samedi 25 avril 2020

Stratégies du réenchantement #5: Les espoirs pour après




J'espère qu'on aura eu le temps de réfléchir à ce qui est important et qu'on ne l'oubliera pas de sitôt.

J'espère qu'on se sentira plus forts d'avoir survécu à ça, plus confiants en nos ressources intérieures, plus capables d'affronter d'autres épreuves à l'avenir, et aussi plus reconnaissants pour les choses banales qu'on avait toujours considérées comme acquises.

J'espère que, plus encore qu'avant, on pensera à dire aux gens qu'on les aime, à se faire une priorité de prendre de leurs nouvelles ou de passer du temps avec eux. 

J'espère que la solidarité et la générosité qui ont fleuri sur le terreau de ces circonstances exceptionnelles perdureront. Qu'on continuera à se soucier des plus vulnérables, qu'on hésitera moins à leur tendre la main par peur de déranger ou de ne pas bien faire. 

J'espère que le télétravail organisé à l'arrache par des entreprises réticentes deviendra une option pérenne pour les salariés qui souhaitent y recourir au moins en partie. Ca leur économisera du temps et de la fatigue, et ça désengorgera les transports en commun - tout le monde y gagnera.

J'espère qu'on aura développé une meilleure compréhension et un nouveau respect de la science, la vraie, et qu'on sera plus enclins à écouter ceux qui savent quand ils tirent la sonnette d'alarme.

J'espère qu'on va arrêter la mise à mort du système de santé public en France et dans de nombreux autres pays, revoir considérablement à la hausse le budget des hôpitaux et faire des stocks de matériel en vue de la prochaine pandémie (ne nous leurrons pas: il y en aura une).

J'espère qu'on ne va pas oublier trop vite qu'on a tenu grâce aux personnels soignants, aux caissières, aux agriculteurs, aux routiers et aux éboueurs, tous ces gens mal payés et trop peu considérés. Et qu'on sera derrière eux quand ils réclameront des conditions d'exercice ou des salaires décents. 

J'espère qu'on va prendre conscience à quel point la valeur réelle du travail est déconnectée de sa rémunération et de son prestige, et qu'on va s'efforcer de changer ça. Parce que quand les choses tournent mal, la famille Kardashian, les traders qui se prennent pour les maîtres du monde et les CEO avec des salaires à six chiffres avant la virgule ne servent strictement à rien.

J'espère que la planète aura profité de cette pause forcée et qu'on aura réalisé que quand les politiciens et les industriels nous disent "Le développement durable, c'est très compliqué", ils nous mentent: il faut juste accepter d'y mettre les moyens et de revoir les sacro-saints profits des actionnaires à la baisse.

J'espère qu'on aura été secoués assez profondément pour entamer une vraie révolution. Rejeter le système capitaliste qui broie les êtres humains, détruit l'environnement et ne sert plus les intérêts que d'une poignée d'individus égoïstes.

J'espère que je ne suis pas en train de rêver trop fort.

6 commentaires:

La Princesse Disney a dit…

Tout cet article : 💕💕💕💕💕💕💕💕💕💕💕💕💕💕💕💕💕💕💕💕💕💕💕💕💕

Unknown a dit…

Désolée mais j'ai bien peur que tu ne rêves trop.
Rien ne changera
Rien ne nous sert de leçons 😟
Sophie

Miss Zen a dit…

J'espère fort, fort sans trop oser y croire...

Méghane a dit…

Malheureusement, l'espoir ne fait pas avancer les choses.

Les dividendes des actionnaires sortent de la poche des consommateurs. Nous pouvons agir sans attendre de décision politique. Mais sommes-nous prêts à payer les choses à leur juste prix ? À accepter l'interdiction totale du transport aérien, jusqu'à ce qu'une solution durable soit trouvée, ce
qui prendra sûrement plusieurs dizaines d'années ?

Ness a dit…

Moi aussi j’espère une révolution. Je pense que le constat d’un mauvais fonctionnement du monde sera plus largement partagé après. Mais à la question : comment on le change, comment on reprend le pouvoir confisqué, beaucoup de personnes qui n’ont pas de pratique n’auront pas la réponse. A part le vote qui est présenté dans nos société comme la seule forme de participation citoyenne, pourtant très limitée et qui aboutit alors à des votes de mécontentements. Et pourtant il y a mille manières de reprendre le pouvoir collectivement (et pas seulement par le pouvoir d’achat, important mais individuel). Je travaille en éducation populaire et tout le cœur du travail est sur les moyens. Moi non plus, j’ai pas LA réponse DU moyen parfait mais j ai une pratique d’essais et erreurs et surtout, il nous manque le nombre. Pourvu que le nombre et les moyens se rencontrent, et qu’ils aillent dans la même direction.

ARMALITE a dit…

@Sophie et @Miss Zen: Oh, je suis sceptique comme d'habitude, hein. Mais je me dis aussi que si on ne fait rien ce coup-là, il ne reste plus qu'à regarder approcher à toute vitesse le mur qu'on se prendra dans la gueule un jour très prochain, et je n'arrive pas à croire qu'on va se laisser mener à l'abattoir comme ça.
@Méghane: On accepterait plus volontiers de payer les choses à leur juste prix si les rémunérations étaient décentes au lieu que la plus-value du travail parte presque entièrement dans la poche des actionnaires... Pour l'avion, j'avoue que ça me ferait mal au coeur de ne plus pouvoir voyager, mais dans le cadre de vraies mesures sérieuses pour remettre l'environnement d'aplomb, je pourrais l'accepter.
@Ness: Oui, la question des moyens est toujours celle qui se pose le plus cruellement, et j'avoue que moi-même je n'ai pas de réponse toute faite (sans ça je serais déjà maîtresse de l'univers). Les gens les plus susceptibles de vouloir et de bénéficier de la révolution sont généralement occupés à se battre au jour le jour pour leur survie, ce qui ne leur laisse guère de temps et d'énergie pour changer le système. En France, j'ai été ébahie par la durée et la pugnacité du mouvement des Gilets Jaunes et... il n'a eu quasiment aucun résultat.