mercredi 27 février 2019

Gérer les angoisses: un exemple illustré





Ce matin, histoire de titiller autre chose que ma misanthropie rampante très excitée par les événements des derniers jours (que je vous laisse découvrir dans ma future récap hebdomadaire), l'univers a décidé de m'envoyer une épreuve de nature administrative. 
Mi-janvier, constatant que je n'étais pas prélevée de mes cotisations Agessa, j'ai envoyé un mail auquel on m'a répondu que le souci était de leur côté, et que l'échéance de janvier serait prélevée en même temps que celle de février. Pour une fois que les problèmes d'un de mes interlocuteurs se révélaient bénéfiques à ma trésorerie, j'ai trouvé ça plutôt cool. 
Mi-février, toujours rien. Ce matin, par curiosité, je me connecte à mon espace personnel: mon échéance de janvier est notée comme en retard et à régler auprès de l'Urssaf du Limousin, désormais chargée du recouvrement des contentieux (ne cherchez pas, ça fait partie de l'usine à gaz de la réforme de la Sécu des auteurs).

Et là, en quelques secondes, mon coeur monte à 120 battements minute; j'ai chaud partout et mon champ de vision rétrécit littéralement.
D'abord l'incrédulité: "Mais comment c'est possible?"
Puis l'indignation: "Ils m'avaient dit que tout était OK de mon côté et que je n'avais rien à faire!"
Enfin, la panique. L'Agessa et l'Urssaf sont notoirement difficiles à joindre par téléphone; j'ai déjà reçu des informations fausses de la part des deux organismes - ici, le risque est d'autant plus grand que cette réforme a été menée précipitamment, sans formation adéquate pour les fonctionnaires concernés; cerise sur le gâteau, je n'ai pas de chéquier sous la main pour envoyer un règlement en urgence. 
Je suis à deux doigts de m'imaginer pointée du doigt par tous les fonctionnaires de France et de Navarre, m'accusant en choeur d'irresponsabilité fiscale et menaçant de me jeter en prison comme la honte de la société que je suis. 
(Je me rends bien compte que le problème dont je parle n'est pas grave du tout dans l'absolu, et que ce billet fera ricaner les bienheureux qui ne souffrent pas d'angoisse chronique et/ou de phobie administrative. Ce n'est pas pour eux que je l'écris.)

Il est 12h30. Le standard de l'Agessa ne rouvre pas avant 14h. Je suis seule chez moi, en proie à une angoisse dévorante que je dois juguler sans aide extérieure. 
Je commence par faire la seule action à ma portée sur le moment: j'écris un mail à l'Agessa en leur expliquant mon problème. Ca me permet de mettre la situation à plat, et comme ça, si je n'arrive pas à les joindre par téléphone en début d'après-midi, j'aurai déjà lancé le processus de résolution. Ensuite, je m'attelle à occuper 90 très looongues minutes d'une manière qui m'empêchera de tourner en rond dans mon propre enfer mental.
Premier réflexe: je déroule mon tapis de yoga et je lance une séance d'abdos un peu difficile. C'est ma meilleure idée de la journée. Pendant que tous mes muscles tremblent pour tenir la posture du bateau et qu'Adriene m'encourage de sa voix douce, je me sens prendre de la hauteur, me détachant à la fois de mon corps et de la bulle mentale dans laquelle je me suis enfermée. 
J'en profite pour mettre en oeuvre ma technique la plus efficace: après avoir immédiatement envisagé le pire, parce que c'est mon réglage par défaut, je trace dans ma tête un arbre de toutes les façons dont la situation pourrait évoluer, en partant de la meilleure. 
Au mieux: je suis victime d'un merdouillage informatique, et la mention qui s'est affichée automatiquement dans mon espace personnel ne me concerne pas.
Déjà moins bien: la personne qui a répondu à mon mail de janvier s'est trompée, ou la situation a évolué depuis sans que je sois prévenue à cause d'un défaut d'organisation; je dois vraiment régler mes cotisations en direct à l'Urssaf, mais vu le bazar général, ils se montrent compréhensifs et ne me comptent pas de pénalités de retard. J'en suis quitte pour un peu d'affolement. 
Stade suivant: l'Urssaf ne veut rien entendre et me colle des pénalités de retard injustes qui me restent en travers de la gorge, mais l'histoire s'arrête là.
Poisse ultime: je me prends des pénalités de retard, puis l'Agessa me prélève en double et je galère pour récupérer mes sous tout en faisant une crise d'apoplexie. 

