samedi 26 mai 2012

Où Etre Exquis révèle un potentiel de geekitude insoupçonné


Nous sommes assis à la terrasse de l'Opéra Café. Après une brève séance de shopping utilitaire, nous avons fait un déjeuner tardif mais très sympa dans un resto choisi au hasard, sur une jolie petite place de la vieille ville. Puis j'ai cherché chez le bouquiniste la suite des "Gouttes de Dieu", dont il n'avait pas un seul volume, et Etre Exquis a cherché des mocassins Church en daim bleu marine que le magasin n'avait plus en 46. Il ne nous restait plus rien à faire en ville, mais il faisait trop beau pour que j'aie envie de rentrer chez moi. 

Donc, nous buvons un verre à la terrasse de l'Opéra Café en face du bâtiment éponyme. C'est un endroit où j'ai beaucoup de souvenirs: pendant un an, j'y ai suivi des cours de danse classique sous les combles et fait de la figuration dans différents spectacles - esclave maure enduite de cirage noir dans "Aïda", petit frère à perruque poudré qui chantait "Jésus vient de naître" dans "Werther". Et pendant une vingtaine d'années, tous les mois de juin ou presque, j'ai participé à l'un ou l'autre gala durant lequel mon père s'endormait immanquablement dès le troisième morceau de piano. 

En fermant les yeux, je revois l'étroit escalier en colimaçon qui montait vers la salle de cours, le carrelage dans le couloir des loges, les miroirs hollywoodiens entourés de spots, les costumes bariolés qui s'entassaient en désordre sur les portants. Je sens l'odeur de la poussière, de l'encaustique, du tissu défraîchi et de la résine qu'on écrasait sous nos pointes pour ne pas glisser. J'entends le bruit de la canne avec laquelle ma prof scandait les pas, celui du lourd rideau en velours bordeaux qui s'ouvre sur une salle dont les projecteurs empêchent de voir les dorures magnifiques et les fauteuils tous occupés, le brouhaha des voix dans le foyer pendant l'entracte. Ce bâtiment abrite un univers en soi, un monde très spécial auquel j'ai appartenu quelque temps, même si je n'y ai toujours été que de passage. Dans mon souvenir, c'est un labyrinthe grouillant de recoins obscurs, de décors en carton-pâte et de femmes maigres outrageusement maquillées. Du coup, je m'étonne toujours que, vu de l'extérieur, il semble si petit, et j'en fais la remarque à voix haute. 

- Normal, réplique Etre Exquis, imperturbable. C'est parce qu'en fait, c'est un Tardis. 

3 commentaires:

Anonyme a dit…

Et avec tout ça tu ne veux toujours pas (re)tenter Doctor Who, mmmmh ? ^^

Mélusine

Maerie a dit…

J'adore!^^ et il n'a peut être pas tort?

Isa a dit…

Franchement, il faut y voir un signe. Tu DOIS regarder Doctor Who. (Et il est très bien, cet Être Exquis ! ^^)