vendredi 29 juillet 2016

Mauve




Fin de journée sur Monpatelin. Le primeur était exceptionnellement fermé, et je n'ai pas pu racheter d'avocats, mais j'ai dans mon sac en toile une boule de mozzarella pour me préparer une pizza ce week-end, les oeufs qui manquaient pour mon banana bread, plus un sachet de pains au lait à tartiner de confiture pastèque-vanille pour les moments de blues. 

Hier soir, après presque un mois d'observation de mes humeurs principales, j'ai défini les couleurs que je voulais utiliser pour mon projet de moodmapping. Il y aura le rose pour la joie, le bonheur, la satisfaction, la sérénité; le bleu pour la tristesse, l'ennui, le regret, la mélancolie; le rouge pour la frustration, l'irritation, la colère, l'agressivité; le noir pour l'angoisse qui dévore tout. 

Jusqu'ici, ça a été une journée rose clair. Il fait beau, j'ai bien bossé, Chouchou a reçu une bonne nouvelle très attendue avant-hier. Rien de spécial mais tout va bien - et puis c'est l'été, ce qui constitue en soi une raison d'être heureuse. Comme je n'ai plus rien de spécial à faire chez moi hormis préparer mon repas du soir, je décide de m'accorder une heure de lecture à la terrasse du bar de la Place avant de rentrer. Je commande au serveur qui ne fait pas mal aux yeux mon habituel verre de punch couleur corail, tout droit sorti d'une bouteille bon marché et sobrement additionné de deux glaçons. Ce n'est pas la boisson la plus raffinée du monde, mais je l'aime bien parce que je l'associe aux moments paisibles et ensoleillés passés là, à cet endroit précis où je me sens si bien. 

Je sors mon livre de mon sac et me plonge dans l'histoire de Katie Lavender, qui ayant perdu ses deux parents débarque incognito chez son père biologique au moment où celui-ci apprend que son frère chéri a escroqué un million de livres à l'entreprise familiale et s'est suicidé en se noyant dans la rivière voisine. Ca fait beaucoup de deuils en moins de cent pages. Je ne tourne pas la tête vers le restaurant bistronomique qui, de l'autre côté de la place, a remplacé le bar de la Poste où j'avais un vendredi midi emmené mon propre père manger de l'aoïoli, il y a au moins douze ans. Je n'ai pas envie de voir son fantôme repu et ravi se superposer aux tables chics et aux auvents élégants qui ont remplacé les tables en plastique vert et les parasols Ricard. 

Une petite fille blonde et rose court autour de la fontaine glougloutante. Elle tente une échappée discrète mais déterminée vers le bout de la rue. Son père se lève pour la ramener. A une autre table, des retraités au visage buriné encouragent les joueurs de boule du terrain voisin avé l'assen. Derrière moi, un marchand de bonbons somnole sur son pliant en toile tandis que, sur la scène érigée pour l'occasion, deux chanteuses massacrent allègrement "Tous les cris les SOS" et "Sauver l'amour", probablement en vue d'une soirée hommage à Daniel Balavoine. Quand elles se taisent enfin, l'orchestre attaque une version instrumentale électronique et trop rapide de "Aimer est plus fort que d'être aimé". C'est plutôt guilleret et assez déconnecté de l'original. Trente ans déjà que mon idole de jeunesse s'est tuée sur le Paris-Dakar et que je me suis roulée par terre de désespoir pendant trois jours. Ses chansons survivent déformées, comme le souvenir de mon père. Le temps passant, elles sombreront dans l'oubli, comme le souvenir de mon père. 

A la table voisine, le serveur encaisse les consommations en philosophant: "Il y a un temps pour tout. Un temps pour payer et un temps pour mourir." Les yeux me piquent et je mets connement à pleurer dans mon bouquin. La journée vient de virer au mauve. Il serait temps que je décide ce que je veux faire du reste de ma vie. 

Lectures de Juillet 2016




ROMANS
- "La pâtissière de Long Island" (Sylvia Lott) ♥︎♥︎♥︎♥︎
- "The rest of us just live here" (Patrick Ness) ♥︎♥︎♥︎
- "Les Brillants" (Marcus Sakey)
- "Dans les prairies étoilées" (Marie-Sabine Roger) ♥︎♥︎
- "In the unlikely event" (Judy Blume) ♥︎♥︎♥︎♥︎
- "One" (Sarah Crossan) ♥︎♥︎
- "Le monde caché d'Axton House" (Edgar Cantero) ♥︎♥︎♥︎♥︎♥︎
- "The dandelion years" (Erica James) ♥︎♥︎♥︎♥︎
- "Amusez-vous en pensant à moi" (Asa Hellberg)
- "The book that proves time travel happens" (Henry Clark) ♥︎♥︎
- "Le lys de Brooklyn" (Betty Smith) ♥︎♥︎♥︎♥︎
- "Qui veut tuer Alaizabel Cray?" (Chris Wooding)
- "The raven cycle T1: The raven boys" (Maggie Stiefvater) ♥︎♥︎♥︎♥︎
- "Les adieux pour débutant" (Anne Tyler)
- "Pique-nique à Hanging Rock" (Joan Lindsay) ♥︎♥︎♥︎
- "The real Katie Lavender" (Erica James) ♥︎♥︎♥︎
- "Une vie comme une autre" (Darcy O'Brien)

BEDE/MANGA
- "L'adoption T1: Qinaya" (Zidrou/Monin) ♥︎♥︎♥︎
- "Rituels" (Alvaro Ortiz)
- "Chiisakobé T3" (Minetaro Mochizuki) ♥︎♥︎
- "Erased T7" (Kei Sanbe) ♥︎♥︎
- "Luisa ici et là" (Carole Maurel) ♥︎♥︎♥︎
- "Dédale T1&2" (Takamichi) ♥︎♥︎♥︎♥︎
- "Barakamon T1" (Satsuki Yoshino) ♥︎♥︎♥︎

DIVERS
- "Fuck feelings" (Dr Michael & Sarah Bennett) - en cours
- "Stina" (Lani Yamamoto) ♥︎♥︎♥︎♥︎

"Pique-nique à Hanging Rock" (Joan Lindsay)


Australie, 14 février 1900. L'été touche à sa fin. Les jeunes pensionnaires de Mrs Appleyard attendent depuis des mois ce pique-nique annuel non loin du Hanging Rock, un immense massif rocheux. Revêtues de leurs mousselines légères, elles partent dans une voiture tirée par cinq superbes chevaux bais. Après le déjeuner, les demoiselles s'assoupissent à l'ombre des arbres. Mais quatre d'entre elles, plus âgées, obtiennent la permission de faire une promenade. Enivrées par cet avant-goût de liberté, elles franchissent un premier ruisseau... puis disparaissent dans les hauteurs. Quand, tard dans la nuit, la voiture regagne le pensionnat, trois adolescentes manquent à l'appel. 