L'expérience m'a appris que le stade "Poisse ultime", qui devient mon unique vision d'avenir à partir du moment où un problème se présente, est très rarement atteint. Et que même s'il l'était, en règle générale, ça ne me tuerait pas. Ca me coûterait de l'argent que je n'ai pas forcément, ou ça me gâcherait des vacances très attendues, ou ça me ferait passer un moment pénible, mais je finirais par m'en remettre - et j'en tirerais peut-être même une leçon de vie fructueuse, ou au moins un billet de blog intéressant. 
Donc, toute ma stratégie quand je commence à paniquer consiste à faire éclater la bulle "Poisse ultime" afin retrouver une vision plus nuancée et plus juste de la situation, et être ainsi davantage à même de la gérer calmement. Ou juste de me gérer, moi, avec mes émotions dans le rouge et la torture mentale qui en découle. 

Après m'être convaincue qu'il y avait environ 50% de chances qu'on soit dans le cas le meilleur, j'ai lu un peu et préparé une lessive. Puis je me suis acharnée sur un flacon d'OPI scellé par du vernis séché tout en gardant un oeil sur la pendule, bien décidée à bondir sur mon téléphone dès 14h pétantes. 

A 13h58, j'ai reçu une réponse à mon mail: "Pour des raisons techniques, les prélèvements de janvier, février et mars sont reportés sur l'échéance d'avril. Ne tenez pas compte des informations du site qui n'est pas encore à jour. Vous êtes en règle." Très soulagée, je me suis dit que j'allais noter tout ça pour être sûre d'y penser la prochaine fois qu'une attaque de panique menacerait - et aussi, parce que ma technique intéresserait peut-être certaines lectrices. 

La semaine prochaine, je vous raconterai pourquoi elle ne fonctionne absolument pas quand je suis sous l'emprise de la colère. 


Mon cultivateur de bonnes habitudes

10 commentaires:

mmarie a dit…

Merci d'avoir traduit en phrases intelligibles et profitables à qui te lit (moi, assidûment, donc) cet épisode d'angoisse.

Très concernée par la misanthropie rampante en phase de réactivation, ainsi que par les impasses de la colère, je suivrai naturellement avec attention les prochains épisodes.

Gwen35 a dit…

Merci pour cet article, ça fait du bien de te lire et de voir qu'on n'est pas seule dans son fonctionnement ! Et merci pour les tuyaux, il faudra que je teste, je peux monter pareil, très vite dans des scénarios apocalyptiques, on ne se refait pas, mais on apprend à fonctionner avec...je suis pour ma part incapable de lire ou de regarder la tv pour penser à autre chose dans ces moments là, je n'intègre plus ce qu'il y a devant mes yeux. Mais un jeu bien addictif arrive à me faire décrocher, ou sortir prendre l'air avec les chiens...faut que je teste le yoga, je n'ai pas encore le reflexe, et je vais creuser cet arbre des possibles, canaliser le cerveau qui mouline ne peut qu'être profitable !

FraiseDesBois a dit…

Tiens hier soir j'ai justement vu un épisode très juste à ce sujet de cette merveilleuse série "au fil des jours" (l'angoisse pas l'agessa)
J'ai aussi tendance à me faire cet arbre de toutes les situations, c'est épuisant d'en sortir

Minouchka a dit…

Tu n’as pas un truc en stock contre les angoisses liées à la maladie/la santé par hasard ? Parce que je me bouffe la vie a un point...

