dimanche 2 août 2009

Top 10: Littérature Générale

J'ai longuement hésité sur la façon de classer les livres qui suivent. Par ordre de préférence: impossible, ils sont trop différents et chers à mon coeur chacun pour des raisons bien spécifiques. Par ordre d'"accessibilité": mmmh, trop subjectif. Dans l'ordre où je les ai découverts: oui, pourquoi pas. En fin de compte, j'ai opté bêtement pour l'ordre alphabétique des noms d'auteur.

- "Le maître et Marguerite" (Mikhaïl Boulgakov): Dans les années 30, le diable débarque dans un Moscou gangrené par le communisme où se croisent, entre autres personnages burlesques, un écrivain suicidaire et un chat noir doué de parole qui ne craint pas les balles. Parallèlement, nous suivons les derniers jours de Jésus à travers les yeux de Ponce Pilate, le procurateur de Judée qui ne veut pas le condamner mais va s'y trouver forcé pour des raisons politiques. Satire du pouvoir, comédie tragique, roman à la fois foisonnant et maîtrisé, "Le maître et Marguerite" est considéré comme un des chefs-d'oeuvre de la littérature russe - et à juste titre.

- "Notre prison est un royaume" (Gilbert Cesbron): Le roman initiatique qui m'a bouleversée quand j'étais adolescente. A la rentrée des classes, la bande des Mousquetaires se reforme dans un lycée parisien. Mais Pascal Delange, le plus beau, le plus doué, le plus secret des quatre garçons manque à l'appel: il s'est suicidé pendant les vacances. L'un de ses amis va fouiller dans sa vie pour essayer de comprendre la raison de son geste. Durant sa quête, il perdra son innocence et laissera à jamais le monde de l'enfance derrière lui.

- "La maison des feuilles" (Mark Z. Danielewski): Ce roman inclassable et archi-oppressant raconte en parallèle l'histoire d'un cinéaste qui explore les entrailles d'une maison défiant toutes les lois de l'espace-temps, et celle du type paumé qui découvre un jour le récit de cette aventure et se laisse happer à son tour par la folie. Sous couvert d'un récit à la frontière du fantastique, l'auteur explore le concept de vide d'une manière aussi vertigineuse que brillante, réussissant à retranscrire ses idées à travers la mise en page et la typographie mêmes de son livre.

- "L'agneau carnivore" (Agustin Gomez-Arcos): Très difficile à trouver en français aujourd'hui, ce roman raconte une histoire d'amour hyper-charnelle entre deux frères dans l'Espagne franquiste. Ca pourrait être dérangeant et ça n'est que bouleversant de beauté, écrit dans une langue magnifique et avec une force de sentiments renversante. Comme tous les bouquins de Gomez-Arcos, d'ailleurs.

- "Le Loup des steppes" (Hermann Hesse): Dans la plupart de ses romans, Hermann Hesse explore une forme particulière de la dualité de la nature humaine: la vertu et le vice dans "Demian", le sacré et le païen dans "Narcisse et Goldmund"... Ici, il s'intéresse à l'opposition nature/culture à travers l'histoire d'un homme nommé Harry Haller qui se définit comme un loup. Tiraillé entre ses plus bas instincts et ses aspirations intellectuelles et artistiques, il envisage de se suicider lorsqu'il rencontre Hermione, son double, qui va l'aider à réconcilier les deux moitiés antagonistes de son être.

- "Une fièvre impossible à négocier" (Lola Lafon): Après s'être fait violer par un homme "irréprochable", une jeune femme révoltée trouve un sentiment de sécurité et un sens à sa vie en s'engageant dans un mouvement militant d'extrême-gauche. Récit autobiographique à peine déguisé, il vaut pour son écriture d'une fulgurance rageuse. Chaque phrase de Lola Lafon est à la fois poème vibrant, pamphlet politique et coup de poing au plexus. J'avais parlé ici de son deuxième roman. Le troisième est en préparation, et j'ai hâte de le découvrir.

- "Le temps n'est rien" (Audrey Niffenegger): Déjà cité récemment dans ma liste de bouquins à mettre entre toutes les mains, et dans cet article.

- "Le Cercle de la croix" (Iain Pears): En 1663, un professeur de l'université d'Oxford est retrouvé mort dans son cabinet. L'autopsie révèle la présence d'arsenic dans son foie. Sarah, sa servante, est accusée du meurtre et exécutée. Quatre personnages (un marchand vénitien, le fils d'un traître, un cryptographe qui travaille pour les services de renseignements et un historien amoureux de la condamnée) relatent les circonstances et les mobiles de ce crime dont ils ont, chacun à leur façon, été témoins. Chacun croit fournir la seule version objective des faits. Mais seul le lecteur pourra, à la fin, reconstituer la vérité dont chaque récit individuel ne révélait qu'un fragment.
Thriller historique incorporant de nombreux éléments scientifiques et philosophiques, "Le cercle de la croix" est tout simplement la plus brillante des oeuvres de fiction que j'aie jamais lues - et une des plus difficiles d'accès, aussi. Mais si on arrive à passer outre ses 800 ou 900 pages écrites serré sans beaucoup de retours à la ligne, et si on ne se laisse pas rebuter par le style très recherché de l'auteur, on est récompensé par un roman magistral, qu'on referme en se sentant à la fois bluffé, infiniment plus insruit et convaincu de la nature subjective de la vérité.