Autant vous prévenir tout de suite: si, comme moi, vous aimez bien obtenir des réponses à vos questions, comprendre ce qui se passe et pourquoi les personnages agissent ainsi qu'ils le font, vous risquez de refermer ce livre en proie à une grande frustration. Considéré comme un des plus grands romans de la littérature australienne, "Pique-nique à Hanging Rock" n'a rien d'un thriller. Le suspens que l'auteur choisit d'entretenir n'est pas d'ordre policier mais  plutôt social et psychologique. Son vrai propos, c'est de raconter de quelle manière la disparition des trois filles va affecter le personnel et les autres pensionnaires d'Appleyard, ainsi que, par ricochet, certains de leurs voisins appartenant à la bonne société australienne. Petit à petit, des ondes de choc invisibles se propagent en détruisant tout sur leur passage, par des mécanismes qu'on ne s'explique pas toujours très bien. (Au cours de ma lecture, malgré un contexte très différent, j'ai parfois pensé à "Virgin suicides".)

Pour moi, le véritable intérêt de ce livre réside dans son atmosphère de malaise subtil mais permanent, dans la façon dont Joan Lindsay donne vie à une nature tantôt douce et accueillante, tantôt sévère et hostile, dans son talent pour restituer la touffeur de l'été australien puis la mélancolie de l'étrange automne qui lui succède. Elle présente le mystère non élucidé de telle sorte qu'on pourrait croire à un véritable fait divers - alors que non, il s'agit bel et bien d'une histoire inventée de toutes pièces. D'ailleurs, sa version originale du roman incluait un dernier chapitre qui révélait ce qu'étaient devenues les disparues, et l'explication était tellement bizarre qu'au final, je préfère être restée sur ma faim. (J'aime aussi cette interprétation détaillée d'un lecteur.) On notera que Peter Weir a adapté, très fidèlement semble-t-il, le roman au cinéma en 1975, sans se risquer à fournir d'autres éclaircissements que Joan Lindsay.

mercredi 27 juillet 2016

Où même Chouchou finit par admettre que l'art contemporain, parfois, c'est un peu n'importe quoi


Mon contentieux avec l'art contemporain ne date pas d'hier. Contrairement à Chouchou, qui trouve de l'intérêt à tout ou presque, je refuse de considérer comme de l'art quelque chose qui n'est ni beau ni signifiant. Cela donne très régulièrement lieu à des scènes de grande détresse dans l'un ou l'autre musée où je l'ai accompagné pour lui faire plaisir, voire dans un musée où je me suis rendue de mon plein gré pour voir autre chose. Chouchou y prend d'ailleurs un plaisir pervers: "Le vrai spectacle, c'est ta réaction", m'a-t-il déjà dit plusieurs fois, hilare. 

Prenons un exemple récent. Au musée d'Ixelles, où nous nous étions rendus pour admirer la très belle expo consacrée à la peinture hyper-réaliste, on peut voir en ce moment une installation d'Oriol Vilanova, lauréat de l'Art Contest 2015. Dans une vaste salle entièrement vitrée sur un côté, trois cartons de bananes Chiquita régulièrement espacés reposent à même le sol. Ils sont pleins de cartes postales chinées aux puces, rangées de telle sorte qu'on ne voit que leur tranche. Au mur d'en face est suspendu un petit tableau du XIXème siècle, une huile représentant un ciel nuageux. C'est tout. 






Pendant que j'écumais que c'était vraiment  n'importe quoi, Chouchou, très calme, a répliqué que pas du tout avant de se lancer dans une explication lapidaire sur l'occupation de l'espace, les choses cachées et je ne sais plus quoi d'autre. Je me suis approché du cartel pour lire:

Au marché aux puces de Bruxelles, les vendeurs utilisent des caisses de bananes pour transporter et présenter leurs marchandises. Chiquita (2016) est une caisse de bananes remplie de cartes postales. Elles sont placées de manière qu'il soit impossible de voir les images. Il ne s'agit pas d'une représentation mais d'une présentation. Couleur et chaleur : imaginaire tropical. Ciel nuageux (s.d) est une œuvre du peintre belge Hippolyte Boulenger (1837-1874) qui fait partie de la collection du Musée d'Ixelles. On peut la considérer comme une des premières expériences abstraites en Belgique. Un paysage non mimétique qui va au-delà̀ du perceptible. Une peinture météorologique. La baie vitrée de la salle d'exposition qui donne sur le jardin nous place dans un lumineux espace extérieur-intérieur. L'espace d'exposition pratiquement vide génère une opposition par rapport à̀ l'immense volume d'images concentré dans la boîte et dans la peinture du XIXe siècle. Les deux œuvres s'articulent autour de la poétique du visible.
Demain (peut-être) il pleut.

..."Demain (peut-être) il pleut."

Evidemment, ça change tout. 

Il m'a fallu le reste de la journée pour m'en remettre. Ce qui ne m'a pas empêchée, le week-end suivant, de traîner Chouchou au Bozar pour une expo photo intitulée "Open spaces / Secret places" que j'avais repérée sur internet. La photo, en général, ça passe bien; j'arrive toujours à piger quelque chose, ou au moins à apprécier un ou plusieurs éléments esthétiques. 

"Toujours"? Que nenni. 


En fait les photos étaient interdites dans cette expo, ce que nous n'avons découvert qu'en nous faisant rabrouer 
pendant que Chouchou prenait celle-là; je n'en ai donc pas d'autres à vous montrer.

