mardi 26 juin 2012

"Les enfants de l'envie"


Laon, petite ville de Picardie, en 1999. Basile Sinniger, employé à la mairie et peintre raté à ses heures perdues, vit encore chez sa mère et cherche l'amour par l'intermédiaire d'une agence matrimoniale. Depuis son enfance, il est obsédé par les USA. Toutes ses toiles représentent New York, la ville dont venait le père GI qu'il n'a jamais connu. Mais un jour, le maire a l'idée d'organiser une réunion pour les 30 ans de la fermeture de la base  militaire américaine, et il invite les vétérans à revenir à Laon... 

De prime abord, ce n'est pas le scénario de cette bédé qui m'a attiré, mais son graphisme: un trait à l'encre de Chine dont la délicatesse parfois un peu tremblée m'a irrésistiblement rappelé Sempé et dont les blancs - les absences - sont parfois plus parlants que le reste. Gabrielle Piquet travaille sans cases et presque sans dialogues, en faisant de chacune de ses pages un chef-d'oeuvre de composition. L'arrangement même des éléments narratifs raconte une histoire à lui seul. Moi qui d'habitude lis les bédés très vite, j'ai passé un temps fou sur "Les enfants de l'envie", à savourer chaque merveilleux détail du dessin dont la simplicité apparente révèle, en réalité, une très grande maîtrise chez une auteure qui publiait là seulement son deuxième album (le troisième, "Arnold et Rose", vient juste de paraître chez Casterman).







Et puis finalement, je me suis laissée très vite happer par le scénario dont la finesse pudique fait écho à la délicatesse du graphisme. J'ai eu envie de donner un coup de pied aux fesses de Basile pour qu'il sorte de ce trou et fasse enfin quelque chose de sa vie. Mon coeur a saigné pour son ami Rémi cloîtré chez lui à cause d'une phobie sociale, incapable d'exprimer tout ce qu'il a sur le coeur. J'ai souri de l'émoi que provoquait la présence des jeunes soldats américains chez la grand-mère de Basile. J'ai revécu toute une époque à travers son récit de la cohabitation entre les habitants de Laon, qui abordaient la seconde moitié du XXème siècle sans eau courante ni commodités, et les GI qui leur apportaient tout le confort du pays au niveau de vie le plus élevé du monde. Au début, ça ressemble à une bénédiction, mais petit à petit, de vilaines craquelures apparaissent dans ce tableau faussement idéal de modernité et d'abondance... Bref, vous l'aurez compris, j'ai eu un très gros coup de coeur pour cette bédé que je recommande chaudement à tous les amateurs de tranches de vie. Ces "enfants de l'envie", sont bourrés de sensibilité et magnifiquement beaux. 

2 commentaires:

Undo a dit…

Hop, dans ma liste d'envies ! :-)
Il a l'air tip-top comme j'aime ! Merci pour cette découverte !

Isa a dit…

Je crois que je vais craquer... Le trait a effectivement l'air magnifique et ta chronique donne envie de lire cette histoire.