lundi 2 juillet 2018

"Les Suprêmes chantent le blues" (Edward Kelsey Moore)


Cinq ans après la conclusion de "Les Suprêmes", nos trois héroïnes vivent toujours à Plainview, dans l'Indiana. Clarice est désormais séparée de son coureur de mari et mène la carrière de pianiste de concert dont elle a toujours rêvé. Odette s'est remise de son cancer et continue à parler aux fantômes de sa mère, de sa tante Marjorie et d'Eleanor Roosevelet. Barbara Jean file le parfait amour avec le Roi des P'tits Blancs et promène son élégance impeccable dans les couloirs de l'hôpital que sa fortune contribue à financer. 

C'est alors qu'un vieux chanteur de blues disparu depuis plusieurs décennies revient en ville pour chanter au mariage de Beatrice, la mère bigote de Clarice, avec Forrest, le tenancier du club de strip-tease local. Sa présence va faire ressurgir beaucoup de souvenirs douloureux, mais aussi donner à plusieurs des protagonistes une chance de faire la paix avec leur passé...

Je suis toujours un peu craintive quand un roman prévu pour être un one-shot connaît un tel succès populaire que son auteur finit par écrire une suite non prévue au départ. Comme il est censé avoir tout raconté dans son premier opus et tout résolu à la fin de celui-ci, souvent, il doit recourir à un procédé quelque peu artificiel pour lancer une nouvelle intrigue. Ici, c'est le retour d'Ed Walker, qui portait jadis un autre nom et fut une figure capitale dans la construction d'un des personnages originels. 

J'avoue avoir d'abord eu du mal à m'intéresser à ce musicien éternellement tourmenté par le démon de la drogue, un profil qui me semblait un peu trop archétypal. Je trouvais qu'on ne voyait pas assez les Suprêmes, alors que c'était pour elles que j'avais eu envie de lire le livre! Mais au fur et à mesure que les liens se révélaient et que le passé se apparaissait en filigrane, j'ai réalisé que sa présence apportait une épaisseur supplémentaire à l'histoire des trois femmes et de leur entourage immédiat. 

Par ailleurs, j'ai aimé retrouver ces héroïnes si différentes les unes des autres, et pourtant unies par une amitié indéfectible qui les aide à surmonter toutes les épreuves. Edward Kelsey Moore continue à doser habilement sujets graves et moments qui réchauffent le coeur, confrontations pénibles et scènes hilarantes en évitant les violons autant que la guimauve. "Les Suprêmes chantent le blues" n'est pas une suite indispensable. Mais si vous avez apprécié l'original, il devrait vous plaire quand même. 

Traduction d'Emmanuelle et Philippe Aronson

Merci aux éditions Actes Sud pour cette lecture

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