dimanche 20 septembre 2009

Où je me prends pour une gouroute dans l'art d'avoir confiance en soi

Plusieurs de mes connaissances m'ont récemment confié qu'elles manquaient de confiance en elles. Un problème qui paraît typiquement féminin: les hommes ont toujours l'air très sûrs d'eux, même quand ils enchaînent les pires conneries. Peut-être n'est-ce qu'une façade, mais j'en doute. Alors, pourquoi eux et pas nous? Pourquoi ne se jaugent-ils jamais à l'aune d'une perfection telle qu'ils sont forcés de se trouver pitoyables en comparaison? Pourquoi ne sont-ils pas durs envers eux-mêmes comme jamais ils n'oseraient l'être envers un ami? Pourquoi ne trouvent-ils pas toutes les raisons de s'accabler et aucune de se sentier fiers de ce qu'ils sont et de ce qu'ils font? N'étant ni de sexe masculin, ni télépathe, je ne m'avancerai pas à fournir une explication. En revanche, mon passé de grande complexée me qualifie pour vous donner quelques pistes de réflexion et deux ou trois conseils pratiques.

VIS-A-VIS DES AUTRES:

- Vous avez l'impression que tout le monde a les yeux fixés sur vous en permanence et vous juge négativement.
Non, le service entier ne se moque pas de vous dans votre dos parce que vos chaussures ne sont pas assorties à votre pull ou que vous avez maillé vos collants en venant au travail. Non, à moins d'être la correctrice chargée de réviser la nouvelle édition du Bescherelle, vous ne perdrez pas toute crédibilité professionnelle à vie parce que vous avez oublié d'utiliser le subjonctif après "bien que" dans un mail adressé à un client. Non, votre voisine de serviette de plage ne va pas se mettre à vomir à la vue de vos vergetures et/ou de votre culotte de cheval. Vous savez pourquoi? Parce qu'elle est trop occupée à se demander si les gens ne trouvent pas que son bide ressemble à une hideuse bouée et qu'il devrait être interdit aux baleines dans son genre de porter des maillots deux-pièces. La vérité, c'est qu'en règle générale, chacun se préoccupe avant tout de lui-même et n'a qu'une attention très fugace à accorder aux bévues des autres.

- Vous vous demandez ce qu'un mec aussi génial que le vôtre fiche avec vous et attendez avec terreur le moment où il se rendra compte de votre insondable nullité.
Accordez-lui un peu de crédit. Puisque vous le trouvez si merveilleux, j'imagine que ce garçon a un QI supérieur à celui d'une cuillère à soupe. Et donc, une assez bonne idée de vos défauts ou de vos défaillances intimes. Si vous étiez aussi inintéressante que vous le croyez, il ne serait pas avec vous. Si vous pensez que vous êtes juste hyper douée pour dissimuler votre vide intérieur, il paraît qu'il y a gras de thunes (et de popularité) à se faire dans le métier d'actrice. Je dis ça, je dis rien.

- Vous vous sentez minable à côté de votre meilleure amie (ou de votre collègue de bureau...) si jolie, si drôle et qui semble réussir tout ce qu'elle entreprend.
Personne n'est parfait. Simplement, beaucoup de gens préfèrent se présenter sous un jour agréable et valorisant pour être appréciés; ils mettent donc en avant ce qu'ils ont de mieux et évitent de parler du reste. Vous ne savez pas ce qui se passe dans leur vie quand ils ne sont pas avec vous, ni ce qu'ils ressentent profondément. Votre meilleure amie a peut-être une vie sexuelle minable quoi qu'elle en dise, ou est persuadée d'être la plus mauvaise mère du monde mais a trop honte pour l'avouer; votre collègue de bureau pourrait très bien ne pas avoir parlé à ses parents depuis cinq ans ou s'y être reprise à 17 fois avant de décrocher son permis de conduire.

