vendredi 11 décembre 2015

"Transparence" (Alex Christofi)


A l'image du verre, dont il porte le nom, Günter Glass est la transparence, la pureté, l'honnêteté même. Dans la ville de Salisbury où il a grandi (un peu), il fait figure de Candide bouboule, myope et accro aux gaufres. Si bien qu'à vingt ans, muni d'un optimisme débordant, d'une frêle culture wikipédiesque et d'une fascination immodérée pour la matière translucide, il se satisfait pleinement d'un emploi de laveur de carreaux - discipline où il excelle au point d'être réclamé sur les plus haut gratte-ciel londoniens...
Mais la vie est compliquée aux ingénus. Entre un patron fasciste, un premier amour désarçonnant, un frère aussi teigneux que sourd-muet et un colocataire aussi allemand qu'ermite, le naïf Günter expérimente les vertiges de l'âge adulte. Comment faire le bien quand tout est si compliqué? Voir au travers d'un monde aux facettes si multiples? Et si la perfection, comme le verre, passait plutôt par des milliards de petites impuretés?

Conquise par les récentes publications de Fleuve Editions, je me suis laissée tenter par "Transparence" que l'on m'avait vanté comme un roman feel good. Et je l'ai refermé franchement perplexe quant à ce qui avait pu lui valoir une telle appréciation. Il est vrai que j'ai suivi les mésaventures du jeune Candide sans déplaisir, en souriant des réflexions très justes qui émergeaient parfois de sa naïveté et en me demandant où sa curieuse fascination pour le verre allait le mener. Mais la vérité, c'est qu'elle ne le mène nulle part sinon à une fin triste, absurde, bâclée et profondément insatisfaisante qui laisse toutes les intrigues secondaires en suspens. Du coup, ce n'est pas une lecture que je recommanderais.

J'étais incapable de parler aux femmes. Je pouvais le faire tant qu'elles restaient des êtres humains. Mais dès qu'elles devenaient des femmes, qu'elles portaient des vêtements sexy et me regardaient dans les yeux, j'étais paralysé. Kali avait déjà cessé de s'intéresser à moi pour parler avec les deux autres. Je m'entraînerais à parler aux femmes une autre fois. Quand l'occasion se présenterait. Une fois que toutes les conditions seraient réunies. Mais dans l'idéal, avant mon rencard de samedi. 

Je me retrouvais confronté à un dilemme - et non des moindres. Les gens illuminés ou délirants me mettaient mal à l'aise. Mais ma modeste expérience en la matière (et par expérience, j'entends les heures passées devant MTV) m'avait appris que le sous-ensemble des femmes que je trouvais sexy recoupait souvent le sous-ensemble des femmes qui avaient l'air folles. 

Le plus effrayant, c'est que la Cagoule semblait entretenir des liens avec les plus grosses sociétés de l'époque: Michelin, la banque Worms et certaines sociétés pétrolières françaises. Le fondateur de L'Oréal avait même été un de leurs leaders. Dire que j'utilisais leurs shampoings tous les jours sans savoir que j'enrichissais une dynastie fasciste. Tout ce que je voulais, moi, c'était me débarrasser de mes pellicules. Ce n'était pas toujours facile de faire le bien, mais c'était en revanche absolument, incroyablement, extraordinairement facile de faire le mal. 

2 commentaires:

shaya a dit…

Ah ben, l'extrait comme ton avis ne donne pas envie, je note de fuir si je le croise celui là !

Laura a dit…

Alors ça c'est génial. J'avais noté ce livre dans un coin de ma tête, persuadée de n'en avoir lu que du bien ... et maintenant que je fais le tour des blogs, je n'en lis que du négatif !
Je bloque dessus depuis quelques temps, je pense que je vais définitivement abandonner ma lecture.