vendredi 28 février 2020

Les côtés positifs de l'anxiété chronique




Ca va bientôt faire douze ans que mon anxiété chronique me pourrit la vie dans les grandes largeurs. Tous mes efforts pour la contrer n'ont réussi qu'à procurer des répits occasionnels et me doter d'une panoplie d'outils qui, sans être miraculeux, me permettent de la gérer au quotidien - plus ou moins bien selon les périodes et la gravité des déclencheurs, mais ceci est une autre histoire. Aujourd'hui, je voulais vous parler des effets positifs de cette anxiété chronique. Car même s'ils sont loin de contrebalancer ses effets négatifs, ils existent.

jeudi 27 février 2020

"Miss Charity T1: L'enfance de l'art" (Loïc Clément/Anne Montel)


A l'origine, il y a un formidable roman jeunesse de Marie-Aude Murail paru à l'Ecole des Loisirs. Inspiré de la biographie de Beatrix Potter, la créatrice anglaise de Pierre Lapin, "Miss Charity" est l'un rares livres m'ayant suffisamment enchantée pour que je le conserve et le relise quelques années plus tard. J'étais donc obligée de me jeter dès le jour de sa sortie sur cette adaptation en bédé réalisée par mon duo fétiche.

Dans le premier tome de ce qui devrait être une trilogie, nous faisons la connaissance de Charity Tiddler, une fillette de la bonne société victorienne qui ne reçoit guère d'attention de ses parents. Sa mère se soucie uniquement qu'elle se montre pieuse et docile; son père ne lui adresse pratiquement jamais la parole. Afin de tromper son ennui, Charity collectionne toute sorte d'animaux éclopés ou promis à la casserole, dont elle aime observer et décortiquer le comportement. Sa vive curiosité fait d'elle une naturaliste dans l'âme, capable de considérer les réalités de la vie sans dégoût ni excès de sentimentalisme. Le jour où sa gouvernante Blanche l'initie à l'aquarelle, un monde nouveau s'ouvre à elle...

mercredi 26 février 2020

Comment je m'y prends pour traduire un roman (2/2)




PREMIET JET / RELECTURE

Certains de mes collègues font un premier jet kilométrique et passent ensuite beaucoup de temps à le mettre en forme. Moi, c'est l'inverse: je soigne énormément mon premier jet, et en relecture, je me contente de supprimer les coquilles et les répétitions, de corriger quelques tournures maladroites, d'améliorer un jeu de mots ou de remplacer un terme du lexique si j'ai eu une meilleure idée entre-temps. Pour un roman dont la traduction m'a pris deux mois, je consacre deux ou trois jours à la relecture avant envoi à l'éditeur, pas davantage.

DICTIONNAIRE(S)

Lorsque j'ai commencé à exercer, en 1994, mon unique outil était un gigantesque Harrap's papier en deux volumes. Il prenait une place dingue; il était horriblement lourd à manier, et la plupart du temps, je n'y trouvais pas les termes trop spécifiques que je cherchais. Quant aux références culturelles, si je ne les comprenais pas, c'était une énorme galère pour réussir à les clarifier. De ce point de vue, l'apparition d'Internet a révolutionné ma vie professionnelle.

Aujourd'hui, si j'ai un doute sur un nom appartenant à un champ lexical que je maîtrise mal ou une expression peu usitée en langage courant, je commence par chercher dans le dictionnaire en ligne Lexilogos, ou tout simplement sur Google. Internet regorge de sites dédiés à tous les sujets possibles et imaginables; si je bute sur le nom français des figures de cheerleading, comme ça m'est arrivé récemment, je trouverai toujours une liste de vocabulaire anglais/français mise en ligne par une pratiquante passionnée. Il faut juste chercher un peu. 

Je n'hésite pas non plus à faire appel aux connaissances de mes collègues - sur Facebook, nous avons un groupe d'entraide réservé aux traducteurs de l'imaginaire - ou même de mon entourage: "Dis, toi qui pratique le XXX, comment tu appelles le bidule qui sert à YYY?". Enfin, le français supportant beaucoup plus mal les répétitions que l'anglais, le dictionnaire des synonymes du Crisco m'est souvent d'une aide précieuse. 

