mardi 17 mars 2020

Stratégies du réenchantement #1: Les résolutions d'avant




Fin décembre dernier, tout le monde avait hâte de clôturer 2019 au prétexte que 2020 ne pourrait pas être pire. 
- Challenge accepté, a dit l'univers avec la voix de Neal Patrick Harris.

Fin décembre dernier, tout le monde faisait des bilans de la décennie écoulée, et j'ai ri un peu jaune. Par rapport au 1er janvier 2010, je faisais toujours le même boulot avec plus ou moins les mêmes gens, j'avais toujours le même mec et toujours la même situation familiale, j'habitais toujours les deux mêmes appartements dans des pays différents, je tenais toujours le même blog dont j'avais juste changé la bannière et ma liste d'amis proches n'avait pas bougé d'un iota. 

En mode défensif, j'ai commencé par me dire que j'étais un peu plus vieille que la plupart de mes contacts, que c'était normal que je sois davantage "posée", et que mon mec comme mon boulot me convenant très bien, je n'allais pas me forcer à en changer juste pour le principe!

Au fil des jours, l'idée a quand même fait son chemin que si ma situation avait si peu bougé en dix ans, c'était aussi parce que j'avais peur du changement et pas vraiment de motivation pour passer outre. Des projets de diversification professionnelle, j'en ai eu, mais ça aurait été un gros bouleversement et la traduction marchait encore assez bien pour que puisse me permettre de ne pas explorer d'autre voie. Notre appart' bruxellois, j'ai souvent eu envie de le quitter, mais il a plein de points positifs (hyper lumineux, bien équipé, bien situé, loyer raisonnable, chouette proprio) et on sait ce qu'on laisse mais jamais ce qu'on va trouver. 

Néanmoins, je crains que ma frilosité ne m'ait fait passer à côté de beaucoup d'expériences au cours des années 2010. Ca me fait d'autant plus drôle que jusque là, j'étais la spécialiste de décisions de vie impulsives: me lancer dans un métier pour lequel je n'avais pas fait d'études, me marier hyper vite (et avec la mauvaise personne), partir m'installer aux USA sur un coup de tête, acheter mon appart sur un coup de coeur, sans négocier ni prendre garde aux détails problématiques... Mais à partir de la mort de Brigitte et de l'explosion de mon angoisse chronique, je suis devenue inamovible sauf avec un fusil dans le dos.

Au mois de janvier, j'ai beaucoup ruminé tout ça, et j'ai décidé qu'il était temps de me décrisper un peu. Je n'ai pas choisi de mot pour 2020, mais dans ma tête, j'étais bien décidée à ranimer mon esprit d'aventure, à cultiver la curiosité plutôt que l'extrême prudence, à lutter contre mes tendances catastrophistes au lieu de les laisser régenter ma vie, à prendre quelques risques en acceptant l'idée que je n'en maîtrisais pas l'issue - bref, à accepter que je ne pouvais pas tout contrôler, que la vie était un imprévu perpétuel et que la plupart du temps, on n'en mourait pas. En cas de revers, à l'encaisser gracieusement sans me reprocher tout ce que j'aurais pu faire pour l'éviter. J'avais même déterminé des stratégies pratiques et annoncé à Chouchou un grand saut dans le vide pour 2021. 

Puis le coronavirus est entré en scène, et moins d'un mois après son apparition en Europe, il a littéralement balayé tout qui existait d'immuable et de rassurant dans nos vies... 

J'ai piqué le titre de cette série de billets à un recueil de nouvelles de Jeanne A Debats

1 commentaire:

Laurence a dit…

Ta dernière phrase résume tout. C'est épouvantable...J'ai beaucoup de mal avec le chamboulement de TOUTES mes habitudes. En quelques jours tout notre quotidien a changé, on ne sait pas pour combien de temps. Et on ne "doit" pas se plaindre si on n'est pas sous respirateur à l'hôpital. Je n'en rajoute pas, je m'angoisse moi-même. Merci toujours pour ton blog.