jeudi 3 décembre 2015

"Broadway Limited: Un dîner avec Cary Grant" (Malika Ferdjoukh)


"Normalement, Jocelyn n'aurait pas dû obtenir une chambre à la pension Giboulée. 
Mrs Merle, la propriétaire, est formelle: cette respectable pension new-yorkaise n'accepte aucun garçon, même avec un joli nom français comme Jocelyn Brouillard. 
Pourtant, grâce à son talent de pianiste, grâce, aussi, à un petit mensonge et à un ingrédient miraculeux qu'il transporte sans le savoir dans sa malle, Jocelyn obtient l'autorisation de loger au sous-sol. Nous sommes en 1948, cela fait quelques heures à peine qu'il est à New York, il a le sentiment d'avoir débarqué dans une maison de fous. 
Et il doit garder la tête froide, car ici il n'y a que des filles. 
Elles sont danseuses, apprenties comédiennes, toutes manquent d'argent et passe leur temps à courir les auditions. 
Chic a mangé tellement de soupe Campbell's à la tomate pour une publicité que la couleur rouge suffit à lui donner la nausée. 
Dido, malgré son jeune âge, a des problèmes avec le FBI.
Manhattan est en proie à l'inquiétude depuis qu'elle a cinq ans. 
Toutes ces jeunes filles ont un secret, que même leurs meilleures amies ignorent. 
Surtout Hadley, la plus mystérieuse de toutes, qui ne danse plus alors qu'elle a autrefois dansé avec Fred Astaire, et vend chaque soir des allumettes au Social Platinium. 
Hadley, pour qui tout a basculé, par une nuit de neige dans un train. 
Un train nommé Broadway Limited." 

J'ai lu beaucoup de romans de Malika Ferdjoukh, et "Quatre soeurs" est l'un de mes principaux doudous littéraires comme je vous le rappelais encore avant-hier. Alors, quand j'ai vu qu'elle avait sorti au printemps dernier un pavé de 600 pages qui n'était que la première moitié d'un diptyque, je me suis ruée dessus immédiatement, et je l'ai dévoré en trois jours pourtant bien remplis par ailleurs.

J'avoue avoir eu quelques difficultés à rentrer dans l'histoire au début, essentiellement parce qu'il y avait trop de personnages à mon goût. Les filles de la pension, en particulier, me semblaient trop nombreuses, et jusqu'à la fin de la première moitié du roman, quand on aborde leurs histoires individuelles, j'ai eu beaucoup de mal à les distinguer les unes des autres - d'autant qu'elles pratiquent toute la même forme d'humour à froid hyper littéral. Pour la première fois, les libertés que prend Malika Ferdjoukh avec la langue française m'ont aussi un peu agacée; jusqu'ici, j'avais trouvé ça charmant; là, ça devenait un peu convenu, presque forcé. Un moment, j'ai cru que j'allais abandonner ma lecture en cours de route.

Puis le charme a opéré. Je me suis laissée gagner par l'atmosphère de New York au croisement de deux axes forts: la saison (automne-hiver) et la période historique. Au sortir de la guerre, l'Amérique, pays d'abondance et de coutumes exotiques aux yeux du jeune Frenchie expatrié, est surtout gangrenée par la ségrégation raciale et la chasse aux communistes. Et si les jeunes femmes de la pension Giboulée évoluent dans un milieu chic et clinquant, elles connaissent surtout l'envers du décor - les aspects peu glamour, les couleuvres à avaler, les fins de mois difficiles. Bien que ce soit peu réaliste, j'ai trouvé jubilatoire la façon dont les histoires des unes et des autres se recoupent de manière parfois très inattendue. Face à elles, Jocelyn pose sur tout un regard parfois perplexe mais généralement émerveillé; il fait son apprentissage de la vie et connaît ses premiers émois amoureux, apportant une indispensable touche de fraîcheur. Quoi de plus romantique qu'un premier baiser dans les rues enneigées de New York?

Au final, malgré un démarrage qui m'a désorientée autant que son jeune héros débarquant en pays inconnu, j'ai beaucoup aimé cette première partie de "Broadway Limited" et j'attendrai avec impatience la sortie de la seconde!

2 commentaires:

Cécile de Brest a dit…

Ah ben voilà c'est fichu : Il FAUT que je le lise !

elmaya a dit…

Déniché à la biblio vendredi, dévoré ce week-end ! Un roman parfait pour soigner un coup de froid...
J'ai quand même été un peu gênée par quelques grosses fautes de français non corrigées, et que je trouve difficile à imputer à un effet de style.

Mais j'attendrai la suite avec impatience !