lundi 7 décembre 2015

"Les nuits de laitue" (Vanessa Barbara)


Otto et Ada partagent depuis un demi-siècle une maison jaune perchée sur une colline et une égale passion pour le chou-fleur à la milanaise, le ping-pong et les documentaires animaliers. Sans compter qu'Ada participe intensément à la vie du voisinage, microcosme baroque et réjouissant.
Il y a d'abord Nico, préparateur en pharmacie obsédé par les effets secondaires indésirables; Anibal, facteur fantasque qui confond systématiquement les destinataires pour favoriser le lien social; Iolanda et ses chihuahuas hystériques; Mariana, anthropologue amateur qui cite Marcel Mauss à tout-va; M. Taniguchi, centenaire japonais persuadé que la Seconde Guerre Mondiale n'est pas finie.
Quant à Otto, lecteur passionné de romans noirs, il combat ses insomnies à grandes gorgées de tisane tout en soupçonnant qu'on lui cache quelque chose...

Premier roman de la chroniqueuse brésilienne Vanessa Barbara, "Les nuits de laitue" dissimule derrière une galerie de portraits savoureusement barrés une intrigue policière qui sème ses indices ça et là, l'air de rien, pour ne se dévoiler réellement qu'à la toute fin. On s'attache très vite au couple singulier formé par Otto et Ada, deux caractères totalement opposés mais aux goûts similaires qui ont choisi de ne pas avoir d'enfants pour mieux profiter l'un de l'autre, et on s'amuse des excentricités pas-si-anodines-que-ça de leurs voisins. L'atmosphère presque fantasmagorique du village, ainsi que l'absence de références géographiques, placerait l'histoire hors du monde et même hors du temps sans les références à la Seconde Guerre Mondiale. Bref, un roman inclassable mais très réussi, et une auteure à suivre!

Certaines lettres passaient entre les mains de tous les habitants du quartier, sauf de ceux qui auraient dû les recevoir; elles décrivaient ainsi de drôles de loopings avant d'être finalement ouvertes et jetées au panier, le délai de paiement ayant expiré - "Regardez-moi ça, une facture d'électricité de 1997! s'exclamait Nico, à la lumière d'une lanterne. Mais il ne faut pas voir tout en noir. Certains j-habitants, n'ayant pas la force de se révolter, finirent par entamer une correspondances avec les enfants, neveux et nièces d'inconnus, nouant ainsi des relations sincères et diffusant les nouvelles autour d'eux. 

Si l'idée était pour chaque année de mariage supplémentaire, de trouver quelque chose de plus noble pour symboliser leur union, alors les tulipes et le chou-fleur étaient tout indiqués. Il y avait eu les noces de gâteau à la carotte et aussi une année où ils avaient décidé de fêter leurs noces d'os, juste pour le plaisir de l'assonance, tout en reconnaissance volontiers que l'os n'était en rien supérieur à la turquoise, à l'argent ou au corail. L'année de la disparition d'Ada, ils auraient célébré leurs noces de couverture à carreaux. 

Cet hiver-là, Otto fut contraint d'avaler une tisane de laitue tous les soirs, sans le moindre résultat concret, si ce n'est des douleurs au ventre ainsi qu'une progressive et totale aversion pour les légumes-feuilles. Le soixante-dixième jour, il fut mis fin à l'expérience pour cause d'échec et de soulèvement du public cible, de sorte qu'Ada nota en conclusion de son compte-rendu l'observation suivante: "Hypothèse réfutée. A bas la lactucine. La seule vue d'une laitue est devenue insupportable au cobaye."

2 commentaires:

yuko a dit…

Je suis toujours en recherche de nouveaux auteurs, je note celui-ci ^^

shermane a dit…

On n’a pas tout à fait les mêmes goûts, mais ce roman me tente beaucoup beaucoup ^^