lundi 29 octobre 2012

Remerciements presque comme dans les livres (mais pas tout à fait)


Au milieu de tout le chagrin qui me glace le coeur depuis deux semaines, j'ai quand même rencontré de petites oasis de chaleur. Merci aux amis qui se sont manifestés par mail, sur Facebook, par texto voire par courrier; je ne suis pas sûre d'avoir répondu à chacun comme il l'aurait fallu et j'espère qu'ils ne m'en tiendront pas rigueur. Merci aux lecteurs avec qui j'avais déjà eu des échanges, et merci à ceux qui se sont manifestés à cette occasion pour la première fois. Vous avez été des dizaines et des dizaines à vous excuser de ne pas trouver les mots magiques qui m'auraient consolée. Ne vous en faites pas: il n'y en avait pas, et vos simples "je suis désolé pour ton papa" ou "je pense fort à toi et à ta famille" m'ont réellement aidée. 

C'était bon de sentir toute cette bienveillance à portée d'écran - vraiment. J'ai reçu des paroles de soutien des sources les plus inattendues. Un nombre incroyable de messages incluaient une formule du genre "je sais ce que c'est, moi aussi je suis passé par là"; ils m'ont évidemment touchée un peu plus que les autres. Comme si nous faisions partie d'une triste société secrète: celle des adultes qui ont déjà dû faire le deuil d'un parent, et qui vivent sans rien en montrer avec un trou en forme de mère ou de père dans le coeur. Mention spéciale à la lectrice qui m'a confié qu'elle comptait appeler son fils à naître Abel, et que mon portrait la confortait dans l'idée que ce prénom était porté par de belles personnes. Et puis un merci tout particulier aux gens qui m'ont dit que les mails de mon père les faisaient rire et qu'ils se souviendraient un peu de lui même sans l'avoir connu. Ca me fait plaisir de penser que son sens de l'humour douteux subsistera dans un petit coin de leur tête. 

Pour conclure sur une note positive, je voudrais exprimer ma reconnaissance envers tous les gens qui ne liront pas ceci et qui ont pourtant adouci les dernières années de mon père. Les voisins qui ont offert spontanément de servir de taxi ou de tondre la pelouse. Les infirmières à domicile dont le sourire et la bonne humeur rendaient les piqûres un peu moins pénibles. Le généraliste qui bien que lui-même atteint d'un cancer se montrait toujours disponible en cas de besoin. La pharmacienne compatissante qui demandait des nouvelles comme si la réponse lui importait vraiment. Les amis et la famille qui venaient de l'autre bout de la France pour rendre visite  à mon père et lui changer un peu les idées. Ma mère qui a parfois craqué mais jamais lâché prise. Ma soeur qui a consenti d'énormes sacrifices personnels pour être là. Mon beau-frère qui aimait mon père comme le sien. Mes neveux qui étaient les deux rayons de soleil de leur papy.  

Je connais malheureusement beaucoup (trop) de gens qui ont eu des parents abusifs, et dont les anecdotes me laissent sans voix tant je suis navrée pour eux que les adultes qui auraient dû les aimer et les protéger aient ainsi massacré leur enfance. Aujourd'hui, mes larmes ont le goût de la tristesse, mais surtout celui de la gratitude: pendant plus de 41 ans, j'ai eu un père qui méritait d'être pleuré. Mon dernier et mon plus grand merci est pour toi, papa. 

4 commentaires:

Anonyme a dit…

*Sème d'autres petits coeurs, et essuie discrètement quelques larmes*

Mélusine

EmilieSunny a dit…

Les mots ne sauraient traduire ce que je ressens à la lecture de ton article...

nelly p a dit…

C'est vraiment bien de se sentir entourée par sa famille et même virtuellement...

antonia a dit…

Isabelle,
Je viens de réaliser que tu "portes" ton papa dans ton prénom, et je trouve cela très beau.
J'ai beaucoup pensé à toi ces derniers jours, mais aussi à ton papa. Les petites notes où tu te moquais de sa réaction et de ses remarques farfelues à l'ouverture de tes colis me manqueront. Elles généraient toujours un sourire sur les lèvres et me mettaient de bonne humeur.
Je t'embrasse de tout coeur.
antonia