mardi 29 octobre 2019

[BRATISLAVA] No photos, and no verrou dans les toilettes




Trois autres capitales européennes sont très facilement accessibles par l'eau ou par le rail depuis Vienne: Prague, Budapest et Bratislava. Connaissant déjà les deux premières, c'est à la dernière que nous avons décidé de faire une excursion aujourd'hui. Nos billets de train, pris hier soir sur l'app de l'OBB, nous ont coûté une quarantaine d'euros pour deux aller-retour sur l'équivalent local d'un InterCités. Je suis surprise de trouver le paysage si plat et dénué d'intérêt entre les deux villes - je m'attendais plutôt à des reliefs montagneux... Mais à peine plus d'une heure après avoir quitté la gare centrale de Vienne, nous débarquons à Brastilava sous un ciel blanc, totalement bouché par la couverture nuageuse. Il fait à peine 7°, la pluie menace, et notre premier aperçu de la capitale slovaque n'est guère encourageant. Nous marchons environ 25 mn pour rejoindre le centre historique, infiniment plus joli et agréable que les quartiers modernes. C'est simple: d'ici, Bratislava me fait penser à Tallinn... en plus petit et en moins bien. 





Nous allons déjeuner au Café Verne, une taverne traditionnelle délicieusement vieillotte sur les murs de laquelle la propagande communiste se mélange aux fâmâpoâls. Chouchou commande une goulash et moi un halusky, plat slovaque typique composé de spatzles recouverts d'une sauce au fromage de chèvre et additionnés de bacon frit. Ce n'est pas subtil, mais j'aime beaucoup ce genre de cuisine roborative et goûtue. Et à 7,50€ le plat, on ne va pas se ruiner. Par contre, je voudrais bien que quelqu'un m'explique l'absence de verrou dans les toilettes. 










Une fois repus, nous parcourons le centre historique au hasard des rues pavées. Les façades néo-classiques à peine défraîchies alternent avec des bâtiments condamnés ou en cours de démolition. Les artères pavées se tortillent selon un schéma mystérieux. Aux innombrables boutiques de souvenirs toutes squattées par La Petite Taupe se mélangent des établissements plus surprenants. Je photographie quelques jolies enseignes, pose avec une statue insolite et m'étonne de la profusion de restaurants de sushis. Dans une ruelle tranquille, nous tombons sur un café-bouquinerie anglaise, le Eleven Books & Coffee. Par les fenêtres, j'aperçois des murs jaunes pleins de gaieté et des étagères bien garnies. Les horaires affichés sur la porte informent la clientèle que l'endroit est fermé le dimanche, "restez chez vous et lisez un bouquin". J'entre pour jeter un coup d'oeil. 






Dans la minute qui suit, je repère une demi-douzaine de bouquins que j'ai traduits: un David Eddings, un tome de la série "Les Seigneurs des Runes", un de Thomas Covenant, deux d'Anita Blake... Oh, et il y a de l'infusion gingembre-menthe fraîche à la carte! Obligés de réquisitionner une table. J'admire les filtres accrochés au bord de nos tasses, trop petits pour du thé mais idéaux pour du gingembre râpé. Je demande à la propriétaire d'où ils viennent pour pouvoir aller en acheter dans la boutique confidentielle dont elle va sûrement me donner l'adresse. Au lieu de ça, elle me répond: "Chez Ikea". Et me les montre sur leur site internet. Hum. Nous traînons là presque une heure, enchantés par la musique folk-rock et par à peu près tout le reste (hormis l'absence réitérée de verrou dans les toilettes). Si on s'écoutait, on y passerait le reste de la journée. Mais on a une ville à visiter, et un salon de thé très spécial à tester.




L'Underground Tea Room occupe un ancien bunker en sous-sol. Sur le papier, sa description m'intriguait beaucoup. Dans la réalité, il n'y a bien entendu aucune lumière naturelle et seulement un éclairage ultra-tamisé. Des alcôves minuscules, garnies de coussins et décorées selon des thèmes exotiques, semblent essentiellement abriter des couples d'ados venus là pour se peloter. Voyant ma tête, Chouchou me dit: "On n'est pas obligés de rester". Ca tombe bien, parce que j'étais déjà en train de suffoquer à demi. 





Retour à la surface pour une visite du musée de la pharmacie dont l'enseigne ornée d'un homard ne pouvait que m'attirer. La vieille dame chargée de l'accueil est aimable comme une porte de prison; elle nous adresse deux mots en tout et pour tout ("No photos") avant de pointer un doigt impérieux sur le prix de l'entrée écrit devant elle. Pour 5€ par personne, nous accédons à deux pièces remplies de meubles à tiroirs impeccablement étiquetés et de récipients vides si bien conservés qu'on les croirait neufs - alors que certains ont 4 siècles. Quelques panneaux traduits en anglais nous expliquent l'évolution des matériaux employés pour contenir plantes et remèdes. C'est très beau, mais on reste un peu sur sa faim.




En sortant, Chouchou et moi nous regardons: "Et si on retournait chez Eleven?" Chacun son style de voyage; apparemment, le nôtre consiste à arpenter l'Europe en long, en large et en travers pour y trouver des endroits où poser nos fesses et boire du thé entourés de bouquins. Ainsi, nous restons bien au chaud avec une seconde infusion gingembre-menthe, un bout de gâteau maison et un wifi des plus efficaces jusqu'à l'heure de remonter à la gare pour prendre notre train de retour à Vienne. 

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