LEXIQUE

Lorsque je traduis une série, particulièrement si elle se déroule dans un monde imaginaire avec énormément de termes inventés, j'établis un lexique dans un fichier distinct, afin de ne pas risquer d'incohérences de traduction d'un tome sur l'autre (et aussi par charité envers le traducteur qui prendrait éventuellement ma relève si je devais abandonner cette série pour une raison de santé ou de planning). J'y consigne le vocabulaire spécifique et les noms de lieux, ainsi que certaines expressions qui reviennent fréquemment. Par ailleurs, je tiens à jour une liste de tutoiement et de vouvoiement entre les personnages - une distinction qui n'existe pas en anglais et qui est donc laissée à l'appréciation du traducteur.

CORRECTIONS

Quelle que soit l'attention apportée à mon travail, il reste TOUJOURS une erreur quelque part, et plein de petites choses qui pourraient être améliorées - soit objectivement, soit selon les critères spécifiques de l'éditeur. Chacun de mes clients a une liste personnelle de bêtes noires, verbes qu'il refuse d'employer ou tournures qu'il déteste, et j'ai du mal à me souvenir de toutes. Une fois que j'ai remis ma traduction, quelqu'un (parfois une éditrice junior, parfois une correctrice free lance) la relit donc pour proposer des changements.

La quantité de corrections suggérées varie énormément d'un éditeur à l'autre, et même d'un ouvrage à l'autre selon la personne qui m'a relue. Il arrive qu'il n'y ait pratiquement rien, et il arrive aussi que je peine à reconnaître mon texte. Il arrive que je trouve le travail de la correctrice ultra-pertinent, et il arrive aussi que je m'arrache les cheveux en découvrant mon texte truffé d'erreurs qui ne s'y trouvaient pas à la base. Je suis libre de refuser toute correction relevant uniquement d'une appréciation subjective. Mais il n'est guère judicieux de se battre pour des peccadilles, d'autant que je m'efforce toujours de justifier ma réaction par écrit et que ça prend un temps délirant.

Lorsqu'il a reçu mon retour, l'éditeur valide les corrections que j'ai acceptées, et le texte part en composition. Au bout d'un délai variable, je récupère un nouveau fichier appelé épreuves corrigées, et c'est là l'ultime possibilité de signaler un problème avant que le texte soit envoyé chez l'imprimeur. A ce stade, normalement, il ne doit rester que très peu d'erreurs, et elles ont le plus souvent trait à la mise en page. Mais je ne crois pas avoir jamais tenu entre mes mains un livre publié dans lequel il ne subsistait pas au moins une coquille. 

mardi 25 février 2020

Comment je m'y prends pour traduire un roman (1/2)




POSTE DE TRAVAIL

Depuis que je mène une vie semi-nomade, je n'ai plus de poste fixe: juste un ordinateur portable 13" que je trimballe partout avec moi - et dont le clavier souffre beaucoup des cadences infernales que je lui impose. Du temps où les éditeurs mettaient en traduction des textes déjà parus dans leur pays d'origine, ils m'envoyaient un exemplaire VO que je posais à gauche de mon écran sur un lutrin; aujourd'hui, je travaille 80% du temps à partir de PDF d'ouvrages pas encore publiés. J'ouvre donc deux fichiers sur mon écran: la VO à gauche et ma VF à droite. Encombrement minimum, d'autant que je n'utilise même pas de souris - juste le touchpad, que je manie avec une précision olympique. Mais il faut bien admettre que ça n'est sans doute pas très bon pour mes yeux. La plupart de mes collègues, surtout à partir d'un certain âge, travaillent le plus souvent possible sur poste fixe avec un grand écran, et je devrai sûrement y revenir un jour.

lundi 24 février 2020

La semaine en bref #111




Lundi:
 Parce que "Mon voisin Totoro" m'emmerde, un collègue habitué à ma grinchitude déclare sur Facebook que je suis "romantique comme un radiateur". Je dois bien admettre que ça n'est pas faux. 
Je reçois un mail de boulot: "Bonjour Aurélie, je viens de déclencher ton paiement et de te renvoyer le contrat signé. Amitiés, Ton Editeur". Auquel je réponds: "Moi c'est Armalite, mais l'essentiel, c'est que je sois payée! Merci et bonne semaine, Not Aurélie".

