mardi 8 juin 2010

De l'ambition

Je n'ai pas voulu passer un bac scientifique malgré de très bonnes notes en maths/physique quand j'étais en seconde. Si mes parents ne m'avaient pas poussée, j'aurais fait une fac de langues ou de psycho plutôt qu'un cursus prépa + grande école de commerce. D'ailleurs une fois diplômée, je n'ai pas tardé à décrocher complètement de la voie à laquelle mes études m'avaient préparée pour me tourner vers le statut précaire de travailleur indépendant et le boulot pas spécialement glorifié de traductrice. Non, je ne voulais pas décrocher un poste mirifique avec salaire idem dans une grosse boîte où je me serais sentie quelqu'un d'important. Je voulais juste ne pas avoir envie de me tirer une balle tous les matins plutôt que de me lever pour aller travailler dans un endroit où je n'avais pas ma place - et si possible, gagner de quoi m'acheter des fringues et des bouquins. Je m'en foutais d'avoir un beau CV ou pas, un statut social enviable ou pas. L'expression "jeune cadre dynamique" alors en vogue me faisait grincer des dents. Peu m'importait que mes parents puissent se vanter de ma réussite professionnelle comme ils s'étaient jadis vantés de mes bulletins scolaires. Mes priorités, c'était plutôt quelque chose du genre: découvrir qui je suis, arrêter de me saboter tout le temps, trouver un boulot qui me plaise, atteindre une forme d'équilibre, me sentir enfin en sécurité.

Vingt ans plus tard, j'ai beaucoup changé, mais je reste désespérément indifférente à toutes les choses qui motivent les gens autour de moi. Non, je ne rêve pas de me payer une Rollex avant la cinquantaine, ni une villa sur la côte avec jardin/piscine/court de tennis et une berline longue comme un paquebot, un 4x4 avec son pare-bufles ô combien nécessaire en ville ou un petit cabriolet nerveux pour faire la belle l'été, comme ceux de mes vieux potes qui travaillent dans le milieu corporatiste. Non, je ne rêve pas non plus d'écrire un roman génial qui me vaudrait des critiques dithyrambiques, un ou deux prix littéraires majeurs et gras de droits d'auteur parce que le public l'adorerait autant que les gens de la profession. Je ne crache pas sur l'argent, bien au contraire; j'aime la liberté qu'il procure. Mais mes aspirations matérielles sont somme toutes assez modestes (des chaussures, des bouquins, un ou deux aller-retour annuels pour des destinations lointaines) et je n'éprouve aucun besoin de reconnaissance. Ce blog, mes journaux de voyage, mes petits dessins et autres modestes collages, les maquillages ou les tenues que je m'amuse à composer suffisent largement à assouvir mes envies de création. Je suis très contente quand les gens avec lesquels je les partage m'en font compliment, mais ce n'est pas un moteur pour moi.

Je ne réussirai peut-être pas ma vie au sens où on l'entend généralement, mais je ne la raterai pas selon mes propres termes. Je ne laisserai pas de trace dans l'histoire de l'humanité et ça m'est bien égal d'autant que si l'humanité continue sur sa lancée, son histoire après moi risque de ne pas être très longue. Je ne gaspillerai pas mon temps et mon énergie à courir après des choses que je suis censée vouloir et dont je me fiche éperdument. Un peu par indolence sans doute, beaucoup par conviction profonde que je n'en ai pas besoin. J'essaierai, j'essaie juste d'être la meilleure personne possible sans trop me tourmenter pour les erreurs commises en chemin, car elles sont inévitables; de profiter au maximum des gens que j'aime et de consacrer plein de temps à faire des choses que je kiffe.

Puisqu'il faut l'avouer, voilà: je n'ai aucune ambition. Juste du plaisir à vivre. Et ça ne me semble déjà pas si mal.

