mardi 20 novembre 2018

L'automne de l'angoisse 2/2





En septembre 2017, j'écrivais un billet pour me réjouir d'être, depuis un an environ, débarrassée de l'anxiété chronique qui m'avait longtemps pourri la vie en se manifestant pour l'essentiel sous forme d'hypocondrie.

Après ça, j'ai eu encore six mois de tranquillité environ. Puis mes crises d'angoisse ont réapparu, déclenchées par de tout autres causes mais toujours aussi suffocantes. Au lieu de me persuader que j'étais en train de mourir d'un cancer à la moindre petite douleur inexpliquée, j'ai commencé à flipper gravement pour l'état du monde d'une part et pour ma carrière d'autre part.

A ma décharge, la conjoncture est objectivement inquiétante sur les deux sujets. Mais d'autres gens aussi bien informés que moi gèrent le réchauffement climatique ou la remontée de l'extrême-droite avec plus d'optimisme de combattivité; d'autres auteurs et traducteurs aussi touchés dans leurs perspectives professionnelles et financières trouvent des moyens de faire face sans envisager de se défenestrer. 

Ce qui se passera réellement, nul ne peut le dire. On n'est jamais à l'abri d'une bonne surprise. Moi seule peine à trouver des raisons d'espérer ou même l'envie d'en chercher encore. Enfin, non: il y a sûrement des gens dans le même cas, mais il vaut sans doute mieux qu'on reste chacun dans son coin au lieu d'alimenter mutuellement notre anxiété commune. 

Il y a un mois environ, j'avais décidé que le plus logique serait d'en finir. La seule chose qui m'intéressait encore, c'était de déterminer le moyen le plus rapide, le plus sûr et le moins douloureux d'y parvenir. J'y ai réfléchi très sérieusement pendant quelques jours, sans en parler à personne parce que plutôt mourir - au sens littéral du terme - que de demander de l'aide. La colère exceptée, mes émotions sont un truc dont je suis incapable de parler autrement que sur le mode de l'humour noir, vu que je n'ai envie de les partager avec personne. 

Quand j'ai un problème, je le résous toute seule, depuis toujours. Si je suis au fond du trou, je remonte à la force de mes petits bras sans réclamer qu'on me passe une échelle. Disons que cette fois, mes petits bras se sont bien fait les muscles, parce que le trou était sacrément profond et qu'on n'y voyait que dalle en bas. J'ai beaucoup pensé aux gens que j'aimais et à qui je ne voulais pas faire de peine, à mes neveux dont j'ai très envie de savoir quels adultes ils deviendront. 

Et bref, je suis toujours là. 

Mais si je reste (©Gayle Forman), je dois trouver des moyens de me rendre le quotidien supportable. D'angoisser un peu moins en pensant à l'avenir du monde en général et au mien en particulier. Et aussi d'accepter que je ne vais probablement jamais être quelqu'un de serein, et que c'est OK. Tel est le travail auquel je me suis attelée ces dernières semaines. Et dont je vous reparlerai ultérieurement, quand tout ça sera un peu plus clair dans ma tête et que j'arriverai à le formuler d'une manière compréhensible. 

13 commentaires:

Laure a dit…

Quoi te dire qui te soulagerait? Que tu es une personne unique, indispensable et essentielle dans la vie de tes proches. Que l'on peut tout relativiser même ce sentiment très intime de vide qui n'est qu'un sentiment pas une réalité. Que communiquer avec l'autre au sujet de ses peurs permet de prendre du recul. Il y a une porte de sortie à ton mal être, continue à la chercher.
Je me permets de t'embrasser très affectueusement.

Laure

Ness a dit…

C’est tellement dur d’être conscient et heureux. Mais ces personnes sont tellement indispensables. Dans un monde peuplé uniquement d’inconscients heureux (ok, on y est presque ... 😅), il n’y aurait vraiment personne pour faire marche arrière.
Je suis désolée de lire ton désarroi au point de vouloir en finir. Je ne connais pas ce sentiment. Seulement celui où je décide consciemment que je ne vais plus rien désirer ou espérer, vivre et faire ce que j ai à faire sans exister (quand je vis des choses dures à répétition). C’est pas pareil, mais tout ce que je peux dire de peut-être utile, c’est que ça passe. Je me surprend à revivre des trucs chouettes, avec désirs et émotions quelques jours / semaines plus tard :)

FraiseDesBois a dit…

J'y suis pas passé, par cet état, pas forcément pour les bonnes raisons...
Je n'ai pas sauté le pas, pour à peut près les mêmes raisons.
Si aujourd’hui je ne suis ni heureuse ni malheureuse, un espèce d'état neutre, je ne regrette pas (mais j'ai toujours des comportements autodestructeurs...)