Après avoir enchaîné deux salles de clichés peu inspirants (parfois des murs nus abîmés, parfois des surfaces impossibles à identifier, et bien sûr zéro explication), nous sommes passés devant une série de photos en noir et blanc accrochées à la hauteur de mes genoux. Toutes mettaient en scène une vingtaine de paire de bottes en caoutchouc vides, mais comme s'il y avait des gens à l'intérieur, dans des situations et des décors variés. Le premier râlage passé ("Et on fait quoi quand on n'a pas des yeux de lynx, on se met à quatre pattes pour y voir quelque chose?), j'ai dû convenir que c'était une chouette série, et j'ai pensé que tout n'était pas perdu. 

Juste après, il y avait un rideau noir promettant "l'exploration du dessin d'une ligne conique" ou quelque chose du même style. Dubitative, je suis entrée avec Chouchou. Nous avons longé un petit couloir vaguement éclairé par la lumière du dehors, et arrivés au bout, nous avons tourné dans une salle entièrement noire. On n'y voyait RIEN, pas même nos propres mains devant notre figure. Chouchou a activé la fonction lampe de son iPhone. Nous avons aperçu un genre de coffre sur la gauche et un truc vert dans le fond. Rien d'autre. Quand nous avons rebroussé chemin, j'ai bien vu que pour une fois, Chouchou partageait ma perplexité. 

Le clou du spectacle, c'était quand même la dernière salle. Un espace immense, avec dans le fond une baie vitrée donnant sur la boutique du Bozar. Au milieu, un fil gris tendu du plafond au sol, le long du sol sur quelques mètres, puis du sol au plafond, comme pour figurer une vitre inexistante. Et la mention laconique: "Ne pas toucher à l'installation". J'espère que les postillonnages excédés ne comptent pas, parce que je peux vous dire que j'ai eu du mal à me retenir. Chouchou a hoché la tête gravement. 

"Là, OK, c'est du foutage de gueule."

Et pour la première fois en dix ans, nous somme sortis d'une expo d'art contemporain sans nous disputer (juste un peu énervés d'avoir payé 24€ à deux pour ça).

"The raven cycle T1: The raven boys" (Maggie Stiefvater)


"Il n'existe que deux raisons pour qu'une personne dépourvue de pouvoirs médiumniques voie un esprit la veille de la saint-Marc. Ou bien tu es son véritable amour... ou bien c'est toi qui l'as tué."
Chaque année, Blue Sargent se tient près de sa mère clairvoyante tandis que les morts de l'année à venir défilent devant elles. Blue ne les a jamais vus - jusqu'à ce qu'un jeune homme émerge de la nuit et parle avec elle. Il s'appelle Gansey, et c'est un des élèves d'Aglionby, le lycée privé local. Blue a pour principe de se tenir à l'écart de ces garçons privilégiés et arrogants. Mais elle est attirée par Gansey d'une façon qu'elle ne s'explique pas. Celui-ci a entrepris une quête dans laquelle il a entraîné trois de ses camarades: Adam, un boursier pauvre et battu par son père; Ronan, dont l'agressivité est difficilement contrôlable depuis la mort de ses parents, et Noah, qui parle peu et ne semble jamais rien manger...

Je ne savais pas trop à quoi m'attendre en me lançant dans cette nouvelle série de fantasy jeunesse, mais j'ai été très vite séduite. D'abord, j'ai beaucoup aimé l'atmosphère qui règne chez Blue. Celle-ci, qui n'a jamais connu son père, vit avec sa mère et quatre autres voyantes dont elle amplifie les pouvoirs alors que, pour sa plus grande frustration, elle n'en possède pas elle-même. Ensuite, les Raven Boys qui pourraient sembler des personnages stéréotypés à première vue se développent tous d'une façon assez noire et aussi complexe que les liens qui les unissent. L'histoire, plus ou moins basée sur des mythes celtiques, se révèle intrigante et prend quelques détours agréablement surprenants. Enfin, Maggie Stiefvater écrit bien, de façon directe mais évocatrice, avec pas mal d'humour mordant, et elle sait ménager ses effets de style. De sorte qu'en arrivant à la fin de The raven boys, je me suis aussitôt précipitée sur Amazon pour commander les tomes suivants - la série en compte 4 en tout, disponibles en anglais seulement. Cela dit, je serais tout à fait ravie de remédier à l'actuelle absence de VF! 

Edit: Pardon! Après vérification, les deux premiers tomes de la série ont été traduits en 2013, sous le nom "La prophétie de Glendower". Avec une couverture <s>moche</s> qui ne laisse en rien supposer qu'il s'agit de fantasy. Mais la version papier est épuisée chez l'éditeur, qui par ailleurs semble avoir renoncé à traduire les deux derniers tomes. 

lundi 25 juillet 2016

"Le lys de Brooklyn" (Betty Smith)


New York, au début du XXème siècle. Francie Nolan a neuf and, un optimisme infernal et un rêve: écrire. Sur sa mère, fée du quotidien; son père, héros ambigu; son frère, un roublard qui court les rues; sur ses tantes, la douce Evy et la pétulante Sissy, qui collectionne les "John"; sur Williamsburg, son quartier. Mais Francie voudrait aussi pouvoir décrire la vérité sans fard: la misère, la débrouille, le lot des immigrés. Fillette sensible, cherchant sa voix, elle raconte leurs vies, la vie...

Ce pavé de 700 pages réussit le tour de force de parler de pauvreté sans jamais tomber dans le misérabilisme. Francie a une vie intérieure très riche, nourrie par les livres qu'elle dévore au rythme d'un par jour, débordante de réflexions sur sa famille, la condition sociale, l'éducation et le travail, la religion, la "question sexuelle"... On est ébahi par la fierté de sa mère si courageuse, désespéré par l'alcoolisme de son père si charmeur, tour à tour amusé ou consterné par les réactions des voisins et des commerçants du quartier, touché par l'envie d'écrire de la fillette, choqué par la dureté de son quotidien qui exige de compter le moindre sou, d'enchaîner perpétuellement les combines et d'inventer des jeux pour tromper la faim.

