mercredi 28 septembre 2011

De la suppression du "mademoiselle"



Deux associations féministes militent actuellement pour la suppression de la case "Mademoiselle" sur les formulaires administratifs, et depuis quelques jours, les débats font rage sur Facebook et dans la blogosphère. Je ne vais pas vous faire l'injure de vous expliquer pourquoi cette mesure me semble nécessaire et justifiée. Ou bien l'état marital d'un individu est pertinent, et il faut le demander aux hommes aussi bien qu'aux femmes; ou bien il ne l'est pas, et il ne faut le demander à personne. Affaire classée. Non, le but de cet article, c'est de m'étonner de certaines des réactions les plus communément suscitées par ce projet, y compris - à ma grande tristesse - chez les femmes, voire même chez celles qui se disent féministes.

Cette histoire de "mademoiselle", c'est un détail; tu n'as pas de plus grandes causes pour lesquelles te battre?
D'abord, j'aimerais savoir qui établit un classement de toutes les causes existantes. Qui décrète que la famine dans la corne de l'Afrique mérite qu'on lui consacre son temps et son énergie davantage que les génocides ethniques ou les crimes d'honneur? Qui dresse le top 10 des horreurs télégéniques contre lesquelles on peut s'insurger avec le sentiment de faire quelque chose d'important? Ensuite, défendre les droits des femmes n'empêche pas de se mobiliser aussi pour d'autres causes. Pas pour toutes, certes. Mais même en se foutant royalement des droits des femmes, nul ne pourra jamais tenter de remédier à tous les maux de ce monde. Que chacun s'emporte pour ce qui lui importe, ça ne sera déjà pas si mal.

Tout à fait d'accord pour défendre les droits des femmes, mais le coup du "mademoiselle", c'est anecdotique. Moi ce qui m'énerve, c'est que les administrations me collent systématiquement le nom de mon mari alors que j'ai gardé le mien; que les banques me réduisent à un "& Mme" sur la dénomination de nos chéquiers communs; qu'au boulot, une femme faisant montre d'autorité soit considérée comme une casse-couilles alors que son pendant masculin passe pour un homme à poigne et un vrai chef.
Dans une lutte globale, rien n'est anecdotique. On ne forcera pas les gens à changer de mentalité du jour au lendemain. Mais on peut légiférer sur ce qui te paraît être un détail pour faire petit à petit évoluer les choses dans le bon sens. Comment le macho lambda accepterait-il l'idée qu'une femme peut prétendre aux mêmes postes et à la même rémunération que lui si l'administration française, au début du XXIème siècle, continue à envoyer le message que cette femme n'est qu'un appendice de l'homme qui a bien voulu l'épouser, que c'est par rapport à lui qu'elle se définit socialement? L'égalité ne sera pas conquise en une fois, on le sait depuis longtemps; elle sera le produit d'une accumulation de "détails" comme la suppression de cet insultant "mademoiselle".

Insultant, le mademoiselle? Au contraire, je le trouve hyper flatteur! Mariée ou pas, je n'ai aucune envie qu'on m'appelle "madame": ça fait vieille rombière...
Donc, tu veux perpétuer un usage sexiste pour le seul plaisir de te faire flatter l'ego? Qu'est-ce que ça peut bien te foutre qu'un parfait inconnu trouve que tu fais ton âge, ou pas? La jeunesse n'est pas une qualité, c'est juste un état de fait - transitoire, qui plus est. Tout comme la beauté physique. Il faut arrêter de croire qu'une peau lisse et des seins défiant la loi de la gravité sont le seul moyen de séduire et de se donner de la valeur. Parce que ça aussi, ça fait partie des messages (pas très) subtils avec lesquels on nous matraque à longueur de journée pour nous empêcher de conquérir une égalité de droits. Je ne dis pas qu'il faut cesser de se maquiller ou de s'habiller joliment, parce que tout ce qui aide à se sentir bien dans sa peau est bon à prendre. Je dis qu'il faut cesser d'être obsédée par la beauté, la minceur, la jeunesse et le regard d'autrui - d'ailleurs souvent bien plus indulgent que le nôtre. Parce que pendant qu'une femme se mine pour une ride du lion un peu trop prononcée ou trois kilos en trop, elle ne cherche pas un vaccin contre le cancer, n'écrit pas les romans qui lui vaudront le prochain Nobel de littérature et ne fait pas campagne pour devenir secrétaire général de l'ONU.