- "Le Maître des illusions" (Donna Tartt): Un étudiant boursier et un peu naïf débarque dans une université huppée. Très vite, il est fasciné par un professeur de lettres classiques qui a rassemblé autour de lui un groupe de cinq étudiants riches, intellectuels et arrogants. Tous dotés d'une personnalité hors normes et hors époque, ils vivent selon leur propre morale et s'adonnent à des rituels inquiétants... Présentée ainsi, l'intrigue pourrait faire penser à "La physique des catastrophes" de Marissa Pessl, mais ce roman sorti au début des années 90 est infiniment plus prenant, mieux construit et mieux écrit. Un énorme pavé que j'ai eu un mal fou à lâcher avant d'être arrivée au bout.

- "Mrs Dalloway" (Virginia Woolf): L'histoire de ce roman, ce n'est presque rien: juste la journée d'une bourgeoise qui prépare une réception pour le soir même. Mais l'écriture, rhâââ, l'écriture! "Mrs Dalloway" est l'équivalent littéraire d'un tableau impressionniste, une suite de sensations souvent très subjectives qui, telles de minuscules touches de peinture, s'enchaînent les unes aux autres pour composer un ensemble d'une luminosité saisissante. Je ne comprendrai jamais comment l'auteur d'un livre si débordant de vie et d'humanité a pu se suicider avant d'atteindre la quarantaine, mais je sais que c'est une perte immense pour la littérature.

13 commentaires:

sagattine a dit…

Pfiouuu... je n'ai rien lu de tout ça! Allez hop au boulot :)

ARMALITE a dit…

En même temps ce n'est que mon avis perso... Et je n'ai pas lu tous les livres du monde :-) Mais il me semble que ceux-ci valent vraiment le détour.

Miss Sunalee a dit…

C'est très varié tout ça ! Si je faisais ma liste, il n'y aurait quasi que de la littérature américaine !

2/10 pour moi: "Le maître des illusions" que je me souviens avoir dévoré en trois jours et en anglais et "La maison des feuilles" que je trouve plus un bel objet qu'un roman réussi. Mais c'est mon avis.

ARMALITE a dit…

J'ai lu tous les romans écrits en anglais en VO, mais comme je rédige mon blog en français, j'ai trouvé plus judicieux d'indiquer les titres français.
Pour "La maison des feuilles", c'est vrai que l'exploit se situe surtout au niveau de la forme. Mais le fond était assez intéressant aussi; j'ai beaucoup aimé le travail sur le concept de vide.

Miss Sunalee a dit…

Moi je me suis plutôt ennuyée en le lisant... heureusement qu'il y a plein de pages blanches ! En fait, je devrais le faire lire à mon amoureux pour qu'il donne son avis. ça pourrait lui plaire mais il devra attendre, le livre est dans une des nombreuses caisses qui encombrent la pièce.

Cécile de Brest a dit…

Si tu aimes Virginia Woolf, je pense que tu adoreras "Toute passion abolie" de Vita Sackville-West (qui est souvent comparée à Woolf)
Je ne l'ai lu qu'en traduction mais l'écriture est magnifique, du coup, je pense qu'en anglais ça doit être sublime aussi.
L'histoire d'une vieille femme anglaise, de la haute aristocratie, qui commence enfin à réaliser ses envies à plus de 80ans, à la mort de son mari.
Ecrit en 1931, ce roman est encore terriblement d'actualité.
Je te le recommande vivement.

Et à part Mrs Dalloway, je n'ai rien lu ta liste (c'est sans doute à cause de ma formation universitaire en lettres modernes, on étudie beaucoup le XIX et le début du XX, mais pas le reste de la littérature, en tout cas, c'est ce qui s'est passé pour moi).
Tu me donnes des idées, merci !

ARMALITE a dit…

Cécile: merci pour le conseil, je note! Effectivement, j'ai adoré tout ce que j'ai pu lire de Virginia Woolf, même si Mrs Dalloway reste mon préféré.

Malena a dit…

Merci \o/

funamubline a dit…

Génial, n'en ayant lu qu'un il me reste 9 univers à découvrir ! Youpie et merci :-)

mmarie a dit…

Merci Armalite !
Le Maître et Marguerite fait aussi partie de mes archifavoris. Et tu me donnes très envie de me replonger dans du Virginia Woolf. Sans compter bien d'autres à découvrir.

Gabrielle a dit…

J'ai lu tout Herman Hesse quand j'étais adolescente, et j'en garde un très bon souvenir.
(Hé ouais je me reconnaissais bien dans ses personnages..)

Et j'ai lu également quelques livres de Virginia Woolf, dont l'éminent "Mrs Dalloway" (dont le film The Hours s'est librement inspiré), et comme souvent j'aime découvrir plus intimement un auteur, c'est avec grand plaisir que j'ai lu divers écrits autobiographiques de Virginia Woolf, son "journal d'adolescence", son journal intégral (1915-1941), et sa correspondance : "Lettres", "Lettres illustrées", et "Correspondance"..

Je note fébrilement ta sélection, il y parmi eux des titres qui m'interpellent vivement. Merci !

marieatoutprix a dit…

Moi qui lit beaucoup et qui est fait un bac littéraire, je ne connais aucun de ses romans.
Je me rends compte de mes lacunes et me dis qu'il est bien temps d'ouvrir mes horizons.
Sinon le dernier bouquin qui m'a marqué c'est "une gourmandise" de Muriel Barbery. J'aime les livres surtout pour leur histoire. Mais là, c'est le style qui l'a emporté.
Sa description des nourritures dont se délectent le personnage principal est impressionnante.
A en saliver d'envie ;-)

Véronique Epailly a dit…

Ah enfin quelqu'un qui connaît le "cercle de la croix" et le "maître des illusions", ça me fait plaisir. J'ai adoré ces 2 livres...
Merci pour les autres titres, à mettre dans mon agenda pour de prochains achats!