jeudi 17 décembre 2015

"Ici ça va" (Thomas Vinau)


Pour échapper à un quotidien stressant, un couple trouve refuge au milieu des herbes folles, dans les ruines d'une maison familiale. Lui reconstruit, elle jardine. Et tandis que les blessures du passé surgissent entre les fissures des pierres, chacun se reconquiert, redécouvrant le goût de la vie et le chemin lumineux qui conduit à l'autre...

Parfois, pour faire de la bonne littérature, il n'y a pas besoin de personnages psychologiquement fouillés, d'une intrigue diabolique, d'un cadre exotique, d'un style hyper travaillé ou d'une histoire-fleuve. Parfois, avec des phrases toutes simples, des chapitres courts comme des instantanés, un décor réduit à sa plus simple expression et deux protagonistes à peine esquissés, on peut toucher à l'essentiel: produire une émotion lumineuse, vibrante d'humanité et de vérité fondamentale. Mais pour ça, il faut avoir le talent d'un Christian Bobin - ou de Thomas Vinau, que je découvrais ici et dont j'ai maintenant très envie de lire les autres romans. En guère plus de cent pages, son "Ici ça va" m'a touchée profondément et d'une façon très paradoxale, me mettant les larmes aux yeux et m'emplissant de sérénité tout à la fois. Je ne peux qu'en recommander la lecture à tous les gens en quête de sens et de simplicité. 

"Ema a pris une brindille pour écrire la date dans le béton frais. J'ai bu une bière en la regardant faire. (...) Je me suis demandé si un jour mes parents ne s'étaient pas retrouvés pour faire la même chose. J'ai pensé que c'était parfois tout ce qu'il restait d'une vie d'amour et de sueur. D'une histoire entière d'homme. Une date gravée dans le ciment. Comme dans les cimetières."

"La joie est belle. La joie est simple. Avec le temps je vois ça comme une sorte de sport. De régime. Une discipline. Une acuité du coeur et de l'oeil. Il y a des ressources considérables à puiser là-dedans. De la force. De la beauté. De la vérité. Pourtant ce n'est pas une situation confortable. Elle demande de la vigilance. De la volonté. Pas de forcer les choses, non, mais de faire attention. Il est bien plus confortable d'être négatif. C'est naturel, et on trouve toujours de quoi faire pour se tirer vers le bas."

"Nous construisons quelque chose, même si tout semble immobile. Même recroquevillés au fond de nous-mêmes. Nous construisons la prochaine saison. La prochaine lumière. Ce moment où les jours rallongeront. Cette façon de renaître."

1 commentaire:

Shaya a dit…

Il est très beau ce roman, je l'avais découvert en rentrée littéraire, c'est chouette qu'il soit sorti en poche !