jeudi 16 septembre 2010

Où nous passons une TRES mauvaise soirée en famille

La journée s'était plutôt bien passée. La scintigraphie dont Père redoutait qu'elle soit douloureuse ne lui avait finalement pas posé d'autre problème que, je cite, "l'injection du produit prend une heure et je me suis fait chier comme un rat mort dans le crafoutchou où ils m'avaient mis". Pendant ce temps, j'avais emmené Mère déjeuner au Paradis du Fruit et réussi à ne pas m'énerver une seule fois contre sa passivité congénitale. Nous étions rentrés à Leurpatelin en faisant un petit détour chez Cultura où je m'étais procuré la version poche de "L'encylopédie capricieuse du tout et du rien" de Charles Dantzig. Soeur Cadette nous avait rejoints pour un petit dîner à base de légumes du jardin; après ça, le reste de la famille s'était installé devant un téléfilm basé sur l'oeuvre d'Agatha Christie pendant que je commençais à rédiger un post pour résumer ces derniers jours en famille.

Je m'apprêtais à expliquer que malgré les circonstances, c'était chouette de se retrouver avec mes parents, Soeur Cadette, mon oncle, ma tante, Tomm, sa compagne et leur adorable bébé; que j'avais beaucoup aimé notre déjeuner sous les canisses d'une brasserie de village en attendant la fin de la crémation; que je me félicitais de la réussite éclatante de l'opération "Mémé à la Baille"; que je me souviendrais toujours de la descente imposée par Soeur Cadette sur le kiosque à chichi fregi dans le petit matin blême, alors que nous quittions Monpatelin pour Toulouse dans sa Lancia Delta de location; que les conversations ultra-scato de ces derniers jours m'avaient quand même bien fait marrer (après avoir écouté Père expliquer très sérieusement l'importance de laver les slips à 60° parce que sinon, les traces de pet ne partent pas, je crois que plus rien ne peut me faire mourir d'embarras). J'allais sans doute employer des expressions cucul la praline comme "réconfort d'une famille soudée face à l'adversité" et "trouver de la joie même dans la peine", avant de conclure que "le rire et l'amour sont les meilleurs médicaments du monde". Ouais, carrément.

Puis Père a senti venir une crise et il est parti s'allonger. Dix minutes plus tard, il gémissait et haletait comme une parturiente à l'agonie, répétant "Je veux mourir" en boucle quand il avait assez de souffle. C'était abominable de l'écouter sans rien pouvoir faire pour le soulager. Au bout d'une heure, n'y tenant plus, Soeur Cadette a appelé les urgences de la clinique la plus proche. Où on l'a informée que Père avait sans doute besoin d'une piqûre de morphine mais qu'il ne risquait pas de la recevoir de sitôt, les patients arrivés en fin d'après-midi se trouvant encore dans la salle d'attente. Le Samu contacté dans la foulée a seulement pu proposer de venir chercher Père en ambulance dans la mesure où nous étions incapables le transporter nous-mêmes. SOS médecins, enfin, nous a envoyé un docteur... qui, bien entendu, est arrivé juste après la fin de la crise, alors que Père refusait catégoriquement que nous l'emmenions voir son médecin traitant demain matin pour lui réclamer un autre traitement anti-douleurs vu l'inefficacité de l'Ixprim et du bête Doliprane qu'on lui a prescrits. Mais non, il n'était pas en train de délirer quelques minutes plus tôt, nous avions halluciné des oreilles. C'était juste une petite crisounette, et de toute façon, aucun médicament ne pouvait l'aider.

A ce stade-là, j'ai commencé à glapir qu'il se comportait comme un gamin capricieux et buté, que je ne passerais pas une autre soirée à l'écouter appeler la mort à grands cris et que s'il le fallait, je le traînerais chez son docteur par la peau du fondement, pendant que Soeur Cadette beaucoup plus calme menaçait néanmoins de lui couper l'accès Skype à ses petits-enfants chéris, façon "nous aFons les moyens de Fous faire céder". C'est sur ces entrefaites qu'on a sonné à la porte et que Père s'est mis à pousser les hauts cris. Déranger un médecin en plein nuit, quelle horreur! Jamais il n'avait fait une chose si honteuse de toute son existence. Il allait très bien et vraiment, il n'avait pas besoin qu'on s'occupe de lui. (Vu comme ça, inutile de se demander pourquoi son docteur habituel ne lui avait rien refilé de plus costaud que du paracétamol et de l'ibuprofène...)

Par chance, le médecin de garde ne l'entendait pas de cette oreille. Contrairement au chirurgien de Père, réputé très efficace mais apparemment peu porté sur la psychologie et la communication avec les patients, il a pris la peine d'expliquer à Père pourquoi il avait mal et surtout, ce qu'il pouvait faire pour l'éviter. Au final, ses conseils étaient plus ou moins les mêmes que ceux que Mère, Soeur Cadette et moi répétons en boucle depuis que Père a des douleurs intestinales - mais curieusement, lui, il a réussi à se faire écouter (et à refiler à Père une ordonnance avec des médicaments de niveau 3 au lieu de 2). Si quelqu'un sait où je peux trouver un caducée de contrebande, je suis preneuse. Je commence à nourrir pour la suite des opérations certaines inquiétudes sans rapport avec le diagnostic lui-même. Entre un père malade mais qui refuse à moitié de se laisser soigner et une mère incapable de lui tenir tête ou de prendre la moindre décision, les mois à venir risquent d'être funky...

2 commentaires:

Ladypops a dit…

Je pense qu'à toutes choses il faut un temps d'adaptation et les bons mots. Je ne suis pas sûre que ton papa refuse de se laisser soigner, mais plutôt qu'il refuse de voir sa maladie. En temps voulu, il saura faire les bons choix. J'imagine que ton papa est de la même génération que mes parents, celle qui a toute confiance en la médecine et pour qui, un médecin est une autorité qu'on ne dérange pas parce qu'on a le nez qui coule, mais quand on a quelque chose de grave. On est tous différents face à la maladie, certains se terrent en attendant que ça passe, d'autres ne font rien, et d'autre crie à la mort au moindre cheveux de travers. Malgré tout, il arrive un moment ou l'on sait qu'on doit se prendre en main, ou il y a un déclic et ou on se dit "cette fois c'est la bonne, faut pas déconner".

Enfin, je ne connais pas ton papa et peut-être que je me trompe... je ne me base que sur mon expérience personnelle avec les patients et les proches que j'ai suivi.

sara a dit…

Soyons sexiste : je ne connais pas un seul homme, jeune ou vieux qui ne soit pas mourant à la moindre douleur, surtout face aux femmes, et qui ne recule pas devant le médecin ;-)
Plein de courage et de bises !