mardi 20 octobre 2009

Le (mauvais) sens du timing de madame Mère

Pendant des mois - que dis-je? des années -, j'ai fait le forcing auprès de mes parents pour qu'ils prennent un abonnement à Internet. Argument massue: "On pourra utiliser Skype pour se parler et même se voir, ça vous fera faire de méga-économies de téléphone".

Ils ont mis le temps à se décider, mais depuis, qu'est-ce qu'ils se rattrapent! Surtout Mère. Désormais, à toute heure de la journée, alors que je suis en train d'essayer de battre le record hallucinant de LaContradiction à Bubble Spinner de peiner sur une traduction difficile, une petite fenêtre s'ouvre subitement sur mon écran tandis que retentit une sonnerie impossible à ignorer. Et dans la seconde suivante, une voix guillerette s'exclame: "Allô Zouzou? C'est maman." Quinze ans que je bosse à la maison; pourtant, elle n'a toujours pas compris que je ne passe pas mes journées à glander, que je ne vole pas les milliards de paires de pompes qui encombrent mes placards, et que non, Air France ne me fait pas cadeau de mes billets d'avion à destination des USA ou du Japon parce que j'ai une tête sympathique: je paie tout ça avec les sous gagnés à la sueur de mes petits neurones. Si si. Mais allez expliquer ça à une retraitée un peu désoeuvrée et notoirement dans la lune...

Ainsi, tout à l'heure, je me débattais avec une difficulté assez particulière. J'étais en train de traduire une scène de triolisme dans laquelle l'auteur réussit le tour de force de n'employer aucun terme anatomique et encore moins argotique, ce qui fait quelque peu pudibond en anglais et carrément ridicule en français. L'héroïne se trouvait coincée en sandwich entre ses deux partenaires masculins, un qu'elle chevauchait et l'autre qui tentait, mesdames-messieurs, de s'introduire dans "un orifice qu'elle n'était pas prête à lui concéder". Faute d'y avoir accès, le malheureux se contentait de "faire glisser sa raideur entre ses fesses humides" alors qu'elle n'avait pourtant "pas encore connu la libération".

J'étais en train de me dire, premièrement que c'est bien hypocrite de ne jamais écrire le mot "bite" ou simplement "pénis" alors que la demoiselle se livre régulièrement à des orgies nécrophiles; deuxièmement, que dans les mêmes romans, on trouve des descriptions de scènes de crime épouvantables - et franchement, qu'est-ce qui est plus choquant pour vous: un gamin démembré avec les tripes à l'air, ou trois adultes consentants qui s'envoient joyeusement en l'air? Bref, je suais sang et eau pour rester dans le ton et narrer une double pénétration avec le vocabulaire de la comtesse de Ségur quand la sonnerie désormais familière a retenti et la voix de Mère claironné: "Allô Zouzou? Je comprends pas ce qui se passe, ma webcam marche pas!"

Cette femme a pris 26 kilos et hurlé autant d'heures sur un lit d'hôpital pour me mettre au monde. En outre, elle a réussi le tour de force de ne pas me passer par la fenêtre de notre appartement situé au 12ème étage quand j'étais ado et que je lui en faisais voir de toutes les couleurs. Il y a des jours où c'est vraiment la seule chose qui me retient de l'envoyer bouler.

9 commentaires:

Rose a dit…

Pourquoi ne pas lui avoir fait un petit brin de lecture ? Je suis sur qu'elle aurait apprécié le passage en question !
Rose caustique.

funambuline a dit…

L'amour-haine mère-fille. Terrifiant.

(Surtout quand la mère en question a eu "une grossesse merveilleuse et un accouchement fabuleux"... )

ARMALITE a dit…

Oh il n'y a aucune haine entre ma mère et moi, juste une bonne dose d'agacement de ma part, parfois.

Aurélie a dit…

Mon commentaire n'a rien à voir mais je me souviens que dans un post précédent tu parlais de booker tes billets pour Tokyo et comme je suis fan aussi: British Airways fait des promos sur ses vols pour l'instant (sur le site), j'étais partie en juin pour 450€ donc ça vaut peut-être le coup d'aller voir...

anneso a dit…

Les rapports mère/fille sont souvent hyper complexes,je le constate quand j'en parle avec mes copines et surtout avec ma propre expérience.
Ma mère me tape sur les nerfs,elle m'agace et en même temps,elle se rend indispensable pour plein de trucs et,du coup,ça me culpabilise.C'est une relation un peu malsaine,je trouve, car il m'arrive de penser des horreurs sur elle qui "a tant fait pour moi etc" et,comme je sais que "c'est mal",ça me prend la tête (pas plus tard qu'hier soir).
Je ne serai pas du tout comme elle quand mes enfants(des garçons,remarque) seront adultes.

Moi a dit…

Ma mère est "rock and roll" (n'est ce pas autre-moi)et pour rien au monde je ne l'échangerai. J'ai cette chance d'avoir une mère qui ne s'occupe pas de ma vie, qui n'est pas ma "copine". Elle est toute simple, pleine d'humour et toujours là quand il faut. (et en plus elle cuisine super bien)Maintenant cela vient peut être aussi du fait que je sois la 5ème, et petite dernière, de la famille et que mes frères et soeurs ont essuyer les plâtres avant Moi ;) Mon problème à moi c'était plutôt le rapport père/fille

Stella Polaris a dit…

"narrer une double pénétration avec le vocabulaire de la comtesse de Ségur"
Tu as vraiment le sens de la formule qui tue ! :)

Athéna a dit…

j'ai travaillé chez moi pendant quatre ans, avec des enfants en bas âge en plus: jamais réussi à faire comprendre à mes parents que je n'avais pas le temps de bavarder ! dnc je t'envoie ma sympathie émue...

Anonyme a dit…

L'agacement est un réflexe. Que faire avec ça ? ;)
Trouvé vraiment très drôle la traduction transcrite. D'un humour anglais fort bien rendu.