mardi 8 mars 2016

"Sans oublier la baleine" (John Ironmonger)


A Saint-Piran, en Cornouailles, on se souvient encore du jour où le jeune homme nu a été rejeté sur la plage par l'océan. Une entrée en scène des plus originales. Les villageois se portent bien sûr à son secours: l'ineffable Dr Books, le glaneur Kenny Kennett, Demelza, romancière à l'eau de rose... ou encore la pimpante épouse du vicaire. Sans oublier la baleine, à l'arrière-plan, qui ne veut plus quitter la côte. Personne ne sait alors que Joe Haak a fui la City, terrorisé à l'idée que le programme de prédictions qu'il a inventé n'entraîne l'effondrement de l'économie mondiale. Avec ce nouveau venu, un sentiment de fin du monde vient contrarier la quiétude de Saint-Piran...

J'avoue: sans cette couverture sublime, je n'aurais peut-être jamais prêté la moindre attention à ce roman dont je n'avais jamais entendu parler et ne connaissais même pas l'auteur. Comme quoi, se fier à des critères superficiels donne parfois de bons résultats! En mélangeant deux extrêmes de notre civilisation occidentale - un cabinet de traders qui manipulent les marchés sans scrupules ni souci des conséquences, et un village isolé de pêcheurs comptant à peine 307 âmes paisibles et droites dans leurs bottes -, John Ironmonger tisse une fable édifiante. La frayeur inspirée par une catastrophe tristement réaliste se mue bientôt en espoir devant le bel élan de solidarité qu'entraîne cette dernière, et on se surprend presque à vouloir être transporté à Saint-Piran pour partager une si jolie fin du monde. Il paraît que "n'importe quelle société n'est qu'à trois repas de l'anarchie". Peut-être, mais c'est sans compter Joe Haak et la baleine. Un roman original et vivifiant, qui bénéficie en outre d'une excellente traduction de Christine Barbaste.

"- Cassandre était la soeur d'Hector, dit Jeremy. Elle prédit qu'il périrait entre les mains d'Achille, mais personne ne la crut. 
- Ne voyez-vous pas que c'était sa malédiction? s'impatienta Demelza. Apollon lui a offert le don de prophétie, mais il s'est débrouillé pour que jamais personne ne croie ses prédictions. C'était bien un homme, celui-là, tout dieu qu'il était! Ils ne supportent pas qu'une bonne femme en sache plus qu'eux. 
- Demelza, vous ne pouvez pas mettre tous les hommes dans le même panier! Quel sectarisme! 
- Pourquoi pas? Apollon était un connard. (...)
- Un connard fictif, précisa Books. Ne perdons pas de vue ce détail. 
- Comment en est-on venu à parler de lui, déjà? demanda Demelza. 
- J'étais en train d'expliquer mon système informatique, répondit Joe mollement. 
- ...que vous aviez baptisé Cassandre, c'est ça? 
- Non, Cassie. Mais ce n'est pas vraiment le sujet. J'essayais d'expliquer pourquoi je me suis enfui." 

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