Pfiou, tu ne vas pas chercher un peu loin, là? Je ne me sens pas spécialement féministe ni concernée par tout ça, moi...
Personnellement, je ne comprends pas qu'on puisse être une femme et ne pas se sentir concernée par l'égalité de nos droits avec ceux des hommes. C'est quand même sympa de pouvoir voter, gagner nos propres sous sans devoir en répondre à personne, ne pas être obligées d'épouser quelqu'un qu'on n'a pas choisi, divorcer de lui s'il nous gonfle, rester célibataire à vie, disposer de notre corps comme on l'entend, faire des enfants seulement si on le veut - non? Et tout ça nous serait impossible si ces féministes que tu prends (je le sens bien) pour des viragos écumantes ne s'étaient pas battues un jour. Elles ont fait un gros bout du chemin; à nous de ne pas baisser les bras avant la ligne d'arrivée. C'est une responsabilité que nous avons envers les générations futures.

Et pour en savoir plus sur cette initiative, cliquez ici.

18 commentaires:

Anonyme a dit…

C'est intéressant que tu postes là-dessus parce que je n'avais pas poussé la réflexion aussi loin et qu'à l'heure actuelle, à titre purement personnel, j'apprécie qu'on me donne du "mademoiselle" parce que "madame" s'associe pour moi d'emblée à une femme mariée (C'est réducteur, je sais, pas taper, c'est juste la première chose qui me vient à l'esprit si j'y songe. Après il y en a d'autres. Promis.).
Que quelques (rares) commerçants ou institutions me disent "mademoiselle" alors que j'arrive au moment où des amis commencent à se marier voire avoir des bébés, que l'on considère donc qu'il n'y a pas forcément un homme dans ma vie alors que la société tend à penser que bon, c'est pas tout mais il est temps de songer à au moins jeter les bases du grand projet "fonder une famille", étrangement et pour le moment, j'apprécie. (Un syndrome post-rupture ?)
Après, on me donne du "madame" depuis que j'ai 15 ans tout aussi bien, hein ^^ (J'arrivais pourtant en jean, converses et sac à dos à cette époque. Comme quoi, beaucoup dans la vie de tous les jours se cantonnent à "monsieur/madame", c'est plus simple et ils sont sûrs de ne pas commettre d'impairs.)
Et je vais éviter de me lancer dans le débat égalité homme-femme, j'ai déjà lu des personnes qui en ont parlé bien mieux que moi.

Mélusine qui va plutôt élargir ses points de vue en regardant ce que racontent les autres.

Nuryko a dit…

Je suis convaincue qu'il faut supprimer cette fameuse case des formulaires administratifs. Je soutiens l'initiative forcément.
J'ai plus de mal avec la forme prise par cette revendication et avec les associations qui l'ont lancée, généralement trop agressives à mon goût et par lesquelles je ne me sens pas du tout représentée. Mais ça me paraît indispensable pour ne pas faire perdurer cette société malheureusement encore patriarcale.

A 33 ans, je gère mal le fait de me faire appeler mademoiselle (appellation réservée pour moi à une toute jeune fille). Je ne trouve pas ça flatteur mais plutôt assez dégradant finalement : je suis une personne adulte, allez quoi !

Louise a dit…

Je suis complétement d'accord avec toi. Et exaspérée au quotidien par mes quelques copines qui me surnomment "la féministe" comme si c'était une petite pique, alors que je ne suis même pas des plus vindicatives... Mettre en avant le simple principe d'égalité hommes-femmes et pointer ce qu'on fait nous mêmes pour perpétuer ces inégalités, ça renvoie trop souvent (surtout par des femmes!) à un cliché de femme aigrie et agressive.
Enfin rien de neuf sous le soleil, mais merci pour cet article, qui reprend bien mon point de vue !