C'est sans réserve que je recommanderais la lecture de ce très bon roman d'apprentissage s'il ne souffrait pas d'une traduction extrêmement vieillotte, dont je ne comprends pas que l'éditeur ne l'ait pas révisée à l'occasion de cette nouvelle parution en poche. Des enfants pauvres et sans éducation qui se parlent entre eux à coup de passé simple, d'imparfait du subjonctif et d'inversion verbe-sujet au début des questions, ça ne sonne pas très juste. De multiples notes de bas de page pour expliquer ce que sont Thanksgiving, les pèlerins du Mayflower ou la Restauration, c'était peut-être justifié en 1946, mais de nos jours, je trouve ça un poil insultant. C'est dommage, car ceci mis à part, le style bien que désuet reste agréable à lire la plupart du temps. Soi-disant considéré comme "une oeuvre culte de la littérature américaine", "Le lys de Brooklyn" aurait bien mérité un petit coup de frais.

Les joies de la semaine #29




Lundi: fou-rire au réveil quand Chouchou regarde une vidéo d'écureuils en train de téter une chatte et demande: "C'est quoi, ça, des bébés koalas?" / presque que des dialogues dans mon quota de pages du jour / un petit cadeau inattendu dans ma boîte aux lettres, parce qu'il paraît qu'on a toujours besoin d'un Saint-Bernard suisse

Mardi: les memes hilarants sur Melania Trump et son discours piqué à Michelle Obama / un thé glacé citronnelle-gingembre et des petits gâteaux au matcha pour le goûter / le Flow français #10

Mercredi: enfin une adaptation télé de la série des "Neuf Princes d'Ambre"! / l'inconnue qui m'aborde sur le quai d'Arts-Lois pour me dire qu'elle adore mon blog / lors de notre déjeuner au Cook & Book, mon interprétation d'une amygdale paniquée remporte un franc succès auprès de Sophie-Grosquick

Jeudi: avoir au congélo juste assez de rhubarbe déjà épluchée et coupée pour préparer une tarte en moins de cinq minutes / laisser un bout de Dulce fondre lentement sur ma langue pendant qu'on regarde "Stranger things"

Vendredi: un déjeuner-lecture au Peck 47 / j'ai bien fait d'acheter directement les 2 tomes de "Dédale"

Samedi: très chouette, la nouvelle collec' permanente du musée BELvue, et merci pour le cornet de frites / à la boutique du Bozar, coup de coeur pour un livre jeunesse dont je m'aperçois par la suite qu'il est vendu bien plus cher sur Amazon / avant même qu'on ait quitté la maison, Chouchou me répète dix fois qu'il me trouve super sexy dans ma robe mappemonde / finalement, la météo nous laisse faire un barbecue / super contents de voir Mélu et Hélie

Dimanche: une grasse matinée câlinous / va pour cette paire de sandales roses Esska soldées à - 60%  / le ménage fait, aller tous les deux finir l'après-midi chez Chouconut avec un bouquin

...et sans jour particulier: béni soit ce ventilateur /  la nouvelle bédé de Chouchou

dimanche 24 juillet 2016

Nouvelle collection permanente au musée BELvue




Le BELvue est un de mes musées préférés à Bruxelles. Situé à côté du palais royal et dédié à l'histoire de la Belgique, il propose toujours des expos de qualité à des tarifs raisonnables (ce qui est hélas de plus en plus rare...). En outre, on y trouve un self où la nourriture délicieuse est vendue au poids et peut être dégustée, soit dans un grand atrium lumineux, soit - si la météo le permet - dans un ravissant jardin clos. L'été, il m'arrive d'y aller juste pour me faire un lunch-lecture en solo. Mais notre visite d'hier avait un but plus culturel que gourmand: nous voulions voir la nouvelle collection permanente révélée au public le jeudi 21, jour de fête nationale...






Occupant deux étages, cette nouvelle collection se compose de salles thématiques: démocratie, économie, solidarité, pluralisme, migrations, langues et Europe. Les éléments sont présentés de façon très claire et pédagogique, voire ludique. J'ai particulièrement aimé:
- l'arbre généalogique de la famille royale, qui m'a enfin permis de relier tous ces gens dans ma tête et surtout de situer la fameuse Joséphine-Charlotte, dite Joséphine-Choucroute à la maison depuis que j'ai découvert (et mal lu, donc) son nom du coin de l'oeil en traversant la station de métro éponyme
- les anciennes et magnifiques publicités du grand magasin Innovation
- le meuble à "doudous" dont chaque case porte la photo et le nom d'un expatrié ou d'un migrant installé en Belgique; quand on ouvre la petite porte, on découvre un objet cher à cette personne, accompagné de son histoire écrite en quatre langues
- le fabuleux tapis qui reprend les diaporamas visibles tout le long de l'expo dans des espèces de box munis de "jumelles"










Dans les couloirs sont exposés des objets typiques de la culture belges, avec des explications accessibles sur les iPads fixés aux montants. Chouchou, qui connaissait déjà par coeur la partie historique, a poussé de grandes exclamations nostalgiques devant certains souvenirs de son enfance disparus depuis lors. J'ai gloussé bêtement devant les moules à gaufre en pensant au capitaine Haddock, et suis restée perplexe devant une paire de bottines argentée façon sabots de chèvre tandis que Plastic Bertrand hululait "Ca plane pour moi". 





A la sortie, après un petit tour dans la boutique de souvenirs très bien achalandée en "belgeries" intéressantes, nous sommes allés retirer au camion stationné devant l'entrée le cornet de frites offert jusqu'à ce soir avec toute entrée payante. Nous étions une fois de plus ravis de notre visite. Que vous ayez des enfants ou pas, que vous connaissiez déjà bien l'histoire de la Belgique ou pas, je vous recommande vraiment cette nouvelle collection permanente du musée BELvue. Il y a de quoi passer un moment très agréable et instructif! 

Place des palais 7
1000 Bruxelles
Ouvert tous les jours
Tarif plein: 7€ (12€ pour un billet combiné avec la visite du Coudenberg)

"Dédale" (Takamichi)


Et si la vie réelle pouvait bugger? 
Reika et Yôko, deux étudiantes, errent dans un gigantesque bâtiment, véritable dédale sans fin défiant l'imagination. Seul indice: un mystérieux message posé sur une table basse signé Tagami, un célèbre créateur de jeux vidéo, qui semble en savoir long sur cet endroit. 
Quel est la nature de cet étrange lieu? Pourquoi Reika et Yôko sont-elles le seul espoir de l'humanité? 

