dimanche 18 décembre 2016

"La maison des morts" (Sarah Pinborough)


Cent ans qu'il n'a pas neigé en Angleterre. Cent ans qu'aucun Défectueux ne s'est plus transformé. Aujourd'hui, il est devenu très rare qu'une analyse de sang révèle, chez un sujet âgé de moins de dix-huit ans, la présence du mal qui peut le faire basculer en l'espace de quelques jours. Toby et ses camarades font partie d'une poignée de malchanceux arrachés à leur famille, drogués et amenés en camionnette noire jusqu'à l'île déserte où se dresse la maison des morts. Encadrés par des infirmières et des professeurs indifférents à leur sort, ils trompent tant bien que mal leur terreur en attendant le jour où les premiers symptômes se manifesteront et où on viendra les chercher en pleine nuit pour les emmener au sanatorium dont nul ne revient jamais...

De la nature exacte du mal qui emporte les jeunes protagonistes, du contexte dans lequel il a émergé autrefois, de la façon dont le sanatorium a été créé et des objectifs du personnel qui y travaille, on ne saura jamais rien. La maison des morts est un prétexte, un cadre isolé et hors du temps où des adolescents privés de tout ce qui avait fait leur vie jusque là doivent trouver un moyen d'affronter leur fin imminente sans l'aide d'aucun adulte, ni même de leurs camarades qui évitent de tisser tout lien affectif pour mieux se protéger. Répartis par dortoirs, ils ont développé une sorte d'esprit de meute, et c'est à ceux qui tiendront le plus longtemps sans encaisser de perte dans leurs rangs. Jusqu'au jour où débarque Clara, qui pense que tout le monde va mourir de toute façon et que l'important, c'est la façon dont on vit chaque jour. L'amour lumineux qui naît entre elle et Toby va radicalement transformer l'existence de ce dernier.

Evidemment, avec un sujet pareil, "La maison des morts" ne peut pas être un livre très gai. Mais ce n'est pas non plus un livre sinistre, loin de là. Si cruel qu'en soit le contexte, si étouffante son atmosphère et si bouleversante sa fin, il remue le lecteur d'une façon très positive avec sa façon bien à lui d'aborder le thème du carpe diem. Ca faisait longtemps qu'un roman - jeunesse ou autre - ne m'avait pas autant happée et émue à la fois. En plus, l'édition française est de toute beauté avec sa couverture en dur et sa tranche teintée de noir. (Je ne peux par contre rien dire sur la qualité de la traduction étant donné que je l'ai lu en VO.) Si vous n'avez pas peur des ambiances plombées et que vous cherchez une lecture qui sorte un peu de l'ordinaire, je vous le recommande fortement.

3 commentaires:

Anne-Sophie a dit…

Je l'ai terminé hier soir (en français) et beaucoup aimé.
Ceux qui souhaitent des réponses à tout prix pourraient se sentir frustrés (je l'ai été sur la fin) mais j'ai aimé le côté énigmatique, cette perte de repères sur le lieu, l'époque, la maladie...
Et puis ce mélange de cruauté et de désespoir des enfants, qui restent des enfants face à la mort, m'a beaucoup touchée.

Kana a dit…

Ouh la, j'avais ce livre en attente dans ma liste Kindle, hier soir j'ai commencé à le lire, le choc :-D
Je n'avais aucun souvenir du thème! Après vérification je vois que c'est bien ici que j'avais pris l'idée, je m'abstiens de relire ta critique, je reviendrai quand je l'aurai fini!

Kana a dit…

J'ai adoré ce livre!
Merci :-)