Je souhaite que du côté pro cela s'arrange pour toi et tes camarades, pour la planète et l'humanité on ne peut pas faire grand chose, mais il y a encore du bon, il y a encore de l'espoir

The Everyday French Girl a dit…

C'est très égoïste de ma part mais j'ai besoin de te lire, j'ai besoin de savoir que tu es sur terre, car tu me fais un bien fou. Ton empathie, ta gentillesse, ta bienveillance dans nos échanges personnels, notre amitié, et tes textes, ton blog, les sujets que tu abordes, ton regard sur le monde me font me sentir moins seule. Tu es indispensable.

ARMALITE a dit…

@Laure: permets-toi je t'en prie, les bisous sont toujours bienvenus!
@Ness: oui, moi aussi, je sais que si je patiente un peu je finis en général par remonter la pente. De plus en plus difficilement et de moins en moins haut, mais bon.
@FraiseDesBois: c'est bizarre, parce que toi comme moi, je pense qu'à nous voir, personne ne s'imaginerait qu'on a ce genre de pensées...
@TheEverydayFrenchGirl: mon empathie? Madame, je pense que vous avez fait un faux numéro :-D

The Everyday French Girl a dit…

Alors j'ai reçu un mail plein d'empathie d'une gentille personne qui a piraté ton mail et qui a plagié ton style suite à mon article "Le dégoût". Et cette usurpatrice a même eu l'aplomb de répondre avec toujours autant d'empathie à mon mail de réponse. Elle a de l'empathie, mais un culot certain, j'te jure !!!

clo a dit…

Bonjour Armalite,
Comme je te comprends! Merci de partager des choses aussi intimes.
Je suis moi-même régulièrement envahie par l'angoisse depuis l'enfance, par période, et, si je ne m'aventurerais pas à te donner des conseils (j'apprécie beaucoup ton blog et tes écrits mais nous sommes très différentes ;)) je pense que état du monde objectivement déplorable ou hypocondrie, peu importe, quand elle se manifeste l'angoisse se fixe sur tout et n'importe quoi qui nous touche un peu (par exemple à 10 ans j'ai développé une phobie absolue de l'espace, cf Pascal le silence éternel de ces espaces infinis etc... ça me prend encore parfois, alors qu'au fond, objectivement on s'en fout ça n'a aucune incidence sur mon existence humaine...) Je n'ai donc pas de solution (perso je travaille sur le climat anxiogène qui m'a amenée à mettre en place ces mécanismes, le fait que je somatise à outrance aussi, etc. Je reste convaincue que les hormones jouent, le traitement visane m'a déclenché des crises d'angoisse comme je n'en avais pas connues depuis des années) mais pour l'aspect courage malgré tout le mythe de Sisyphe de Camus est assez réconfortant je trouve. J'espère qu'actuellement tu te sens mieux, j'admire ta capacité à te confier via ce blog!

Anonyme a dit…

Comme d'autres j'aime vous lire, c'est mon moment plaisir de la semaine. Votre écriture est sincère et bienvaillante. Beaucoup de courage à vous ! . Je vous souhaite sincèrement d'avoir rapidement de nouveaux projets de traduction afin de vous rassurer. Si une personne parmi vos lecteurs travaille dans le domaine de l'édition, qu'elle se manifeste svp !

Lylou a dit…

Je pense que beaucoup de personnes angoissent et c'est normal. Le chômage ne baisse pas. Les prix augmentent.La planète terre va à vau l'eau. Il faut juste espérer que demain ça ira mieux. Être en vie c'est une chance. Dans les services de soins palliatifs tellement de gens voudraient être épargnés de la mort. Il faut rester en vie car il y a tellement de livres à lire et de choses à apprendre. Il faut essayer de penser à de bonnes choses même si je sais que ce n'est pas toujours facile. Je vous donne une petite astuce qui marche bien avec moi. Quand je me sens vraiment trop mal. Je demande à ma pharmacienne du Tryptocalm 500 du laboratoire Dissolvurol. C'est très efficace.