dimanche 23 février 2020

Mon mec est nul en super-héroïnes




Hier, à l'expo "Superheroes never die" au musée juif de Belgique:
MOI: Allez, combien de super-héroïnes tu reconnais sur cette couv?
CHOUCHOU: Euuuuuh...
MOI: Y'en a de très célèbres.
CHOUCHOU: La verte c'est... She-Hulk?
MOI: Tu vois, c'est pas si dur. Et puis?
CHOUCHOU: Elle, euh, c'est Jean Grey?
MOI: Chouchou...  la femme que tu me montres est noire. 
CHOUCHOU: Ah oui pardon. C'est, c'est, euh, Storm!
CHOUCHOU: Et là, on dirait... la copine de Daredevil!
MOI: Elektra. Elle sera contente d'apprendre que malgré tous ses accomplissements personnels, elle n'est toujours que "la copine de".
CHOUCHOU: Là, Iron Man!
MOI: Chouchou, il n'y a que des femmes sur cette illustration.
CHOUCHOU: ...Iron Woman?
MOI: Hé ben, c'est laborieux.
CHOUCHOU: Les deux avec des ailes sur les côtés, c'est, euh... Libellule et Colibri?
MOI: Woputain. Libellule et Colibri. Je. 
CHOUCHOU: ...
CHOUCHOU: Mais bon, elles se ressemblent toutes plus ou moins.
MOI: Pardon?
CHOUCHOU: Ben oui, elles ont toutes beaucoup de boobs, et euh...
MOI: Y'a d'autres trucs autour, quand même!
CHOUCHOU: Oui, mais elles ont été dessinées par plein de gens différents, du coup on ne sait jamais trop quelle tête elles sont censées avoir.
MOI: Certes, mais y'a des éléments qui reviennent dans toutes les versions et qui permettent de les identifier. Jean Grey, par exemple, elle est toujours rousse avec un phénix quelque part sur son uniforme.
CHOUCHOU: Jean Grey n'est pas rousse.
MOI: PARDON?
CHOUCHOU: Jean Grey, pour moi, c'est Famke Janssen dans les films avec ses beaux cheveux noirs et ses yeux bleus. 
MOI: Famke Janssen a les yeux marrons.
CHOUCHOU: Non, ils sont bleus.
MOI: Marrons. 
Il vérifie sur son smartphone.
CHOUCHOU: Oui bon d'accord. 
MOI: Et sinon, là c'est Dazzler; là c'est Rogue; là c'est Firestar; là c'est The Scarlet Witch; là OK c'est difficile: c'est Jubilee.
CHOUCHOU: ...Un instant, j'ai cru qu'elle s'appelait Difficile.
MOI: Sortons d'ici avant que je demande le divorce.

samedi 22 février 2020

"Les toits du paradis" (Mathangi Subramanian)


Elles sont cinq amies d'une quinzaine d'années qui habitent le Paradis, un bidonville de Bangalore. Banu vit seule avec sa grand-mère très malade des poumons; cancre à l'école, elle manifeste des dons surprenants pour le dessin et l'ingénierie. Bien qu'aveugle, Deepa est la meilleure danseuse, la meilleure cuisinière et la plus fine psychologue de la bande.

Cadette de trois garçons, Joy s'appelait autrefois Amand, et sa vie de fille trans a pu commencer le jour où elle s'est convertie au christianisme. Musulmane et lesbienne, Rukshana s'obstine à porter des pantalons et à grimper aux arbres. Enfin, Padma la campagnarde si douée pour les langues pourrait briguer des études universitaires, mais doit veiller en permanence sur sa mère complètement déboussolée par son arrivée en ville.

