lundi 9 mars 2020

Safe spaces



Autrefois, lorsque j'ouvrais mon agrégateur de fils RSS le matin, j'y trouvais au moins une douzaine de nouveaux articles de blogs, presque tous dans la catégorie intime. Aujourd'hui, plusieurs jours s'écoulent parfois avant qu'il en apparaisse un seul dans mon Feedly. Presque toutes les blogueuses, archi-populaires ou un peu moins, que je prenais plaisir à suivre au début des années 2010 ont disparu d'internet, ne publient plus que trois fois par an ou se concentrent désormais sur Instagram. Même Pensées by Caro, le seul blog intime de ma connaissance qui avait démarré à la même époque que moi et qui conservait un rythme de publication aussi soutenu, a fini par s'arrêter au printemps dernier. Et je n'ai pas trouvé de nouveaux blogs pour remplacer ceux dont les autrices avaient tourné la page. Les femmes de ma génération ont sans doute autre chose à faire de leur (rare) temps libre; les plus jeunes tendent à préférer d'autres canaux d'expression tels que chaînes YouTube ou podcasts. 

Mine de rien, ça laisse un sacré vide dans ma vie. Je ne recherche pas les contacts IRL, et à de rares exceptions près, les discussions en face-à-face sur des sujets intimes me mettent atrocement mal à l'aise. Pourtant, je suis hyper curieuse de ce qui se passe dans la vie et la tête des autres femmes. J'ai envie de savoir comment elles fonctionnent et pourquoi, ce qui les enchante et ce qui les flingue, les problèmes auxquels elles se heurtent dans leur quotidien, les luttes qu'elles ont remportées et celles qu'elles cherchent toujours par quel bout prendre. J'aime échanger des expériences et des points de vue, particulièrement dans les domaines considérés comme tabous, ceux qu'on balaye toujours sous le tapis de crainte de gêner les autres ou de s'exposer à leur jugement: les problèmes de couple, la santé mentale, l'argent, la ménopause... Ca m'aide à me sentir moins seule, et ça m'évite de réfléchir en vase clos. 

Mais il faut bien admettre que la violence grandissante des commentaires sur les réseaux sociaux n'incite guère à se dévoiler. Même moi, avec ma peau de rhinocéros, je réfléchis beaucoup plus qu'autrefois avant de publier le moindre article vaguement polémique, et je pèse chacun de mes mots pour ne pas provoquer de réactions hostiles - qui ne me blessent pas mais pompent inutilement mon énergie. J'en viens presque à regretter les forums du milieu des années 2000, où je trouvais des espaces d'échange bienveillants sur la plupart des sujets qui m'intéressaient. Aujourd'hui, si ces espaces existent encore, je ne sais pas où les chercher. 

9 commentaires:

lorene a dit…

Bonjour.
Merci a toi de publier encore autant. Même si je n'avais pas de flux RSS j'avais une liste de favoris et chaque jour je les ouvrais tous pour lire les blogs intimes dont tu es la seule survivante. Je prends toujours autant de plaisir a te lire mais je dois reconnaître que je suis en manque aussi parfois ca occupe min temps et me donnait une vision différentes du monde de comment chacune (souvent des femmes que je suivais) vit sa vie avec ses problématiques.
N'ayant aucun talent d'écriture et le vague sentiment de n'avoir rien de neuf a apporter je n'écris pas mais j'adore lire leq blogs. Je n'ai pas trouvé de remplaçante et je suis joie quand je vois que tu postes régulièrement :)
Regarder YouTube ou même une qtory inqtagram ne me demande pas la même énergie et pas la même liberté mais j'imagine que cest le jeu tenir un blog intime sur le long terme doit être compliqué.
Je n'écris rarement voire jamais de commentaire mais je voulais te dire que tu n'es pas seule avec ce sentiment :)

ARMALITE a dit…

@Lorene: Merci pour ce gentil commentaire. J'ai l'impression que beaucoup de femmes qui aimeraient bloguer et qui pourraient en retirer un plaisir ou une satisfaction s'interdisent de le faire par manque de confiance en elles, ce que je trouve dommage. Ma vie n'est ni plus ni moins passionnante que celle de n'importe quel individu lambda, mais je ne me suis jamais demandé si j'étais légitime à m'exprimer sur internet ou pas.

merichan a dit…

Pour une fois je réponds ici, au lieu de mettre mon grain de sel via mon alter ego sur la page FB

Oui parfois perso je suis nostalgique de la période ou plein de personnes écrivaient et du fait que lorsque ses pages se sont refermées pour elles, celles qui prennent la relève n'utilisent pas les mêmes médiums.

Instagram parfois me rappelle un peu certains blogs... je crois que ça et les podcasts c'est le plus proche que tu trouves aujourd'hui...

Perso je suis mal barrée pour parler, d'un billet tous les deux jours à mon plus actif... maintenant je tourne à 1-2 billets par mois.

D'une part, parce qu'il y a pas mal de choses qui ne m'appartiennent pas de partager. Je ne suis plus naïve depuis longtemps sur les conséquences potentielles des écrits sur la vie des personnes dont je parle... ( quand il s'agit de moi, je dis des trucs que je n'ai aucun soucis à partager publiquement :) )

D'autre part, parce que moins en moins de monde le fait, et que ça laisse un peu l'impression d'être un dinosaure lol

Aussi paradoxalement parce que je suis moins catégorique que je ne l'étais sur beaucoup de sujets... j'ai moins de certitudes... et celles que j'ai encore, elles sont pas forcément à mettre dans toutes les mains sans avertissement ( genre les gens dont je sais qu'ils lisent mon blog comme ma môman...)

