mardi 29 septembre 2009

De l'enfance

Contrairement à certaines, j'ai détesté être enfant.

Non que mes parents aient été des bourreaux - loin de là. Malgré les règles assez strictes qu'ils nous imposaient, à Soeur Cadette et à moi (enfin, surtout à moi; c'est l'inconvénient d'être l'aînée: on essuie les plâtres), ils avaient notre bien-être à coeur et prenaient toutes leurs décisions en fonction de ce qu'ils estimaient bon pour nous.

Le problème, c'est que me concernant, ils se sont souvent trompés.

J'ai eu très tôt une idée de la façon dont je voulais vivre, ou plutôt, de la façon dont je ne voulais PAS vivre. C'est-à-dire comme eux qui ne lisaient pas, n'allaient jamais au resto et rarement au ciné, passaient toutes leurs vacances chez mes grands-parents dans le Massif Central et se satisfaisaient de boulots qui me semblaient d'un ennui mortel. Je ne suis pas en train de faire leur procès: ils n'avaient pas de gros moyens et voulaient mettre leurs sous de côté pour nos études ou pour faire face à un éventuel coup dur, ce qui est tout à fait louable. Mais moi, auprès d'eux, j'étouffais. J'étais comme une plante privée d'oxygène. J'aurais voulu des parents intellos qui auraient aiguillonné ma curiosité, m'auraient conseillé des bouquins et auraient pu en discuter avec moi, m'auraient emmenée voir des expositions et visiter des pays lointains.

Cela dit, même si j'avais été la fille de Sartre et de Simone de Beauvoir, je ne crois pas que j'aurais pu obtenir ce dont j'avais soif par-dessus tout: la liberté de prendre mes propres décisions dès l'âge de 9 ou 10 ans. J'aurais voulu choisir moi-même mes horaires, les cours que je suivais ou non, ce que je mettais sur mon dos et dans mon assiette, la façon dont les meubles de ma chambre étaient arrangés et mes affaires classées, l'heure à laquelle je me levais et me couchais. J'aurais voulu passer mes vacances seule sur une île déserte avec une immense bibliothèque pour seule compagnie. Tous les enfants, j'imagine, se rebellent à un moment ou à un autre contre l'autorité parentale. Mes parents n'étaient jamais injustes, et ils ne voulaient que mon bien, mais ils ne me comprenaient pas. Je me sentais totalement étrangère à eux, brimée par leur mode de vie dépourvu de tout ce à quoi j'aspirais. De la culture. Des voyages. Et plus important que tout, je crois: de la fantaisie et de la liberté.

Et puis au-delà de ma famille, il y avait les brimades terribles que je subissais à l'école. J'étais une gamine laide, précoce et timorée: le souffre-douleur idéal pour les petites brutes de cour de récré. N'aimant pas jouer les victimes, je vais vous épargner la liste des humiliations qui m'ont été infligées; disons simplement que jusqu'à la 4ème, j'en ai franchement bavé. J'étais encore en primaire que je priais le soir dans mon lit pour ne pas me réveiller le lendemain matin. Plutôt mourir qu'affronter ça un jour de plus.

"Il existe deux sortes de gens, dit Gilbert Cesbron dans "Notre prison est un royaume": ceux qui ont une enfance à regretter, et ceux qui ont une enfance à venger." Je fais définitivement partie de la deuxième catégorie. Alors qu'aujourd'hui, ma vie est telle que je la rêvais - pleine d'art, de livres, de voyages et aussi dépourvue de contraintes que possible -, ma plus grande peur reste de me retrouver un jour dépendante des gens qui m'entourent, à la merci de leurs bonnes intentions mal placées ou de leur insupportable pitié. C'est d'ailleurs l'un des thèmes principaux sur lesquels Mme Mapsy souhaite travailler avec moi. J'ai comme l'impression qu'elle risque de se prolonger, cette thérapie.

4 commentaires:

Ingrid a dit…

Eh bien moi qui ai un merveilleux souvenir de mon enfance, sans trop de contrainte et baignant dans la culture, le voyage et l'amour, moi qui n'ai ni regret ni envie de vengeance, ton poste me touche beaucoup...

Miss Sunalee a dit…

"des parents intellos qui auraient aiguillonné ma curiosité, (...), m'auraient emmenée voir des expositions et visiter des pays lointains"
C'est ce que j'ai eu, mais d'un autre côté, ils étaient si rigides...

Mrs Brown a dit…

J'ai la chance d'avoir un petit électron libre à la maison. Elle rêve de liberté et refuse les règles. Malgré toute ma patience, mon amour et mon bon vouloir, je sais qu'elle va souffrir. Parce que lorsqu'on ne rentre pas dans le moule, on est mal perçue. Alors oui, je pense qu'elle recevra de gros coup, que son enfance sera difficile. Mais j'ai bon espoir qu'elle soit une femme fabuleuse avec du caractère et sachant ce qu'elle veut.

J'ai longtemps été le vilain petit canard, puis la bonne copine qu'on hésite pas à trahir. C'est pour moi l'école qui a été une vraie plaie, pour le reste, je en garde que les bons souvenirs.

Ton texte m'a beaucoup touchée entant que maman et entant qu'ex enfant...

rose a dit…

Encore un post qui me la coupe (la chique, la respiration, tout ce que tu veux !)! Tout comme celui qui traite de ton rapport aux "psy" et de ton évolution par rapport à ça, je suis toujours bluffée, troublée, remuée, titillée par ton honnêteté ! Le mot n'est peut-être pas exactement celui qu'il faudrait mais en fait, ces deux posts me font tellement réfléchir que je ne sais plus trop ce que je voulais dire...
Ah, si: MERCI !
Rose