Parmi la profusion des titres désormais disponibles en français, c'est toujours chouette de tomber sur un manga vraiment original, et bouclé en deux tomes de surcroît. Je ne pouvais qu'être sensible au côté "escape game" de "Dédale", où les deux héroïnes passent tellement de temps à essayer de comprendre les règles d'un environnement nouveau, puis à les utiliser à leur profit ou à les contourner astucieusement.

Si le personnage de Yôko, peu développé et guère attachant, semble surtout là pour servir de faire-valoir à Reika, cette dernière en revanche ne cesse de surprendre le lecteur par sa façon de raisonner et de réagir. C'est un vrai plaisir de voir une otaku complètement inadaptée à notre monde s'épanouir dès lors qu'elle est placée dans des conditions qui lui correspondent davantage, et j'ai adoré son choix final si peu conventionnel. Lu d'un trait, "Dédale" a été pour moi une bouffée de fraîcheur inattendues et des plus plaisantes. 

samedi 23 juillet 2016

"Stranger things"


Je ne suis pas ce qu'on appelle un bon public. Je râle contre le déjà vu et revu, les incohérences du scénario, les fins prévisibles, les morales faciles et les propos creux. Je suis incapable d'apprécier un film "juste pour le fun". Et j'ai du coup une culture cinématographique assez misérable. Par exemple, je n'ai vu quasiment aucun des grands films fantastiques des années 80. "E.T.", "Les Goonies", "Poltergeist", "Les griffes de la nuit", "Carrie", "Prédateur"... Je sais de quoi ils parlent, et ça s'arrête là. Quelles étaient donc les chances pour que j'apprécie une série télé dont l'argumentaire principal est de compiler les éléments les plus marquants des films en question? Nulles, ou presque. Mais depuis sa sortie en bloc sur Netflix le 15 juillet, tout mon entourage s'enthousiasmait pour "Stranger things", et nous n'avons pas grand-chose à nous mettre sous la dent en ce moment, alors je me suis dit que peut-être, sur le facteur nostalgie, ça avait une chance de fonctionner. 

Et ça a fait mieux que fonctionner: ça m'a complètement emballée. Peut-être parce que dès la scène de pré-générique du pilote, les jeunes héros, qui ont pile le même âge que moi en 1983, jouent à Donjons & Dragons qui va servir de référentiel pendant toute la série - ce qui a très fort facilité mon identification. Peut-être parce que les personnages sont tous hyper-attachants et les acteurs fantastiques de bout en bout (même si je trouve que Winona Ryder en fait un poil trop dans le registre de la mère hystérique de l'enfant disparu). Peut-être grâce à la bande-son qui m'a très efficacement renvoyée à mon adolescence. Peut-être parce que, même archi-convenue, l'histoire est sacrément bien troussée, et le rythme dosé juste comme il faut pour qu'on ne s'ennuie pas. Peut-être parce que j'ai eu l'impression d'être dans un roman de Stephen King correctement adapté à l'écran, pour une fois. Bref, j'en suis la première surprise, mais j'ai adoré "Stranger things", la série fun de l'été. (8 épisodes de 45 mn, tous disponibles sur Netflix.)




mercredi 20 juillet 2016

Envies de juillet


Plus des objectifs, donc: juste des envies du moment en vrac, dont je ferai peut-être quelque chose et peut-être pas en fonction de l'inspiration, des opportunités, de la météo et de mon humeur!




mettre des cactus lune sur mes rebords de fenêtre
acheter du sumac pour en foutre partout (mais surtout sur des oeufs durs)
me nourrir quasi exclusivement de fruits d'été
nager dans la mer, comme ça ne m'est pas arrivé depuis 20 ans au moins
faire une balade (et des photos!) dans les dunes
investir dans deux carafes conçues spécifiquement pour préparer du thé glacé
passer le plus de temps possible à lire en terrasse
remplacer ma photo de présentation par un portrait d'illustratrice
organiser le week-end à Amsterdam de début septembre...
...et le week-end à Nantes de fin octobre
relire la série des "Princes d'Ambre" de Zelazny...
...et "Neverwhere" de Neil Gaiman

mardi 19 juillet 2016

"The dandelion years" (Erica James)


Depuis l'accident de voiture qui coûta la vie à sa mère et à ses deux grands-mères lorsqu'elle n'avait que dix ans, Saskia Granger vit à Ashcombe, ravissante maison sise au coeur du Suffolk, en compagnie de son père et de ses deux grands-pères. Aucun des trois hommes ne s'est remarié, et à eux quatre, ils forment une cellule familiale peu commune mais bien organisée et débordante d'amour. 

Devenue adulte et d'un naturel peu sociable, Saskia exerce le métier de restauratrice de livres anciens dans un atelier situé au fond du jardin. Quand elle découvre un carnet intime caché à l'intérieur d'une vieille Bible, elle ne peut s'empêcher d'en dévorer le contenu malgré l'écriture abominable de l'auteur. Fils d'immigrés russes et diplômé de Cambridge, celui-ci raconte comment, durant la Deuxième Guerre Mondiale, il travailla à Bletchley Park où il rencontra l'amour de sa vie...

Acheté un peu au hasard pour profiter d'une offre "le second à moitié prix" chez Waterstones, ce roman a ensuite moisi dans ma PAL pendant plus d'un an avant que je ne me décide à lui laisser sa chance. Je n'avais jamais entendu parler de l'auteur, qui a pourtant à son actif une vingtaine de titres dont presque autant de best-sellers, et rétrospectivement, je trouve très curieux qu'elle ne soit pas traduite en français. Parce que "The dandelion years" est franchement excellent. Pour l'essentiel, j'ai adoré l'évocation du quotidien à Bletchley Park pendant la guerre, celui de ces hommes et de ces femmes qui se dévouaient nuit et jour pour tenter de décrypter les messages codés de l'ennemi. Les conditions de vie spartiates chez des particuliers transformés en logeurs souvent malgré eux, l'acharnement fiévreux à accomplir un travail qu'ils savaient crucial, le désespoir parfois quand ils ne parvenaient pas à empêcher les sous-marins allemands de couler un bâtiment anglais... Et à côté de ça, l'ivresse d'un premier amour partagé dans ses conditions si particulières, à une époque où de nombreux obstacles pouvaient se dresser entre deux tourtereaux. 