Et puis souvent aussi parce qu'il y a beaucoup de sujets que j'auto-censure pour ne pas avoir à gérer l'éventuel backlash si par malheur il devenait viral...

J'ai une quantité finie d'énergie à disposition chaque jour, et je ne veux pas la "gâcher" dans des trucs comme la gestion d'une crise PR...

Elmaya a dit…

Je croise les doigts pour que tu continues longtemps encore de bloguer. Je regrette aussi le blog de Caro, et bien d'autres, qui, comme le tien, m'ont tant apporté. Cette plongée dans les réflexions d'autres personnes me fait avancer, réfléchir, évoluer ; même si je ne suis pas toujours d'accord, j'en tire toujours l'occasion d'une mise au point avec moi-même ! (Quand ce n'est pas, plus légèrement, une belle découverte - bouquin, recette, rêve de voyage ou autre.) C'est d'autant plus important pour une introvertie comme moi, qui a toujours deux ans de retard sur tout !

Quant à bloguer moi-même... j'ai toujours reculé. Par manque de confiance et de légitimité, par manque de talent pour l'écriture, et par flemme (j'avoue). La meilleure, c'est qu'il va falloir que je m'y mette très vite...dans un cadre professionnel ! Et pour l'instant, je bloque devant mon clavier. Mais je me soigne. Par exemple, en essayant de commenter plus souvent !

Sunalee a dit…

Ce genre d'articles me manque aussi. J'en écrivais parfois, avant, mais plus aujourd'hui. Ce ne sont pas les idées qui manquent pourtant, mais dans mon cas, j'ai surtout l'impression d'ennuyer mes lecteurs, vu qu'ils ne suscitent aucune réaction. Or ce genre d'article, on les écrit aussi parce qu'on souhaite avoir l'avis d'autres personnes.

Aujourd'hui aussi, certaines blogueuses se dévoilent dans des newsletters, mais je ne suis pas sûre d'aimer cette manière de faire. Et certaines n'ont même plus de blog, juste une newsletter.

Alice a dit…

Je partage également ton sentiment, quand j'ouvre mon flux RSS, je ne retrouve presque plus que des blogs "techniques" souvent culinaires (parce que la bouffe c'est la vie quand même) mais on est très loin des années 2010 avec des thématiques très perso abordées sur les blogs...
Instagram remplace d'une certaine manière le médium mais je préférerais toujours un texte écrit et structuré à une story...et je pense qu'il y a un repli sur soi, ou tout du moi le sentiment qu'on dévoile moins de chose en ligne qu'à cette époque.
Géraldine Dormoy a une newsletter assez perso mais c'est quand même très parisiano-centré ! heureusement que tu es là, c'est un vrai plaisir de lire tes articles :)

Anonyme a dit…

C’est la première fois que je franchis le pas et que j’ose commenter bien que je te suive depuis de nombreuses années.

Je suis également curieuse de la vie des autres peut-être parce que la mienne est on ne plus banale, et en lisant les blogs j’ai parfois l’impression de vivre «ma vie par procuration » :-)

Et moi aussi je croise les doigts pour que tu n’arrêtes pas de bloguer. Tous les jours je viens ouvrir ton blog , extrêmement bien écrit, et limpide.
Que ce soit tes « semaines en brefs »ou tes questionnements, je trouve toujours quelque chose qui m’interpelle, me donne à réfléchir, me guide...
De plus, j’habite en région toulousaine et toutes tes recommandations sont soigneusement répertoriées pour quand je viens à Bruxelles rendre visite à ma fille étudiante (escape games, brunchs, expos...).
Mille fois merci Armalite pour tout ce que tu m’as apporté.

Emma a dit…

Bonjour Armalite. Je te lis depuis longtemps mais je n'ai jamais commenté. C'est très égoïstement que j'écris aujourd'hui pour te dire à quel point j'apprécie ton blog et tous tes posts, quel que soit le thème. Ils sont toujours instructifs et me poussent toujours à réfléchir. Je redoute tellement que tu cesses d'écrire ! J'avais une longue liste de blogs que je suivais et il ne reste pratiquement plus que le tien. Alors mille mercis de ton assiduité et de tout ce que tu partages avec nous. Parmi tous tes posts, ta semaine en bref me plait beaucoup. Comme tu le dis en réponse au commentaire de Lorene, c'est la vie avec ses failles, ses luttes intimes, ses joies et ses plaisirs que tu retranscris, nul besoin de vivre des trucs extraordinaires ou abracadabrants pour intéresser un lectorat ! On a toujours quelque chose à partager, on a toujours quelque chose à apprendre des autres. Encore merci !

Anonyme a dit…

Hello Armalite,
Personnellement, je te suis depuis longtemps et j'ai également vu beaucoup de blogs disparaitre. Je te suis donc hyper reconnaissante de continuer et même si je ne commente pas beaucoup, je suis toujours super contente de te lire. Cela me permet de réfléchir, d'être d'accord ou pas avec toi ;-)

Même si ce n'est pas la même chose, je trouve un peu ce que je trouve chez toi dans des podcasts ou sur instagram. Ce n'est pas la même chose, mais ça permet de réfléchir également.

Merci pour ton blog et merci aussi pour tes autres supports comme instagram. Dans cette période particulièrement angoissante, cela me permet d'avoir quelque chose à quoi me raccorcher.
Astrid