PS: Avant que quiconque aille s'imaginer quoi que ce soit et le prendre mal, je tiens à préciser que ce post m'a été inspiré par le parcours professionnel d'un ancien pote dont je suis, avec un effarement amusé, les tribulations par statut Facebook interposé. Il est sûrement possible d'atteindre son genre de statut sans devenir puant, Soeur Cadette en est un assez bon exemple. Mais il faut dire qu'elle partait avec l'avantage de gènes remarquables ^^

9 commentaires:

iibelle a dit…

carpe diem :-)

j'ai lu il y a longtemps un livre nommé qu'est-ce que la richesse qui pose les bonnes questions et je vois souvent l'incompréhension dans les yeux de mes contemporains devant mes choix de vie.

Anonyme a dit…

Ben moi, ça me gênerait pas d'être jeune, riche, belle et célèbre!

Mais t'as raison, Armalite, c'est trop fatiguant...

Alors moi aussi je me contente de ce que j'ai, qui n'est déjà pas si mal que ça, ma foi.

Bonne continuation !
Signé Zorro

Cécile de Brest a dit…

Pour accepter ce que l'on est et décider qu'il faut se faire plaisir à soi et pas aux autres, il faut une bonne dose de maturité, je trouve.
Moi, je n'ai pas encore trouvé ce qui me convenait mais je sens que je suis sur la voie !!

CaroleenD, jeune cadre mélancolique a dit…

J'aime la sérénité qui se dégage de ces lignes... et je l'envie un peu aussi.

Pascaline a dit…

Ahah ! C'est amusant parce qu'il y a deux jours mon mari me dit (en regardant une émission parlant de gens richissimes) : "Ca a l'air bien d'etre riche!"
Je lui répond qu'on EST riche. Comme toi Armalite, on est amoureux, en ralative bonne santé vu notre age, on a une famille des amis, des boulots simples mais qui nous plaisent, et qui payent l'essentiel de notre vie et un petit peu plus, voire meme on épargne quand on a pas le temps de tout dépenser en voyage (seule dépense avec maison qui en vaille la peine a mon sens mais faut le temps d'y aller).
Par ailleurs j'ajoute que tous les gens riches qu'on connait sont malheureux autour de nous.
Sur ce il m'a fait un gros bisous. :)

Kezac a dit…

Voilà qui me correspond plutôt tout à fait...

L@ure a dit…

Je te suis depuis quelques jours et je commente pour la 1ère fois ;-)
Et bien moi je trouve que tu as parfaitement raison et qu'"avoir juste du plaisir à vivre", c'est déjà une sacrée ambition ^_^
Je rêverais de bosser comme indépendante... malheureusement pour moi j'ai déjà bien eu du mal à me reconvertir de la chimie vers la com' web... mais je savoure chaque instant et ne pas posséder de rolex ou de villa sur la Côte ne me manque absolument pas...

Magali a dit…

J'ai pris beaucoup de plaisir à lire ton post, Armalite. Et je suis contente de m'y retrouver un peu depuis que je me suis lancé dans super projet qui bouffe du temps et rapporte pas de sous. Bon faudra bien un jour où l'autre que je gagne à nouveau ma vie, d'ailleurs je ne sais pas comment je ferais pour supporter à nouveau la vie de bureau si je ne trouve pas un truc qui m'éclate. Mais en attendant je savoure cette liberté de vivre à mon rythme et de faire ce que j'aime.
Dommage que j'ai mis temps de temps à comprendre tout ce dont tu parles. Remarque ça aurait pu être pire. J'aurais pu ne jamais comprendre.

Egogramme a dit…

J'ai repensé à ce billet en lisant ceci :

Les composante de l'âme : la vision (ce que vous voulez voir exister davantage dans le monde et ce à quoi vous voulez participer. La vision est très liée à vos valeurs) et la mission (votre contribution unique pour que la vision se réalise ?

Les composantes de l'ego : l'ambition (la réalisation ou statut que vous voulez pour vous même) et le rôle (le type d’individu (ou organisation) que devez-vous être pour atteindre vos ambitions)

http://www.institut-repere.com/PROGRAMMATION-NEURO-LINGUISTIQUE-PNL/institut-repere-base-documentaire-le-charisme-et-la-pnl.html