Par contraste, la moitié contemporaine du récit semble un peu plus fade, mais elle s'en tire encore assez bien grâce à l'atmosphère douillette d'Ashcombe, qui donne envie de tout lâcher pour aller s'installer illico dans la campagne anglaise. J'avoue avoir été séduite par l'arrangement domestique peu conventionnel de la famille Granger, ainsi que par le métier de Saskia, et touchée par les deuils respectifs des deux protagonistes principaux, l'impact qu'ils ont sur leurs choix de vie et leur personnalité même. Bref, encore un bouquin très plaisant que je vous recommande pour vos vacances si vous lisez l'anglais!

"- Now then, a toast to our very own dandelion years.
I cocked my head.
- What do you mean by that?
- It's how I think of the war and the effect it's having on everybody. The hopes and certainties we used to live by have been swept away. We live in a time where all it might take is one little puff and everything could be gone. You. Me. Everything we hold dear."

lundi 18 juillet 2016

Les joies de la semaine #28




Lundi: enlever enfin la couette de notre lit / caler début octobre le test de l'escape game à thème Mayas auquel nous sommes invités sur Paris / le retour de "Mr. Robot", yeaaaaah!

Mardi: une autre invitation à tester une salle d'escape game qui ouvrira à la rentrée à Bruxelles / fini le cours de CSS / commandé deux romans jeunesse prometteurs sur le thème du voyage dans le temps

Mercredi: "J'ai confiance en ton Nord", m'écrit une amie déboussolée: best compliment ever / j'attaque le cours de JavaScript / la fin de "Le monde caché d'Axton House" est juste ouaaaah

Jeudi: la douleur à l'omoplate gauche qui m'a pourri la journée d'hier a disparu / ça faisait longtemps que je ne m'étais pas offert quelques bricoles cosmétiques chez Di / retrouver Andrea, avec qui j'avais sympathisé au Berger et qui officie désormais au bar de l'hôtel Jam / la vue sur Bruxelles depuis la terrasse du 7ème étage

Vendredi: mon article d'hier en petite Une de HelloCoton / alors que je sors de la salle de bain complètement défaite après avoir vomi tripes et boyaux, Chouchou m'informe sans ironie aucune qu'il est fou amoureux de moi

Samedi: un autoportrait rigolo en panda / respirer l'air de la campagne une fois de temps en temps, c'est bien aussi / discuter expos, bouquins, brunch et politique avec un couple de jeunes mariées / mais au fait, comment ça fonctionne une luciole? / danser assis sur "Alexandrie, Alexandra" dans la 500 Cambio

Dimanche: les fabuleux choux de Chouconut + leurs fauteuils ultra-confortables + personne dans la salle du haut à part moi + un excellent bouquin = un après-midi parfait / un tour de grande roue à la Foire du Midi / en effet, "Strangers things" est délicieusement régressif

dimanche 17 juillet 2016

Le ras-le-bol des objectifs




Depuis quelque temps déjà, je constate que ça me gonfle d'établir des listes d'objectifs mensuels et de me sentir tenue par elles pour organiser mes activités alors que, de plus en plus souvent, mes priorités changent durant le mois. Je me dis que les corvées indispensables seront expédiées de toute façon, que je n'ai plus envie de me forcer à faire des trucs "qu'il faudrait" mais qui me gonflent, et que ce n'est peut-être pas la peine de planifier mes loisirs de façon aussi rigide. Cette année est difficile, à la fois en raison d'une actualité pesante et pour des raisons personnelles, et je commence à vivre mon propre impératif de productivité comme une violence auto-infligée, la plus stupide de toutes. 

Ce qui me ferait du bien, là, c'est de me lâcher un peu la grappe, d'arrêter de fabriquer du stress toute seule. Continuer à mettre des Post-It de rappel dans mon agenda pour quand je dois payer ma TVA, certes, mais pour le reste, faire en fonction de l'inspiration du moment. Fonctionner à l'envie plutôt qu'à l'obligation auto-imposée. Cesser de vouloir tout contrôler et optimiser ma vie coûte que coûte. De toute façon, il y aurai toujours moyen de faire plus, de faire mieux, mais est-ce bien l'essentiel? En ce moment, pour moi, la réponse est non. Je ne veux pas rentabiliser mon temps et mon énergie; je veux de la souplesse, de la spontanéité, du lâcher-prise. De légèreté et de la douceur.

samedi 16 juillet 2016

Concours "La soudaine apparition de Hope Arden": la gagnante!



C'est donc Petite G qui remporte le livre cette fois. 

Merci de m'envoyer tes coordonnées postales sous 8 jours à: leroseetlenoir@hotmail.com

Merci à toutes pour votre participation et à bientôt pour d'autres concours!

jeudi 14 juillet 2016

"Le monde caché d'Axton House" (Edgar Cantero)


Suite au suicide d'Ambrose Wells, un lointain cousin d'Amérique qui s'est défenestré à l'âge de 50 ans comme son père avant lui, A. hérite du gigantesque et mystérieux manoir nommé Axton House. Il y débarque avec Niamh, jeune Irlandaise muette que sa tante Liza a chargée de veiller sur lui. Dès les premiers jours, il découvre que le majordome s'est enfui, que le défunt a laissé des instructions codées et qu'une grande réunion avait lieu à Axton House chaque année au moment du solstice d'hiver. Il commence également à faire des rêves récurrents aussi vivaces qu'inquiétants. Et que dire de la présence qui semble hanter la salle de bain? 

Je suis une hyper-rationnelle qui aime, le temps de ses lectures, croire à la possibilité de phénomènes paranormaux, à l'existence de dimensions invisibles pour l'oeil humain. Des histoires d'occultisme, j'en ai lu énormément sur la fin de mon adolescence. Leurs intrigues prometteuses à la base se révélaient généralement boiteuses ou décevantes et me laissaient frustrée à la fin. Au bout d'un moment, j'ai estimé avoir fait le tour du genre, et j'ai plus ou moins abandonné. Jusqu'à ce que j'entende dire beaucoup de bien du roman d'Edgar Cantero et que je profite de sa sortie en poche pour en faire l'acquisition. Je me préparais à être déçue cette fois encore et... c'est tout le contraire qui s'est produit. 