ARMALITE a dit…

@Minouchka: Ca, ça m'a plus ou moins passé, j'avais écrit sur le sujet ici:
https://leroseetlenoir.blogspot.com/2017/09/la-fin-de-lanxiete.html
Malheureusement, mon anxiété s'est déplacée sur à peu près tout le reste... Le gros truc une fois écarté, elle a été libre de se répandre sur les plus petits.

Lucy a dit…

Pour ma part, je trouve angoissant que ce genre de problèmes surviennent en raison d'erreur que d'autres ont commises et dont nous ne sommes pas responsables, mais qui nous pourrissent bien la vie. Pour ma part, suite à un simple changement d'adresse, j'ignore comment l'URSSAF et les impôts ont arrangé leurs bidons, mais j'ai changé de statut fiscal et je vais leur devoir sûrement de l'argent. L'e-mail envoyé m'est revenu et je vais devoir perdre du temps que je n'ai pas pour expliquer ma situation. Je sais aussi que la situation s'arrangera, car j'ai déjà connu un mic mac administratif de ce genre il y a plusieurs années, mais que de stress et de temps perdu. Et en même temps (comme dirait l'autre), les deux dernières semaines ont vu de si bonnes nouvelles avec des conséquences à long terme que je me demandais comment j'allais payer toute cette chance. Là les choses rentrent dans l'ordre. C'est presque rassurant.

ARMALITE a dit…

@Lucy: Ha ha, toi aussi tu as ce genre de pensée magique négative: "Ca va trop bien, je vais finir par le payer"?
Les deux plus gros mic macs administratifs que j'ai eus:
- Quand je me suis installée en indépendante, l'Agessa et l'Urssaf me réclamaient tous les deux des cotisations sociales (à tort pour le second, donc), et impossible en tant que newbie d'arriver à déterminer qui avait raison et qui avait tort; le renvoi de balle a duré des mois.
- Suite à un déménagement, mon nouveau centre des impôts m'a réclamé l'impôt sur les sociétés, dont je n'étais pas redevable, chaque année pendant 5 ans. Tous les ans je renvoyais mes courriers des ans passés avec le texte de loi justifiant je ne devais pas payer ce machin, et chaque fois, rebelote l'année suivante, un vrai running gag super pas rôle.

Mangaverse a dit…

Ha ha, je sens qu'on va tellement galérer en passant de l'Agessa à l'URSSAF, j'en tremble d'avance...
En tout cas, joli cheminement. C'est hyper dur de réussir à se dégager de sa focalisation sur "le pire", même en sachant parfaitement que "le pire" n'arrive à peu près jamais (et que non, "le pire" ne nous jettera de toute façon pas sous les ponts !). Réussir à prendre du recul sur ce genre de merdouilles administratives, c'est un sacré challenge...
Merci pour ce partage !

ARMALITE a dit…

@Mangaverse: Comme je suis passée du BNC au Traitements et salaires, je suis désormais précomptée (là j'écluse juste mon reliquat de charges non-précomptées déclarées au titre de 2017), j'ose espérer que si problèmes il y a, ils surviendront principalement entre les éditeurs et l'Agessa, au moins pour ce qui est du règlement des charges. Je me dis aussi que l'Urssaf du Limousin va avoir un an pour se mettre vaguement au parfum avant de prendre le relais. Bref, j'essaie de rester optimiste! (C'est un effort.)

Carole Lombaire a dit…

J'obtiens systématiquement des remises sur les pénalités de retard de la part de l'URSSAF (je suis du côté employeur), il faut juste en faire la demande ! En cas de cafouillage de leur part, ou en pleurant un peu, on obtient facilement 100% de remise des pénalités. Il faut juste faire la demande, ce n'est pas automatique - et il faut le savoir :)