dimanche 26 avril 2020

La semaine en bref #120




Lundi:
Je rappelle Solange pendant que son aide-ménagère est là, et vu que c'est elle qui relève le courrier en mon absence, j'en profite pour me faire dicter le foutu code d'activation Urssaf dont je vais avoir besoin pour déclarer en ligne mes droits d'auteur 2019. Reste à savoir si ça fonctionnera.

Mardi:
★ La bonne nouvelle, c'est qu'Emma Block va sortir un manuel d'initiation à la gouache. La mauvaise, c'est qu'il ne paraîtra que début juillet alors que je veux m'y mettre maintenant.
 Mort de notre bouilloire, un modèle basique à 30 balles que Chouchou possédait déjà quand nous nous sommes rencontrés. Pour la remplacer, je décide d'investir dans la Smeg qui me fait baver depuis des années (et que je ne pouvais pas justifier d'acheter tant que la précédente fonctionnait encore).

Mercredi:
 Au réveil, je reçois un mail de TUI m'informant que mon vol de retour à Toulon, pourtant prévu après le début du déconfinement en France comme en Belgique, est annulé. J'ai bien acheté un billet de train par sécurité, mais il m'oblige à prendre un Thalys + un TGV + un TER, dont il suffirait qu'un seul des trois soit annulé pour foutre mon voyage en l'air. Et puis passer toute une journée en transit dans des lieux confinés qui grouilleront probablement de monde me terrifie. Résultat, je commence la journée par une attaque de panique. Ca faisait longtemps. (Non.)
 J'avais réussi à bien bosser les deux jours précédents, mais là, je craque et écris à un de mes éditeurs pour annuler une trad dont le texte n'est même pas encore disponible, histoire de relâcher la pression que je me suis imposée toute seule au niveau professionnel. En ce moment, ma santé mentale a besoin de plus d'attention que mon compte en banque.
 L'après-midi, je contacte le secrétariat de mon généraliste pour demander s'il y aurait moyen de bénéficier d'une téléconsultation. Cet homme merveilleux m'appelle le soir après avoir reçu son dernier patient. Nous discutons longuement sur Facetime, et comme d'habitude, je ne me sens pas jugée un seul instant: juste écoutée avec beaucoup d'attention et enveloppée par son infinie bienveillance. A la fin, il me maile une ordonnance et me dit de le rappeler dans une semaine pour faire le point; si ça ne s'améliore pas, il faudra que j'envisage de reprendre un traitement antidépresseur. On essaiera juste d'en trouver un qui me convienne mieux que l'abrutissant combo Deroxat/Xanax de la dernière fois.

Jeudi:
★ La mini-collection Marimekko pour Uniqlo est en ligne depuis ce matin. A midi, il n'y a déjà plus ma taille dans le modèle de robe que je convoite. C'était vraiment la bonne année pour tracker mon budget vêtements; ça m'aura fait très très peu de travail au final.