Pascaline Loricourt a dit…

Bonjour Armalite

Merci de faire un post sur ce sujet surtout ta réponse a la premiere question (est ce vraiment bien important tout ca?). Ben moi je trouve que oui. Qu'on me demande mon sexe a la rigueur et encore la plupart du temps ce n'est pas necessaire.

Personnellement sur les sites internet qui exige que cette information soit remplie (je ne voit pas sous quelle autorité ils se posent d'ailleurs) avec une petite étoile et bien je mens et je met monsieur !

Le plus énervant ce sont les administrations. Je me trompe ou il n'y a aucune obligation légale de prendre le nom de son mari en France ? Parce que depuis que nous faisons notre déclaration d'impôt conjointe, je suis devenue Madame Monmari alors que j'ai décidé de garder mon nom. Seulement il te le font automatiquement des que tu as coché la case mariée, c'est dingue !!! Maintenant ca va être a moi de me démener pour faire reconnaitre mon nom !

Il y a encore du chemin a faire...

Delphine a dit…

Surtout qu'en plus, c'est censé être illégal :

http://romy.tetue.net/mme-trucmuche-epouse-duchmol

Je suis comme toi, dans ces cas là, ce sont les réactions sexistes des femmes qui m'agacent le plus...

Merci pour ce texte !

funambuline a dit…

Merci Armalite, billet parfait.

J'ajoute que l'on parle de formulaires administratifs, pas du charmant serveur/vendeur/inconnu dans la rue qui pourra encore me/vous faire rougir dans la rue avec un Mademoiselle bien placé...

Ness a dit…

Je pratique depuis un moment la lutte contre le 'Mademoiselle'. La distinction entre le Melle et le Madame est un usage dépassé qui ne vise qu'à signifier au monde si on est passé de l'autorité de son père à l'autorité de son mari. Et je vis très bien sans autorité tutélaire, merci.
Concernant le "madame" qui fait "vieille rombière", en plus de la tyrannie de l'apparence, il est aussi (pour moi) une parcelle d'un stéréotype sexiste plus large. Celui qui veut que la femme qui se marie devienne en moins de deux une bobonne désagréable et enquiquineuse, le boulet de son mari. Il suffit de voir toutes les blagues et bons mots sur le mariage qui envisage ce lien pour l'homme, comme la corde au cou mais pour la femme, comme l'occasion qu'elle aurait attendu avec impatience toute sa vie pour laisser libre court à tous ses défauts typiques de femme au détriment de son mari.

En deux mots: bonne initiative :-)

Arielle a dit…

Personnellement, bien que je n'aie jamais vu cette case sur un formulaire administratif, lorsqu'elle apparaît, j'ai toujours coché "Madame" indépendamment de mon statut marital et de mon âge. Au téléphone, si on m'appelle madame nom-de-mon-mari, je réponds que telle personne ne réside pas à ce numéro. À eux de vérifier qui ils appellent déjà, mon nom apparaît partout.

Faire abolir cette case n'est peut-être pas la cause la plus importante ni la plus urgente, mais c'est un petit geste facile à faire et d'une grande portée symbolique. Surtout, en parler amène le débat sur la place publique et fait réaliser à une génération de jeunes femmes antiféministes (!) que tout est loin d'être gagné...

ARMALITE a dit…

Ness: tu as parfaitement raison quant au stéréotype de la femme mariée, merci pour ce rappel.

Londoncam a dit…

Merci Armalite pour cet article.
J'ai trouvé cette initiative intelligente mais n'y avais pas non plus prêté plus d'attention, prenant la chose un peu à la légère.
Te lire m'a permis de réfléchir et c'est vrai que cette distinction m'agace prodigieusement. Je n'aime pas en fait que mon banquier ou autre sache si je suis mariée ou pas. Et si tu ne te maries pas, tu es censée être une mademoiselle toute ta vie ?

De même, je n'ai rien contre le fait de prendre le nom de son mari, pourquoi pas, mais j'apprécie grandement qu'on puisse avoir le choix de le faire ou non. Et ça m'horripile quand je lis les témoignages de certaines avec leur feuille d'impôt !

