vendredi 17 février 2017

"March comes in like a lion T1 & 2" (Chica Umino)


Rei Kiriyama, 17 ans, fut seulement le 5ème collégien à passer joueur professionnel de shôgi. Pourtant, les échecs japonais ne sont pas une passion pour lui. Il a commencé à les pratiquer pour se rapprocher de son père puis, après la disparition brutale de ses parents et de sa petite soeur, pour faire plaisir son père adoptif - ce qui lui a valu la haine des enfants de celui-ci. 

Aujourd'hui, Rei vit seul dans un appartement à peine meublé, au bord d'un grand fleuve dont la proximité l'apaise. Il a repris le lycée avec un an de retard mais, malgré de bons résultats scolaires, ne s'y est fait aucun ami. C'est un jeune homme profondément marqué par son passé, qui ne sait pas qui il est ni où il va et dont seuls les tournois de shôgi structurent la morne existence. 

Mais un jour, il fait la rencontre de trois soeurs également orphelines qui vivent dans une vieille maison un peu décrépite. Akari, l'aînée, travaille au magasin de gâteaux de son grand-père le jour et fait l'hôtesse dans le bar de sa tante la nuit Hina, la cadette, va au collège et a le béguin pour un joueur de baseball très convoité par toutes les filles de sa classe. Momo, la benjamine, est encore à la maternelle. Même si leur mère leur manque beaucoup, chez elles, tout n'est que rires et bavardages, une effervescence qui contraste très fort avec l'atmosphère presque funèbre de l'appartement dépouillé de Rei...

Drôle de série que "March comes in like a lion (et à ce stade, non, je ne sais pas à quoi le titre fait allusion, même si j'imagine qu'il s'agit d'une tactique de shôgi ou autre élément lié à ce jeu). Dès les premières pages, elle dégage une puissante impression de solitude et d'errance intérieure. On sent combien Rei est perdu, combien il s'est coupé de ses propres émotions et refoule ses mauvais souvenirs pour arriver à survivre, combien il répugne à s'abandonner à l'affection chaleureuse des trois soeurs. Lorsqu'il n'est pas en train de jouer au shôgi, les pages qui lui sont consacrées sont souvent muettes et d'une austérité extrêmement mélancolique.

Par contraste, dès que les trois soeurs font irruption dans le récit, les cases deviennent joyeusement bordéliques, encombrées de bulles de dialogue qui partent dans tous les sens et souvent squattées dans les coins par des chats perpétuellement affamés. On notera aussi la touche d'humour apportée par Harunobu Nikaîdo, le rival et meilleur ami auto-proclamé de Rei, un garçon joufflu, déterminé et envahissant dont les pitreries dissimulent de graves problèmes de santé. Ici, personne n'a la vie facile et chacun se débrouille comme il peut pour tracer son chemin en dépit de tout. Un manga émouvant, en cours depuis dix ans au Japon et dont j'ai hâte de découvrir la suite. Deux tomes sont déjà disponibles en français, le 3ème suivra en avril et le 4ème en juin.

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