Immédiatement, j'ai été séduite par la narration déstructurée, composée d'extraits de carnets intimes, d'extraits d'ouvrages scientifiques, de lettres et de retranscriptions d'enregistrements audio ou vidéo à partir desquels le lecteur peut sans peine suivre le fil du récit. Et mon intérêt n'a jamais faibli tout au long des 500 pages du roman, tandis que l'auteur convoquait tous les poncifs du genre - manoir lugubre en plein hiver, fantômes créés par une ancienne tragédie, rêves hallucinatoires, expériences sur la télépathie, portes dérobées, messages codés, jeu de piste à travers le monde, sociétés secrètes, références à la mythologie - et les mélangeait avec assez d'habileté pour former un tout cohérent autant que bourré de suspens. Certains éléments m'ont évoqué "Malpertuis" ou "La maison des feuilles", d'autres "Le projet Blair Witch", d'autres encore l'oeuvre de H.P. Lovecraft et certaines campagnes du jeu de rôles "L'appel de Cthulhu". Dosés à la perfection, ils créent une sorte de murder party surnaturelle et haletante. Quant à la fin, le moment toujours si casse-gueule dans ce type de roman... Je dirais qu'elle peut se décomposer en trois volets; j'ai adoré le premier, trouvé le deuxième un peu trop abrupt et été franchement scotchée par l'épilogue. Bref, "Le monde caché d'Axton House" est une grande réussite, et sans doute mon roman préféré depuis le début de l'année. 

Les mauvaises pensées



Longtemps je m'en suis voulu pour les pensées peu charitables qui surgissaient parfois dans mon esprit. "Hé ben, elle marchera pas sur sa jupe, elle." "Faudrait voir à acheter des soutifs à la bonne taille pour éviter les bourrelets dans le dos, madame." "Toi, c'est pas en boulottant des Snickers en milieu de journée que tu vas perdre tes 30 kilos en trop." Le physique et l'habillement féminins sont des sources infinies de réflexions moches, mais ils sont loin d'être les seuls. J'ai beau ne pas penser que les Musulmans sont tous des terroristes, avoir parfaitement conscience qu'ils forment le groupe de population le plus durement touché par les agissements de Daesh, la dernière fois qu'un barbu est ressorti de mon wagon en laissant sa valise dans le compartiment à bagages alors que le train était encore à quai, j'ai flippé. Des exemples comme ça, je pourrais vous en citer vingt par jour. 

Chaque fois, je dois m'auto-ramener à la raison. Si une nana veut sortir de chez elle à moitié à poil ou avec des fringues inadaptées, qu'est-ce que ça peut me foutre? Elle a le droit. De la même façon qu'elle n'a pas à s'habiller en fonction du regard des hommes, elle n'a pas de comptes à rendre à la Police du Bon Goût dont j'estime visiblement faire partie. Je ne connais rien de l'histoire de la dame aux 30 kilos en trop; si ça se trouve, elle est mieux dans sa peau que moi, ou bien elle a un problème de thyroïde et elle ne serait pas plus mince en se nourrissant de laitue, ou bien elle mange hyper sainement d'habitude mais ce matin elle n'a pas eu le temps de petit-déjeuner et elle est en hypoglycémie, ou bien... peu importe: c'est son estomac, pas le mien. Quant au barbu, il est sans doute allé faire pipi, se chercher un café au wagon-restaurant ou se griller une dernière clope avant le départ. Et il est peut-être chrétien. Ou pastafariste. Ou athée comme moi. 

Sans prétendre être la personne la plus tolérante du monde, j'ai toujours clamé que chacun peut bien faire ce qu'il veut tant qu'il n'emmerde pas les autres. Mais en constatant le nombre de pensées peu charitables qui me traversent l'esprit chaque jour, j'ai fini par me demander si ce n'était pas juste une posture intellectuelle, si au fond de moi ne se cachait pas une horrible réactionnaire bourrée de préjugés. J'ai beaucoup cogité là-dessus, jusqu'à accoucher d'une théorie dont je suis assez contente. Mes premières pensées sont des réflexes conditionnés par une société où le discours dominant est celui des mâles blancs hétéros et des médias anxiogènes. Le rétropédalage qui suit, en revanche, est le fruit des convictions féministes/bodypositive/anti-racistes que j'ai forgées par moi-même, en m'éduquant dans ce sens et en cultivant ces valeurs y compris lorsqu'on cherche à les museler. 

Maintenant, quand une remarque mesquine surgit au débotté dans ma tête, je la mets aussitôt de côté en adressant un doigt d'honneur mental à tous les conditionnements sociaux débiles. Ce qui me fait un public sacrément nombreux. 

mercredi 13 juillet 2016

Photoréalisme: 50 ans de peinture hyper-réaliste au musée d'Ixelles




Le photoréalisme est un courant artistique né aux Etats-Unis dans les années 60. Dérivé du Pop Art et s'interrogeant comme lui sur la société de consommation, il reproduit, avec un réalisme tel qu'on croirait parfois contempler une photo, des scènes du quotidien. D'abord typiquement américaines, avec une prédilection pour les diners, les grosses voitures et les non moins grosses motos, celles-ci acquièrent une portée culturelle un peu plus large au fur et à mesure que le mouvement s'étend à des peintres d'autres pays. 












D'un point de vue technique, je trouve les oeuvres actuellement exposées au musée d'Ixelles assez hallucinantes. La plupart des artistes, qui ont travaillé avec de l'huile ou de l'acrylique, ont dû procéder par couches très fines au lieu de jouer sur les reliefs comme on le fait généralement avec ces médiums. Le résultat est stupéfiant. Au premier étage, notamment, il y a une vue ultra-touristique du Grand Canal, à Venise, dans laquelle l'eau semble bouger. Les 67 tableaux de 34 peintres différents sont classés en 3 époques, et un(e) guide est toujours présent(e) pour répondre aux questions des visiteurs. Franchement, ça vaut le coup d'oeil. 