Vendredi:
★ Chouchou (ne) fête (pas) ses 50 ans en confinement. Il le vit beaucoup mieux que moi, qui ai envie de pleurer en pensant à l'île de Skye où nous devrions nous trouver aujourd'hui.
★ Une des nièces de Chouchou est infirmière dans un hôpital bruxellois. Sa mère nous envoie une photo d'elle équipée de pied en cap: surblouse, masque chirurgical, visière en plastique... Apparemment, la pénurie de matériel n'a duré que quelques jours en Belgique; très vite, le personnel a pu bosser dans de bonnes conditions, et la capacité maximale en lits de réanimation n'a jamais été atteinte. Quand je rapproche ça des témoignages d'infirmières françaises, ça me donne envie de hurler et de tout casser. (Non, mes émotions ne sont pas très stables en ce moment.)
★ Dans le cadre de ma traduction en cours, je passe la matinée à me renseigner sur les divers mécanismes de déclenchement d'une bombe. J'espère que les RG sont occupés à enquêter sur les détournements de matériel médical plutôt qu'à fliquer des gens au hasard sur internet. Surtout vu ce que j'ai écrit 4 lignes plus haut.
★ Le pharmacien qui, la semaine dernière, a voulu traiter ma main ébouillantée à la crème hydratante me remet généreusement une boîte de 50 comprimés pour une prescription de 3 comprimés par jour pendant un mois. Pourquoi cet homme que je ne connais ni d'Adam ni d'Eve me veut-il autant de mal?
Je réussis à créer mon espace personnel sur le site de l'Urssaf sans la moindre anicroche. Traumatisée par un quart de siècle de statut artiste-auteur, je songe un instant que c'est louche... puis je me souviens qu'ils avaient commencé par m'enregistrer sous le nom de mon ex-mari et en BNC plutôt qu'en traitements et salaires, que j'ai dû faire des pieds et des mains pour récupérer un code d'activation et que mon "sans la moindre anicroche" est donc très relatif.
★ Grâce à leur live sur Instagram, je découvre The Bookshop Band, un duo d'auteurs-compositeurs-interprètes qui écrivent des chansons inspirées par des livres et les jouent dans des librairies (notamment celle de Shaun Bythell à Wigtown, que je rêve de visiter un jour).

Samedi:
★ Facebook m'a fait prendre un rendez-vous de 30 mn pour passer chez Rocco Pantalon. A mon arrivée, il y a pourtant 3 personnes devant moi. J'interroge le patron: il me répond que je dois faire erreur, qu'il n'a mis en place aucun système de prise de rendez-vous. Quand vient enfin mon tour d'entrer dans la boutique, il me demande de me relaver les mains au gel parce qu'il ne m'a pas vue faire la première fois. Et lorsque je fais remarquer que les feuilles de ses deux Dragonscales sont abîmées, il me réplique sur un ton agacé que les plantes ça vit, ça meurt, que je ne suis pas obligée de les acheter et qu'aujourd'hui, il n'a pas la patience de gérer les humeurs des gens. Bon, ben salut hein.
★ Avec tout ça, j'arrive chez Chouconut un quart d'heure après la fermeture. Et deux malheureuses piles plates ne valent pas la peine que je m'inflige la queue qui serpente dans le parking du Brico. Deux heures de location Cambio et deux masques chirurgicaux (que nous avions apparemment mis du mauvais côté!) foutus en l'air pour rien. Je suis ravie.
★ Dehors, les gens se baladent tranquillement, sans aucune protection et sans respecter les distances de sécurité pour l'immense majorité d'entre eux. Je crois que je vais passer beaucoup, beaucoup de temps à l'intérieur jusqu'à ce qu'on trouve un traitement ou un vaccin.
Le Life is Beautiful, mon bar à cocktails chouchou, vient de lancer un service de livraison à domicile. 13 recettes en bouteille de 200 ou 500 ml, qui se gardent au moins deux mois. Je n'ai pas bu d'alcool depuis six mois, mais les circonstances me semblent bien choisies pour rompre mon abstinence en soutenant un endroit que j'adore. Et à 20h30, je suis tout émue de voir la moitié supérieure du visage d'Harouna sur l'écran de notre vidéophone. J'aurais tellement halluciné si on m'avait dit il y a quelques mois que mes commerçants préférés viendraient m'apporter leurs produits à domicile...

Dimanche:
★ Ah tiens mon vieux Nokia 2630 ne recharge plus. Commander juste un nouveau chargeur? Changer carrément de téléphone?

7 commentaires:

Unknown a dit…

Bonjour,
Je voulais juste te remercier de continuer a écrire pendant cette période qu'on ne vit pas toujours bien.
J'ai toujours aimé te lire et le fait que tu continues maintient une normalité dans cette période pas normale.
MERCI

ARMALITE a dit…

@Unknown: Tant mieux si ça peut être utile à quelqu'un - je veux dire, en plus de moi, évidemment! Bloguer me permet d'évacuer pas mal de choses et, moi aussi, de maintenir un minimum de normalité dans ma vie.

mmarie a dit…

Pareil : ta constance et ta présence, même en traitant d'émotions fluctuantes, sont un repère. Merci.
Je viens d'aller voir le site de ce vendeur de plantes. De jolies choses, mais ce n'est certainement pas chez lui que j'irai...