Jusqu'au jour où la municipalité décide de construire un centre commercial à l'emplacement du Paradis. Un matin, les bulldozers débarquent pour raser les bicoques qui abritent tant d'Intouchables dont nul ne se soucie. Ce sont les femmes qui, courageusement, vont faire un rempart de leur corps pour protéger leur famille et leurs voisins...

vendredi 21 février 2020

Les conversations absurdes #86


CHOUCHOU, fouillant dans le placard à épicerie: Il me faut des lentilles. Ah, les voilà! 
Il allonge le bras et attrape, tout au fond, la boîte contenant les pois cassés qu'il brandit triomphalement. 
MOI, résignée: Non, Chouchou. Les lentilles, c'est le bocal sur le devant, à 20 cm de ton nez, avec une étiquette soigneusement tournée vers toi et marquée "LENTILLES" en majuscules. Je sais, ça prête à confusion.

jeudi 20 février 2020

"C'est comme ça que je disparais" (Mirion Malle)


Bien que j'aie souvent vu circuler le nom de Mirion Malle dans des publications féministes, je n'avais encore jamais rien lu d'elle. C'est intriguée par le titre et la couverture de son dernier album que j'ai fini par me lancer. 

"C'est comme ca que je disparais" raconte la dépression de Clara, une jeune femme de 27 ans qui vit à Montréal et tente de concilier un job d'attachée de presse à temps partiel avec l'écriture de ses propres oeuvres. D'abord brisée par une récente rupture, elle en vient assez vite à ne plus ressentir qu'un immense vide et, sans avoir de véritables pulsions suicidaires, commence à penser de plus en plus souvent à la mort. Ses amies s'inquiètent beaucoup pour elle mais ont du mal à la comprendre, et Clara, qui n'a plus vraiment l'énergie de maintenir une vie sociale, se met à refuser les sorties et ignorer leurs appels...

mercredi 19 février 2020

Ma journée de traductrice littéraire




Je me lève généralement vers 9h. A mon grand regret, je ne suis pas du matin, et un des principaux avantages du statut d'indépendant, c'est bien de pouvoir décider de ses propres horaires de travail! Je passe la première heure à siroter un thé en faisant le tour des popotes sur internet, puis à 10 h tapantes (oui: je suis maniaque), j'entame mon quota de pages de la journée. 

mardi 18 février 2020

Les conversations absurdes #85


CHOUCHOU, sur fond de "Heart of glass": J'ai fait une play-list de vieux machins, ça ne te dérange pas? 
MOI: Debbie Harry à la fin des années 70. La gueule du vieux machin. 
CHOUCHOU, sur l'intro de "Kids in America": C'est la musique qui m'intéresse.
MOI: Et pas du tout le concept de bombasse blonde anglaise, donc. Ce que je peux avoir mauvais esprit. 
CHOUCHOU: Tout à fait. La chanson suivante, c'est un morceau des Runaways. 

lundi 17 février 2020

La semaine en bref #110




Lundi:
16 ans après le magistral "Jonathan Strange & Mr Norrell", Susanna Clarke publiera en septembre un nouveau roman au pitch prometteur intitulé "Piranesi". Entre ça, le deuxième Stuart Turton et la prochaine urban fantasy de Garth Nix, je me prédis déjà une rentrée chargée.
 Une heure du matin au bout de 13 ans de relation me semble un moment idéal pour découvrir que petits, nous raffolions tous les deux du Galak au riz soufflé - et aussi, que je confonds les génériques de "Daktari" et "Yakari".

samedi 15 février 2020

"L'été à Kingdom Fields" (Jon McNaught)


Si comme moi, vous raffolez du graphisme très personnel de Jon McNaught, vous vous êtes probablement déjà précipité sur son nouvel album. Si en revanche vous y êtes hermétique, peu vous importe de savoir de quoi parle "L'été à Kingdom Fields": vous ne le lirez pas. Si vous ne connaissez pas encore Jon McNaught, je suis justement là pour vous le faire découvrir, et pour tenter de vous convaincre que chacune de ses publications est une petite merveille dont la présence enrichira votre bibliothèque.

Comme toujours chez cet auteur, l'histoire se résume à très peu de choses: une femme débarque avec ses deux enfants dans la station balnéaire où elle passait ses vacances d'été autrefois. Tandis qu'elle s'efforce de retrouver ce qui faisait le charme de l'endroit à ses yeux, son fils Andrew, adolescent maussade et apathique, joue à des jeux vidéo ou explore les environs en ne s'intéressant qu'à leurs côtés les moins reluisants.

vendredi 14 février 2020

"Karmen" (Guillem March)


C'est rarissime que j'achète une bédé sans jamais en avoir entendu parler, et de surcroît sans qu'une quatrième de couverture m'indique vaguement à quoi m'attendre de la part de l'histoire. Quand j'ai emporté "Karmen" à la caisse de ma librairie, tout ce que je savais, c'est que j'étais intriguée par la couverture, et très attirée par le graphisme de l'auteur. 