VIS-A-VIS DE VOUS-MEME:

De la même façon que personne n' a jamais tout bon, personne n'a jamais tout mauvais. Petits exercices pratiques pour vous en convaincre:

- Dressez une liste des choses que vous avez réussies, les choses dont vous êtes fière. Fouillez bien dans tous les domaines de votre vie et ne négligez pas les petits accomplissements: ce sont souvent les plus appréciables au quotidien. Pas besoin d'être sortie première de Polytechnique pour avoir le droit d'être contente de soi. Préparer le meilleur clafoutis de la galaxie, être capable de monter une armoire Ikea en 90 minutes chrono, savoir réconforter un enfant qui a un gros chagrin, trouver un quart d'heure pour bavarder avec la petite mamie d'en face, écouter sans juger quelqu'un qui vous confie un secret pénible, toujours réussir son créneau ou son trait d'eyeliner du premier coup, ce n'est peut-être pas aussi glorieux que remporter un disque d'or ou un Oscar, mais ça vous rend certainement plus précieuse pour votre entourage. A ce qu'il paraît, les disque d'or sont peu comestibles, et on ne peut pas ranger grand-chose dans un Oscar.

- Si votre estime de vous est proche de la température de congélation de l'azote, vous pouvez même vous obliger à noter dans un petit carnet, chaque soir, au moins une chose faite ce jour-là et dont vous êtes fière. Au fur et à mesure qu'il se remplira, ce carnet vous servira de renforcement positif. Je m'explique: de la même façon qu'on dit que l'appétit vient en mangeant ou qu'il faut se toujours forcer à sourire même quand on n'en a pas envie, parce qu'on finit réellement par éprouver l'humeur qu'on affiche, voir grandir la liste de toutes ces choses valorisantes finira par vous rendre contente de vous pour de vrai. Essayez, vous verrez.

- Gardez dans une boîte (ou dans un dossier de votre boîte mail) tous les messages d'amour ou d'amitié que vous recevez, les dessins d'enfants ornés de coeurs difformes et de "je t'aime" bavouillants, les diplômes que vous avez peiné pour obtenir, des photos de vos plus belles réalisations culinaires ou artistiques. Quand vous doutez de vous, ouvrez-la et ressortez tout. Voyez combien de gens vous chérissent malgré vos imperfections. Voyez combien de choses vous avez accomplies et tendez à oublier dans votre tendance à l'auto-dénigrement.

- Quand vous avez commis une erreur, au lieu de vous lamenter que décidément vous n'êtes bonne à rien, imaginez que ce soit une de vos amies qui ait commis l'erreur en question et qu'elle vienne vous voir, absolument désespérée par sa propre nullité. Lui diriez-vous: "Oui, tu n'es qu'une pauvre gourdasse. Franchement, c'est bien fait pour toi ce qui t'arrive." ? Si la réponse est oui, oubliez cet article: vous êtes un cafard déguisé en être humain, et vous avez raison de ne pas avoir confiance en vous. Si la réponse est non: pourquoi vous traiteriez-vous moins bien que vous ne traitez les autres? Plus que n'importe qui, vous méritez votre propre indulgence et votre compréhension bienveillante. Je ne parle pas de complaisance crasse, hein. Mais par pitié, soyez sympa avec vous-même.

9 commentaires:

annaquine a dit…

Excellent post !
Tellement vrai !

sylvie-québec a dit…

tout simplement merci !

Eve a dit…

Amusant,il y a deux jours j'ai justement relu des mots d'amour qu'on m'avait envoyé et c'est vrai que ça met du baume au coeur...

Comme me l'a dit quelqu'un jadis, il ne faut jamais jamais jeter une lettre d'amour (ou un mot gentil de quelqu'un qu'on apprécie vraiment). Je l'ai fait une fois et je l'ai regretté après coup. ;-)

noisette a dit…

Merci se suffit à lui-même et n'a besoin de s'agrémenter d'aucun adjectif s'il est simplement...sincère

Gren a dit…

Whoua... Tu parles comme un livre spécialisé, mais je t'entends déjà me donner quelques uns de ces conseils il y a une dizaine d'années. Ca fait du bien de les relire. Je déteste les listes, mais peut-être vais-je faire une exception pour celle-ci.
a+

Pascaline a dit…

Bonjour, ce post met du baume au coeur surtout le lundi quand tout va de travers. Merci!

Nuryko a dit…

Plein de bons conseils. Inspirée, je viens de commencer un petit cahier pour noter les choses dont je suis fière chaque jour :)

mmarie a dit…

Merci Armalite. Tout cela - en quoi je crois beaucoup mais que j'oublie parfois, sinon souvent - est dit avec justesse et talent.

Miss Sunalee a dit…

Aujourd'hui, je suis en pleine forme, mais je garde cet article pour les jours "sans" ! Merci !