Lauriane a dit…

Moi aussi j’apprécie beaucoup de pouvoir continuer à te/vous lire Armalite !

J’aimerais juste rebondir sur l’incident des dragonscales, qui me fait réfléchir depuis quelques jours, d’autant plus avec le commentaire de mmarie.

Je travaille dans le commerce, et ce genre de moments ratés avec un client sont un sujet de réflexion permanent, car on n’est jamais fier d’avoir suscité des émotions négatives chez quelqu’un. Mais parfois on ne voit pas ce qu’on aurait pu faire de mieux (compte tenu de nos propres limites)

Si je peux me permettre d’imaginer ce que le commerçant a vécu, ce serait de cet ordre là :
_ je suis sous pression, il y a de l’attente en dehors du magasin, je dois donc traiter chaque personne rapidement pour passer à la suivante. (déjà pour limiter leur mécontentement, mais en plus pour essayer de sauver autant de chiffre d’affaires que possible, quand on est commerçant indépendant c’est une question de vie ou de mort de l’entreprise)
_ j’apprends que Facebook a mis en place un dispositif sorti de nulle part qui va générer de l’insatisfaction chez mes clients : pic de colère contre facebook et de stress à l’idée qu’il va falloir trouver une solution dès que possible, mais que c’est déjà trop tard et que d’autres clients mécontents vont surgir dans les prochains jours.
_ la cliente actuelle me dit que mes plantes sont abîmées : ça blesse mon égo. Je leur ai donné tous les soins possibles / certes elles auraient meilleure mine si j’avais pu faire telle ou telle chose, mais dans le contexte ce n’était pas possible.
_ Bref, la cliente est déçue et donc moi aussi. Pour les dragonscales c'est mort. En temps normal j’aurais le temps et l’énergie de lui proposer autre chose mais là je n’ai juste plus d’imagination et il faut passer à la personne suivante aussi vite que possible. (au-secours sortez-moi de ces journées lave-linge-mode-essorage)

Voilà, ça ne remet pas en cause votre déception et colère qui sont légitimes, j’espère juste que ça vous (et je m’adresse aussi aux lectrices/eurs) permet de voir que ce n’est pas forcément une personne méchante ou méprisante, c’est peut-être juste une personne écrasée par le stress. (A titre personnel, moi qui ne suis pas très sociable, j’aimerais beaucoup savoir quelle aurait été selon vous une meilleure réaction, tenant compte du manque de temps et de l'épuisement émotionnel du commerçant)

ARMALITE a dit…

@Lauriane: On peut se tutoyer sans souci. Je suis généralement assez compréhensive envers le fait que les commerçants sont des êtres humains et qu'ils ont aussi le droit de passer une mauvaise journée, surtout actuellement. Mais là, le vendeur avait répondu à mon MP de manière hyper méprisante la semaine précédente; il a bavardé très longuement et en toute décontraction avec les clientes d'avant moi; et aujourd'hui chez un de ses confrères deux personnes différentes m'ont confirmé qu'il avait la réputation d'une personne vraiment désagréable. Donc je ne créerai pas de poupée vaudou à son effigie, mais je ne retournerai pas non plus chez lui :-)

Lauriane a dit…

Merci Armalite pour ta réponse : effectivement, aïe aïe aïe, et au temps pour moi ! (J'imagine que je fais de la projection, les fois où j'ai mal géré des relations clients me hantent encore des années après...)

ARMALITE a dit…

@Lauriane: Ne t'excuse pas, tes remarques étaient tout à fait pertinentes dans l'absolu :-)