lundi 17 septembre 2018

La variable Mangkhut





Hier matin, je venais juste de me lever quand ma soeur m'a contactée par Messenger pour me demander quand on partait en Asie. C'est assez rare qu'elle vienne me parler sur les réseaux sociaux; du coup, ça m'a mis la puce à l'oreille. J'ai tapé: "Jeudi". Et dix secondes après: "Pourquoi?". Et vingt secondes après: "Y'a un problème?". J'ai attendu sa réponse quelques minutes en me disant: "C'est idiot, tu ne vas pas googler «cause annulation vacances en Asie cette semaine»" et en essayant de ne pas imaginer des horreurs. J'avais bien vu sur Twitter une courte vidéo d'un fils et son père jetés à terre contre un muret par le vent et un commentaire sur un typhon qui ne rigolait pas, mais mon cerveau n'a pas fait le rapprochement tout de suite. 

Et bizarrement, une fois que j'ai su, des tas de pensées m'ont traversé la tête, mais à aucun moment je n'ai commencé à hyperventiler et à me lamenter que nos vacances étaient foutues. Ma première réaction a bien entendu été purement égoïste et irrationnelle: "Ah, ben après l'éruption du volcan islandais au nom imprononçable qui a pourri notre dernier séjour au Japon, ça va faire encore un voyage en Asie gâché par la météo". Mais tout de suite après: "Oui, enfin, on a quand même toujours de la chance dans notre malheur. En avril 2010, le trafic aérien a repris la veille de notre retour en Europe, et là, même si notre voyage est annulé, au moins, on se sera épargné la trouille de notre vie en ne partant pas une semaine plus tôt". Et aussi: "De toute façon, ce serait indécent de se plaindre avec toutes les victimes et les dégâts matériels que va faire Mangkhut. Nous, on sera sains et saufs quoi qu'il arrive, et comme j'ai pris une bonne assurance et fait des réservations d'hôtels annulables sans frais jusqu'à la veille du départ, je n'aurai sans doute même pas perdu beaucoup de sous dans l'histoire." 

Après, j'ai fait un truc que je fais souvent pour me consoler quand mes plans tombent à l'eau: j'ai essayé d'imaginer toutes les raisons pour lesquelles l'éventuelle annulation de notre voyage pourrait être une bénédiction cachée: "Si ça se trouve, un des avions que tu devais prendre se serait crashé"; "Si ça se trouve, tu aurais fait une phlébite; des caillots de sang seraient remontés dans tes poumons ou jusqu'à ton cerveau et t'auraient tuée", "Si ça se trouve, tu aurais rapporté des punaises de lit d'un des trois hôtels et vécu un an d'enfer pour t'en débarrasser", "Si ça se trouve, une piqûre de moustique t'aurait refilé une maladie exotique pénible", "Si ça se trouve, le stress du voyage aurait provoqué la dispute finale entre toi et Chouchou", "Si ça se trouve, tu seras au chômage technique les mois prochains et bien contente d'avoir économisé l'argent que tu aurais dépensé sur place", etc etc. (Cette tactique ne fonctionne que si on n'est pas en train de paniquer, parce qu'on ne peut jamais raisonner une amygdale paniquée.) (Un jour, je vous parlerai de Coco mon néo-cortex, de Mimi mon amygdale, de leur bataille incessante dans ma tête et des conversations que je leur invente.)

On avait prévu d'aller bruncher en fin de matinée, et je n'ai pas été tentée d'annuler pour rester vissée à mon ordi à googler "Mangkhut Hong Kong". De toute façon, je suis complètement impuissante. Si notre vol de jeudi est annulé, je ferai le nécessaire pour limiter les dégâts financiers, et j'essaierai d'organiser un autre voyage rapidement pour ne pas me sentir trop frustrée. S'il est maintenu, ce qui semble probable bien que pas certain, je me prépare d'ores et déjà à ce que notre séjour soit très différent de ce que j'avais imaginé, dans une ville meurtrie dont la priorité ne sera probablement pas l'accueil des touristes. Ce qui, à condition de ne pas m'accrocher à mes attentes, pourrait être très intéressant aussi - un nouvel exercice de lâcher-prise et d'apprentissage de la vulnérabilité. 

2 commentaires:

Anonyme a dit…

Certes, c'était un typhon particulièrement violent, mais la réalité est bien loin des images catastrophes de la télévision : il y a eu de la casse, mais surtout matérielle. Beaucoup d'arbres tombés et des fenêtres brisées. Quelques coins particulièrement exposés inondés.
Aujourd'hui, le lendemain du passage du typhon, le traffic est en train de reprendre au fur et à mesure que les routes sont dégagées, le métro fonctionne à nouveau et les gens ont repris le travail.
Les vols ont été annulés hier, mais là aussi le traffic va reprendre et il y a de bonnes chances pour que ce soit revenu à la normale d'ici jeudi.
Hong Kong voit des typhons passer chaque année et la ville est plutôt bien préparée. C'est toujours plus difficile dans les coins plus pauvres, où les maisons sont moins solides, mais ce ne sont pas les quartiers les plus touristiques.
Franchement je ne sais pas si, en tant que touristes, vous verrez un gros impact du typhon d'ici à jeudi. Désolée pour le pavé, mais habitant ici j'ai été étonné de voir des reportages aussi alarmistes aux informations françaises.
Je te souhaite un très bon voyage en Asie !

ARMALITE a dit…

Oh ben ne t'excuse pas de venir me rassurer; au contraire, c'est très gentil d'avoir pris la peine de m'écrire tout ça! Je n'ai pas regardé les infos françaises cela dit, juste suivi l'évolution sur Twitter et le site de SCMP. Et quand on n'a pas l'habitude, c'était très très impressionnant.