Rue Jean Volsem 71
1050 Bruxelles
Entrée: 8€ (ou 5€ pour les habitants d'Ixelles)
donnant aussi accès à la collection permanente
qui est riche et très intéressante!

mardi 12 juillet 2016

"One" (Sarah Crossan)


Grace et Tippi sont plus que des soeurs jumelles: des siamoises. En-dessous de la taille, elles n'ont qu'un seul corps pour deux. On avait prédit à leurs parents qu'elles ne vivraient pas longtemps; pourtant, elles ont dépassé les seize ans et mènent une vie relativement heureuse malgré l'alcoolisme de leur père. Celui-ci étant au chômage depuis trop longtemps, la mère de Grace et Tippi leur annonce qu'ils n'ont plus les moyens de leur faire donner des cours à la maison et qu'elles vont devoir fréquenter un lycée ordinaire. Les jeunes filles craignent d'y être un objet de curiosité malsaine, mais elles se font rapidement deux amis précieux: Yasmeen, qui vit avec le virus HIV depuis sa naissance, et Jon dont les parents l'ont abandonné. Bientôt, hélas, leur santé commence à décliner...

Oui: encore une histoire d'ados confrontées à la mort. Mais celle-ci présente deux particularités. Tout d'abord, elle est rédigée entièrement sous forme de poésie en vers libres. Ensuite, elle a été jugée assez remarquable pour qu'on lui attribue cette année la prestigieuse Carnegie Medal. Pour ma part, j'avoue ne pas savoir quoi en penser. Je l'ai lue très vite, essentiellement parce que chacune de ses 400 pages ne représente guère que l'équivalent de deux phrases complètes, et bien évidemment j'ai eu le coeur serré à la fin, parce que c'est le sujet qui veut ça. Mais autant je ne suis pas contre un petit texte en vers libres à l'occasion, autant sur tout un roman, ça me donne l'impression de rester à la surface des choses sans jamais les approfondir. Peut-être est-ce le seul moyen que l'auteur a trouvé de traiter un sujet extrêmement délicat sans tomber dans le pathos ou le voyeurisme; je ne sais pas. Toujours est-il que, bien que dégageant une émotion indéniable, "One: Winner of the Cilip Carnegie Medal 2016" m'a laissée un peu sur ma faim.

Ce roman n'est pas encore traduit en français, mais de par la simplicité de son style, il me semble assez abordable pour des gens avec un niveau d'anglais moyen qui voudraient se mettre à la lecture en VO. 

lundi 11 juillet 2016

"In the unlikely event" (Judy Blume)


Aux USA, Judy Blume est une auteure culte, connue pour ses romans jeunesse qui dépeignent sans fausse pudeur les maux de l'adolescence féminine. Elle fut notamment une des premières à évoquer de front des sujets tels que les règles ou la masturbation, et elle parle incroyablement bien de la naissance de l'amour et de la sexualité. Amanda Palmer lui a consacré une merveilleuse chanson, une très belle démonstration de l'impact qu'un écrivain peut avoir sur son public. Personnellement, je l'ai découverte il y a vingt ans avec un de ses rares romans pour adultes, "Summer sisters" (en VF: "Soeurs d'un été") dont je recommande d'ailleurs très chaudement la lecture.

Dans "In the unlikely event", elle s'inspire d'une incroyable tragédie survenue dans sa petite ville natale du New Jersey lorsqu'elle était jeune. Durant l'hiver 1951, en moins de deux mois, trois avions de compagnies différentes s'écrasèrent au décollage ou à l'approche de l'aéroport voisin de Newark, faisant au total plus d'une centaine de victimes. Sur la base de ces événements réels, l'auteur bâtit l'histoire d'une communauté d'habitants dont les vies s'entremêlent et vont être affectées de différentes façons par le triple drame. Le jeune journaliste volontaire dont la carrière se retrouve ainsi lancée. La fille de bonne famille qui se voit hantée par l'esprit d'une danseuse morte dans le premier crash et bascule dans l'anorexie. L'étudiant prometteur qui, bouleversé par la disparition de sa petite amie, renonce à aller en fac pour s'engager dans l'armée en pleine guerre de Corée. L'adolescent logé dans un foyer pour orphelins qui devient un héros du jour au lendemain. Comme toujours, Judy Blume peint une galerie de personnages extrêmement humains, crédibles et vivants. Et elle restitue à merveille l'atmosphère du début des années 50 aux US, notamment le poids des conventions sociales encore imposées aux femmes mais aussi les rumeurs de conspirations communistes ou d'expériences extra-terrestres. Bref, encore un roman dont je vous recommande très chaudement la lecture. 




Les brunchs du dimanche (42): Peck 20




Bien que notre unique tentative de brunch au Peck 47 n'ait été qu'à moitié satisfaisante (non pas à cause de la nourriture, mais de l'affluence), j'y suis souvent retournée pour un lunch tardif, et à force, j'ai goûté et adoré une grande partie de la carte. Alors, quand j'ai appris qu'un second établissement venait juste d'ouvrir près de la place Stéphanie et qu'il n'était pas encore pris d'assaut par les hipsters barbus, je me suis dépêchée d'aller tester avec Chouchou. 




La première chose qu'on remarque, c'est la belle terrasse dans une rue piétonnière bordée de restaurants - très sympa en ce moment, sans doute inutilisable à partir de la rentrée, mais tout ce qui est pris n'est plus à prendre. A l'intérieur, une salle toute en longueur, décorée dans un style un peu moins cozy que le Peck 47 mais paradoxalement plus confortable grâce au meilleur espacement des tables et à la banquette qui court le long de tout un mur. 




Pour le menu, on retrouve les grandes lignes de celui du Peck 47: scones et gaufres salés en guise d'options breakfast et brunch servis toute la journée, des tas sandwiches crapuleux, une soupe du jour, pleins de délicieux jus frais. Des choix végétariens pour les amateurs, dont le délicieux Frenchy qui est l'un de mes plats préférés au Peck 47 (en revanche, pas de Wild Belgian, hélas!). Bref, une nourriture sans chichis mais très gourmande. 




Nous avons partagé une soupe du jour (petit pois-menthe, servi avec du pain brun Guinness), puis enchaîné avec un egg-sausage fest pour Chouchou (oeufs Benedict + saucisses sur scones salés, avec une salade d'accompagnement) et un Cubano pour moi (sandwich saucisse-fromage-pickles servi avec un petit verre de soupe). En boissons, un jus pastèque-citronnelle-citron vert pour moi, et pomelo-orange-concombre pour Chouchou. Montant de l'addition:39€. Pas donné mais cohérent avec les prix pratiqués sur Bruxelles pour ce type de repas. Et on était tout à fait rassasiés à la sortie.




Peck 20
Rue Jourdan 20
1060 Bruxelles