Londoncam a dit…

J'ai continué mes lectures sur le sujet, avec un excellent article sur la legislation du nom de famille (édifiant) et un du nouvel obs qui rejoint le tien: http://leplus.nouvelobs.com/contribution/197213;mademoiselle-taisez-vous-la-reponse-simpliste-a-la-campagne-d-osez-le-feminisme.html

Akroma a dit…

Vos messages et le billet sont très intéressants. Cela donne du grain à moudre.
Pour ma part, je considère que mon statut marital ne regarde que moi. Je suis pacsée et dans le cas du Melle/Mme, cela laisse une sorte de "vide juridique".
Je me rappelle une fois, alors que je passais dans les couloirs de mon boulot, je me fais interpellée par Mr Machin et sa secrétaire : "Melle Truc !"
Je me retourne et la secrétaire lance "Mais, elle est pacsée."
A Mr Machin de rajouter alors "Ah pardon, Mme Truc. On dit bien Mme?" Le secrétaire "bah j'en sais rien". Et un charmant débat fut lancé ! Au final, je leur ai dit de m'appeler par mon prénom si la guerre des arguments devenait trop violente.

Nuryko a dit…

"Concernant le "madame" qui fait "vieille rombière", en plus de la tyrannie de l'apparence, il est aussi (pour moi) une parcelle d'un stéréotype sexiste plus large. Celui qui veut que la femme qui se marie devienne en moins de deux une bobonne désagréable et enquiquineuse, le boulet de son mari."

D'ailleurs la langue elle-même reflète ces stéréotypes sexistes. Dans le langage courant, si je me marie, mon compagnon devient "mon mari" alors que moi je deviens "sa femme". Pas de changement d'appellation pour moi. Alors qu'on signifie clairement un statut différent pour l'homme, on signifie simplement pour la femme qu'elle appartient désormais à quelqu'un.
Alors je ne suis pas pour réinventer la langue française mais je me dis juste que ça ancre bien des choses dans le subconscient collectif.

Les tests de Gridou a dit…

Moui... Non...
Je me demande ce qu'en pense une excisée sénégalaise, une gavée mauritanienne, une voilée afghane, une violée congolaise...
Tant de combats féministes à continuer ! Le reste n'est que broutille et masturbation d'occidentale libre à mes yeux. Et beaucoup de perte de temps et d'énergie à mes yeux...

Mademoiselle Catherine a dit…

Comme je l'ai expliqué sur mon propre blog pas plus tard que ce matin, cette campagne me fait davantage l'effet d'un coup de pub pour les mouvement en questions que d'une réelle volonté de faire avancer les choses.
Pour ma part, j'aurais été beaucoup plus favorable au remplacement de "Madame" et "Monsieur" par "Sexe: féminin/masculin/pré-opératoire", ne serait-ce que pour donner ENFIN une existence légale aux transgenres.

En outre (et je ne suis pas la seule), je déplore profondément l'absence d'argumentation solide, et donc, je ne peux soutenir cette action...

Miss Sunalee a dit…

je me permets de signaler l'article de Melle Catherine sur le même sujet: http://mademoisellecatherine.blogspot.com/2011/09/cest-la-guerre.html

kim a dit…

Je me souviens d'un de mes premiers cours de grammaire française lors de ma tentative en romanes à l'UCL où le prof nous disait que la dénomination "mademoiselle" avait été supprimée. Cependant, impossible de supprimer cela autrement qu'en théorie. Cela doit bien faire 10 ans... Alors j'ai rêvé où la grammaire a déjà fait ce que les féministes pensent devoir innover? Parce que pour moi, elles ont 10 ans de retard là...

Anonyme a dit…

mais s'il n'y a qu'une seule case, que faudra-t-il y noter ?C'est une absurdité....

désormais j'indiquerai Madame Unetelle, née Mademoiselle Untelle ! que cela plaise ou non !!!

signé Melle Untelle ....épouse de Monsieur Untel !