lundi 6 mars 2017

"A cause de la vie" (Véronique Ovaldé/Joann Sfar)


Nous sommes en octobre 1984 à Paris. Nathalie, 11 ans, vit seule avec sa maman dans un immeuble de six étages sans ascenseur, rue Céleste-Cannard. Parce qu'elle pense qu'un vrai prénom doit venir du fond de soi, elle s'est rebaptisée Sucre de Pastèque. Elle va à l'école en peignoir de catcheur marqué Demonius dans le dos et serre-tête à plumes. C'est une enfant solitaire et mélancolique, qui rêve qu'un parfait gentleman viendra un jour l'arracher à sa morne existence. Ce gentleman, elle croit le trouver en Eugène, le fils bègue des nouveaux voisins du dessus qui vient lui emprunter une pompe à vélo. Ebloui par cette divine créature, Eugène s'applique à relever les défis qu'elle lui dépose chaque jour dans le ficus du couloir - jusqu'à ce qu'un drame survienne...

Belle surprise que cet ouvrage conçu conjointement par l'écrivaine Véronique Ovaldé et le bédéaste multi-casquettes Joann Sfar. J'imaginais une bédé classique lorsque je l'ai acheté sous cellophane; en réalité, il s'agit plutôt un court roman illustré en grand format. Difficile à classer dans une bibliothèque, donc - mais qu'importe: c'est une merveille de sensibilité et de nostalgie, à la prose évocatrice et délicieusement fantaisiste.

"Sucre de Pastèque se lève pour se préparer un grand bol de chocolat au lait (lait écrémé, capsule verte). En le dégustant à petites gorgées, elle se dit, bien calée dans ses oreillers, que c'est délicieux d'être malheureuse quand on l'a décidé, pour se distraire, un jour de congé. Elle sent qu'elle va pleurer un peu et que ce sera très agréable." 

"En fait le chat de monsieur Ripolino n'entre jamais nulle part, il reste sur le seuil et jette des regards circonspects à l'intérieur des domiciles de chacun, assis sur le paillasson. Il a toujours le même air méditatif, un peu condescendant, de celui qui pourrait tout à fait vivre en autogestion et qui vous accorde, magnanime, de prendre soin de lui." 

"Nathalie écoute le bruit du square et de la rue en juillet, elle se sent prise d'un doux accablement. C'est une langueur très particulière, une langueur urbaine et estivale, quelque chose qui a à voir avec la poussière, la dioxyde de carbone, le cri des martinets, l'absence de Dieu et notre nature provisoire."





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