Après avoir découvert que son ami d'enfance Xisco, dont elle est secrètement amoureuse, trompe sa copine officielle avec sa coloc, Catalina se taillade les veines dans la salle de bain de son appartement d'étudiante. Une étrange jeune femme aux cheveux roses et à la combinaison de squelette lui apparaît alors. Elle s'appelle Karmen, et avec une compassion à laquelle on ne s'attend guère de la part d'une faucheuse, elle entraîne Catalina dans une drôle d'exploration - déjà en marge de la vie, pas encore tout à fait dans la mort.

dimanche 9 février 2020

La semaine en bref #109




Lundi:
Pour la première fois de ma vie, j'ai une idée de roman tellement excitante qu'un instant, j'envisage de l'exploiter - ou au moins d'essayer. Puis je me souviens que j'ai des dizaines de copains auteurs, que c'est un boulot de dingue qui aboutit rarement et qui paye très mal, que je suis fainéante, n'ai aucun besoin de reconnaissance et trouve l'argent assez commode pour payer les factures. Je vais donc continuer à m'en tenir à la traduction.
 (Mais putain, c'est quand même une chouette idée d'uchronie personnelle légèrement mâtinée de SF, qui serait hyper thérapeutique à rédiger.)

samedi 8 février 2020

"Chifan! Manger en Chine" (Nicolas Jolivot)


Nicolas Jolivot est l'auteur de plusieurs carnets de voyage illustrés, dont un sur le Japon et un autre sur les pays baltes. Je l'ai découvert grâce à son dernier ouvrage paru: "Chifan ! Manger en Chine". 

Je garde un souvenir excessivement ému de la vraie cuisine chinoise (une des seules choses qui m'a enthousiasmée sans réserve durant notre séjour à Hong Kong il y a un an et demi), et surtout, je suis immédiatement tombée amoureuse des dessins réalisés au pinceau et à l'encre: des croquis sur le vif, peu élaborés mais extrêmement vivants. 

Collectés sur une période de 12 ans, ils sont classés par grands thèmes: "manger dans la rue", "au restaurant et en cuisine", "les serveuses", "manger en tête-à-tête avec son bol", "manger à deux c'est mieux!", "à plusieurs on se régale". Un petit commentaire parfois personnel et parfois culturel accompagne chacun d'eux. 

L'ensemble s'achève par une surprenante postface consacrée aux toilettes communes, ainsi qu'une carte du pays répertoriant les villes où se sont déroulé les scènes représentées. Non seulement j'ai salivé de bout en bout, mais "Chifan! Manger en Chine" m'a donné envie de recommencer à dessiner à l'extérieur. Compliment suprême: j'ai l'intention de le garder au lieu de m'en débarrasser comme je le fais désormais pour 95% de mes livres après les avoir lus.  

vendredi 7 février 2020

Comment les traducteurs littéraires sont-ils rémunérés? 2/2




Dans mon billet précédent, je vous expliquais que, comme les auteurs, les traducteurs littéraires sont payés sous la forme d'un pourcentage sur les ventes, mais reçoivent au moment où ils effectuent leur travail une avance appelée l'à-valoir qui leur reste acquise quoi qu'il advienne. En ces temps de surproduction éditoriale, peu d'ouvrages se vendent assez bien pour que les droits générés dépassent un jour l'avance en question, qui reste donc souvent l'unique rémunération du traducteur. 

