dimanche 18 juin 2017

"Les sorcières du clan du Nord T1: Le sortilège de minuit" (Irena Brignull)


Il y a 300 ans, une prophétie a prédit qu'une Hawkweed deviendrait la nouvelle reine de tous les clans de sorcières. Crécerelle Hawkweed tient à ce que le pouvoir revienne à sa fille Surelle. Alors, quand sa soeur Charlock accouche à son tour, elle se débrouille pour échanger magiquement le bébé contre une autre fillette née au même moment.

Ainsi Poppy, brune et ombrageuse, grandit-elle au sein d'une famille ordinaire en provoquant à la fois la folie de sa mère et quantité de phénomènes qui échappent à sa compréhension. De son côté, Clarée, blonde et douce, mène la triste existence d'une sorcière sans pouvoir méprisée par toutes ses soeurs. Mais à l'adolescence, le destin finit par les réunir - et contre toute attente, une amitié très forte grandit entre elles...

J'avoue: plus encore que le thème, c'est la superbe couverture embossée de "Le sortilège de minuit" qui m'a donné envie de le lire. Qu'il s'agisse du physique des deux héroïnes, de leur façon de s'habiller ou de l'endroit dont elles sortent, tout ce qui les oppose y est parfaitement illustré. Poppy et Clarée ont grandi avec l'impression de ne pas être à leur place, un sentiment commun à beaucoup d'adolescent(e)s. Sauf que dans leur cas, elles ont raison sur un plan très littéral! 

Plusieurs choses m'ont agréablement surprise dans ce premier roman d'Irena Brignull. D'abord, au lieu de situer cette histoire dans un monde de fantasy ou un passé vaguement historique, l'auteure choisit de la faire se dérouler de nos jours dans un pays occidental qui n'est jamais nommé - mais où on boit du Coca zéro. Comme elle s'abstient également de moderniser le concept de sorcières, elle produit un authentique choc de cultures entre le clan archaïque installé dans des roulottes au fond des bois et le monde extérieur qui est celui que connaissent tous les lecteurs. (En contrepartie, on a parfois du mal à suspendre son incrédulité: il semble impossible que les sorcières n'aient jamais été découvertes et, avec tous leurs pouvoirs, se contentent de vivre en recluses sur un territoire aussi limité!)

Autre bonne surprise: l'atmosphère très noire, surtout pour un roman jeunesse. La mère de Poppy est devenue folle et a dû être internée; son père tient la jeune fille responsable de tous leurs malheurs et ne lui prodigue jamais la moindre marque d'affection. Leo, le garçon qui va bientôt se retrouver tiraillé entre Poppy et Clarée, est SDF depuis plusieurs années, et l'auteure présente ses conditions de vie sous un angle des plus réalistes qui tord le coeur. Je ne suis pas fan des triangles amoureux, bien trop fréquents à mon goût dans la littérature jeunesse, mais le personnage de Leo est ici celui que j'ai trouvé le plus attachant. 

Le point faible de ce tome 1, c'est qu'il explore assez peu le fonctionnement de la société des sorcières (il ne s'attarde pas non plus sur le monde ordinaire où Poppy a grandi, mais on s'en fout, parce que tous les lecteurs le connaissent déjà). Par exemple, chaque clan vivant tout seul dans son coin en auto-suffisance, on peine à comprendre l'intérêt et la fonction d'une reine, ou la raison pour laquelle les sorcières sont prêtes à s'entre-tuer pour des questions de succession, ce qui amoindrit l'impact de la confrontation finale. Mais comme il s'agit d'une série, j'imagine que le sujet sera abordé dans les tomes suivants. 

Merci à Gallimard Jeunesse pour cette lecture. 

1 commentaire:

Anonyme a dit…

Oooooooh, zut alors, encore une lecture qui a l'air sympa !

Mélusine