Lylou

lorene a dit…

Bonjour Armalite,
je ne commente jamais, et pourtant je suis lectrice depuis... pfff des années et meme que depuis une semaine je suis repartie du debut du blog pour tout relire.
J'ai pas de mots rassurants, magiques, réconfortants, mais je voulais juste te dire que "tes petits bras" (c'est toi qui le dis pas moi) sont forts et ils arriveront à te faire retrouver la surface, en tout cas je le souhaite très fort.
voila je voulais dire ça même si c'est pas grand chose et pas très utile, mais je le dis.

Laurence a dit…

Je suis touchée par ce que je lis. Tu es unique et tes écrits sont uniques, ils font du bien à tes lecteurs. J'espère que tu vas tenir bon et trouver comment remonter la pente.

Laurence a dit…

Dans ma famille les femmes sont des passantes. Souvent elles ont voulu en finir avec la vie. Deux ont réussi.
Il y a 20 ans, C s'est pendue. Assise contre une porte. Elle avait 34 ans.
Il y a 18 mois, c'est M qui nous a quittés. A l'âge de 30 ans. Pour être certaine de ne pas se rater elle s'est jetée sous un train. Elle avait tout prévu, écrit un petit mot à chacun, rangé son portefeuille, son téléphone et ses clés de voiture dans une petite boîte en plastique posée près des rails.
C et M étaient jeunes, belles et très intelligentes, suprêmement intelligentes. D'une grâce infinie, éblouissantes. Les deux avaient hérité de la fragilité de nos aïeux. Les deux souffraient trop.
Elles n'ont rien dit à personne, leur souffrance revêtue d'indicible décence. Elles s'en sont allées brutalement, tragiquement et irrémédiablement.
Le silence est un cri qui espère.
Et nous, nous qui espérons comprendre, qui respectons ce que nous comprenons, nous qui crions d'effroi devant tant de courage et saluons leur fragile humanité, nous qui les pleurons et les chérissons, nous, nous savons qu'il suffit d'attendre car la mort vient toujours assez tôt taire les maux.

Anonyme a dit…

Il y a 2 ans et demi j’ai perdu mon père, et a la suite de ça je n’ai plus été capable de supporter les informations à la télé.
Je ne pouvais juste plus. Comme si mon cœur et mon corps avait absorbé déjà trop de tristesse et d’.angoisse et ne pouvaient plus en prendre davantage... si quelqu’un me parlait des infos du jour j’etais prise instantanément d’angoisses et d’envies de pleurer.
Biensur je me sentais nulle.. la seule à ne pas pouvoir regarder les infos et surtout une adulte totalement à la ramasse, au courant de rien, mais rien, de ce qui se passait au dehors.....
le temps est passé un peu...mais pas mon problème.
jusqu’a ce que je me rende compte que ce n’etait pas un problème.
Le monde actuel est ultra anxiogène car c’est ce que les informations nous délivrent comme message. La peur, le désespoir .
est ce que c’est réellement ça que j’ai besoin de savoir ou qu’il est utile de partager?
Même en temps de crise, de guerre, de chaos quelque part, il y a aussi du beau, du magnifique même par endroit, de l’amour’ du partage, de la compassion et de l’espoir.
Pourquoi savoir ce qui se passe dans le monde devrait dire savoir de qui s’y passe mal ?
Et pourquoi pas tout ce qu’il s’y passe bien??
Je me concentre chaque jour sur ce que j’aime....par protection certainement’ ....mais au final je me suis rendue Compte que je n’étais pas si deconnectée que ça.
je ne suis déconnectée que d’une partie des choses ....le négatif ...mais je me suis connectée à des tas d’autres choses qui continuent d’être positives malgré tout!
et ces informations là non seulement ne brisent pas en me ruinant le moral, mais me donnent de l’espoir et donc de l’énergie.....
Tout ça pour dire que je comprends ce désespoir a regarder autour de soi et l’état du monde ...et pour ma part, me déconnecter activement chaque jour de cela ( car il faut vraiment fuir pour ne pas être rattrapée par ce que les médias nous présentét du monde ) et choisir la vision du monde que l’on a envie de soutenir et qui EXISTE toujours m’a aidée...beaucoup.
en fait je fais comme Pierre Rabbi dit : «  ma petite part du colibri »... et du coup ma vie a repris un sens...... petit .......mais un sens quand même .
bon courage et plein de bonnes ondes ! ❤️
Poppy