Un à-valoir est calculé en fonction du volume de texte à traduire, exprimé en nombre de feuillets. Qu'est-ce qu'un feuillet? Excellente question. Au début de ma carrière, le standard universel était le feuillet d'imprimerie français, c'est-à-dire, le nombre de pages de 1500 signes théoriques qu'atteignait la traduction. Par 1500 signes théoriques, j'entends: une page qui contiendrait 1500 signes espaces comprises si elle était totalement pleine, sans début ni fin de chapitre, sans alinéas ni retours à la ligne. Hormis peut-être dans l'"Ulysse" de James Joyce (le pudding littéraire le plus compact qui ait jamais été publié), le nombre de signes réels ne va jamais monter à 1500; sur un texte moyennement aéré, il tourne plutôt autour de 1250. 

jeudi 6 février 2020

Comment les traducteurs littéraires sont-ils rémunérés? 1/2




En France, les traducteurs littéraires sont considérés comme faisant partie du corps de métier des auteurs. Nous avons un statut d'indépendants, et pour chaque ouvrage sur lequel nous travaillons, nous signons un contrat avec la maison d'édition qui en a acquis les droits français. Ce contrat prévoit une rémunération en droits d'auteur (DA), c'est-à-dire, un pourcentage sur les ventes - le chiffre d'affaires, pas le bénéfice -, qui peut varier d'un éditeur à l'autre. Le plus bas que j'aie touché était de 0,3%, pour de la bédé; le plus haut, de 2%. D'après mon expérience, la plupart des maisons d'édition proposent 1%. Cela signifie que sur un livre vendu 20€ en librairie, le traducteur recevra 0,20€. 

mardi 4 février 2020

Celle qui détestait poser




Je n'ai jamais été très photogénique, et malheureusement, ça ne s'arrange pas avec l'âge. 

A aucun moment de ma vie je n'ai fait partie de ces gens amoureux de leur apparence qui adoraient être pris en photo et se montrer sur les réseaux sociaux. Je n'ai pas franchement un physique de déesse. Je déteste sourire sur commande. Au naturel, je gesticule et je grimace beaucoup, ce qui donne rarement des arrêts sur image très flatteurs. Poser plus de trois secondes m'ennuie à mourir, et bien que je ne rechigne jamais à faire l'andouille, je ne supporte pas de gêner les gens qui m'entourent en monopolisant un endroit trop longtemps. 

dimanche 2 février 2020

La semaine en bref #108




Lundi:
En sortant faire une course, je tombe sur la grand-mère de mon voisin du rez-de-chaussée en train de gérer un dégât des eaux. Nous discutons de divers problèmes au sein de la résidence, notamment la porte d'entrée qui ne ferme plus. "C'est d'autant plus embêtant que nous sommes plusieurs à avoir repéré des cambrioleurs potentiels qui rôdent sur le parking dans la soirée. Et je pense qu'ils ont déjà dû venir en reconnaissance dans le bâtiment, car j'ai senti planer des odeurs africaines". Je. Hein. Quoi? Les mecs se sont douchés au ras-el-hanout avant de venir faire leur éventuel mauvais coup, c'est ça?
 Outre le fait que le racisme décomplexé des gens de la région ne cessera jamais de m'abasourdir, me voici avec une nouvelle source d'angoisse - comme si j'en manquais en ce moment. Au bord de l'attaque de panique, je demande à Chouchou si on peut skyper; tout lui expliquer me permet de prendre assez de recul pour revenir à une appréhension plus rationnelle de la situation. 

samedi 1 février 2020

[LECTURE] Les sorties de février que j'attends avec impatience


Coincé entre la rentrée de janvier et l'avalanche de mars, février s'annonce beaucoup plus pauvre en sorties. J'ai quand même repéré quelques titres...

ROMANS:

"Tout le bleu du ciel": Petitesannonces.fr : Jeune homme de 26 ans, condamné à une espérance de vie de deux ans par un Alzheimer précoce, souhaite prendre le large pour un ultime voyage. Recherche compagnon(ne) pour partager avec moi ce dernier périple. Émile a décidé de fuir l’hôpital, la compassion de sa famille et de ses amis. À son propre étonnement, il reçoit une réponse à cette annonce. Trois jours plus tard, devant le camping-car acheté secrètement, il retrouve Joanne, une jeune femme coiffée d’un grand chapeau noir qui a pour seul bagage un sac à dos, et qui ne donne aucune explication sur sa présence. Ainsi commence un voyage stupéfiant de beauté. À chaque détour de ce périple naissent, à travers la rencontre avec les autres et la découverte de soi, la joie, la peur, l’amitié, l’amour qui peu à peu percent la carapace de douleurs d’Émile. Sortie le 12