dimanche 22 mars 2020

La semaine en bref #115




Lundi:
 Ah, tiens! La semaine dernière, je déplorais la mort des blogs intimes; aujourd'hui, Caro reposte pour la première fois depuis presque un an. Du coup, je tente ma chance, sait-on jamais: JE DEPLORE FORTEMENT CETTE PANDEMIE QUI FAIT CHIER LE MONDE ENTIER, merci, bisous (de loin).

Mardi:
 Je me réveille paniquée à l'idée qu'internet tombe en rade. A peine Chouchou m'a-t-il rassurée que je réalise, à la lecture d'un article scientifique, que ce confinement va peut-être durer 3 mois. Alors que je suis à mille bornes de chez moi. Oh, on me laissera probablement rentrer en France même avec les mesures qui prennent effet à midi - mais ensuite, je serai coupée de Chouchou jusqu'à la fin de la crise. Va pas falloir se louper sur le choix du moment. 
 Pour me changer les idées, je sors faire les courses. Je traverse le parc Léopold quasi désert (très bien), mais ensuite, au Carrefour Market de la place Jourdan, tout le monde se fout de la distance sociale à respecter. Je finis par m'enfuir en renonçant à acheter de la farine, que je n'ai pas réussi à localiser. Tant pis, on se passera de gâteaux jusqu'au prochain ravitaillement.
Je pensais ne jamais vivre ce jour, mais mon angoisse a atteint un tel niveau qu'elle me coupe l'appétit. Si je ne me suis pas pendue avant l'été, je vais avoir un bikini body (version Elle-Cosmo-Biba) pour la première fois de mon existence.
 Après l'offre de chocolat Cailler d'une copine belge la semaine dernière, une amie française pourvue de stocks abondants propose de m'envoyer du Xanax si jamais je tombe en rade. C'est bon de pouvoir compter sur les siens pour les choses essentielles.

Mercredi:
 Enchaînant sur une nuit quasi-blanche à deux attaques de panique, ce matin, j'apprends la fermeture du dépôt légal en France. Autrement dit, les parutions éditoriales sont suspendues jusqu'à nouvel ordre. Mes clients me rassurent: pour l'instant, niveau traductions, on continue comme prévu. Mais tout change si vite en ce moment que ce qui est valable aujourd'hui peut très bien ne plus l'être demain.
 Je me réfugie lâchement dans le jeu Cube Escape, un point & click facile à jouer avec un scénario intrigant et une atmosphère très lynchienne. Merci à Bouilloire Magique pour sa liste dans laquelle je piocherai sans doute d'autres idées!

Jeudi:
 Ca fait des années que Chouchou rapporte croiser parfois un renard dans le quartier, après la tombée de la nuit. Aujourd'hui, tout est si calme que nous le voyons se faufiler derrière un muret en face de chez nous - en plein jour. Il reste donc quelques petites bénédictions.
 Elizabeth Gilbert a posté dans l'app gratuite Insight Timer une allocution d'une vingtaine de minutes sur la peur et la compassion. Pas tout à fait ma came, mais ça parlera sûrement à plein d'autres gens.

Vendredi:
 Quel drôle de printemps que celui qui commence aujourd'hui... Personne n'en sortira indemne, mais nous avons une chance d'en sortir collectivement meilleurs.
 Le confinement me fournit l'occasion d'écouter mon premier audiobook ever: "Armen", le journal de bord d'un gardien de phare - sa vie monacale, sa recherche de lumière intérieure. L'écriture est sublime, j'ai envie de noter une phrase par minute. "Il y a quelqu'un en moi qui ne doit pas sortir vivant d'ici." Merci à Anne-Solange Tardy pour cet excellent conseil lecture dans sa newsletter.

Samedi:
★ Gros coup de stress ce matin: Chouchou, qui doit dépanner à l'improviste un gentil vieux monsieur un peu sourd, passe une heure et demie à hurler sur Skype. Réfugiée dans la chambre (sans porte) et déjà bien stressée par l'annulation de notre voyage en Ecosse + mon aller-retour d'avril à Monpatelin, je suis au bout de ma vie. Du coup, même si nous avions décidé de ne plus nous faire livrer avant la fin du confinement, il me commande un casque anti-bruit qui arrivera... le jour de mon anniversaire. C'est ce qu'on appelle un cadeau utile.
★ Contrairement à ce que je craignais, ma mère, qui se plaint tout le temps de sa solitude, ne semble pas supporter trop mal le confinement. "Cela dit, je vis dans une grande maison avec jardin, pas comme vous qui êtes dans un petit appart'! A votre place, je deviendrais folle." Il y aurait beaucoup de choses à répliquer, mais aucune d'entre elles ne serait bienveillante, donc je me tais.
★ En quelles autres circonstances aurais-je l'occasion de me lamenter qu'un lapin nazi vient de buter toute ma famille?

Dimanche:
★ J'en suis à réécouter de vieux albums de Mylène Farmer en faisant la poussière dans les plis de peau de mon hippopotame en céramique. La vengeance du pangolin est complète.
★ C'est quand même dommage d'éliminer trois étagères et une table de chevet en parfait état et de ne pouvoir les donner à personne: le temps que le confinement se termine, elles auront moisi dans notre cave.
★ Regarder "A beautiful day in the neighbourhood" nous donne l'occasion d'une discussion sur le thème du pardon. Sans surprise, je suis une hyène à la rancune éternelle tandis que Chouchou se montre beaucoup plus nuancé.

1 commentaire:

Méghane a dit…

Bon courage à toi pour les semaines à venir.

"Contrairement à ce que je craignais, ma mère, qui se plaint tout le temps de sa solitude, ne semble pas supporter trop mal le confinement."
Elle se réconforte peut-être en se disant que les autres sont tout aussi seuls, angoissés et déprimés chez eux :p