement à la France. Je préfère prolonger des vacances scolaires que de mettre des enfants hyper jeunes à l’école avec un masque ou d’autres mesures intenables pour l’enfant et l’enseignant. Pour une fois, j’ai moins l’impression que l’école est la garderie de l’économie. Même si ces mesures pèsent sur les parents... et en gros, c’est l’absence d’espoir à long terme qui me pèse, plutôt que le vécu quotidien des mesures. Courage à toi. Et si tu as des bons filons pour l’achat de cadres, dis moi, j’ai quelques trucs à encadrer et accrocher aussi 😊