mardi 2 juillet 2013

L'embuscade




Franchement, elle avait bien commencé, cette journée. Ciel bleu sans nuages, 27° à l'ombre - ma température idéale, même si par ici les gens trouvent que l'été se fait un peu désirer. La veille au soir, fini un marathon-bouclage de trad et envoyé une groooosse facture. Du coup, journée détente au programme. Envoi du colis du swap bonne humeur vers le Canada. Déjeuner dans mon petit resto préféré avec mon couple d'amis préférés - des petits farcis à la provençale comme en préparait ma grand-mère, miam! (Non, les petits farcis ne sont pas mes amis préférés mais ce qu'on a mangé ensemble.) (Je préfère préciser, on ne sait jamais.) 

Comme j'ai des courses un peu encombrantes à faire, mes amis proposent de me prêter leur vieille 205 Junior. J'avais la même au début des années 90, ça me fera une séquence nostalgie en plus de vachement m'arranger. Je prends le temps de descendre sur le port pour manger une glace face à la mer et bouquiner une petite demi-heure, puis je me mets en route vers Ikea. Dieu que les tapis sont moches; c'est pas aujourd'hui que je vais changer celui de mon bureau. Une nouvelle ménagère pour remplacer les vieux couverts dont le manche en plastique commence à se fendiller - très bien. Où sont les égouttoirs? Pendant que je cherche, Céline Dion se met à roucouler sa wishlist par les haut-parleurs: elle voudrait oublier le temps, elle voudrait retrouver ses traces, elle voudrait décrocher la lune... mais avant tout, avoue-t-elle en attaquant le refrain, elle voudrait parler à son père. 

Au premier refrain, les yeux me piquent; au second, je commence à renifler; au troisième, je chiale comme une conne entre le rayon des torchons et une palette de bols Färgrik. 

Parce que moi aussi, plus que toute autre chose au monde, je voudrais parler à mon père. Lui demander comment vont les tomates et les courgettes de son jardin, et s'il y aura encore des fraises quand je viendrai le mois prochain. Lui dire que je fais poser une clim réversible chez moi et l'entendre approuver que ce sera un bon investissement. Lui montrer les pièces d'euros finlandaises rapportées de Helsinki, et le regarder les approcher de son oeil pour vérifier qu'elles n'ont aucune rayure. Lui annoncer que notre prochain voyage nous emmènera à Venis, et le voir filer chercher son petit guide pour me montrer les commémoratives italiennes qui lui manquent. L'entendre maugréer devant les infos de TF1 qu'on nous prend vraiment pour des cons. Même, me ratatiner de honte chez Carré d'Artistes en l'entendant gueuler que tout est super moche et que les tableaux lui font peur. 

Mais je ne peux pas; je ne peux plus. 

Alors pour me venger, j'achète deux verres avec des flamants roses et un donut industriel que je dévore sans en sentir le goût en regagnant la voiture. 

Le chagrin est une sale bête qui vous saute dessus sans crier gare au moment où vous vous y attendez le moins.

5 commentaires:

Mah a dit…

jolis mots pour une dure réalité.

Chaque jour nous échéant neuf et sans rayure, je te te souhaite, pour aujourd'hui, que la joie te prenne, à son tour, par surprise, au détour d'un linéaire ou d'une allée, comme elle sait si bien le faire elle aussi.

Anonyme a dit…

Et moi je pleure en te lisant comme je pleure presque tous les jours ces dernières semaines.
Je sais depuis le 15 janvier que je ne parlerai plus jamais au mien.
Je ne sais pas quand les larmes cesseront de couler...

Cécile

Malena a dit…

Demain ça fera 5 ans que mon papa est parti. Je déteste Céline Dion et encore plus cette chanson.

ARMALITE a dit…

C'était la première fois que je l'entendais, je n'étais même pas sûre que c'était elle qui chantait jusqu'à ce que je fasse une recherche sur Google.

Miss Sunalee a dit…

Il y a un morceau qui me fait pleurer ma maman dès les premières notes. Heureusement, on ne l'entend pas souvent. Sauf hier soir, dans le film que j'ai regardé, The broken circle breakdown.
Par contre, il y a plein de versions...